De la Nécessité de se rallier au Roi, pour sauver la France, par un ancien officier, mousquetaire noir, auteur d'un "Mémoire à l'Empereur sur les griefs et les voeux du peuple français" et d'"Observations critiques sur le Champ-de-Mai" [N.-A. de Salvandy]

De
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Delaunay (Paris). 1815. In-8° , 27 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1815
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DE SE RALLIER AU ROI,
POUR SAUVER LA FRANCE.
De côte du Roi est la Sûreté, la Liberté, la Paix.
BENIAMIN DE CONSTANT, Journal des
Débats, 19 mars.
Par un ancien Officier, Mousquetaire Noir, Auteur d'un
MÉMOIRE A L'EMPEREUR SUR LES ORIEFS ET LES voeux
DU PEUPLE FRANÇAIS , et d'OBSERVATIOifS CRITIQUES
SUR LE CIIAMP-D-E-MAI.
PARIS,
DELAUNAY, LIBRAIRE, PALAIS-ROYAL,
GALERIE DE BOIS.
JUILLET. 1815
DE SE RALLIER AU ROI.
JE ne viens pas faire l'apologie de la dynastie
régnante. Non ! j'éviterai même d'aborder la
louange, dans la crainte de rencontrer l'adula-
tion ; et quand je parlerai des augustes petits-
fils d'Henri IV, je laisserai à mes lecteurs le
soin de penser qu'en eux revivent ses vertus :
il nie suffira de dire qu'ils sont les héritiers de
ses droits , et que nous devons nous rallier au
panache blanc : le patriotisme et l'honneur le
veulent.
Le même intérêt qui me commandait na-
guère de lutter contre le pouvoir assis par la
force sur le trône des Rois, l'intérêt sacré de la
France m'ordonne aujourd'hui de défendre la
cause de l'autorité renaissante qui vient de nou-
veau présider à nos destinées. Mais je n'ai pas
changé de caractère, et je ne changerai pas de
(4)
langage : je voulais la liberté; je la veux en-
core , je la voudrai toujours.
En politique , on peut distinguer deux sortes
de liberté, celle des citoyens, et celle des na-
tions : c'est du bienfait des lois qu'il faut at-
tendre la première ; la seconde naît de la force,
et la force naît de l'union.
Un peuple qui veut conquérir ses droits à la
faveur des révolutions, tombe nécessairement
dans l'abîme de l'anarchie, où il lutte, sans
boussole et sans guide, contre le choc des tem-
pêtes, jusqu'à ce que le vaisseau de l'Etat aille
échouer sur les écueils du despotisme. C'est
ajnsi qu'après avoir voulu réaliser toutes les
Réduisantes abstractions du Contrat Social, à
l'aide du bouleversement de la monarchie,
. la France n'a échappé aux haches de Marat ,
que pour aller s'agenouiller, quinze ans, devant
le sabre de Buonaparte,
La paix, au contraire, favorise le noble élan
des nations qui se sentent appelées, par leur
génie; à jouir du bienfait d'institutions libé-
rales. Alors toutes les volontés n'ont qu'un
but, et le bien s'opère sans seçqpsse, parce
que, pour y arriver, il n'a pas fallu d'effort.
S'il est imprudent d'aspirer à la liberté au
milieu des troubles, combien il est coupable de
(5)
réclamer des droits quand l'Etat eât en danger,
quand son indépendance est menacée , quand
l'existence nationale est compromise! Chez les
Romains, qu'un instant de péril vînt à peser sur
la patrie, aussitôt la loi ordonnait aux lois de se
taire ; la liberté s'inclinait devant les faisceaux de
la dictature, et les citoyens venaient au Forum,
non plus se livrer à des discussions stériles,
mais sanctionner dans un seul homme la sou-
veraineté de tous.
Et nous , quand le débordement de toutes
les armées de l'Europe a inondé la France ,
quand la fortune soumet le royaume tout en-
tier aux décisions de l'étranger victorieux, nous
entendons autour de nous répéter que le peuple
français repousse le signe de ralliement que la
Providence lui donne , parce qu'il y manque
des couleurs, et le Gouvernement qui s'offre à
nous pour plaider la cause de notre indépen-
dance au tribunal de la justice des monarques
alliés , parce qu'à la constitution il manque des
garanties ! Un peuple qui penserait ainsi
est dégradé ; qu'il soit esclave, il a voulu l'être.
Mais non ! la nation ne refuse pas de recon-
naître les droits d'une dynastie qui n'a jamais pu
cesser d'être légitime, puisqu'elle n'a pas été ex-
clue par le voeu légalement prononcé de tous
(6)
les citoyens de l'empire. La nation ne veut pas
sacrifier ses intérêts les plus chers aux fureurs
de l'esprit de parti, et elle se rallie avec em-
pressement autour de son roi, pour ne pas com-
promettre l'intégrité du sol français.
En vain me répondrez-vons que les mêmes
motifs sollicitaient le royaliste à s'armer, il y a
denx mois, parce que la cause de Napoléon
était devenue la cause de l'indépendance. Et de-
puis quand les peuples doivent-ils combattre
pour l'injustice, l'usurpation et le crime ? De-
puis quand les nations , opprimées par la san-
glante tyrannie de Tamerlan,doivent-elles cou-
rir à sa défense, quand la justice divine va briser
son orgueil, et qu'un bras vengeur s'appesantit
sur lui, pour le charger des fers dont il avait,
trop long-temps, chargé le monde?
Le parti de l'opposition , désespéré de ne
pouvoir se refuser à sanctionner le présent,
cherche des consolations dans le regret du
passé. On sent bien qu'il n'est plus possible de
défendre Buonaparte contre sa propre ignomi-
nie ; mais on en hait davantage l'auguste fa-
mille qui est rendue au trône de ses pères,
parce que l'amour-propre, blessé dans ses affec-
tions et dans ses intérêts, ne pardonne pas un
triomphe qui l'écrase; on appelle trahison le
(7)
généreux dévouement qui a sauvé la France ,
et, à défaut d'argument plus solide , on s'élève
contre la forme de la restauration, on invoque
les droits imprescriptibles du peuple, et on ou-
blie la force des circonstances où se trouvait
l'Etat.
De grandes destinées venaient de s'accomi-
plir. Transfuge du tombeau où, il avait précipité
nos braves, Napoléon était une seconde fois
tombé du trône , sans obtenir même de sa for-
tune , pour dernier bienfait, l'asile du cercueil.
Comme l'ancienne Rome, après la désastreuse
journée de Cannes, nous avions vu le guerrier
d'outre-mer planter sa tente aux pieds de
nos remparts ; et la France, déchirée par les
factions, en même temps qu'elle était asiégée
par la guerre, notre malheureuse France se
voyait avec effroi sans gouvernement, sans es-
pérance et sans chefs,
Dans une crise si forte, comment assurer le
salut de la patrie? Fallait-il demander à la
guerre de nous réconcilier avec la, victoire, ou
à la paix de nous réconcilier avec l'Europe?
Devions-nous consacrer la liberté par des for-
mes républicaines, ou élever un chef nouveau
sur le pavois, an lieu de rendre le sceptre aux
mains qui n'auraient pas dû cesser de le porter?
(8)
J'aime à croire que lotis les Français veulent
le bien de la France ; mais tous n'arrivent pas
au;Conseil, libres d'égoïsme et de passion ; il en
est que des craintes égarent ; d'autres croient
Stipuler pour la chose publique, tandis qu'ils
stipulent pour l'intérêt ou pour l'orgueil. Rare-
ment les considérations particulières se taisent,
et presque partout la personnalité fait les frais
du patriotisme.
Nous entendons tous les jours dire autour de
nous qu'il fallait , au lieu de capituler, jeter fière-
ment le glaive dans la balance (1). Et qui nous
parié ainsi? Des hommes actuellement trop in-
sensibles aux malheurs de la patrie, pour sa-
erifier leurs opinions, et se rallier à des ban-
nières devenues nationales en dépit d'eux.
Mais était-il permis de continuer une lutte
dont le résultat né pouvait plus être douteux ?
L'Europe tout entière était là : vingt peuplés
marchaient; une coalition de rois avait rassem-
blé les plus nombreuses armées qui eussent ja-
mais affligé la terre. Et sous quel étendard ve-
(1) On connaît ce trait de Camille, qui, au lieu de
satisfaire l'avidité des Gaulois, maîtres de Rome, jeta son
salirë dans la balance où on pesait l'or destiné à racheter
la TÎfté' éternelle, et força Brennus à se retirer.
(9)
fiait cette croisade de l'univers, défier vos ai-
gles? N'était-ce pas sous les mêmes drapeaux qui
flottaient aux bords de la Loire, dans le camp
de Jalès, et qui allaient bientôt réunir tous les
Français du Nord , de l'Ouest et du Midi ?
Quelles étaient vos ressources ? des sol-
dats? Qu'aurait servi de vous écrier : Va-
rus ! Varus ! rends-nous nos légions ? (1) Des
vétérans? Demandez les vainqueurs de
Marengo, les débris de la Moskwa : un homme
a reparu , et ils ne sont plus. Des recrues?...
Napoléon a dévoré vos générations. De l'ar-
gent ? La France est épuisée ; elle a prodi-
gué ses trésors, comme son sang, à celui qu'une
voix impie proclamait naguère le sauveur de
l'Etat, et elle n'a reçu, pour prix de ses sacri-
fices , que guerre , dévastation et ruine.
En vain auriez-vous rassemblé les restes de
Fleurus ; la résistance ne pouvait pas être lon-
gue. Ce n'est point que je veuille calomnier nos
soldats : malheur à moi, si je ne regardais pas
comme mon plus beau titre celui de leur ancien
frète d'armes ! malheur à qui méconnaîtrait
l'héroïsme de leur bravoure ! Je sais bien qu'ils
(1) Cri d'Auguste, en apprenant l'extermination de
sou armée du Nord.
( 10 )
ont été coupables de se laisser entraîner sous
les drapeaux d'un dictateur qui n'a pas pu être
César, et qui n'a pas-même su être Sylla; mais
je sais que devant leurs fautes s'élève à jamais
un rempart de gloire ; je sais qu'ils sont tous
prêts à sceller, de la dernière goutte de leur
sang, l'éternelle alliance du nom français avec
le patriotisme et l'honneur.
Mais pourquoi sacrifier au désespoir un holo-
causte de cent mille victimes humaines? Pour-
quoi continuer Buonaparle et lui faire survivre
ses fureurs? Pourquoi appeler le pillage sur
nos provinces, et vouloir que le fracas de Paris
détruit allât consoler Moskou et réjouir Lon-
dres?
La première de toutes les lois, la loi du salut
de la patrie , ne disait-elle pas : Hâtons-nous
d'obtenir de la paix des avantages que ne peut
plus nous présenter la guerre! Hâtons-nous de
rendre à l'Europe la tranquillité, que notre tur-
bulente inquiétude lui a si long-temps ravie!
Souffrons qu'un peu de repos succède à la las-
situde de nos victoires et de nos revers ; laissons
se renouveler l'antique union des peuples, et
ne craignons pas de donner au monde les ga-
ranties que le monde en armes nous demande....
Si la Hollande jouit de quelque sécurité, c'est
(11)
parce que le voisinage de la mer a cessé d'être
redoutable, depuis que d'insurmontables digues
s'opposent au débordement de ses eaux.
Oui, la paix était indispensable, parce que
la paix est le premier besoin des peuples, parce
que la guerre n'avait plus à nous offrir que des
chances désastreuses, parce que, si nous avions
persisté à refuser l'assistance des traités , nous
aurions bien pu nous trouver sans ressources
contre les menaces de l'esclavage. La paix n'a
rien de honteux, parce que la nation n'a pas
succombé , parce qu'un homme seul a été
vaincu, et qu'en s'affranchissant de la tyran-
nie du génie des conquêtes, le peuple fran-
çais s'est réconcilié avec l'Europe, et n'a plus
qu'à signer le pacte de son indépendance.
Je ne puis pas croire que la coalition eût cons-
piré la ruine de la liberté. Les princes alliés sa-
vent trop qu'avant, de courber nos fronts sous le
joug de la servitude, il faudrait humilier notre
fierté et notre bravoure sous les Fourches Cau-
dines. Ils veulent seulement défendre leurs
peuples de la contagion des révolutions ; ils veu-
lent nous forcer à éteindre le fatal incendie qui
a dévoré la France, et qui bientôt embrase-
rait l'Europe. Ils sentent qu'il n'y aura point de
paix pour les nations, point de repos pour les

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