De la Presse périodique, moyen de la rendre libre et sans danger, par J.-B. Blanchard

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impr. de Verhlac (Brive). 1864. In-8° , 11 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1864
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DE LA
PRESSE PERIODIQUE.
MOYEN DE LA RENDRE LIBRE ET SANS DANGER.
Par J.-B. Blanchard.
Non gloria nobis
Sed utilitas
Les moyens les plus simples sont souvent ceux
dont on s'avise le moins.
On n'arrête pas le genre humain dans sa mar-
che; mais on peut éclairer sa route, c'est le de-
voir de la Presse.
Le meilleur moyen de contenir la Presse est de
la combattre sur son propre terrain, aux yeux de
ses propres lecteurs.
Une bonne réfutation vaut mieux qu'une ré-
pression.
La discussion étant plus libre, plus large, plus
loyale, plus complète, le public mieux instruit ju-
gerait mieux parce qu'il jugerait en pleine connais-
sance de cause.
Ce serait l'exactitude et l'HONNÊTETÉ du compte-
rendu systématiquement appliquées au redresse-
ment des faits, a la discussion des doctrines, etc.
— Rien de plus, rien de moins.
La Presse se rectifiant ainsi d'elle-même pour-
rait être libre et sans danger.
Elle y gagnerait en considération ; l'intérêt du
journal s'en accroîtrait ; et l'ENTREPRISE n'au-
rait rien a y perdre, car, affranchis de toute en-
trave, les journaux pourraient recevoir en outre
quelques immunités sur les droits de timbre et de
poste qu'ils payent.
BRIVE,
IMPRIMERIE JULES VERHLAC.
Janvier 1864.
DE LA
PRESSE PÉRIODIQUE.
MOYEN DE LA RENDRE LIBRE ET SANS DANGER.
Le projet sur lequel nous prenons la liberté d'appeler l'atten-
tion, avait été soumis au Gouvernement et à l'Assemblée Législa-
tive en mai 1819 , époque de sinistre mémoire. Les circonstances
étaient alors d'une gravité extrême. On se disait avec anxiété : où
est la main puissante qui retiendra la France et la Société violem-
ment penchées sur l'abîme ?
La société acte heureusement replacée sur sa base,et la France
est devenue, grande, forte , prospère et prépondérante.
Mais la situation n'en est pas moins encore fort tendue. Il suffit
pour s'en convaincre de voir tout ce qu'il y a autour de nous de
causes d'agitation, de désordre peut-être. Si la tribune et la presse
soufflent à l'envi sur cet amas de matières inflammables, il en
peut résulter un vaste embrasement.
Que faire? — Restreindre ou entraver encore la liberté de la
Tribune et de la Presse?— Non.
Le remède est ailleurs, il est plus simple, plus conforme à
l'esprit de nos institutions , aux nécessités du temps.
Ce que nous disions sur ce sujet en 1849, nous pouvons le ré-
péter aujourd'hui.
Le temps marche, les circonstances se modifient, l'homme ne
change pas. Ses passions, ses tendances se manifestent plus ou
moins, selon la situation : mais elles sont toujours les mêmes.
En France particulièrement , l'esprit d'opposition, — qu'on
pourrait appeler l'esprit français , — ne sommeille pas.
Quant aux partis, au milieu de tous nos bouleversements, l'espoir
ne les abandonne jamais. Ecrasés aujourd'hui, ils espèrent pou-
voir se relever demain.
Or, de l'espfit d'opposition et de l'esprit de parti, l'auxiliaire
le plus actif, le plus puissant et le plus dangereux, c'est incon-
testablement la Presse, et dans la presse, le Journal qui en est la
forme la plus saisissante et la plus vive.
L'influence de la presse n'a pas besoin d'être démontrée. C'est
en raison de cette influence que l'opposition et le Pouvoir s'en
disputent la direction.
Il est bien entendu que, parvenue au pouvoir, l'opposition ne
manque pas de trouver bon ce qu'elle blâmait et de lé tourner
à son profit.
Nous venons de lire la discussion qui a eu lieu au Corps Législatif,
dans sa séance du 21 janvier 1861. M. Jules Simon , qui, dans
— 4 —
cette question brûlante et ardue, paraît avoir été l'organe de son
parti, a attaqué le décret du 17 février 1852 d'où sont sortis les
innocents communiqués, les capricieux avertidsemens et ces sus-
pensions et suppressions de journaux, qui ruinent l'entreprise d'un
journal, et enlèvent leur pain à de nombreux ouvriers.
La conclusion aboutit nécessairement à la liberté illimitée de
la presse. — C'était aussi jadis, comme chacun sait, la terminai-
son obligée de tous les votes de ce brave maréchal Bertrand , de-
venu député après la révolution de Juillet 1830.
Tout cela est dans la position, et n'a rien qui doive surpren-
dre. Seulement, il est permis de s'étonner de la source où
M. Jules Simon puise ses arguments. Sa plus grande autorité, c'est
Napoléon Ier.
Napoléon Ier, que l'impitoyable loi de la nécessité avait fata-
lement condamné au despotisme, Napoléon Ier est présenté
par M. Jules Simon comme un chaud partisan de la liberté de la
presse.
« Tout tremblait, tout se taisait devant lui, dit M.Jules Simon,
— (ce qui ne prouve pas qu'il pratiquât la liberté ). — Quand le
colosse tomba foudroyé, le premier reproche que lui adressa
l'assemblée la plus abjecte , celle qui l'avait le plus encensé ,
fut d'avoir anéanti la liberté de la presse.
» Quand Napoléon revint de l'île d'Elbe, son premier mot fut :
la liberté de la presse :
' » Et dès le 8 mai 1802, l'Empereur, présidant le conseil
d'Etat, prononçait ces paroles : « Il convient de laisser chacun
développer ses idées, fussent-elles extravagantes »
» L'Empereur citait des exemples. Pensant à la religion, il
ajoutait: « Qu'on laisse donc écrire librement sur la religion,
pourvu qu'on n'abuse pas de cette liberté pour écrire contre l' Etat. »
« A Ste-Hélène, ajoute M. Ollivier, il dictait cette parole : que
la liberté de la presse est un fait nécessaire et dans les idées Napo-
léonniennes. »
Langage de position, comme nous l'avons dit. Liberté pour nous,
contre vous-mêmes au besoin , mais contre-nous, jamais. Au
pouvoir, dans l'opposition, dans les partis, l'homme est partout
le même, parlant, écrivant, agissant pour lui et pour les siens,
pour les autres, jamais, ou bien rarement. Les exceptions sont en
effet bien rares.
" Si on me demande, dit M. Jules Simon qu'elle est ma doc-
trine, ma pensée , la voici: Je voudrais pour la presse la plus
grande liberté possible. Je ne crois même pas à la nécessité de
lois spéciales pour la presse. Il y a deux choses auxquelles je
je crois , ces deux choses sont : la puissance de la vérité et la
puissance du code pénal. »
Nous aimons mieux la conclusion que les arguments qui y con-
duisent.
La puissance de la vérité ! Le triomphe de la vérité! C'est aussi
ce que nous demandons. Mais ce triomphe, comment l'assurer ?

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