De la religion chrétienne et de la Révolution française, ou Examen religieux et philosophique des rapports qui les lient entr'elles ([Reprod.]) / par F. B.

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chez Leguay, impr. (Paris). 1797. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1797
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deIa religion
CHRÈTIENN E,
ET
DE LA RÉVOLUTION
FRANÇAISE,
Ou examen religieux et philoso-
phique des rapports qui les lient
PAR F. B.
Ecce nova facioomnia.
Je vais tout cvoli.iiofjner.
d PA R I.Ç
Chez Liguât, Imprimeur, rue de la Harp-,
An V de la République.
A
DE LA RELIGION CHRETIENNE
ET*
DE LA RÉVOLUTION FRANÇAIS!
jLj E tableau des qui
nous effraie depuis io commencement
de la révolulion, et celui que nous
offrent les circonstances présente?
sont autant ¡de témoignages d'une
triste vérité c'est que les sages se-
ront éternellement les objets de la
persécution des insensés, les vu iimes
généreuses ci des pas-
Socrate meurt condamné par un
tribunal de dévots,- pour avoir dé-
montré l'existence et l'unité de Dieu.
Jésus est Condamné à une mort in-
fâme, par des Prêtres -Juifs,- pour
avoir voulu rétablir dans toute leur
pureté le sens et la îeitre des livres
saints. Des Républicains les pères
Française, sont en-
voyés à IVc ha fa ud p.ir des hommes
qui se disoient adorateurs de la li-
berté.
AujonrcTliiir.ee n'est plus l'exagé-
ration révolutionnaire qui tue ou
persécute les disciples des philoso-
phes ;Ja faulx tranchante du fanatisme
poli'iqu.* est brisée, niais la plume du
Ct'igotisme, trempée de fiel, est entre
les mains du mensonge. La calomnie
remplace l'assassinat. Aux absurdités
révolutionnaires ont succédé les re-
ligieuses mais rien nest changé pour
les philosophes objets d'une infati-
gable persécution.
Ce n'est ni l'inconséquence ni la
perfidie des hypocrites qui nie ré-
voltent. L'histoire en déchirant mon
alite a aguerri mon esprit; mais quand
on retrouve auprès de soi les hommes
qui vivotent il y a deux mille ans
les horreurs qui se commirent dans
des siècles du sien on gémit
de l'éternité' des crimes, on se plaint
que les vices échappent l'empire
du néant; et s'il reste dans le cœur
quelque sentiment de bienveillance,
A3
on examine la cause de cette horrible
hérédité, on soupire après nu chan-
gement, on forme des vœux pour
une révolution..
Voilà ce que sentirent et désirèrent
les philosophes. Avec moins de sensi-
bilité, moins d'instruction moines de
génie ils. n'aurojent point coiwmis le
grand crime- d'avoir trop aimé l'hu-
manité, et' de l'avoir assez honorée
pour croire à sa perfectibilité, d'avoir
pensé, comme Jésus, qu'on pouvoit*
dépouiller le vieil homme. Amen
amen dico tibi n isi quis re.iatus
faerit nonputest videre regnum Dei.
« En vérité en vérité je vous le dis, à
moins qu'un homme ne renaisse, il
» ne peut voir le royaume de Dieu(i)>>.
Que toutes les ambitions, tous les
crimes, tous tes trônes, toutes les puis-
saiices infernales se lèvent et les cou-
damnent; soit je ne les accuserai
point d'absurdité ni de mauvaise foi.
La guerre que l'égoïsmc la vanité
dépouillée, et les mignons de tous
ics abus, font à la philosophie et à la
Jean, ch. III, v. 3.
̃(6)
révolution cst franche et dans l'ordre
de la lutte que l'auteur de la natnre
permit ent rc les contraires, pour éta->
blir l'équilibre dans l'univers, moral
et physique; mais si l'on m'apprenoit
que des hommes, se disant chrétiens,
appellent à grands cris la haine et la
vengeance, contrôles philosophes et
leurs maximes, je n'y croirais pas, si
la France entière n'eût vu les plu?,
féroces? conl re- révolutionnaires cour,-
verts du bonnet
L'inconséquence ou'ta mauvaise-'
foi se traînent à lasuiterde tous les
systèmes dans lesquels l'intérêt per-
sonne[ est lié a l'opinion; et si les
chefs de parti ont un profond mépris
pour les hommes qu'ils dirigent, les
innovât inns *e succèdent rapidement.
Avec de* l'hypocnsie et de l'audace,
ils détruirons, s'ils le veulent, le
système au nom du système lui-mê-
me ou d'un autre formé des mêmes
élémeus la religion chrétienne coure
ces dangers. Jamais l'incrédulité ne
l'avait
^juVIk" l'est aujourd'hui par les écrits
de ceux qui prétendent à l'honneur
(7)
Je la venger t'est en embrassant
l'autel que les chrétiens de nos jours
veulent le renverser c'est er donnant
Ip baliser du. disciple perfide qu'ils
livrent leur maître à la mort.
J'aurais dédaigné les clameurs du
sacerdoce parce qu'ayant séparé
depuis long-tems ses intérêts de ceux
de la religion de Jésus, et .de la mo-
rale sublime qu'elle renferme, il ne
pouvoit nuire nia la raison:, ni aux
moeurs publiques mais puisqu'il
parott aujourd'hui avec -une armée
de transfugcs qui attaquent avec
acharnement, je vais tracer la- ligne
qui sépare la religion chrétienne de
celle des dévots et indiquer les rap-
ports qui lient cette religion a la ré-
ou aux principes
philosophiques sur lesquels elle s'ap-
puie. a ••
Si la classe ignorante, qui s'attacha
aux principes delarévolûtion, donna
une preuve de son ineptie en détrui-
sant la religion chrétienne, les cory-
l'hiles du christianisme donnent au-
jourd'hui un sepctacle plus étonnant
ercore en attaquant la révolution au
(8)
notm du dieu d'Israël et de so.n fils
clui ne prétendait jamais qu'agi iiîre de
commentateur des pensées révélées de
son père pensées qu'on trouve dans
les livres de Moïse et dans ceux de
Samuel.
Si j'ouvre les actes des Apôtres,
j'y trouve Il loi agraire. Si je parcoure
l'Ancien Testament, j'-y trouve des
massacres en masse le décret qui
défend de faire des prisonniers, la
terreur avec sur* hideux cortège, et
le système, de ce féroce plagiaire ( i )
qui comme Moï&e voulait exterminer
tout une Mais si les écri-
turcs saintes m'offrent tous les délires,
tous les excès, j'entrevois cependant
dans cet horriBle^" chaos un grand
système, un plan régénérateur des
vues sublimes,: une révolution basée
sur des principes £jtli furent ceux des
(F Robespierre dit
lins, devant un homme qui me. Va raconté;
tlue Voîtniro était un sot ci n'ovoit pas pé-
nétré les grondes vues d" Moïse qua-td il
lui reprociia sps noinbretix nia-sncrcs; que
ce grand homme ( Moi\e) vuloit sr ci-Faire
d- tonte la -gt'ueraîio qu'il tira de !"F.£ypîer
et que c'éioit un trait de gé nie di-^ie d'elo^es.
(9)
philosophes -dont les écrits préparè-
rent la. notre. Tout ce qui appartient
à la morale tout ce qui établi! les
rapports des individus entr'eux est
avec la société est di*rin.
Jésus, l'aine du est
presque toujours a la hauteur d'un
dieu ses principes généraux sont
admirables; mais ses Apôtres restent
toujours à peine dégrossis, leurs
discours et leurs écrits sont dégoû-
tans d'ignorance decinÎMne et d'exa-
9.'ration. Par!, dans sa première
lettre aux Corinthiens, (i) considère
le mariage, pr opter for,, icationem.
Peut-on avoir une idée plus brutale
d'une union aussi chaste, que l'est
celle qui lie deux amansj
Les disciples dispersés lors de l'ar-
restation de leur maître, qu'ils aban-
donnèrent lâchement se réunirent
dans un grenier ou ils furent visites
par le Saint-Esprit ils v formèrent une
société dont la tribune étoit souvent
occupé par Pierre.
(1) Ch. VII, y. 2.
(IO)
Accoutumes a la vie oisive de pré-
dicateurs, manquant des moyens de
subsistance que leur procurait Jésus,
ils se virent dans la posihon où se trou-
vent aujourd'hui une infinité de ma-
coeuvres et d'ouvriers Français qui
vivoieni autrefois de leur salaire
comme membre* des comités révolu-
ou comme jurés.
Pour se lircr d anaire, les Apôtres
conçurent comme Babeuf et Marat,
que le partage de.' propriétés étoit
une excellente chose pour les fainéans,
Cl ils décrétèrent la loi agraire.
Neque e.im (juisquam egens erat
i:. ter Mo*. Quoi quoi enim poss esso-
res qgrorum aut domcruiti erant
vc:;deit4es qfferebtmt pretia eorum
qi/x ve.:debaiit et potiebai.t aIde
pedes apostoiorum dividebatur
eut cm si :gulis prout cuique opus
erat.
« Aucun (Veux n'était indigent, car
» tous ceux qui terres
» ou des maisons les vendoient, et en
la valeur qu'il déposaient
» aux pieds des Apôtres et on distri-
huent le tout en raison des besoins de
» chacun (i)*.
Les a ma .s de la démocratie n'en
demandent pas d'avantage; et auliea
de citer Rousseau, Voltaire et ion*
les chefs de la philosophie, qu"Ils
n'entendirent jamais, que n'ouvrent-
ils les livres révérés de*» royalistes, et
que ne défendent-ils leur système de
république avec les armes dont se
couvrent les dévots de nos jours pour
rétablir le trône sur les débris de
notre ordre social ?
En supposant que chacun des/rire*
tt czmis fut libre de vendre ou de
garder sa propriété j'observe que
les éloges prodigués aux zélés, aux
chauds démocrates qui se dépouil-
laient, rendoient cet acte de suréro-
gation moralement obligatoire; que
pouvoitde plus une poignée d'hommes
dont les autorités civiles et militaires,
et rassemblée générale du peuple ses
trouvoient réunies dans un galetas ?
Quand ta loi n'aurait eu pour appui et
pour défense que l'amour propre, cela
Actes des apôtres eh. IV, v. 34 et 35.
(
étoit suffisant, et -¡i est toujours très-
2droit d'établir le droit par l'usage,
de faire précéder ta loi par la volonté
et l'habitude. Maïs si cette vente était
aussi libre .que le fait entendre Pierre
dans les reprochés qu'il adresse à
Alla.lias, la mort de cet homme est
uneatrocité révoltante; etilc.^t
sible d'entendre ce que veut dire l'a-
putre en parlant de vol.
Si Ananias pouvait garder toute la
valeur de son champ (comme Pierre
l'assure) pourquoi donc ce président
de la société dit-il en parlant de la
portion que retint Ananias Jrau-
davit de preiio agriï il a volé cette
portion- Si la propriété de chaque
chrétien était à \v\ avant et après la
vente, n'étoit-il pas libre de donner
ce clu'il voulait, er pouvoit-il volercn.
retentant la moitié ou les trois quartes
de sa propriété? Et si la loi agraire
n*étoit pas rigoureusement obligatoire
peur tous, comment justifier Pierre
et le Saint-Esprit de deux menrtres
commis pour deux mensongers clui ne
iiuisoient qu'à leurs auteurs?
I /écrivain des actes répète deux
fois
(i3)
B
fois que ces meurtres répandirent Ia
terreur, et quelques dont il
étoit du uombre, n'en furent p.i*
fâchés; mais écoutons le récit iju'il
nous fait de ce premier jugement du
tribunal révolutionnaire, présidé par
Pierre, et dont le Saint-Esprit étoit
l'exécuteur.
Vir autem quidam nomine An a-
nias, cum Saphira uxore sua, ven-
didil agrum et frauda vit de prêt io
agri, cou scia uxxore sua et aj/cre/is
partemquamdatn ad pedes Aposto-
lorum posuit. Dixit autetn Pclrus
An ai da car tentovit satanas cor
tuum, ineiitiri te. spirilu saiicto j et,
fraudare de pretio agri ? etc.
Audiens autem A an ici s lh£o
verba eccidit et expira vil. Etfactus
est timor mag/ius super omnes qui
audierutu.
Faclum rst autem quasi liorarum
triut,r. spatium, et uxor ipsiusnes-
r.iens quod factum fuerat i.troivit.
Dixit autem Petrus: die mihi
mulicr, si tanli egrum vendidistis ?
Ai illa dixit et iam tanti j etc. Ço>i~
festim cecidit wtU pedes cjus et
exriravit.
« Mais un certain homme nommé
» Ananas a. voit une feinnie nommée
» Saphira, et il vendit unchamp, et à
» la connoiàsaiice de t.i femme en
retint frauduleusement partie et
déposa le reste aux pieds des Apô-
v> trc:. Pierre lui dit pourquoi Satan
a-t-il tenté ton coeur et t'excite-t-il
tnentir au Saint-Esprit et voler
rcnc partie de la valeur de la pro-
» prictc etc,
», Ananias entendant ces paroles
tombe et expire. et cela inspira
une grande terreur à tous ceux qui
en entendirent le récit.
» Sa femme arriva trois heures après,
?t ignoroit ce qui s'étoit fait. Pierre
i> lui dit • ( i ) femme est-ce là la valeur
de ton champ? Oui, répondit-elle,
(i) SUatao tenta le mari, l'apôtre joua le
même tour à la femme. N'y avoir-il pas plut
que de la cruauté à mettre Saphira dans l'al-
ternative de mentirau saint-esprit ou d'ex-
poser son mari à la mort? Mais Pierre comme
Robespierre avc.t besoin de la terreur, et
tous deux pensèrent que 'enr volonté étoit
au-dessus des loix dé la nature.
(i5)
Bz
» etc. Aussitôt elle tombe aux p;eds
» de Pierre et expire. ( i ) »
Avec quelle férocité le chef des
Apures, après 3voir reproché k
Saphira ce niensonge, lui annonce la
mort de son époux et lui prédit la
sîpnne l- Ecce pcdes eorum qui
Hf.runt ,'¡ranz tuum, ad Obiium et
te. Vois les traces de ceux
x qui ont enterré tcn mari ils sont à
» la porte, et vont t'eniporlcr. (z) » De
quelles traces vouloil-il parler l CVtoit
de traces sanglantes semblables à
celles que les septembriseurs impri-.
moient sur le plancher, et sur les
marches des prisons de Paris.
Je ne suis pas assez injuste pour
reprocher au christianisme, (tel qui
etoit dans la tête de Jésus, ) les hor-
reurs qui accompagnèrent sa propa-
gation. Je n'imiterai donc point les
chrétiens royalistes qui confondant
l'esprit avec les abus résultans de la
corruption de cet esprit proscrivent
(1) Actes des apôtres, ch. V, v.
,5,7, 8 et 10.
Actes ch. V v. 9.
(i6)
parce qu'il lut adultère; je me propose
seulement de constater la similitude
qui se trouve entre les principes du
christianisme et ceux de la révolution
sans m'arrêter au parallele des excès
commis au nom do la rcligion et la
révolution française. Si je voulois
présenter l'horrible tableau des rnassa-
cres, des conflagrations, des crimes
qu'on a commis au nom de dieu,
il seroit plus vaste, plus épouvantable
encore que celui sur lequel les dévots
s'arrêtent avec tant de complaisance.
Mais si quelques hommes ont le
droit de reprocher à la révolution
Française les forfaits qui l'ont
souillée, ce sont ceux qui en avouent
les principes, et qui en furent les vic-
times. C'est aux philosophes calom-
niés par de erfides interprétations
c'est aux disciples de ces hommes,
assassinés par la volonté du fa-
rouche copiste de Moïse, rede-
mander leurs amis ces illustres
victimes que la nature produisait dans
un moment de verve; c'est aux philo-
.Piles, qu'il appartient de protester
contre tout. ce qui s'est fait en leur

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