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De la parole à l'écriture en Afrique

De
256 pages
Les contributeurs tentent une théorisation de glissement qui permet de cheminer de la parole à l'écriture chez l'Africain dans l'espace conflictuel de la (post)modernité, en proposant des communications sur l'Otage de Faustin Mvogo. C'est une attitude de questionnement des rapports de plus en plus ambigus entre le roman et la réalité en Afrique. Voici une illustration des nouveaux rapports entre la société du texte, la société de l'auteur et le texte social.
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Marcelline Nnomo Zanga (ed.)
DE LA PAROLE À L’ÉCRITURE EN AFRIQUE
Lettres camerounaises
De la parole à l’écriture en Afrique
Lettres camerounaises Collection dirigée par Gérard-Marie MessinaLa collectionLettres camerounaisesl’avantage du positionnement présente international d’une parole autochtone camerounaise miraculeusement entendue de tous, par le moyen d’un dialogue dynamique entre la culture regardante – celle du Nord – et la culture regardée – celle du Sud, qui devient de plus en plus regardante. Pour une meilleure perception et une gestion plus efficace des richesses culturelles du terroir véhiculées dans un rendu littéraire propre, la collection Lettres camerounaises s’intéresseparticulièrement à tout ce qui relève des œuvres de l’esprit en matière de littérature. Il s’agit de la fiction littéraire dans ses multiples formes: poésie, roman, théâtre, nouvelles, etc. Parce que la littérature se veut le reflet de l’identité des peuples, elle alimente la conception de la vision stratégique. Déjà parus Josiane NGUIMFACK ZEUFACK,Lueur en flamme, 2014. Charles SOH,Ici, ce n’est pas comme là-bas,2014. Paul Emmanuel BASSAMA OUM,Un cheveu sur la soupe, 2014. Alain ABOUNA NOAH,Au-delà des tourments, 2013. Joseph SOP,Une parodie de justice, 2013. Éric ONANA AWOMO,Et si tu étais nègre, Nicolas ?, 2013. Jean André MANGA,Naître fille est-il une condamnation ?,2013. Diane DESCOTEAUX, Gervais de Collins NOUMSI BOUODPA,La luciole attend la nuit pour briller, 2013. Dongmo FEUGAP,Señoratou,2013. Serge NOUKEU,L’herbe n’était pas assez verte ou Nouvelle Afrique, 2013. Albert NDJALA VOUNDI,Le fiel du miel, 2013. Nonyu MOUTASSIE ERARD,Des racines au feuillage, 2013. Georges YOUT,Ça ne gêne personne, 2013. André AYANGMA,Orphelinades, Afrique, Soweto, 2013. Joseph Patrice FOUMAN,Le radeau de l’inconnu, 2013. Leontine LONGBOU FOPA,Appelez-moi Madame Oumarou, 2013. Marius NANYA,Les saveurs de l’Afrique, 2013. Siméon TSEMO,L’homme qui n’avait pas eu de nom, 2013. Kanouo L. Fabrice,Éclats de vie, 2013. François A. NTSAMA,Un nouvel an pas comme les autres et autres nouvelles, 2013. Eustache OMGBA AHANDA,Les fleurs de l’âme, 2013.
Marcelline Nnomo Zanga (ed.) De la parole à l’écriture en Afrique
Du même auteur Lire et comprendreSous la cendre le feu, Yaoundé, Presses Universitaires d’Afrique, 2001 (en collaboration avec Richard Laurent Omgba). La Femme camerounaise et la promotion du patrimoine culturel national, Collectif, Yaoundé, CLE, 2002. La Femme et la libération de l’Afrique, Semaine du MICA, avril 1983. Rupture et transversalité de la littérature camerounaise, Yaoundé, CLE, 2010. © L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02197-3 EAN : 9782343021973
SOMMAIRE Avant-propos ....................................................................................................... 7 En guise d’introduction...................................................................................... 11 L’Otage, l’illustrateur et le lustrateur de la NOLICA.Pabé MONGO............ 17 Une esthétique de la paroliture.Joseph NOUMBISSI WAMBO.................. 35 Référentialité et ecriture : lecture géocritique deL’Otage,Eulalie Patricia ESSOMBA........................................................................................................ 53 Mise en faisceau des mécanismes de référenciation.Edgard Claude AKONO69 Dénomination et onomastique : la nominalisation.Pierre Paulin ONANA ATOUBA.......................................................................................................... 87 Une écriture réaliste.Marie Monique MBALLA.......................................... 109 La débrouillardise comme paradigme définitoire de la modernité camerounaise. Raphaël NGWE............................................................................................. 129 Paradigme actantiel et dynamique d’hypertextualité : une étude de « l’agent » Tara au prisme de l’intertexte biblique.Pierre Suzanne EYENGA ONANA............147 L'anecdote ou le décryptage sans complaisance de la société camerounaise. Marie-Rose ABOMO-MAURIN..........................................................716......... Le héros « problématique » face à l’adversité.Evelyne NONGA.................. 181 Le personnage féminin et la fraude.Elise Nathalie NYEMB........................ 199 La tentation de l’absurde.Clément DILI PALAÏ.......................................... 211 Représentations sociopolitiques postcoloniales de l’Etat en Afrique et narration de la nation.Gérard-Marie MESSINA........................................................ 221 En guise de conclusion .................................................................................... 235 La folle écriture de l’espoir,entretien avec Faustin Mvogo ........................... 239 Mot de sympathie de MonsieurJean-Louis ROY.......................................... 248
AVANT-PROPOS
De l’avis même de Gaëtan Picon, « l’œuvre d’art, et singulièrement l’œuvre littéraire, ne s’impose pas seulement comme un objet de jouissance ou de connaissance ; elle s’offre à l’esprit comme objet d’interrogation, d’enquête, de perplexité »(L’Ecrivain et son ombre, Gallimard, 1953, p.11). De la sorte, l’écriture, essentiellement «morale des formes» au sens barthésien de cette expression, se révèle comme un fait social qui peut agir sur les fondements de la société.
Amorçant une réflexion à ce sujet, Sartre soutient que «l’écrivain est toujours, qu’il le veuille ou non, « dans le coup ». Il ne peut écrire sans prendre parti sur le monde où il vit» (Qu’est-ce que la littérature, Gallimard, 1948). Par-delà sa dimension ludique, sa fonction mathésique (champ des savoirs), son aspect mimétique (reflet diffracté d’une réalité observable), l’œuvre d’art s’appréhende également comme unesemiosis, c’est-à-dire, un jeu de signes qui se prête à une interprétation. Elle peut donc, par la force des mots, contribuer à redire les maux auxquels se bute l’existence humaine, par une thérapeutique toujours nouvelle, celle qui consiste à postuler un monde neuf, différent du vieux monde nôtre. Voilà qui justifie la vision «piconnienne »de l’œuvre littéraire dans le champ de l’herméneutique : « …dès qu’elle rencontre un regard, elle appelle irrésistiblement la conscience critique: celle-ci l’accompagne comme l’ombre suit chacun de nos pas » (idem, p.11).
Mu par ce postulat, un groupe de chercheurs et d’enseignants-chercheurs cède à l’impératif de rendre un vibrant hommage à un des leurs, tombé sur le champ de bataille. Il s’agit de Charles Belinga B’Eno, rentré très tôt dans la gloire de la céleste éternité. C’est lui qui, couché dans son lit d’hôpital au CHU de Yaoundé, avait cru de bon ton de mobiliser ses collègues dans la perspective de tenter de restituer ne fut-ce qu’un pan de la teneur sémique du roman L’Otage deFaustin Mvogo qu’il avait lu et adoré. A dire vrai, c’est lui qui se situe en amont de ce projet d’exégèse pensé et mis en œuvre quelques jours seulement avant sa disparition funeste. «Mon Bo», ainsi que l’appelaient nombre de ses beaux-frères (son épouse est du département de la Lekié au Cameroun), quoique grand spécialiste de littérature orale au sein du Département de Littérature et Civilisations Africaines (LCA), venait d’afficher son penchant pour les Belles Lettres (Belinga comme Belles Lettres), sans toutefois se laisser prendre en otage par une quelconque orientation littéraire.
Un salut fraternel donc à Charles Belinga B’Eno qui eut l’initiative de ce projet et l’a porté jusqu’à sa mort. Que, depuis le monde d’outre-tombe où il communie avec les esprits tutélaires de ce monde des vivants, il reçoive la publication de ce collectif comme un signe de reconnaissance de la part des
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collègues et un hommage rendu à cette intelligence époustouflante dont il éclairait les esprits. Il est un paradoxe qui caractérise les génies : ils ne meurent jamais parce qu’ils meurent très tôt car, à la différence du commun des hommes, ils n’ont besoin que de quelques jours sur terre pour marquer l’histoire de leur empreinte indélébile. Charles Belinga B’Eno a laissé une œuvre 1 inachevée , mais cette œuvre déjà significative, célébrait la vie dans la beauté de ses contradictions et explorait poétiquement les couloirs des traditions africaines pour en dévoiler les charmes. On comprend donc que ce collectif hérite de qualités exceptionnelles de son initiateur. La pétulance scientifique, la pertinence épistémologique, la pugnacité des analyses, et surtout la prégnance méthodologique, participent de l’originalité du présent ouvrage critique en sa mémoire. Celui-ci se caractérise par une approche holistique dont je ne préciserai que deux aspects fort significatifs. Le premier est relatif à la date récente de parution de l’ouvrage: 2012; l’immédiateté du travail exégétique est révélatrice. Le deuxième, relève de la qualité intrinsèque des contributions qui embrassent allègrement les domaines aussi riches que variés des sciences littéraires et humaines: référentialité, référenciation, dénomination et nominalisation, écriture réaliste, dynamique actantielle, genre, représentations sociopolitiques postcoloniales, sans oublier une thématique qui se veut le reflet de la quotidienneté camerounaise et africaine : débrouillardise, fraude, anecdote, adversité, absurdité … Qu’il me soit permis de saluer à sa juste valeur cette initiative heureuse qui confirme, après d’autres, le grand retour du Département de Littérature et Civilisations Africaines, fleuron de la création et de la critique littéraire africaines et africaines-américaines, au grand banquet cognitif des savoirs: savoir être, savoir vivre, savoir faire, mais également savoir dire, et ainsi, participer à l’inscription du littéraire dans les seuils de l’éternité, dans une dynamique heuristique. Car enfin, dira encore Barthes, «une œuvre est « éternelle »,non pas parce qu’elle impose un sens unique à des hommes différents, mais parce qu’elle suggère des sens différents à un homme unique, qui parle toujours la même langue symbolique à travers des temps multiples: l’œuvre propose, l’homme dispose » (Critique et vérité, pp.51-52). Ainsi en est-il deL’Otage,dont le décryptage savoureux sous le titreDe la parole à l’écriture,révèle le Cameroun et le monde. Entre « le plaisir du texte » et la prescription de cet ouvrage comme panacée à une éventuelle crise anorexique intellectuelle d’un lecteur, il faut souhaiter
1  Ledisparu est l’auteur d’un recueil de poèmes (Chantanges) et d’une pièce de théâtre (Le Pacte : drame mythologique en cinq actes, Paris, L’Harmattan, 2007).
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bon vent au Département de Littérature et Civilisations Africaines dont on constate, sauf myopie volontaire, le dynamisme scientifique. Marcelline Nnomo Zanga
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