De la réforme de l'enseignement supérieur et des libertés universitaires (2e édition) / par Charles Schützenberger,...

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G. Masson (Paris). 1876. 1 vol. (125 p.) ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1876
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L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
ET DES
LIBERTÉS UNIVERSITAIRES
TYPOGRAPHIE liAHUHE
ttuo do Flcurtia, 0, à Taris
DE LA RÉFORME
DE
L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
\ ET DES
LIBERTÉS UNIVERSITAIRES
l'Ait
CHARLES SCHUTZENBERGER
CnOFESSEUH EN HETRAITE DE L'ANCIENNE FACULTÉ DE MÉDECINE
DE sTiusnouno
DEUXIÈME ÉDITION
PARIS
G. MASSON, ÉDITEUR
LIDRAIltE DE L'ACADÉMIE DE MEDECINE
1876
A LA MÉMOIRE DE MON FRÈRE
FRÉDÉRIC SCHUTZENBERGER
ANCIEN MAIRE ET DÉPUTÉ DE STRASBOURG"
AVANT-PROPOS ;
DE LA DEUXIÈME ÉDITION,
La question do l'enseignement a rarement été mise à
l'ordre du jour do l'opinion pour elle-mêmô et simplement
en vuo de mettre en évidence ou do discuter les moyens
les plus capables d'élargir la base ou d'élever" le niveau
de l'instruction publique; ~- c'est, mallioureus?mcnt,
plutôt aux époques les plus troublées, en vue d'intérêts
politiques, que l'on s'en est occupé. — C'est triste à dire;
mais la vérité est que dans les luttes passées cl présentes, '
il s'est agi beaucoup trop pou do discuter les voies les
plus sûres, do rccberclicr et d'appliquer les réformes, les
améliorations et les méthodes les plus efficaces pour arri- '
ver li une plus grande extension et à. un degré plus élevé
de la culture intellectuelle do lu nation française. — La
principale question a trop souvent été celle de savoir quel
purti politique disposera de l'enseignement et pourra, û
son gré, le transformer en un instrument de règne, d'in-
iluenco ou do domination, et cela, au risque de frapper
l'avenir national de vice ou d'arrêt de développement. —
1
Tello était déjà, au fond, la situation quand, peu de mois
avant la désastreuse guerre do 1870, je publiai ces pages
sur fa Réforme de l'enseignement supérieur et les libertés uni-
versitaires;— c'était un appel à l'opinion en vue d'une
réforme régulière et pratiquo, rendue nécessaire par
notre infériorité flagrante dans toutes les brandies de
l'instruction publique. — Comme membre du corps en-
seignant, je crus alors de mon dovoir d'apporter mon
faible contingent d'expérience et d'idées à une réforme
évidemment urgente. Ces idées n'eurent pas le temps de
se faire jour, elles se sont perdues dans les nuages do la
fumée des canons de Froeschwillcr et do Sedan. Quand, '
après de grands désastres, la France mutilée se re-
trouva libre de sa destinée, la question du haut ensei-
gnement reparut de nouveau; elle fut discutée à la
dernière beurc d'une Assemblée mourante, en vue, disait-
on, d'uppuyer sur une base solide le relèvement intellec-
tuel et moral do la France(l). — La solution intervenue
atteindra-t-elle au but? Cela peut paraître bien douteux;
il est plus certain que lu loi dite de l'enseignement,
volée au pas de course de la retraite, n'apparaît pas
comme une mesure législative sage et mûrie. — La vérité
est qu'en fait de réforme de renseignement supérieur cl
de libertés universitaires, la Franco d'aujourd'hui, erH876,
a des universités catholiques de plus et que rien du reste
n'est changé dans l'ancien ordre universitaire. — En fait
d'enseignement supérieur, c'est une situation nouvelle sans
doute; mais elle n'est certes pus meilleure, du point de vue
scientifique, que celle do 1870 ; elle n'élève et ne peut éle-
ver en rien, absolument en rien, le niveau des études dans
les institutions do l'État; elle leur crée une concurrence
sans doute; mais il n'est rien moins que certain que cela
— 3 —
soit au profit do la science, do sa diffusion plus grande ou
de son plus rapido développement. Et, u cola, la collation
des grades, qu'elle se fasse par l'État ou par des jurys
mixtes, no pourra porter qu'un remède absolument inef-
ficace, tant quo l'ancienne situation se maintiendra dans
les institutions mêmes de l'État.
Il nous parait impossible que les fils do la France mo-
derne no fassont pas un vigoureux effort pour rentrer en-
fin dans une voie do progrès réel en inaugurant, dans le
systèmo de l'instruction publique à tous les degrés, dans
les institutions de l'Etat surtout, une réforme sagement li-
bérale, conçue, discutée et exécutée par des hommes d'État
et non plus a l'aide de coups do majorité do hasard, par
des partis hostiles et irréconciliables. — Il nous parait
impossible que le corps universitaire lui-même no s'éveille
pas do sa torpeur et laisse tout faire, toutpassci, avec l'in-
différence de fonctionnaires sans responsabilité et sans ini-
tiative. — Il nous parait impossible, enfin, que l'esprit
public ne cherche pas à s'éclairer et no s'émeuve pus
quund il s'ugit du plus grand intérêt des temps modernes.
— Le développement intellectuel et scientifique, l'exten-
sion et l'élévation de l'instruction, à tous les degrés re-
présentent, en effet, la meilleure part de la force et de lu vé-
ritable grundeur des nations. — Une oeuvre do relèvement
de cette nature exige le concours de tous les esprits éclai-
rés. — C'est un devoir do tous d'y contribuer dans leur
sphère d'action, duns la limite de leurs forces et de l'af-
fection qu'ils portent u lu Franco. — C'est a ce titre qu'il
est sans doute permis u un fils de l'Alsace de redire,
en 1870, co qu'il u déjà dit en 1870.
En remettant on circulation quelques idées sur lu ré-
forme de renseignement universitaire et ses libertés néecs-
saires, j'ai obéi à l'appel de quelques amis et plus encore
à l'ardent désir d'êtro utile encore à la France.
Je livre aujourd'hui au publie ces pages telles qu'elles
ont été écrites en 1870, sans changement aucun. — Je
n'ai rien à rétracter, rien & retrancher, et je n'y ajoute
rien; car je ne suis plus aujourd'hui qu'un exilé dans
ma patrie restreinte et je ne veux pas mêler ma voix à la
lutte des partis qui s'agitent en France; mais j'ai encore
le droit et le devoir de reproduire quelques vérités que je
crois, plus que jamais, utiles au relèvement de la vie
intellectuelle universitaire et scientifique d'une grande et
noble nation.
>
DE LA RÉFORME
DE
RENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
ET DBS
LIBERTÉS UNIVERSITAIRES
Depuis quelque temps déjà la question du haut ensei-
gnement préoccupe l'opinion ; on peut considérer ce fait
comme un signe do bon augure pour l'avenir du pays.
11 dénote en effet que l'esprit public sent instinctivement,
ou qu'il comprend combien la gloire, la dignité et la force
nationales sont intéressées à la direction de l'instruction
supérieure. Les peuples barbares et les nations en déca-
dence sont seuls indifférents aux institutions qui règlent
l'avenir scientifique de leur pays. - ' ■
Le mouvement d'opinion qui a remis en France la ques-
tion du haut enseignement a l'ordre du jour a été digne-
ment et largement secondé par la sollicitude do l'ancien
ministre do l'instruction publique. M. Duruy a fait une
enquête approfondie sur la situation de l'instruction supé-
rieure d l'étranger. Des missions importantes ont été con-
fiées ii des hommes d'une incontestable valeur. — M. Jac-
— 6 —
coud, dès 1804, a été chargé d'étudier l'organisation des
Facultés de médecine en Allemagne. Plus récemment,
M. Wurtz, doyen de la Faculté do médecine de Paris, a
rendu compte de la situation des institutions scientifiques
et des laboratoires des pays d'outre-Rhin. Les écoles des
États-Unis d'Amérique ont été explorées par M. de Val-
court, et M. Le Fort a fait connaître les institutions médi-
cales et scientifiques de l'Angleterre. Des travaux impor-
tants ont été publiés par M. Lorain sur la réforme do l'en-
seignement par la création de laboratoires. M. Hildenbrand,
dans la Revue moderne^ a traité également des réformes de
l'enseignement supérieur; MM. Laboulayc et' Henan ont
discuté avec une grande supériorité plusieurs des questions
que soulève la situation du haut enseignement en France
M. Pouchct a exposé dans un important article de la Revue
des Deuoe Mondes l'organisation des Universités allemandes,
et tout récemment, dans le môme recueil, M. Albert Du-
ruy a publié sur lu liberté de l'enseignement un article qui
révèle les tendances les plus libérales.
Une riche moisson d'observations a été mise a la dispo-
sition de l'administration. Elle est donc en mesure de com-
parer la situation du huut enseignement en France avec
celle des Universités étrangères. 11 semble que le résultat
de cette comparaison n'a pus été jugé défavorable par lo
dernier ministre de l'instruction publique. Dans son rap-
port ù l'Empereur, do 1808, M. Duruy conclut, en effet,
« qu'en dehors de l'enseignement médical, il ne semble
pus pour le moment que l'organisation de noire enseigne-
ment supérieur exige de grandes réformes. L'édifice est
ancien, dit M. lo ministre, mais il est solide en ses assises;
il n'y faut que des appropriations pour des nécessités nou-
velles. »
Il nous parait douteux, cependant, que rétablissement
de quelques laboratoires de recherches, et la création d'une
École pratique des hautes études scientifiques ù Puris, car
ce sont là les seules réformes accomplies, puissent suffire •
pour replacer les institutions scientifiques françaises au
niveau des institutions étrangères, et pour leur faire repren-
dre la primauté qu'elles ont longtemps occupée. On peut
se demander si le mul qui nlanguit les recherches et les
travaux scientifiques 4ans la sphère du haut enseignement
n'a pas des racines plus profondes, et si l'organisation
universitaire elle-même, telle qu'elle s'est produite et dé-
veloppée en France par l'exagération abusive du principe
de centralisation autoritaire, ne porte pus, en grande par-
tic, la responsabilité d'une situation qui n'est pas absolu-
ment rassurante pour l'avenir.
Quunt uu projet de loi sur l'enseignement qui, dit-on,
serait u l'étude, nous ne savons dans quel sens il sera for-
mulé par les successeurs de M. Duruy.
Nous ne connaissons pas lu portée des réformes proje-
tées, et nous ignorons duns quel esprit ces réformes seront
conçues. Des projots vaguement annoncés no peuvent pas
être l'objet d'un examen sérieux. Il importe cependunt,
dès aujourd'hui, de discuter certains principes. Déjà ils
, divisent les esprits; on se passionne pour ou contre l'in-
tervention de l'État, pour ou contre la liberté de l'ensei-
gnement, suns préciser les limites et le mode d'application
de ces principes. 11 ne faut pas que l'opinion publique et
celle du corps enseignant soient prises uu dépourvu et se
laissent entraîner pur de vagues formules. 11 est urgent
aussi de se rendre compte des vices de l'organisation ac-
tuelle cl de signaler dans quel esprit devraient être conçues
les réformes pratiques qu'elle réelume.
.,8 —
De l'intervention de l'État et du principe de liberté
dans l'enseignement supérieur.
C'est à tort, selon nous, que l'on oppose, sans restric-,
lion, le principe do l'intervention do l'État qui régit nos
institutions universitaires au principe de la liberté de l'en-
seignement; c'est .u tort que l'on voudrait faire admettre
l'un comme absolument bon et rejeter l'autre comme ubso-
lument mauvais. Us ont l'un et l'autre leurs nécessités,
leurs avantages, leurs inconvénients et leurs dangers. Leur
influenco dépend bien moins do leur valeur intrinsèque
et abstraite que do l'opportunité et du modo do leur appli-
cation dans lo milieu social qu'ils sont appelés ù régir. Ils
n'ont, du reste, rien d'inconciliable. L'union des forces
individuelles et des forces collectives, lo concours des par-
ticuliers, des associations libres, des communes, des pro-
vinces et de l'État sont, au contraire, indispensables quand
il s'agit d'un des plus graves intérêts de lu société civilisée,
de la transmission des connaissunecs acquises et de leur
accroissement progressif.
L'étude comparée des institutions universitaires des dif-
férents pays démontre que les deux principes que l'on
met, a tort, en opposition ont presquo toujours trouvé
une application simultanée. L'extension donnée ù chacun
do ces principes dépend surtout de l'état de civilisation
plus ou moins avancé des peuples, du plus ou moins de
lumières et d'esprit d'initiative des citoyens, du dévelop-
pement historique des institutions générales dont l'ensem-
qle forme lu constitution des États, et du modo d'évolu-
tion des institutions universitaires elles-mêmes.
-Or-
Tout d'abord.le droit de l'Etat d'intervenir dans la di-
rection de renseignement supérieur nous parait incontes-
table. L'enseignement supérieur, on effet, répond, à un
intérêt social do l'ordre le plus élevé. U a porr mission
de conserver la tradition et d'assurer en même temps le
progrès des hautes études littéraires et des recherches
scientifiques. Personne ne saurait contester au pouvoir
social le droit de sauvegarder et d'assurer cet élément es-
cssentiol do lu civilisation moderne. L'intervention do
l'Etat est ici non-seulement un droit, elle est un impérieux
devoir.
Quelles doivent être les limites do cette intervention?
Telle est toute la question. Ces limites, nous l'ayons déjà
fait pressentir, n'ont rien d'immuable. Dans les pays
absolutistes, où le citoyen ne peut rien et n'est rien, où
lo peuple n'a point d'initiative, où la raison publique est
peu éclairée, la diffusion scientifique bornée, où l'esprit
• d'association n'existe pas, le gouvernement devient une
espèce do Providence, dont l'intervention peut seule ga-
rantir les intérêts élevés de la science. Dans de telles con-
ditions, lu liberté de renseignement, uussi bien que l'ubun
don par l'État des mesures d'hygiène publique, des insti-
tutions d'enseignement et d'assistance médicale, entraîne-
raient les conséquences les plus déplorables; ce serait
l'insuffisance, le néant; ce serait le désordre et lu licence
sans contre-poids; ce serait, en fait d'enseignement et
d'exercice de la médecine par exemple, lu sunté publique et
privée livrée uu hasard, u toutes les spéculations honteuses
du charlatanisme, il toutes les pratiques désustreuses de lu
superstition et de l'ignorance.
Avant les tentatives d'enseignement et d'organisation
médicale des gouvernements égyptien et turc, la liberté
d'enseignement des sciences médicales et do l'art do guérir
étaient, complètes dans co pays, L'intervention do l'État ne
gênait on rien l'influence utilo quo l'on attribuo n tort,
d'uno manière trop absolue, a des principes abstraits. Qu'a
prodUit,'quo pouvait produire la liberté la plus illimitéodans
le milieu social de l'Orient? l'État seul était en mesure de
réaljser quelqiio bien, et c'est uno de ses gloires de l'avoir
fait.
De la liberté d'enseignement en Amérique.
Le principo de liberté, qui, en Egypte et en Turquie,
n'est favorable qu'à l'ignorance, au fanatisme ou à la
peste, a, par contre, plus d'avantages peut-êtro que d'in-
convénients aux États-Unis d'Amérique. Là, un peuple
viril, actif, intelligent, doué do beaucoup de bon sens,
éclairé par une instruction générale largement étenduo,
est habitué à so suffire a lui-même; il comprend ses inté-'
rôts, attend tout de sa propre initiative et demande peu au
gouvernement. Quand les efforts individuels sont insuffi-
sants, il sait trouver dans l'association un puissant instru-
ment qu'il manie avec l'habileté de l'habitude. Disséminés
sur un immense territoire, les membres du corps social
ont une grande indépendance. L'administration n'est pas
centralisée ; le pouvoir social est fractionné. Si, en fait
d'enseignement scientifique, il est un milieu favorable au
principe de liberté et contraire à celui de l'intervention d9
l'État, c'est l'Amérique du Nord. Mais, en Amérique
même, l'abstention du gouvernement n'est pas absolue.
L'enseignement supérieur n'est pas complètement livré à
l'abandon et à l'initiative individuelle. Les institutions
consacrées aux hautes études littéraires et scientifiques,
*- Il - ' •'■ ,•
aux études do théologie, do droit et de médecine, portent;.
comme en Allemagne, le nomd'Universités, Or il y adeB
Universités d'État et des Universités à peu près libres,
a Les Universités d'État, dit M; do Vnlcourt (Rapport sur
« les institutions médicales auoe États-Unis de l Amérique du
« Nordy p. 10), existent dans les nouveaux États, où des
« concessions de terres ont été faites par le gouvernement
« à leur profit; c'est ainsi que, dans le Michigan, le Vis-
ce consin, l'Iowa, l'Alabama, le Mississipi, des étendues
« considérables de terrain ont été vendues pour subvenir
« on grande partie aux dépenses de ces établissements. »
Le gouvernement de ces États naissants a compris que des
institutions de haut enseignement no pouvaient ni se créer
ni se développer sans appui matériel, sans secours, sans
subvention. Tout en laissant une grande liberté h l'initia-
tive des corps enseignants, les gouvernements d'États leur
assurent au moins les ressources matérielles indispensables
à leur fondation, Ailleurs cependant, et notamment en ce
qui concerne l'Université de New-York, l'intervention de
l'État est très-restreinte. Cette intervention, dit M. de Val-
court, « se borne à une surveillance généralo exercée sur
« le corps enseignant, sur les finances, les études et. le
« choix des livres ». Cetto surveillance est confiée à un
certain nombre de régents élus par la Législature sur la
proposition du gouvernement de l'État. Ils sont chargés
de faire à la Législature un rapport annuel sur la situation
de l'instruction publique; mais leur pouvoir est plutôt
nominal que réel.
L'enseignement médical aux États-Unis se donne soit
dans des Écoles spéciales de médecine rattachées à des
Universités d'État, soit dans des Écoles entièrement libres
instituées par des savants et par des médecins associés en
- 12 —
corps ensoignants, quo subventionnent des Sociétés, des
villes, des legs, des fondations.
L'onsoignomont supériour et professionnel n'est, du resto,
rion moins quo gratuit, ot la rétribution dos élèves donne
un appoint suffisant pour nssuror, d'une part, aux profes-
seurs une oxistonce largo et honorablo, et, d'autro part,
pour maintenir lo matériel à la hauteur d'un enseigne-
ment scientifique et pratiquo supérieur, et pour fournir ù
la scienco les élémonts nécessaires ù ses progrès.
Les Écoles constituées sont autonomes. Co sont des or-
ganismes qui vivent do leur vio propre Créations sponta-
nées do la libre iniliutivo, elles ont élaboré, modifié, per-
fectionné elles-mêmes leur organisation. C'est ainsi quo,
d'après M. doValcourt, la prcmiôro Faculté do médecine
fut librement fondéoà Philadelphio par deux médecins, les
docteurs William Shippon et John Morgan. Après avoir
fait leurs éludes en Angleterre, ils revenaient dans leur
patrie, munis d'uno autorisation do Thomas Penn, pro-
priétaire de la Pcnsylvanio. L'inauguration do l'Écolo out
lieu en 17G5; l'École fit son propre règlement d'études,
en partie d'après lo modèle des institutions anglaises.
L'organisation do l'École de Pcnsylvanio fut a son tour
imitée par les institutions de haut enseignement qui so
développèrent librement dans les autres contres do popu-
lation. Cette organisation, sans être uniformo, répond assoz
généralement au besoin des hautes études scientifiques et
pratiques. On peut voir, dans l'intéressant travail do M. de
Valcourt, do quels éléments se compose uno Faculté aux
Etats-Unis, et comment elle fonctionne en dehors de l'in-
tervention do l'État. Voici co qu'il dit do l'Université dé
Boston :
La Faculté est sous la direction d'un doyen élu annuel-
13 -'
lemont par uno assombléo do profossoursjcodoyen a pour
attribution la surveillance supôriouro do la Faculté, la ré-
coption dos thèses, lo visa des diplômos ot généralement
touto la conduito dos affaires. A côté du doyon siège quel*
quofois un autro professour chargé do la présidence dos
séances do la Faculté. Chaque professour doit s'occuper
uniquement do l'enseignement qui lui est dévolu. Lo sujet
des leçons doit êtro approuvé par, la Faculté. A chaque
professour sont attachés des professeurs adjoints, tenus do
so conformer au programmo qu'il leur traco, Il existe en
outre des professours spéciaux, nommés d'office pour cinq
ans seulement, qui doivent so borner strictement & la
branche des sciences formant l'objet de leurs cours; enfin,
des professeurs agrégés sont nommés également pour cinq
ans, et sont placés sous la direction dos professours
titulaires, qui déterminent la naturo do leurs occupa-
tions.
. Des répétiteurs sont nommés chaque année h la séance
d'ouvorture, sur la proposition des professeurs; il no peut
y avoir plus d'un répétiteur pour chaque branche do l'en-
seignement ; enfin, des docteurs, auxquels on donno le
nom d'university lecturers) sont autorisés a faire dos lec-
tures pendant uno année seulcmont sur des sujets spéciaux.
Les professeurs titulaires reçoivent la majeuro partie des
rétributions versées par les étudiants ; les professeurs ad-
joints sont peu payés; quant aux docteurs autorisés h, faire
des cours, leurs leçons sont généralement gratuites. Toutes
les Écoles de médecine n'ont pas uno'organisation aussi
compliquée; il en est beaucoup qui no réunissent point
les trois dernières catégories de professeurs. Quant au
nombre et à la diversité des chaires, les Écoles d'Améri-
que ne sont pas de beaucoup inférieures aux institutions
do la vieillo Europo. Toutes les branches dos scioncos mé-
dicalos sont largement ot dignomont représentées ; les cours
ot lo matériel généralement à la hauteur do la scionco mo-
derne — L'organisation autonomo des écoles n'a pas om-
pôehô l'unité do direction qui fait la forco ot l'élévation
des éludes ; ello no donno pas seulcmont dp la cohésion ù
un organisme bion constitué, mais ello fait aussi en même
temps uno largo part aux éléments les plus essentiels du
progrès. Ello groupo autour do la corporation enscignanto
uno pléiade déjeunes professeurs adjoints, agrégés, répé-
titeurs, leclurersy qui assuro lo recrutement du corps en-
soignant, ot permet do juger à l'oeuvro la valeur des aspi-
rants au professorat. Lo programmo des cours, les méthodes
d'enscignomont pouvent so modifier toutes les années so-
Ion les exigences et les besoins dont le corps onscignant
est seul jugo; s'il so trompo, s'il s'engourdit dans la rou-
Uno, les écoles rivales plus progressives sont là pour sti-
muler son inortio.
« Les professeurs, dit M. do Yalcourt, no sont pas nom-
ce mes au concours; mais comme la réputation do l'Écolo
« dépend du succès do renseignement, que le nombre des
« élèves est on raison directe du mérito des professeurs,
« que les émoluments du corps enseignant n'ont rien de
« fixe, mais sont uniquement le produit des. rétributions
«scolaires, la Faculté a grand intérêt à se recruter le
« mieux possible, à faire môme, des avantages oxceplion-
« nels à toi professour jouissant d'une grande célébrité.
« D'un autro côté, les savants qui ont uno aptitudo spé-
« cialopour toile ou telle branche des sciences médicales
ce s'y adonnent sans crainte; la multiplicité des Écoles
« augmente le nombre des chaires, et lo professeur assis-
« tant ou kelurer, qui a su faire preuvo d'un réel talent,
— 15 —
« est certain d'êtro appelé jouno oncoro au profossorat par
« l'uno dos Ecoles rivalos, » •
La concurrence a donc pour résultat houroux d'encou»
rager la carrièro professorale et do provoquer uno féconde
émulation entre les membres Uu corps enseignant. L'ubs-
tontion presquo complote de l'État n'a pas empêché l'on*
seignemont supérieur do so constituer on Amérique par
do fortes ot solides institutions; celles qui n'étaient pas
viables sont mortes d'inanition ; celles qui vivont no peu-
vent so maintenir qu'à la condition do no pas déchoir. Lo
progrès incessant est la loi qui, dans co pays do libre con-
currence universitairo, s'impose aux écoles qui no veulent
pas mourir; mais elles sont aussi assurées d'une existence
prospère, celles qui so distinguent par la forco et la supé-
riorité do lour enseignomont.
Co serait certainement aller trop loin que do prétendre
quo les Écoles do haut onseignemont do lajeuno Amérique
atteignent, dès aujourd'hui, lo niveau supérieur des insti-
tutions do la vieillo Europe En fait d'instruction élémen-
taire et secondairo, l'Amérique a dépassé ot do beaucoup,
par la multiplicité et l'importance de ses Écoles, la plu-
part des États européens ; mais les hautes études littérai-
res et scientifiques, ainsi quo ronseignemont supérieur,
n'ont pas atteint lo mémo degré do développement; elles
possèdent néanmoins^ dès aujourd'hui, des institutions
qui fonctionnent avec succès, ot qui portent en elles lo
germe d'une grande vitalité et d'uno active évolution pro-
gressive. Sans doute, les ressources nécessaires au déve-
loppement rapide des institutions do haut enseignement
no répondont pas toujours à tous les besoins; les rétribu-
tions scolaires, les dons, les legs, les associations no peu-
vent pas.produiro ce quo forait l'intervention d'un gouver-
-. 16 —
nement disposant d'un budget régulier et considérable, à
la condition cependant que cos ressources budgétaires no
soiont pas absorbées par d'autres besoins, et que l'État
pût ou voulût consacrer aux hautes études les sommes
nécessaires. D'autro part, la liberté des Écoles et dos étu-
des, mémo en Amériquo, a de grayos et sérioux inconvé-
nients. C'est ainsi quo les garanties do capacité exigées
pour êtro admis aux études do la médecino sont nulles
dans certaines Écoles, qui so contentent, pour l'immatricu-
lation des élèves, d'une rétribution d'argont de 3 à 5 dol-
lars, et du payement des cours, fixé do 120 à 200 dollars
par an. D'autres Facultés imposent, il est vrai, un examen
de latinité et de sciences physiques; mais ces épreuves no
donnent pas do garantie d'aptitude très-sérieuse Le di-
plôme do bachelier es arts, l'équivalent de notre diplôme
do bachelier es lettres, était autrefois oxigé par l'École de
Philadelphie ; cette oxigence est aujourd'hui presquo par-
tout abandonnée. Il est également certain quo les éprouves
pour lo doctorat sont généralement insuffisantes ; les exa-
mens ne sont pas publics; les refus d'admission très-rares.
Le temps de la scolarité est trop restreint. La gnrantio do
capacité scientifique et pratique certifiée par les diplômes,
délivrés au nom des Écoles, n'est donc pas complète. Enfin
l'abstention absolue de l'État, qui laisse entièrement à
l'abandon l'oxorcico de la médecino, crée uno situation
pou digne d'envie — Tout individu diplômé ou non di-
plômé peut pratiquer librement à ses risquos et périls.
Cette liberté professionnelle absoluo expose lo public à
toutes les surprises du charlatanisme le plus éhonté.
L'association des médecins diplômés en corporations
qui défendent par tous les moyens de droit commun leurs
prérogatives et leur dignité, fait seule contre-poids à cetto
- 17 —
liconce, qui paraîtrait oxcessive dans tout autre milieu
social. —Si loprincipo do la liberté d'ensoignomont ot
do la liberté professionnelle absolue n'a pas été impuissant,
si lo principe d'autonomie ot d'indépondanco a pour les
Écoles elles-mêmes de nombreux et précioux avantages, si
la bonno organisation des Écoles, la forco et l'élévation do
leur enseignement trouvent des garanties suffisantes dans
l'intérêt mémo dos corps enseignants librement constitués,
lo porsonnel des praticiens est loin d'offrir les mêmes ga-
ranties do,capacité et do moralité. Dans aucun pays du
mondo, les médicastres no pullulent autant qu'aux États-
Unis.
* Mais dans co milieu do bon sons et d'initiativo indivi-
duelle, les avantages du régime do la liberté prosquo abso-
lue font, jusqu'à un cortain point, contre-poids à cos
graves inconvénients ; car lo public est généralement assoz
éclairé pour distinguer et choisir do préférenco lo méde-
cin digne de co nom ; il rechercho los praticiens diplômés
par des Écoles on renom ou associés à dos corporations
médicales qui n'admettent dans leur sein que des hommes
d'une capacité reconnuo et d'une moralité intacte II ost
douteux qu'en Amérique l'intervention plus activo du
gouvernement des États eût produit en définitive uno moil-
leuro organisation des écolos, eût mieux assuré les progrès
de la science ot do l'art de guérir que la liberté ot l'initia-
tive individuelle.
Le régime do liberté absolue et la trop complète absten-
tion de l'État ont encore été moins favorables, en Amé-
rique, au haut enseignement des lettres, des sciences, du
droit, de la théologie. L'infériorité des institutions univer-
sitaires de l'Amérique est certainement une des causes
principales du manque d'élévation et de profondeur de la
— 18 —
culture intellectuelle des classes supérieures do la société
américaine,
De la liberté d'enseignement en Angleterre.
L'Amérique s'est évidemment inspirée des principes
d'autonomie et de liberté qui régissent los institutions do
son ancienno métropole. —En Angleterre, commo en
Amériquo, l'onseignoment scientifique et professionnel se
donne, en dehors de l'intervention do l'État, par des cor-
porations, des associations do professeurs réunis en Col-
lèges, on Facultés, en Corps enseignants, librement con- *
stitués et plus ou moins indépendants. C'est ainsi qu'avant
lo médical acl do 1858, l'oxercio do la médecine était en
Angleterre, comme en Amériquo, absolument libre L'État
no conférait ni grado, ni tilro, ni diplômo, ni liconco de
pratiquer la médecine —• Des titres, des grades, les di-
plômes étaient décernés, après les épreuves plus ou moins
probatives, par des Écoles indépendantes. L'État laissait
faire, bornant son rôle à reconnaître officiellement cer-
taines corporations enseignantes, sans garantir en aucune
façon, vis-à-vis du public, la capacité scientifique ou pra-
tique do ceux auxquels les Écoles ou les Facultés confé-
raient les titres de docteur, de bachelior en médecino ou
de praticien reçu membre, ou fellow, par des corporations
ou des collèges de médecino.
Lo régime do liberté absolue dans l'enseignement et
l'exercice do la médecine a présenté, même en Angleterre,
des inconvénients si évidents et si graves que l'État a dû
finalement intervenir pour réprimer de trop scandaleux
abus. Mais cette intervention n'est pas allée très-loin.
— 19 —
Lo gouvernement anglais n'a pas jugô'utilo de substi-
tuer aux corps onsoignants libres et indépendants dos
Ecolos ou des Facultés do médecino ontretonuos, ot régies
par l'État lui-mémo. Lo médical act so borno à reconnaî-
tre officiellement, commo dignos do la confianco publi*
quo, certains corps cnsoignants; il reconnaît aux titres
conférés par ces corps uno valeur suffisante pour éta-
blir officiellement la capacité pratique do ceux qui les
ont régulièrement obtenus. Ces titres, vérifiés par uno
Commission spéciale, donnent droit à l'inscription sur lo
registro ou sur la liste officielle des praticiens. Tous ceux
qui no sont pas inscrits sont exclus do tout servico médi-
cal. Pour étro médecin d'un hôpital, d'un disponsuire,
d'un asile ou de n'importo quello institution d'assistance
médicale publiquo ou .privée, il faut étro inscrit sur lo re-
gistre des praticiens reçus par uno corporation enseignante
autoriséo et reconnue Cetto inscription donno de plus au
médecin lo droit do poursuivre lo client en payement des
services rendus; ello confôro lu faculté do pratiquer offi-
ciellement lu médecine avec un titre légal à lu confiance
publique; mais l'inscription ne crée pas pour cela do pri-
vilège ou do monopolo professionnel. Lo délit d'exercico
illégal n'oxisto pas en Angleterre; soulemont celui qui pra-
tique sans titre légal s'oxposo, en cas de malheur ou do
fauto grave, à êtro poursuivi pur l'individu lésé, par sa
famille ou par la vindicte publique, commo accusé d'ho-
micide par imprudonce; dans de telles conditions, les tri-
bunaux condamnent sévèrement les môdicaslres qui pra-
tiquent sans titre. L'État n'intervient, du reste, en aucuno
façon dans la réglementation de l'exercice do la médecino
U dit simplement au public anglais : Voici la liste des
médecins présentant des garanties de capacité praliquo
— 80 —
qui mo paraissent suffisantes; jo vous les recommando
commo tels, et, quant à co qui mo concerno, jo n'admets
personno d'autro aux fonctions médicales officielles. Après
cela vous êtes avertis et libres do livrer votre corps et votro
santé à qui vous inspire plus do confiance.
L'cxorcice de la médecino sans titre légal ne parait pas
du rcBto beaucoup plus désastreux et plus effronté en An-
gleterre que duns certains pays où les lois répressives lo
classent au nombro des délits, mais où les moeurs et la né-
cessité rendent la répression de ce délit illusoire, ineffi-
cace, et sa valour prôvontivo fort douteuse
Lo principo do liberté des Écoles, je dirai presque leur
abandon par l'État, no présento pas, dans les pays de self'
government, les inconvénients graves qu'il pourrait offrir
ailleurs. En Angleterre, los corporations enseignantes sont
généralement des institutions anciennes, fortement orga-
nisées, jalouses do lour dignité; elles ont leurs traditions
et leurs méthodes éprouvées. Les Écoles de médecine sont,
du reste, assez nombreuses en Amérique et en Angleterre
pour que le principo do la libre concurrence maintienne
leur enseignement à un certain niveau d'élévation ; car la
déchéanco et la prospérité des Écoles dépendent égale-
ment do leur propro initiative. Mais il faut lo dire, cotte
initiative dans les Ecoles de médecine s'exerce plutôt
dans lo sens do l'enseignement professionnel et des études
plus directement utiles à la pratique médicale
La direction plus spécialement sciontifiquo des études,
les recherches qui visent, sans préoccupation d'utilité im-
médiate, lo progrès des sciences biologiques, ne trouvent
pas dans les institutions américaines et anglaises une suf-
fisante satisfaction.
L?s laboratoires de recherches, les institutions d'expér
— 21 —
montations biologiques, l'onsoignomont qui met l'étudiant
en moBiiro de dovonir à son tour un travailleur utile au
progrès do la scienco, on lo familiarisant avec les procédés
et los méthodes d'investigation sciontifiquo, font générale-
ment défaut. Les Écolos d'Angleterre et d'Amériquo for-
ment d'assez bons praticiens; co sont do bonnes Écolos pro-
fessionnelles, co no sont pas dos institutions qui dévelop-
pent uno grando émulation sciontifiquo, uno largo initiative
do progrès,
L'esprit national très-positif qui recherche l'instruction
plus immédiatement utile aux professions lucratives est
sans douto pour beaucoup dans cetto tondanco trop exclu-
sivement professionnelle des Ecoles do médecine; mais on
pout so demander si l'abstention do l'État no privo pas
d'autre part les Écoles américaines et anglaises des res-
sources matérielles si nécessaires à une largo oxpansion
des institutions scientifiques, et n'oblige pas les Ecoles
libres à circonscriro leur ensoignemont à co quo lo con-
sommateur ou l'étudiant libre réclame avant tout, à sa
voir : l'instruction utile pour la pratique
Si le progrès scientifique n'est rien moins qu'assuré
par les Écoles plus spécialement professionnelles, l'cst-il
au moins par d'autres institutions?
En dehors des Écoles de médecino libres, l'Anglcterro
possède des établissements do haut enseignement qui por-
tent le nom d'Universités, Celles d'Oxford, do Cambridge
ont uno réputation européenne Ce sont des corporations
enseignantes qui jouissent d'une assez complèto indépen-
dance. Il ne semble pas cependant que cetto autonomio
s'exerce aujourd'hui dans un sens très-favorable au pro-
grès scientifique. L'indépendance et l'autonomie des in-
stitutions do haut enseignement peuvent, en effet, être
— 82~
tout aussi favorables au maintion des vieilles routines
qu'à l'initiative dans lo progrès. Quand des institutions
do co genro sont riches par elles-mêmes, quand elles
jouissent d'antiques privilèges, et quo lour vieille réputa-
tion, les habitudes et la coutumo assurent largement lour
oxistonco et rendent toute concurrence d'établissements
libres nouveaux difficilo ou impossible, les institutions
universitaires, mémo indépendantes, possèdent do fait,
sinon do droit, un monopole qui n'est pus plus favorable
au progrès des méthodes d'enseignement qu'au progrès
des recherches scientifiques. Or c'est là précisément lo
grave roprocho quo des hommes très-compétents font aux
vieilles Universités de l'Angleterre, et plus spécialement à
celle d'Oxford. L'enseignement universitaire anglais, selon
M. do S)bel ', u un grave défaut. Les méthodes sont trop
exclusivement scolaires. Ce qui so fait avec avantage dans
les. lycées, dans les gymnases, so continuo au détriment
des recherches scientifiques dans l'Univo-Ué d'Oxford.
Le répôtitorat et la pédagogio éclipsent lo professorat. Le
professeur d'uno spécialité littéraire ou scientiquo ne fuit
guère plus d'uno douzaine do leçons dans l'année Ces
leçons ex cathedra sont sans douto excellentes et très-bien
travaillées, mais ollos no constituent pas un programme
d'enseignement suffisamment nourri. Aussi la véritable in-
struction se donno-t-ello à côté, dans co quo l'on appelle
les collèges, espèces d'institutions complémentaires, dans
losquollcs les étudiants travaillent par eux-mêmes, ayant
pour guides des maîtres. Malheureusement la direction
imprimée à ces travaux individuels, à ces hautes études
t. Helnrlch von Sybol. Die deutéchen und auswoertigcn unmvsitatent
p. 5, Bonn 1868.
— 83 —
littéraires et scientifiques no tend pas à familiariser l'élu*
(liant avec les méthodes qui conduisent au progrès do la
science. Lo but quo l'instruction supérieure so propose on
Angleterre, c'est la continuation dans uno sphère plus
élevée do celte espèco do gymnastique qui conduit à un
large et puissant développement intellectuel, mais qui no
fait pas pénétrer l'étudiant dans les profondeurs des re-
cherches scientifiques ou littéraires.
La matière des hautes études universitaires comprend
plus spécialement les langues anciennes, les mathéma-
tiques, l'histoire, la philosophio, et, pour les membres
futurs du clergé anglican, la théologie.
Les études professionnelles proprement dites,'le droit,
lu médecine n'ont, pas plus que les sciences naturelles,
place dans lo programmo des hautes' études. En dehors
du maigre programmo des cours qui no constituent pus
d'enseignement suivi, les maîtres ou professeurs chargés
do l'instruction supérieure dévoloppcnt, commo dans les
lycées, uno matière d'étudo, ils interrogent les élèves, lour
font faire des compositions, qu'ils apprécient et qu'ils
corrigent.
Lu tondanco pédagogique est évidemment prédominante
c< Un dos membres les plus éminents du parti do lu ré-
forme universitaire d'Oxford, M. Marc Pattison, dit M. do
Sybcl, reconnaît que les dissertations historiques ou philo-
logiques des étudiants révèlent chez beaucoup d'entre
eux un haut degré do développement et do maturité do
l'esprit. Les jeunes autours do ces compositions littéraires
manient les sujets dont ils ont à s'occuper avec dextérité,
discutent les questions avec un raro talent do stylo ot d'ex-
pression, et révèlent uno grando aptitude à manier la
plumo cl la parole ; mais si l'on cherche à quelle source
— 24 —
ils ont puisé la matière de ces belles compositions, on ost
frappé de la pénurie des lectures, des recherches et du
savoir qui servent de base II semble, dit M. Pattison,
que le but de nos Universités consiste uniquement à four-
nir aux journaux d'excellents rédacteurs. Cette tendance
des étudiants répond naturellement à la tendance générale
du corps enseignant. Il renferme sans contredit bon nom-
bre de pédagogues très-méritants, très-instruits, mais en
ce qui concerne l'évolution progressive des sciences philo-
logiques, historiques et naturelles, elle s'accomplit tm
Angleterre ailleurs que dans les institutions du haut
enseignement universitaire.
En résumé, le principe d'indépendance et de liberté n'a
pas produit en Amériquo et en Angleterre une situation
des hautes études bien digne d'envie. Cette situation est
bien certainement inférieure à celle des Universités alle-
mandes, qui s'appuient toutes sur l'intervention de l'État,
limitée, il est vrai, par une largo et libérale autonomie
universitaire.
De la. liberté universitaire en Allemagne.
Les Universités représentent dans tous les pays d'outre-
Rhin les seules institutions auxquelles les États confient
la mission du haut enseignement pour toutes les branches
des connaissances humaines.
Il n'y a.d'Université quo là où se trouvent réunies les
quatre Facultés : de théologie, do droit, do médecino et
do philosophie La Faculté do philosophie, dans les Uni-
versités allemandes, embrasse toutes les branches du haut
enseignement général : la philologie proprement dite, les
— 25 —
sciences mathématiques, physico-chimiques et naturelles.
On est frappé d'étonnement quand on jette un coup d'oeil
sur le vaste programme des matières enseignées dans les
Universités allemandes. Ces programmes n'ont rien de
mensonger, ce sont des réalités ; et ces programmes sont
poursuivis, année par année, dans tous les centres d'in-
struction supérieure Celte instruction, les Universités
seules la dispensent ; elles confèrent de plus, après des
épreuves plus ou moins difficiles, des titres académiques,
des diplômes de docteur, des certificats d'études régulière-
ment accomplies. Mais ces diplômes académiques et ces
certificats d'études ne donnent pas d'emblée la licence de
pratiquer l'art de guérir, ou l'admission à des fonctions
publiques ; iis servent seulement d'autorisation pour
l'examen d'Etat, devant un jury spécial.
C'est à la constitution forte ot libérale do ses nombreux
centres d'enseignement supérieur, disséminés duns les
différents États, c'est à ses Universités quo l'Allemagne
doit le rang éminent et vraiment hors ligne qu'elle occupe
duns le domuinc des lettres et des sciences. C'est du sein
des Universités que s'est répandu pur toute l'Allemagne
ecténergiquesentiment d'unité nationale qui, malgré d'an-
ciennes et profondes divisions territoriales, politiques et
religieuses, a fini par enflammer tous les coeurs germa-
niques. . .
L'unité nationale allemande a trouvé dans ses Univer-
sités une première réalisation et, si je puis dire, un or-
gane embryonnaire d'une prodigieuse vitalité. Les nom-
breuses Universités qui, depuis lo moyen ugo, se sont
développées sur le sol germanique ont toujours été unies
entre elles par un indissoluble lien national. Ce lien so
retrouve duns deux faits que tous les gouvernements aile-
— 26 —
mands ont été obligés de respecter ou d'accepter, à savoir:
1° la liberté des études, et 2° les libertés universitaires.
La liberté des études est profondément entréo dans les
moeurs, elle no permet à aucun gouvernement d'État
d'obliger ses sujets d'étudier do préférence dans toile ou
telle Université. L'étudiant allemand, qu'il soit badois,
wurlembcrgcois, bavarois ou prussien, est généralement
libre de commencer, de poursuivre et d'achever le temps
de sa scolurilé universitaire duns n'importe quelle Uni-
versité allemande; et dans la Faculté où il est inscrit il
choisit tout aussi librement Jes maîtres dont renseigne-
ment lui parait préférable. Si des titres ou des certificats
d'études régulières sont exigés pour être admis à l'examen
d'Etui qui donne lu licence de pratiquer lu médecine; si
des diplômes et des garanties de capacité sont nécessaires
pour aborder certaines fonctions publiques, tous ces cer
tilirais d'études, ces titres et ces diplômes ont une égule
valeur, quelle que soit l'Université allemande qui les u
délivrés, quel quo soit lo rang du professeur qui a signé
le certificat d'études. Ce principe, généralement accepté
en Allemagne, porte le nom do Lernfreiheit, liberté d'étu-
dier, ou, si l'on veut, libre choix du professeur ; mais en
dehors des Universités reconnues il n'y u ni liberté d'étu-
des ni liberté duns lo sens quo l'on attache parfois en
France à celte vuguo formule
Lo second fuit qui unit entre elles les différentes Uni-
versités allemandes, du reste parfaitement indépenduntes
les unes des autres, et quel que soit leur rapport avec
l'État ou lo gouvernement, c'est l'analogie du principe qui
les régit toutes, et qui, par la force des choses, u repro-
duit, malgré do nombreuses différences secondaires, un
type u peu près uniforme d'organisation également favo*
— 27 —
ruble à l'unité nationale, à l'élévation do l'enseignement,
à la forco générale des études et au progrès do lu science.
Ce principe est celui des libertés ; si l'on aime mieux de
^autonomie universitaire.
Commo l'ont fuit remarquer avec raison M. Jaccoud
dans son remarquable rapport sur l'organisation des Fa-
cultés de médecine en Allemagne, et M. Poucbct dans son
intéressant travail inséré dans la ftevue des Deux Mondes,
les Universités allemandes no sont rien moins que des
institutions indépendantes, sans lien avec lo gouvernement
des Etats dans lesquels elles fonctionnent. Partout, au
contraire, co sont des institutions d'État, officiellement
reconnues, autorisées, parfois créées et toujours large-
ment subventionnées par les gouvernements. La plupart
des Universités, dit M. Poucbct, « reçoivent de l'État un
ce subside considérable, surtout si on le compare au budget
ce des petits pays qui le volent. L'Université do Leipzig a
ce un revenu do 120000 thulcrs; la Saxe ajoute à cette
ce somme 53000 limiers par an. L'Université de îlerlin
ce reçoit 180000 thulcrs du gouvernement. La Prusse,
ce pour ses cinq Universités, Berlin, Bonn, Hroshui,.-'■
« Koenigsberg et Greifswuld, a, pendant l'cxcrcico de
ce 1801, dépensé 530800 limiers, soit, on chiffre rond,
ce 2 millions do francs. » A ces sommes viennent s'ajouter
les revenus universitaires et les droits perçus par les pro-
fesseurs, directement rétribués pour leurs cours par (es
étudiants qui les suivent. Les Universités allemandes re-
lèvent donc directement do l'Étut ; elles sont en rapport
avec lui, généralement par l'intermédiaire des ministres
do l'instruction publique ; elles en dépendent pur les sub-
ventions dont elles ont besoin et quo l'État leur attribue
largement. Beaucoup d'entre elles ont un patrimoine
— 28 —
propre et inaliénable, des finances et des ressources propres,
qu'elles administrent sous le contrôle do l'Etat. Il en est
d'autres qui ne vivent quo par les subventions quo l'État
leur fournit. Mais co qu'il importe do faire remarquer,
car c'est là lo caractère essentiel do toutes les Universités
allemandes, c'est qu'elles jouissent toutes à peu près au
même degré d'uno large et libérale autonomie. — Co sont
des corporations qui s'administrent elles-mêmes sous la
surveillance de l'Etat, dont l'intervention est bien plus
nominale que réelle C'est uinsi, pour no citer qu'un
exemple, que lu nomination des professeurs ordinaires
appartient en principe au chef de l'État; mais en réalité
ce sont les Universités, et dans les Universités, les Fncul-
tés qui se recrutent elles-mêmes, qui appellent aux chaires
vacantes les notabilités scientifiques qui leur paraissent
le mieux assurer renseignement; ce choix s'exerce libre-
ment et s'étend à tous les savants do l'Allemagne Les
Universités prussiennes se recrutent indifféremment en
Autriche, en Suxc, duns le grand-duché.do Budcou dans
le Wurtemberg. Il n'y u là ni confédérution du Nord, ni
États du Midi, il y a l'unité et la solidarité de lu science,
non-seulement allemande, mais européenne; car ce puis-
sant lien d'unité s'étend jusqu'aux Universités do lu Suisse
allemande et do lu ilollundc. Tout savant, étranger même
à l'Allemagne proprement dite, pourrait être appelé à une
chaire pur l'Université qui croirait devoir so l'uttacher
comme professeur. En tout ce qui concerne leur régime
intérieur, les Universités allemandes jouissent d'une grande
liberté d'uction et d'initiutive ; elles se gouvernent elles-
mêmes par des autorités librement élues. — Le recteur, le
Sénat ou le Conseil académique sont élus par les profes-
seurs ordinaires des Facultés réunis en corps électoral ; les
— 29 —
doyens et leurs assesseurs, les professeurs extraordinaires,
les docteurs autorisés à faire des cours libres, les chefs des
travaux, les directeurs des Musées sont élus par les Fa-
cultés ; les employés subalternes sont nommés sur la pro-
position des professeurs qui les emploient. Les pro-
grammes annuels des cours, les institutions à créer, 'à
modifier, à perfectionner, émanent de la libre initiative
du corps enseignant. L'État et le ministère n'interviennent
pas par uno incessante réglementation. Jalouses de leurs
-prérogatives, les Universités ont toujours défendu, et rare-
ment sans succès, avec le droit do disposer librement de
leur budget, lu liberté de lu pensée et de la parole. —
Certains privilèges, vieux restes du moyen Age, ont été
abolis ou absorbés par le droit commun ; mais ce qui fait
lu vie propre des hautes Ecoles, les conditions essentielles
de la liberté universitaire ont été respectées par tous les
gouvernements allemands.
La libre initiative des Universités a eu pour première
conséquence l'adoption 'générale et à peu près uniforme
de lu constitution intérieure qui répond lo mieux aux be-
soins du haut enseignement, et partant, l'unité d'organi-
sation vainement poursuivie ailleurs par une stérile régle-
mentation,
D'autre part, lu liberté des études, et lu multiplicité des
centres d'instruction supérieure, qui s'élèvent jusqu'à
vingt-cinq pour les différents États allemands, plucent
toutes les Universités allemandes et tout lo corps ensei-
gnant sous le régime stimulant de lu libre concurrence.
Pour fuirc bien comprendre les cnuses et les effets do ce
régime, il importo d'entrer duns quelques détails.
Lu liberté des études existe généralement duns tous les
pays dotés de plusieurs centres d'instruction supérieure ;
— 30 —
mais sans l'autonomie des Ecoles avec uno organisation
uniforme imposée de par l'État, avec un personnel ensei-
gnant restreint, uniformément rétribué et dont le traite-
ment ne. varie jamais,-quel que soit lo nombre des élèves
qui suivent renseignement, la libre concurrence reste une
simple affaire d'amour-propre, sinon une lettre abso-
lument morte 11 n'en est pas ainsi dans les,Universités
allemandes. Toutes ont adopté une organisution qui fuit
de lu libre concurrence une. réalité effective, une incessante
lutte pour l'existence, un infatigable instrument d'émula-
tion et de progrès.
Les bases fondamentales de cette organisation sont le
personnel, son mode de recrutement, et surtout son mode
do rétribution. Le personnel enseignant se compose de
trois catégories de professeurs : les professeurs ordinaires,
les professeurs extraordinaires, et les docteurs autorisés à
faire des cours réguliers et publics ; ceux«ci portent le
nom de Privat-docenten.
Les professeurs ordinaires représentent lo personnel per-
manent, l'élément stable du corps enseignant. Le nombre
en est très-limité, etso trouve d'ordinaire en rapport avec
les chaires destinées aux branches les plus essentielles do
renseignement d'uno Faculté. Ces professeurs constituent
le fond mémo de la Faculté et jouissent de certaines préro-
gatives: ils sont nommés à vie ; eux seuls ont un traite-
ment WXG qui ne forme qu'une partie do leurs honoraires ;
tous les membres du corps enseignunt sont en outre rétribués
par les élèves, lesquels choisissent, librement dans les trois
catégories de professeurs les maîtres dont l'enseignement
théorique, scientifique ou pratique répond lo mieux à leurs
besoins, ou qui so distinguo par une supériorité ou uno
utilité quelconque Lu droits d'inscription directement
perçus par l'Etat, la gratuité des cours publics n'existeiit
pas plus dans les Universités d'État d'Allemagne que dani
les Ecoles libres d'Amérique ou d^Angleterre. Ce simple
fait de la rétribution des professeurs d'ordres différents
par les étudiants qui suivent leurs cours est considéré par
tous les savants de l'Allemagne comme uno des causes les
plus puissantes de l'incessante activité des corps ensei-
gnants, et de la supériorité incontestable de l'enseignement
universitaire allemand.
Il a pour première conséquence d'entretenir une étter
giquo émulation entre tous les centres d'instruction. Toute
transformation qui marque un progrès réel dans le déve-
loppement de l'esprit scientifique, toute méthode d'ensei-
gnement supérieure aux méthodes anciennes, toute instir
tution nouvelle, toute amélioration dans l'organisation
des laboratoires et des instituts pratiques qui so produisent
par l'initiative d'une Université, sont immédiatement en-
viées ,imitées, égalées, parfois supassées par les autres et
tendent à élever du môme coup le niveau général.
La même loi de concurrence qui règle lo progrès con-
tinu des établissements industriels trouve ici son applica-
tion; sous peine de déchéance, il faut réformer, perfec-
tionner, améliorer sans cesse les méthodes, les procédés
cl l'outillage C'est à lu féconde, je dirai presque à la
magiquo influence do la libre concurrence et do l'autonomie
universitaire quo la science allemande doit la rapidité
prodigieuse do la transformation remarquable qu'elle n
subie à la fois dans tous les centres d'instruction supé-
rieure. C'est l'uniformité sans doute, mais c'est l'unifor-
mité dans le progrès.
Longtemps l'esprit sciontifiquo allemand s'était laissé
dominer par une philosophie idéaliste, qui éloignait les
♦ _ 32 — •
penseurs les plus actifs et la masse des travailleurs scien-
tifiques des recherches expérimentales et du fertile do-
maine do l'observation de la nature Un dogmatisme
transcendant, des théories nébuleuses, sans base expéri-
mentale, pesaient sur l'enseignement universitaire, pas-
sionnuiont les esprits, enfantaient des luttes ardentes, mais
stériles pour le progrès réel des sciences.,Cette situation
se maintenait quand déjà, depuis longtemps en France,
la méthode oxpérimentalo était en voie de réaliser dans
toutes les branches scientifiques la remarquable révolu-
tion à laquelle lu science moderne doit toutes ses con-
quêtes.
Ce sommeil no pouvait se prolonger. La méthode expé-
rimentulc, largement inaugurée par le génie do la science
française, devait franchir le Hhin. Quelques esprits d'élite
duns le corps universitaire allemand entrèrent d'abord
avec hardiesse duns cette voie. Leur enseignement eut un
prodigieux succès. Les vieux .maîtres dogmatisants virent
le vide se faire autour d'eux. Les disciples désertaient en
musse pour se porter la où s'ouvrait'devant eux un ensei-
gnement fécond ; là où on leur apprenait enfin à lire dans
le grand livre do lu nature. Lu nouvelle ère fut inaugurée
à Berlin, pur Jean Millier, duns le domaine des sciences
biologiques ; pur Sclioenlcin, à Wfirtzbourg et à Zurich
duns l'enseignement médical clinique 11 n'y u pus qua-
rante uns quo les Universités allemandes so réveillèrent
comme en sursaut uu retentissement du bruit quo l'écho
leur apportait do Zurich et de Berlin. De nombreux dis-
ciples formés pur les nouveaux maîtres envahirent bientôt
comme Privatdoccnten^ comme professeurs extraordinaires,
et bientôt comme professeurs titulaires, tous les contres
d'instruction supérieure, et partout leur enseignement eut
— 33 —
lo mémo succès. Il n'y avait plus à hésiter, l'impulsion
était donnée, il fallait, pour suivre dans la nouvelle voio
ouverte au progrès, marcher à la conquête do la science
expérimentale ou mourir d'inanition. Je ne dirai pas les
noms glorieux de cetto ardente et jeune phalange qui,
dans l'espace do quarante ans, a fait de l'Allemagne uno
des premières nations scientifiques du monde Mon but
n'est pas do résumer l'histoire de la scionce moderno ;
mais ce que je veux faire ressortir, parce que notre pays,
notre gloire, noire initiative scientifique s'y trouvent inté-
ressés, c'est que la science allemande a rencontré dans
son organisation universitaire un instrument do progrès
sans lequel elle n'eût jamais pu accomplir, en peu d'an-
nées, sa prodigieuse évolution.
Supposez en Allemagne la liberté des études entravée
pur uno interventiou abusive des gouvernements d'État
qui obligeraient les nationaux badois, wurtembergeois,
hessois, hanovriens d'étudier et de prendre leurs grades
dans les Universités soldées et entretenues par le budget du
pays natal ; supposez l'autonomie et la liberté universi-
taires entravées par une réglementation routinière émanant
des ministères ou do leurs bureaux; supposez le corps
enscignunt exclusivement composé de professeurs ordi-
naires, salariés par l'État, inamovibles et sans concurrence
effective, dans do telles conditions l'essor eût-il pu être lo
même? croit-on que tant de laboratoires de physique et do
chimie, les uns mieux installés quo les autres, des instituts
d'expérimentation biologique, des cabinets do recherches
microscopiques et anatomo-puthologiqucs, des cliniques
spéciales de toute espèce, d'otiatriquo,ophlhulmologiques,
luryngoscopiques, cte, fussent sortis du néant pur l'initia-
tive et l'inspiration des ministres d'instruction publique
3
— 34 —
des gouvernements dos différents Etuis de Prusse, d'Au-
triche, du Hanovre, • do Bado, du Wurtemberg, de la
liesse, etc. ? Les professeurs ordinaires, inamovibles et
salariés quand mémo, se seraient-ils beaucoup agités
pour créer lo nouvel outillage scientifique, pour perfec-
tionner l'uncion, pour s'armer de toutes pièces en vuo do
soutenir l'honneur de leur vieux drapeau doctrinal ?
Les professeurs les plus ardents au progrès, en sollici-
tant en vain de nouveaux subsides, no se fussent-ils pus
découragés si on leur avait fait la réponso quo donnent
d'ordinaire les ministres quand il s'agit do dépenses noih
vellcs dont ils ne comprennent pas l'importance: a Lo bud-
get n'a pus assez d'argent. » Les professeurs plus routiniers
n'eusent-ils pus préféré, en grande majorité, tonner du
haut de leurs chaires contre les novateurs qui cherchaient
dans les cadavres le secret de la vie pathologique, contre
ces illuminés qui prétendaient, avec des microscopes,
fouiller dans lo domaine des infiniment petits; contre l'in-
trusion des chimistes et des physiciens qui prétendent
faire avancer uvec des cornues et des machines lu science
de lu vie?
Certes, la science eût toujours murché en Allemagne,
comme ello a progressé ailleurs, car la puissance de la
vérité est partout irrésistible ; mais ce qu'une «ouïe
génération de travailleurs, stimulés par lu libre concur-
rence, a necompli, eût exigé l'effort d'un siècle duns des
conditions de milieu moins favorables.
La concurrence effective qui fait du progrès lu loi d'exis-
tence des différents centres universituiros oxerco lu même
influence au sein des Facultés. Lo professeur ordinaire
ti'u pus le monopole do l'enseignement do la branche scien-
tifique qu'il cultive, A côté do lui, dans lo sein mémo do
— 35 —
la Faculté qu'il représente, doux» quelquefois trois pro-
fesseurs extraordinaires ou docteurs Privatdocenten ont, ù
côté do lui, lo droit d'ouvrir des cours rétribués commo
les siens pur les élèves; ils disposent, commo lui, des élé-
ments matériels nécessaires que l'École cl l'Étui mettent
libéralement à leur disposition. Lo professour ordinaire
est donc en lutte d'émulation permanente avec des forets
plus jeunes, et sa vieille réputation doit incessamment
grandir sous peine do déchoir. Lu concurrence au rubuis
est impossible, car le minimum de lu rétribution esl i\x(^
s pur des règlements sévères; il n'y a pas de maximum, et
le savant éminent peut élever à volonté le taux de ses
honoraires et le nombre de ses leçons. Lu concurrence
n'agit donc et ne peut agir que duns une direction ascen-
dante, duns le sens de lu force et de l'élévation de rensei-
gnement; elle impose l'incessante activité cl l'incessante
amélioration des méthodes d'enseignement. Lu rétribution
scolaire des professeurs est puyéo au secrétariat de lu Fa-
culté, qui reçoit ou dresse lu liste des élèves inscrits chez
chacun d'entre eux. Les études régulières astreignent tout
élève à un certain nombre do cours réglementaires par
année d'études. 11 faut qu'il suive, par exemple, un cours
d'unutomie et de physiologie, \m cours de pathologie gé-
nérale cl spéciale, un cours de médecine opératoire et de
bundnges, etc., etc.; mais chacun de ces enseignements
compte uu moins deux professeurs, l'un ordinaire, les
autres extraordinaires. L'étudiant n'apprend pus absolu-
ment ce qu'il veut, mais il choisit librement le maître qui
doit le diriger duns ses éludes. Lu scolarité esl parfaite-
ment réglée, mais elle se combine avec une large liberté
des éludes. Les certificats de présence aux cours régle-
mentaires sont obligatoires pour être admis aux examens
.' — 36 —
académiques, aussi bien que pour les examens d'État; le
candidat est tenu de les présenter, et de justifier ainsi
d'uno scolarité régulièrement accomplie; mais le certificat
de présence du professeur ordinaire ne donne pas plus de
droit que celui du professeur extraordinaire ou du doc*
teur Privatdocent. Toutes les Universités admettent comme
équivalents les certificats de présence délivrés dans d'au-
tres Universités, et jamais, dit avec raison M. Pouchet,
l'examinateur ne trouve mauvais que le candidat n'ait
point suivi ses propres leçons. Un professeur qui so per-
mettrait des actes do partialité par un tel motif serait mis
à l'index et par ses collègues et par les étudiants; son
propre intérêt lui fait de lu justice une loi et une vertu.
Les exumens d'Étut et les jurys spéciaux offrent du reste
une garantie suffisante contre toute sévérité abusive qui
pourrait léser le principe de la liberté des études.
On a fuit à renseignement supérieur allemand le re-
proche d'élever notablement lo prix des éludes. Ce repro-
che est discuté pur M. Poucbct duns des termes que je
crois devoir rapporter textuellement, car ils sont l'expres-
sion exncte de la vérité : ce Oui, sans doute, ces rétribu-
ée tions payées au commencement de chaque semestre ont
ce bientôt dépassé le montant des inscriptions trimestrielles
<c prises pur l'étudiant français; mais il faut tenir compte
<c de tout, du nombre d'heures consacrées par le profes-
ec setir à ses cours, du nombre d'élèves qu'il u, des fuci-
ec lités données à l'enseignement pratique. On arrive ainsi,
u sans peine, à se persuader que lo pécule de l'étudiant
» allemand est beaucoup mieux employé, et que la somme
ec d'instruction à laquelle il aurait droit en Frunco pour lo
ce même prix ne saurait être comparée à celle qu'il se pro-
ce cure on Allemagne, » Il est un autre fuit qui a frappé
— 37 —
tous les hommes qui s'occupent sans prévention des ques-
tions d'enseignement supérieur, c'est quo les cours et les
leçons pratiques rétribués par les étudiants sont généra-
lement mieux faits, suivis plus assidûment et avec plus
de fruit que les cours gratuits. Quant aux cours gratuits
et obligatoires, tels qu'ils oxistent dans beaucoup de Fa-
cultés en dehors de l'Allemagne, l'obligation peut assurer
la présence matérielle do l'étudiant; ello n'assure en rien
ni son attention, ni son zèle, ni sa volonté d'apprendre
La gratuité de l'enseignement est, du reste, largement
pratiquée en Allemagne en ce qui concerne les étudiants
pauvres; elle est pratiquée par l'initiative individuelle
des membres du corps enseignant. Elle est assurée à l'étu-
diant par l'institution des bourses et des libéralités uni-
versitaires. Un cinquième des étudiants allemands, près
de 1200, profilent de pareilles immunités.
.le n'ai pas l'intention de poursuivre dans tous ses dé-
tails l'organisation des Universités allemandes; celle étude
a été fuite et bien fuite pur M. Jaccoud, dont lo remar-
quable travail est à la portée de tous et sera lu et médité
avec fruit par tous ceux qui s'intéressent aux conditions
du progrès de la science. Ce que j'ai voulu faire ressortir,
c'est le système par lequel les Universités allemandes ont
heureusement combiné, dans des institutions d'enseigne-
ment éprouvées et pratiques, les doux principes de l'in-
tervention de l'État et de lu liberté do l'enseignement. Lu
liberté d'enseignement ne fonctionne pus en Allemagne au
même degré qu'en Amérique et en Angleterre. Les Uni-
versités sont toutes des institutions d'État, elles ont le
monopote de l'instruction supérieure en Allemagne; mais
dans le sein des Universités lu liberté des études et lu
liberté d'enseignement sont largement pratiquées. Duns
— 38 —
toutes les Universités, au sein des Facultés qui les' com-
posent, toutes les vocations, tous les talents réels pouvcnt
so produire et so développer librement; car les portes sont
largement ouvertes, et lo nombre des Privatdocenten n'est
pas limité. Pour ouvrir un cours, il suffit do donner à la
Faculté des garanties do capacité sciontifiquo quo tout
savant est en mesure do fournir. Lo concours ou lo choix
qui nssuro au professeur ou à l'agrégé une fois nommé un
droit exclusif serait considéré en Allemagno commo une
gravo atteinte à la liberté do l'enseigncmont. Lo concours
qui, bien considéré, n'est qu'une institution do défiance
contro l'arbitraire et h favoritisme, est remplacé par la
libérale institution des Privatdocenten et des professeurs
extraordinaires. Le concours est ainsi remplacé par la
concurrence libre, incessamment stimuléo par l'admis-
sion de tous les talents qui ont ou qui croient avoir uno
vocation sérieuse pour la carrière de l'enseignement.
En Hollande et en Suisse, nous retrouvons, à peu de
chose de près, dans les institutions du haut enseignement,
l'application d'un système qui combine à peu près dans
les mêmes proportions qu'en Allemagno les deux prin-
cipes de l'intervention de l'État et de la liberté univer-
sitaire.
Du système universitaire en Franoe.
En France, les institutions d'instruction supérieure
offrent un caractère spécial qui ne se retrouve dans aucun
autre pays libre; notre système a tout concentré entre les
mains de l'État et du Ministère de l'instruction publique,
il n'a fait au principe de liberté qu'une part infiniment
restreinte.
— 39 —
La différerico fondamentalo quo présonto, à co point de
vue, lo régime universitaire français, ost tellement frap-
panto, qu'il importo, avant d'examiner de plus près la
situation du haut onseignomont, on Franco, do signalor
les conditions sous l'influonco desquelles ello s'est façon-
née telle qu'elle est.
Les institutions du haut enseignement dans tous les
Etals européens présentent, dans leur développement pri-
mitif, une grande unalogio; l'origino do la plupart do ces
institutions remonto jusqu'au moyon Ago ; un grand nom-
bro d'universités sont écloses des institutions roligieuses,
transformées en corporations enseignantes, sous la pro-
tection de l'Église et des papes. D'autres, à leur nais-
sance, étaient des créations libres et spontanées, issues de
l'initiativo qui groupait autour d'un contre commun quel-
ques savants, quelques intelligences d'élite Générale-
ment, elles étaient des corporations indépendantes do
l'Etat. Les gouvernements n'intervenaient que pour les
encourager, leur assurant, avec leur protection, dos pri-
vilèges et des dotations quo venaient augmenter les dons
et les legs de tous ceux qui s'intéressaient au progrès de
l'esprit humain,
Les papes, les évoques, les empereurs, les rois, les
princes et les grands seigneurs, les villes libres du moyen
âge, étaient les protecteurs-nés de ces corporations, qui
cherchaient, par l'enseignement, à dissiper les épaisses
ténèbres de la barbarie de cette époque.
L'autonomie, l'esprit de corporation et lo selfgovernment
formaient le caractère originel commun de toutes les in-
stitutions universitaires. Ce caractère originel s'est main-
tenu jusqu'à nos jours dans les institutions de l'Angle-
terre et de l'Allemagne ; il s'est reproduit même dans celles
- 40 —
qui, d'origino plus récente, ont été directement créées
par les princes ou les Étals do la Confédération germanique
Dans co pays, la Héformo a affranchi, do bonne heuro,
les corporations enseignantes do la tutelle do l'Église et
lui a substitué cello do l'État laïque, mais l'intervention
gouvernementale a respecté les antiques privilégos et les
libertés universitaires; ello n'a pus dépassé les limites
d'uno surveillance tutélairo et d'uno protection mo-
rale, uppuyéopur do très-larges et généreuses subventions.
En Franco, les institutions do haut enseignement no
diffèrent pas, à leur origino et dans leur développement
primitif, do colles do l'Allemagno et do l'Angleterre; mais,
dans lour organisation ultérieure, elles sont entrées duns
iino voie différento.
On peut liro, dans le remarquablo Répertoire de légis
alion do M. Dallez, l'histoire do nos institutions univer-
sitaires; cette histoire est aussi intéressante qu'instruc-
tive Nous voyons l'Université do Paris naître, comme par
génération spontanée, du mouvement scientifique qui se
produisit en France, au nord do lu Loire, dès le commen-
cement du douzième siècle.
Elle grandit d'nbord par uno évolution uutonomo, puis
obtient de l'Eglise et des pupes la sanction dos statuts
établis pur les maîtres do l'Université; des bulles succes-
sives d'Innocent III, de 1209 à 1215, assurent ses fran-
chises et ses privilèges.
L'intervention do l'Eglise, absolue en co qui concerne
les questions dogmatiques, est protectrice ot'tutélairo
pour tout lo reste; elle reconnaît la légitime autonomie
de la corporation, et cetto mémo autonomie est respectée
et successivement agrandie par lo pouvoir royal, dans co
qu'elle a de plus essentiel.
— k\ —
A différentes reprises, copendant, lo haut enseignement
universitaire est soumis à des réformos, au troizièmo et
au quatorzième siècle, par l'intervention do l'Église
Co sont les papos Innocont III et Urbain V qui, direc-
tement, ou par leurs légats, sanctionnent ou ré for m ont les
statuts do l'Université, en dehors du pouvoir civil. Au
quinzième siècle, la royauté intervient de son côté et s'as-
socio au pouvoir ecclésiastique pour réformer des abus
ou compléter des statuts insuffisants. Puis enfin lo pou-
voir civil ontreprond seul, sous Henri IV, la restauration
do l'Université, dont l'existence avait été singulièrement
compromiso par la guerre civile Henri chargea l'arche-
vêque de Bourges, assisté do six commissaires, dont lo
nombre fut porté ensuite à huit et parmi lesquels so trou-
vaient Auguste de Thou et Achillo do Harlay, do préparer
les réformes devenues nécessaires. Les nouveaux statuts
qui sortirent du travail do cetto Commission furent sou-
mis à la révision do trois membres du Parlement, puis
solennellement promulgués en 1G0G aux Mathurins, dans
uno asscmbléo générnlo do l'Université.
Toutes ces réformes conservent à l'Université son carac-
tère originel do corporation onsoignanlo et lui reconnuis-
sent une certaine autonomio en ce qui concornoson admi-
nistration et son gouvernement intérieur.
File reste une personnalité juridique, elle a ses statuts
obligatoires, mais ello a aussi ses franchises, ses libertés
et ses privilèges, et c'est commo personnalité collective
douée d'une vio propre et quasi-indépondanto, qu'elle sou-
tient des luttes ardentes et prolongées pour lu défense de
ses droits et do ses privilèges.
A son origine l'Université de Paris, comme aujourd'hui
encore les Universités d'Allemagne, embrassait seulement
renseignement supérieur (In philosophie, les lettres et les
sciences, la théologie, lo droit et la médecine), so fraction-
nant ainsi, par uno division naturelle, on corps ensei-
gnants distincts, reliés au tronc commun. Maislocerelodo
son influenco s'étendit pou à pou et finit par comprendre
l'enseignement de toutes los connaissances, à l'exception do
celles que nous désignons aujourd'hui sous lo nom d'in-
struction primaire, C'est au nom do cetto influence qu'elle
combattit pendant do longues années l'intrusion dos ordres
religieux et .surtout celle «les Jésuites dans renseignement
secondaire.
L'Université do Paris avait uno sphôro d'action étendue
mais limitée par les divisions politiques et territoriales de
la Franco. En dehors d'ollo, des centres do haut enseigne-
ment analogues s'étaient constitués dans les provinces,
sous la protection do l'Église, des hautes influences aris-
tocratiques ot des villes. U est cortain quo l'Université do
Paris a donné plus quo son nom aux autres contres d'in-
struction supérieure; son organisation a sorvi, en grando
partie, de modèle aux Ecoles de haut enseignement dissé-
minées dans les différentes provinces; le mémo nom, uno
organisation analogue furent adoptés par les hautes Écoles
do l'étrangor. Los Universités d'Allemugno signalent encoro
aujourd'hui cette communauté d'origine
Les Universités do provinco, commo cello de la capitale,
so divisaient en Facultés; elles avaient des statuts sembla-
bles, mais lour vio no dépondait que d'elles-mêmes et des
pouvoirs qui avaient reconnu, sanctionné ot assuré leur
existence légitime
C'est ainsi qUo les écoles de Toulouse, de Montpellier,
d'Orléans, établies dès lo treizième et lo quatorzième
siècle, prirent, à l'instar de cello do Paris, lo nom d'Univcr-
— 43 —
site, Lo quinzièmo sièclo vit naître celles do Cacn, do Va-
lence, do Bourges, de Bordeaux, de Poitiers et de Nantes.
Pour renseignement île lu médecino ot lu collation dos
grades, des Facultés et des Collèges do médecine et de
chirurgie, organisés on corporations, avaient surgi duns
presque tous les grands centres do population. C'est une
évolution analogue à celles d'où sont sorties les institutions
de rAlloinugno et do l'Angleterre
Tello fut, entro autres, l'origino do l'nncicnno Université
de Strasbourg, qui vécut, non sans éclat, sous la protection
du Magistrat do la Villo jusqu'en 1793.
Certos, dans ces antiques institutions il existait plus
d'un abus; beaucoup d'entre elles ne répondaiont qu'im-
parfaitement aux exigences légitimes d'un enseignement
supérieur fortement organisé; la collation des grades et
des titres universitaires ne garantissait ni des épreuves ni
des études sérieuses. La plupart do ces écoles portaiont
en elles un gormo de vitalité, de transformation et do pro-
grès. Fécondé par lo gônio moderne, co germo u pu so dé-
velopper librement en Allemagne Nous avons vu les
fortes et vigoureuses institutions qu'il y a produites.
A la fin du dernior siècle, les hautes Fcolcs et les Uni-
versités françaises n'étaient pas dans une situation heau-
coup inférieure à cello des Universités étrangères; il n'est
pas à présumer quo, protégées, subventionnées, encoura-
gées, survoillées, réformées par l'État, mais libres dans
leur développement nulonoino, elles eussent été incapables
de réaliser uno évolution progressive analogue, voiro môme
plus active et plus puissante. Les premiers représentants
do la Révolution françaiso, si belle et si légitime dans son
origino, en avaient-ils la conscicnco? Jo no sais; ce qui
est certain, c'est qu'emportés bientôt par la passion d'une
— ^»<l —
rénovation radicalo et ayant la prétention do tout recon-
struire à neuf, les Assembléos révolutionnaires firent tablo
raso. C'est ainsi qu'avec les Universités, les Facultés do
droit ot do médecine, celles des lettres ot dos sciences dis
parurent momentanément ot furent supprimées on 1792
par l'Assembléo législative; puis, commo certains besoins
étaient pressants et qu'il fallait des médecins aux popula-
tions et des chirurgiens à l'armée et à la marine, un dé-
cret du 14 frimaire an III réorganisa trois Écoles do méde-
cino à Paris, à Montpollier et à Strasbourg. Les visées
scientifiques des fondateurs do ces institutions n'étaient
pas très-ôlovées ; dans leur ponséo, ces écoles avaient sur-
tout pour but de former des officiers de santé pour les hô-
pitaux, pour l'armée et la marine Les élèves do l'État,'
comme ceux do l'Ecolo polytechnique, recevaient 1200 fr.
de traitement; mais à côté do ces élèves, entretenus aux
frais de l'Etat, en vue des services publics, les Ecoles rece-
vaient des élèves libres et même des étrangers. Quant aux
Facultés de droit, leur restauration fut ajournéo jusqu'à
la fin de la réforme de lu législation; renseignement du
droit no fut réorganisé que sous le Consulat.
Il serait injuste néanmoins de méconnaitro les inten-
tions des assemblées révolutionnaires. Dans leurs plans do
rénovation universelle, l'instruction du peuplo à tous les
degrés et les progrès do la science avaient une largo part
sans doute ; mais les malheurs du temps et la tourmente
de plus on plus violente no permirent pas do réédifier sur
une base solide et d'après des plans bien médités.
Néanmoins de belles créations sont dues au génie de lu
Révolution : telles furent l'Institut, qui dut remplacer, en
vue du progrès scientifique, les anciennes Académies sup-
primées: le Muséum d'histoire naturelle, qui succéda au
— 45 —
Jardin-du-lloi; lo Consorvatoiro des arts ot métiers, l'Écolo
polytechnique, l'École normalo, l'Ecolo dos mines, l'Écolo
du génio; mais la plupart do cos institutions étaient crééos
à Paris, et rien do sérioux n'était ontropris on faveur
do l'instruction supérieure détruite dans les provinces.
L'Institut était certes une bello concoplion, ot l'antiquo
Collège do Franco n'avait jamais cessé do fonctionner,
mémo pendant la Terreur, mais co n'était évidemment
pas assez pour entretenir, dans un grand pays commo
la Franco, l'osprit sciontifiquo et la tradition des hautes
études.
C'est dans ces conditions quo, après lo 18 brumaire,
Napoléon, devenu tout-puissant, ontreprit on Franco la
restauration do l'instruction publique L'Université mo-
derne, les institutions d'instruction supérieure et secon-
daire, toiles qu'elles se sont développées et telles qu'elles
existent encore aujourd'hui, sont sa création.
L'Université napoléonienne est certainement uno concep-
tion grandiose, elle porte l'empreinte du génie, mais non
celle de la liberté.
L'esprit de la centralisation gouvernementale, absorbant
au profit de l'État et do la personnalité qui lo représento
tous les éléments do la vio nationale, constitue lo caractère
général et prédominant do ses créations.
Co caractèro so retrouve dans l'organisation de l'Univer-
sité moderno; lo nom d'université perd complètement son
ancienno signification; co nom no s'appliquo plus à des
corporations enseignantes, multiples et distinctes, dissé-
minées dans les grands centres do population, reconnues,
protégées et subventionnées par l'État, mais douées néan-
moins d'uno vio libre et indépendante, se gouvernant et
8*administrant elles-mêmes d'après des statuts acceptés par
— 4e —
l'Etat et sous la surveillance do l'État. L'Université impé-
riale apparaît commo uno gigantesquo administration de
l'instruction publiquo centraliséo, qui enlace toutes les
institutions d'ensoignomont à tous les degrés et détruit du
mémo coup lour autonomie.
Les conditions essentielles do la vio dos organismes uni-
versitaires n'ont pas entièrement échappé au premier Em-
perour. Napoléon 1er, dit M. Dulloz dans son Répertoire de
législation, jugea quo le moyen lo plus sûr de rendre à
l'éducation nntionalo son unliquo splendeur, c'était do la
confier à un corps, oxpression de la puissance publiquo,
qui répondrait à l'État el aux familles do l'avenir'des nou-
velles générations. « Jo voux, disait-il à M. Fontanos,
te un corps enseignant, parce qu'un corps ne meurt
ce jamais, ctparco qu'il y a transmission d'organisation et
« d'esprit. Je veux un corps dont la doctrino soit à l'abri
<c des petites fièvres do la modo, qui marche toujours quand
<c le gouvernement sommeille, dont l'administration et les
ce statuts deviennent tellement nationaux qu'on ne puisse
ec jamais so déterminer légèrement à y porter la main. »
Cetto idéo mèro, si juste ot si vraie, est frappéo au coin
du génio; mais pour la réaliser, il eût fallu autre choso
qu'un vaste mécanisme administratif ; il eût fallut plus quo
des institutions sans autonomie, recovant en tout ot pour
tout lour direction et leur impulsion d'en haut, fonction-
nant commo des rouages, avec une hiérarchio do fonction-
naires qui exécutent, chacun dans sa sphère étroite, un in-
variable programme
« Qu'on ne s'y trompe pas, dit encore M. Dalloz dans
son Répertoire de législation, le Corps enseignant, cetto vé-
ritable corporation quo créa Napoléon I-r et qui fut l'Uni-
versité, n'avait aucune autonomie ni indépendance » En

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