De la liberté de la presse, relativement aux journaux. (Signé : A. E. [21 mars.])

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Impr. d'A. Lanoe (Paris). 1820. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : samedi 1 janvier 1820
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DE LA
LIBERTE DE LA PRESSE,
RELATIVEMENT
AUX JOURNAUX.
A PARIS,
De l'Imprimerie d'ABEL. LANOE, rue de la Harpe.
1820.
DE LA
LIBERTÉ DE LA PRESSE,
RELATIVEMENT
AUX JOURNAUX.
DEPUIS près d'un an les journaux sont dé-
barrassés de toute entrave , soumis , seulement,
a des lois répressives , les écrivains qui publient
des journaux nous ont montré comment ils
entendaient jouir de la liberté qui leur a été'
accordée, et quels sont les sentimens qui les
animent.
Le scandale a-t-il été assez grand ! L'abus
a-t-il été assez loin !
Il me semble, que, maintenant, il doit être
évident pour l'homme le plus réservé, lorsqu'il
s'agit de restrictions et d'exceptions, que dans
( 4 )
l'état actuel de méfiance et d'irritabilité où les évé-
nemens politiques et tous les changemens survenus
depuis trente ans nous ont placés, la liberté des
journaux,dont notre législation s'est montrée im-
puissante à arrêter les abus, est bien plus propre
à nous aigrir, à nous irriter davantage, qu'à nous
calmer ; seul besoin universellement senti.
Puisqu'il s'agit de suspendre de nouveau cette
liberté des journaux, qu'il soit permis à un ci-
toyen dont la voix n'est connue, ni au forum, ni
dans le conseil du prince, mais qui cède à l'ins-
piration de sa conscience et de son opinion , de
faire quelques réflexions sur la nécessité de l'affir-
mative , dans la solution de celte question.
Je sais qu'on m'objectera les principes ;
je ne nie pas ces principes : je nie seulement que
l'application puisse nous en être faite dans la si-
tuation où nous sommes ; ou, au moins, que les
moyens d'application aient été assez bien com-
binés pour ce préservatif de toutes les autres li-
bertés ( c'est ainsi qu'on appelle la liberté des
( 5 )
journaux ) ne soit bien plus propre à détruire
qu'à préserver. Au reste, je dois le dire : il me
semble qu'on n'apprécie pas bien les journaux à
leur juste valeur ; beaucoup d'âmes droites sont
dupes des sentimens qu'ils professent : il n'est
pas inutile de les détromper.
On serait dans une grande erreur, si on croyait
que l'établissement d'un journal fût le résultat
d'une pensée généreuse , philantropique ; un
moyen de manifester une opinion à laquelle on
serait prêt à tout sacrifier. C'est tout simple-
ment une opération industrielle par laquelle on
se propose de gagner de l'argent le plus possible;
dans ce but, chaque journaliste s'adresse à
l'opinion qu'il croit pouvoir exploiter avec le
plus de profit. Mais s'il survient un événement,
et qu'il y ait quelque danger à continuer sur le
même ton, ne craignez rien , ils auront bientôt
fait volte-face : ils ne vous demandent que le
temps nécessaire pour virer de bord.
Au reste, comment pourrait-on s'y tromper,
( 6 )
quand on voit que les plus fiers défenseurs ac-
tuels de la liberté , ont tous été des défenseurs
encore plus chauds, et non moins bien payés ,
du despotisme militaire; quand on voit que les
mêmes feuilles, qui n'avaient jamais assez de louan-
ges pour le chef du dernier gouvernement, sont les
plus ardentes à décrier les hommes , les opi-
nions , les faits de ce même gouvernement. Sans
doute , il est quelques exceptions honorables ;
et je m'empresserais de les signaler si cela était
nécessaire ; mais elles sont connues.
Pour prouver ces différentes assertions, exa-
minons la conduite et le langage de quelques
journaux.
Celui ci flatte et défend, comme s'ils étaient
menacés, des souvenirs guerriers que personne
ne conteste, que depuis long-temps la nation
régarde comme son patrimoine, et que des évé-
nemens déplorables ont seulement obscurcis un
moment. Mais comme ce n'est pas assez d'être
juste pour produire de l'effet, il va au-delà de

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