De la non-personne à la personne : l’apostrophe nominale

De

Sans ancrage syntaxique manifeste, à la croisée d’approches divergentes – rhétorique, énonciative, pragmatique –, et victime de son flou définitionnel, l’apostrophe nominale a jusqu’à présent trop peu retenu l’attention des linguistes. La profusion des désignations (vocatif, terme/nom d’adresse, apostrophe) témoigne de la diversité des domaines concernés, et souligne la difficulté de penser le nom support de l’interpellation comme un objet de recherche à part entière. Cet ouvrage vient défricher ce terrain scientifique. Le statut fonctionnel atypique de l’apostrophe nominale, sa syntaxe interne, sa distribution, la conversion pragmatique et énonciative qui la caractérise sont interrogés. Son rôle dans la construction coénonciative est précisé : elle met en scène, au-delà de l’allocutaire, la relation de l’interpellant à l’interpellé. Enfin, la dimension adressée des discours est rapportée à la textualité, l’apostrophe s'avérant un élément essentiel de la structuration textuelle. Son comportement tout à fait singulier, dont le titre de cet ouvrage rend compte, invite à repenser de manière plus extensive la notion de déixis, puisque l’acte allocutif fait sortir le nom de son champ catégoriel (actualisation superfétatoire, absence de fonction syntaxique dans la phrase), pour le faire entrer dans celui de l’expression de la personne (activité déictisante, liée à un repérage egocentré). Cette réflexion s’adresse non seulement aux spécialistes de l’énonciation et aux analystes du discours, mais encore à tous ceux qui considèrent la relation interpersonnelle comme une dynamique à la base de toute vie sociale, et qui s’interrogent, à ce titre, sur sa construction.


Publié le : jeudi 16 juin 2016
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EAN13 : 9782271091512
Nombre de pages : 212
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De la non-personne à la personne : l’apostrophe nominale
Catherine Detrie
Éditeur : CNRS Éditions Année d'édition : 2007 Date de mise en ligne : 16 juin 2016 Collection : Sociologie ISBN électronique : 9782271091512
http://books.openedition.org
Édition imprimée ISBN : 9782271064875 Nombre de pages : 212
Référence électronique DETRIE, Catherine.De la non-personne à la personne : l’apostrophe nominale.Nouvelle édition [en ligne]. Paris : CNRS Éditions, 2007 (généré le 20 juin 2016). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782271091512.
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Sans ancrage syntaxique manifeste, à la croisée d’approches divergentes – rhétorique, énonciative, pragmatique –, et victime de son flou définitionnel, l’apostrophe nominale a jusqu’à présent trop peu retenu l’attention des linguistes. La profusion des désignations (vocatif, terme/nom d’adresse, apostrophe) témoigne de la diversité des domaines concernés, et souligne la difficulté de penser le nom support de l’interpellation comme un objet de recherche à part entière. Cet ouvrage vient défricher ce terrain scientifique. Le statut fonctionnel atypique de l’apostrophe nominale, sa syntaxe interne, sa distribution, la conversion pragmatique et énonciative qui la caractérise sont interrogés. Son rôle dans la construction coénonciative est précisé : elle met en scène, au-delà de l’allocutaire, la relation de l’interpellant à l’interpellé. Enfin, la dimension adressée des discours est rapportée à la textualité, l’apostrophe s'avérant un élément essentiel de la structuration textuelle. Son comportement tout à fait singulier, dont le titre de cet ouvrage rend compte, invite à repenser de manière plus extensive la notion de déixis, puisque l’acte allocutif fait sortir le nom de son champ catégoriel (actualisation superfétatoire, absence de fonction syntaxique dans la phrase), pour le faire entrer dans celui de l’expression de la personne (activité déictisante, liée à un repérage egocentré). Cette réflexion s’adresse non seulement aux spécialistes de l’énonciation et aux analystes du discours, mais encore à tous ceux qui considèrent la relation interpersonnelle comme une dynamique à la base de toute vie sociale, et qui s’interrogent, à ce titre, sur sa construction.
SOMMAIRE
Introduction. Faire signe à autrui, en prédiquant sa présence
Chapitre 1. L’apostrophe : positionnement définitoire et esquisse de quelques problématiques 1. Un flou terminologique 2. Un embarras définitionnel indéniable 3. Apostrophe et acte de langage 4. L’apostrophe : personne, non-personne ? 5. De l’apostrophe à la coénonciation Conclusion
Chapitre 2. De l’énoncé à l’énonciation. Quelques caractéristiques syntaxiques et énonciatives de l’apostrophe 1. Le vocatif, un opérateur de monstration morphologiquement non marqué, et donc « hors système » ? 2. Un constituant hors de la charpente phrastique Conclusion
Chapitre 3. Les diverses modalités d’interpellation d’autrui : syntaxe interne et effets de sens de l’apostrophe 1. Approche sémantico-syntaxique du nom support dans le syntagme en apostrophe 2. Description de la syntaxe interne du syntagme en apostrophe : une application au Livre VI des Tragiques Conclusion
Chapitre 4. Syntaxe externe de l’apostrophe : types de cadrage et régulations coénonciatives 1. Survenue précoce : apostrophe et types de cadrage 2. Survenue médiane : apostrophe et régulations diverses 3. Survenue finale : apostrophe et fonction de ponctuant de clôture 4. Survenue à la fois initiale et finale : de la restriction du cadrage interlocutif au commentaire métadiscursif 5. Y a-t-il une place privilégiée pour l’apostrophe en relation avec la modalité énonciative sélectionnée ? 6. Quelques cas curieux sur le plan syntaxique Conclusion
Chapitre 5. Apostrophe et dynamique textuelle 1. Apostrophe et signal de changement de plan énonciatif 2. Apostrophe et acte de langage 3. Soi comme un autre : apostrophe et auto-interpellation 4. Apostrophe et coénonciation fictive 5. L’apostrophe : un indice du jeu sur les strates de la scène d’énonciation 5. 1. Des sphères coénonciatives enchâssées 5. 2. La légitimation d’une scénographie de l’adresse 6. L’apostrophe : un rouage essentiel de la machinerie argumentative 7. L’apostrophe à visée agonale : disqualifier l’allocutaire, son discours, ou son droit à le tenir Conclusion
Chapitre 6. Apostrophe et textualité : de la structuration du champ communicationnel aux modes de textualisation
1. Apostrophe et actualisation d’une position modale : la structuration du champ communicationnel 2. De l’actualisation de l’ethos au mode de textualisation : le rôle de l’apostrophe 3. Apostrophe, genre du discours et plasticité coénonciative 4. S’engager en engageant autrui : positionnements énonciatifs et modulations de la sphère intersubjective liés à l’apostrophe Conclusion
Pour une synthèse 1. À portée de vue ou de voix : face à face, lieu en partage et régulation de la sphère interpersonnelle 2. Apostrophe nominale et réinterprétation de l’opposition personne / non-personne 3. Une invitation à revisiter la notion de déixis 4. L’apostrophe, entre « parole parlante » et « parole parlée » : un degré préparatoire de l’actualisation phrastique ?
Index
Bibliographie
Introduction. Faire signe à autrui, en prédiquant sa présence
Choisirla perspective du discours en acte, à un autre niveau d'analyse, c’est rechercher comment on peut « faire signe », plutôt que d’identifier les manières d’ « être signe ». Jacques Fontanille,Sémiotique du discours, p. 255. Le but de cet ouvrage est d'explorer, au-delà d'une tentative de mise à plat de la définition et de l’analyse de la syntaxe de l’apostrophe nominale – qui apparaît traditionnellement comme le plus évident des indices d’allocution –, son rôle énonciatif et textuel. Si la linguistique de l’énonciation considère, à juste titre, que tout discours est un discours pour autrui, elle s’est peu interrogée, paradoxalement, sur cetautreconstruit par l’apostrophe, comme si cette dernière ne méritait pas d’être un objet de recherche à part entière. C’est une des raisons qui m’a amenée à explorer la dimension adressée des discours, et plus largement l’ancrage corporel de la parole. Le cadre conceptuel de cette réflexion signale à certains moments (ne serait-ce que dans le titre choisi pour cet ouvrage) le fait que son auteur appartienne au groupe de chercheurs fédérés autour de la linguistique praxématique , qui privilégie le rôle des praxis et 1 celui de la relation interpersonnelle dans la production de sens. Pourquoi, précisément, suggérer, dans le titre de cet ouvrage, un parcoursde la non-personne à la personnepropos de l’apostrophe nominale ? En ce qui concerne l’apostrophe, la relation à la à personne (comprise comme personne grammaticale), qui indique la présence des colocuteurs dans le message linguistique, est manifeste. La distinction entre personne et non-personne est due à Benveniste (1966/1976 : 225-236) : e La personne n’est propre qu’aux positions « je » et « tu ». La 3 personne est, en vertu de sa structure même, la forme non-personnelle de la flexion verbale. De fait, elle sert toujours quand la personne n’est pas désignée et notamment dans l’expression dite impersonnelle. e (...) Il ne faut donc pas se représenter la « 3 personne » comme une personne apte à se dépersonnaliser. Il n’y a pas aphérèse de la personne, mais exactement la non-personne, possédant comme marque l’absence de ce qui qualifie spécifiquement le « je » et le « tu ». (1966/1976 : 230-231) e La « 3 personne » a pour caractéristique et pour fonction constantes de représenter, sous le rapport de la forme même, un invariant non-personnel, et rien que cela. (ibid.: 231) Lafont reprend cette réflexion et étend la notion de non-personne à « tout le domaine de la nomination » (1978 : 188), et donc au nom, la nomination étant inapte à construire l’accession à la personne. Barbéris (2001 : 241) précise à nouveau ce que la praxématique entend par non-personne, en tant que « position de délocution » : La personne s’appuie exclusivement sur des marques grammaticales, alors que la non-personne s’inscrit certes aussi dans des morphèmes grammaticaux – mais centralement cette position s’exprime dans la nomination praxémique. (inDétrie C., Siblot P. et Verine B. (éd.), articlePersonne/non-personne) La non-personne est, dans ce cadre, la « position de toute nomination praxémique » (ibid.), c’est-à-dire de toutes les unités de base du lexique, servant à produire du sens lexical. Or c’est bien de position et de positionnement qu’il s’agit ici : le nom, dans son fonctionnement habituel, est inapte à construire de la personne au sens grammatical du terme. De la sorte, c’est bien une forme
non-personnelle, qui tire sa capacité de référer du déterminant qui l’actualise presque toujours. Or le nom en apostrophe a un fonctionnement complètement différent, qui se manifeste par une syntaxe elle-même tout à fait particulière (déterminant contraint ou absent, détachement) : la mise en apostrophe d’un nom transforme ce nom (une forme non-personnelle pour la praxématique) en une forme non seulement qui présuppose une deuxième personne, mais aussi qui la désigne directement, et cela en bouleversant la syntaxe traditionnelle du nom. L’apostrophe opère donc une sortie du domaine de la non-personne, pour être un outil de la construction de la personne. C’est un phénomène langagier unique : il m’a donc semblé nécessaire de souligner cette caractéristique d’entrée de jeu. Tout titre étant programmatique, le positionnement interpersonnel sera un des axes privilégiés pour les analyses proposées. Ceci étant précisé, avant de présenter l’orientation générale donnée à cet ouvrage, je rappelle que l’apostrophe, en tant qu’indicé d’allocution, s’inscrit dans le cadre de l’interaction verbale , 2 impliquant non seulement « une allocution, c’est-à-dire l’existence d’un destinataire “autre” », mais surtout une interlocution, « le langage verbal [étant] par essence fait pour être adressé » (Kerbrat-Orecchioni, 1990 : 14). Elle fait partie des marques de coproduction du discours. Elle est donc ancrée, au même titre que l’interaction verbale dans laquelle elle figure, dans une situation de communication, déterminée par son cadre spatio-temporel, la finalité de l’interaction, le nombre de participants, leurs caractéristiques individuelles et leurs relations mutuelles. Elle se définit aussi par son cadre participatif : rôles interlocutifs (eux-mêmes construits à partir de paramètres tels que la hiérarchie professionnelle ou institutionnelle, le statut social, l’autorité morale, etc.), et types de récepteurs (participants ratifiés, directs – rôle habituel de l’apostrophe – ou indirects, simples témoins de l’échange). Par ailleurs chaque interactant fait l’objet d’unemise en place(Kerbrat-Orecchioni : 1987). En outre, il adopte une ligne de conduite liée à la gestion des faces (Goffman, 1967/1974 ; Brown et Levinson, 1978) : autant de paramètres qui jouent un rôle important dans le choix des apostrophes. Ces paramètres, qui sont généralement étudiés dans le cadre de l’analyse conversationnelle, et donc de l’oral essentiellement, gagneraient à être rapprochés, du point de vue de la linguistique praxématique, de lavocalitéégalement impliquée par le message écrit : à ce titre, remarque J.-M. Barbéris, « on proposera d’inclure dans la notion d’oralité, non seulement le parlé, mais la vocalité du discours écrit et du langage intérieur » (in Détrie C., Siblot P. et Verine B., éd., 2001 : 225). Enfin la question du genre du discours est tout aussi déterminante pour l’interaction en général et pour l’apostrophe en particulier. Avant même de parler, le locuteur sélectionne un genre du discours dans lequel va s’ancrer sa parole. Ce choix préalable détermine le système d’adresse mis en place. On verra par exemple que les apostrophes dans le genre du discoursdébat institutionnel (oral transcrit, quelquefois partiellement préécrit) sont très différentes (à tous les points de vue) de celles qui figurent dans des chansons (écrit ensuite oralisé), ou dans des fictions littéraires (écrit). J’aborderai plus spécifiquement les questions de la structuration du champ communicationnel et du genre du discours au moment où je m’intéresserai à la textualité et à la totalité textuelle. Les choix interpellatifs ont en effet un rôle sur la structuration du tout textuel, mais l’inverse est aussi vrai. L’apostrophe nominale se définit ainsi, en premier lieu, par son appartenance au champ plus vaste desformes d’adresse, syntagme qui renvoie à l’ensemble des expressions dont dispose le locuteur pour désigner son / ses allocutaire(s). Le rôle de ces formes d’adresse est de marquer, dans l’interaction, la présence de l’allocutaire, soit de manière directe, par destermes d’adresse (terme d’adresseainsi à s’oppose appellatif, qui peut désigner un délocuté, les termes appellatifs pouvant être en emploi apostrophique ou non :Monsieur Jean, venez !vsMonsieur Jean vient), soit de manière plus indirecte, à l’aide de différentes stratégies discursives. Les termes d’adresse recouvrent à la
fois des noms d’adresse et des pronoms d’adresse de deuxième et de cinquième personnes (désormais P2 et P5). J’ai choisi de travailler essentiellement sur les noms d’adresse. En effet, si les linguistes se sont intéressés aux pronoms d’adresse, notamment dans le cadre de l’analyse conversationnelle, de la pragmatique ou de la sociolinguistique (par exemple Dewaele 2003/2004), les noms d’adresse les ont par contre peu mobilisés. Les travaux qui leur consacrent une étude s’inscrivent dans des problématiques plutôt pragmatiques (Goffman, 1967/ 1974), ou plutôt historiques (l’analyse du vocatif par Serbat, 1987, 1996). Ils présentent cependant des problèmes énonciatifs, syntaxiques et sémantiques notables. Qui plus est, ils sont extrêmement variés : noms propres, noms relationnels (marquant l’appartenance à un cercle familial, amical), noms de profession, titres, noms affectueux ou injurieux, etc. Cette énumération non exhaustive suffit à mettre l’accent sur le fait que ces outils de marquage d’autrui, dans leur infinie variété, sont choisis par le locuteur pour construire tel ou tel type de relation, la façon d’interpeller étant totalement significative non seulement du rapport projeté, mais aussi de la réaction supposée d’autrui à la construction de ce rapport : le choix implique des stratégies liées au dialogisme interlocutif, au sens de Bakhtine (1978). En outre le marquage de la relation interpersonnelle construite prend en charge des composantes sociales, culturelles, personnelles : autant de paramètres à articuler à la négociation constante entre interlocuteurs, et aux rapports de force construits. Ainsi l’apostrophe (mot que je privilégie par rapport àterme d’adresse, ce choix terminologique étant justifié dans le chapitre 1) met enjeu, bien au-delà et en deçà du matériau linguistique, des rapports de pouvoir, d’influence, travaillant le consensus ou le dissensus. Avant d’être un outil de désignation, dans mon discours, de mon allocutaire, l’apostrophe est l’outil privilégié permettant de construire une relation à la fois interpersonnelle et sociale. Dans ce cadre, elle peut être appréhendée selon l’angle des actes de langage, ou selon celui de la mécanique conversationnelle, deux domaines généralement dévolus au territoire de la pragmatique. Mon approche sera légèrement décalée par rapport à ce domaine. Je pense en effet que, bien davantage qu’un appel à autrui, l’apostrophe travaille l’appel à la relation interpersonnelle elle-même, en termes de coénonciation : interpeller, c’est en effet construire une sphère interpersonnelle au sein de laquelle l’instance d’énonciation prédique non seulement la présence d’autrui, mais aussi son positionnement en tant que coénonciateur, et asserter de la sorte qu’il a toute sa place dans l’espace intersubjectif ainsi élaboré. Ce faisant, l’énonciateur, par le réglage de l’apostrophe qu’il sélectionne en positionnant autrui, se positionne lui aussi : l’apostrophe, dont la fonction principale est de saturer la place du destinataire, s’inscrit aussi pleinement dans la problématique des positionnements énonciatifs. La définition syntaxique elle-même mérite d’être affinée : en effet sur le plan syntaxique, l’apostrophe peut se confondre avec l’apposition quand le terme vocatif est coréférentiel au sujet ou à l’objet, d’autant plus que l’une et l’autre se définissent par le détachement, et qu’elles ont pour rôle de construire une identification ou une caractérisation : la frontière est donc floue. En outre, l’apostrophe nominale correspond à une stratégie nominative : non seulement elle présuppose la présence du destinataire, mais elle le nomme directement . Cet acte de nomination s’accompagne d’une forte autonomie, non seulement syntaxique (l’apostrophe est toujours en position détachée), mais encore énonciative. La preuve de cette autonomie énonciative est sa difficulté (mais non son impossibilité) à figurer dans une énonciation enchâssée au discours indirect ou au discours indirect libre. Elle a donc un comportement syntaxique et énonciatif atypique, qui mérite d’être clarifié. Ma démarche se veut progressive. Les chapitres 1 et 2 présentent les diverses problématiques liées à la définition traditionnelle de l’apostrophe. J’étudierai ensuite sa syntaxe interne et externe (chapitres 3 et 4), puis son rôle dans la dynamique textuelle (chapitre 5) et dans la structuration
du champ communicationnel (chapitre 6), en tant que mise en scène spatiale et subjective du face à face. Je tenterai à cette occasion d’éclaircir le rapport de l’apostrophe auxmodes de textualisation, tels que les définit la linguistique praxématique, et aux genres du discours. Les corpus sont très variés : textes écrits (littéraires ou non littéraires), textes initialement 3 écrits et oralisés, puis retranscrits (discours institutionnels préparés), textes oraux retranscrits (en particulier discours institutionnels non préparés et chansons). Ils seront interrogés dans leur dimension syntaxique, textuelle et énonciative. Par contre je n’aborderai pas directement la dimension prosodique de l’apostrophe et son accompagnement mimogestuel, qui sont cependant essentiels : cette étude m’aurait amenée à effectuer d’autres approfondissements, concernant en particulier les phénomènes co-verbaux et paraverbaux concomitants à la production de l’apostrophe. J’ai cependant mentionné leur rôle (très succinctement) chaque fois qu’ils apparaissaient comme des facteurs fondamentaux de la relation construite entre les interlocuteurs. Mais mon analyse s’arrête pour le moment aux prolégomènes de l’actualisation polyorganiqueviacorps parlant. Je ne m’interdis pas une le investigation ultérieure de cette dimension, qui permettrait sans doute de conforter les analyses proposées ici, ou de donner davantage de solidité à certaines intuitions. Simplement, le but de cette réflexion n’est pas de présenter un panorama exhaustif des problématiques générées par l’apostrophe, mais de proposer un repérage de son fonctionnement syntactico-sémantico-énonciatif, à partir de mes pratiques d’analyste du discours.
NOTES 1.Pour une approche générale de la praxématique, et une définition de ses concepts centraux, je renvoie à l’ouvrageTermes et concepts pour l’analyse du discours : une approche praxématique, Détrie C., Siblot P. et Verine B. (éd.), 2001. 2.Voir en particulier Kerbrat-Orecchioni 1990, 1992 et 1994, Goffman 1967/1974. 3. Pour la praxématique, un texte est « une suite (d’énoncés oraux ou écrits posés par leur producteur – et destinés à être reconnus par leur(s) destinataire(s) – comme un ensemble cohérent progressant vers une fin et parvenant à constituer une complétude de sens » (J.-M. Barbéris, articleTexte / textualité, in Détrie C., Siblot P. et Verine B., éd., 2001). La notion d’actualisation textuelle permet d’appréhender en particulier les règles d’organisation des séquences textuelles, la gestion thématique, la façon dont se construit, dans sa dimension textuelle, la subjectivité, et la vision orientée, sur la base de l’expérience sensible, que tout texte institue. C. Kerbrat-Orecchioni utilise aussi le mot, dans le cadre de l’analyse interactionnelle : elle souligne que « toute interaction verbale peut être envisagée comme une suite d’événements dont l’ensemble constitue un “texte", produit collectivement dans un contexte déterminé. Dans cette perspective, la tâche de l’analyste consiste à dégager les règles qui sous-tendent la fabrication de ce texte » (1992 : 9).
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