De la Sensation qu'a faite en France la mort de Buonaparte, et des écrits publiés à ce sujet, par M. Thomassy,...

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G.-C. Hubert (Paris). 1821. In-8° , 32 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1821
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DE LA SENSATION
QU A FAITE EN FRANCE LA MORT
ET DES ECRITES PUBLIES A CE SUJET.
De l'Impr. de Mad. JEUNE HOMME-CRÉMIÈRE,
rue Hauteteuille, n° 20.
DE LA SENSATION
QU'A FAITE EN FRANCE LA MORT
ET DES ÉCRITS PUBLIES A CE SUJET.
PAR M. THOMASSY,
Auteur d'un ouvragé sur la loi salique et l'appel
des femmes au trône.
astus animus, immoderata, incredibilia
alta semper cupiebat.
cque dum sibi regnum pararet, quidquam
habebat.
SALLUSTE CATIL.
PARIS,
Chez G. C. HUBERT , libr. , Palais-Royal, n° 222
A. ÉGRON, impr.-libr., rue des Noyers, n° 37 ,
DENTU , libraire , au Palais-Royal ;
PlLLET, imprimeur-libraire, rue Christine.
1821.
( 6 )
Dans cette occasion, nous eussions
bien volontiers gardé le silence, mais
il est souvent d'un bon citoyen de
le rompre ce silence, et de constater
les faits que dénature toujours l'es-
prit de parti.
DE LA SENSATION
QU'A FAITE EN FRANCE LA MORT
LE soufle de l'adversité ne put jamais ternir
l'éclat de la véritable gloire; elle est immor-
telle de l'immortalité de la vertu. Le grand
homme est grand sur le trône, il est grand
dans les fers, il est grand dans la tombe. Mais
la tombe eût-elle jamais le privilège de trans-
former en héroïsme ce qui ne fut qu'extraor-
dinaire? Sylla meurt d'une mort vengeresse
de ses débauches et de ses crimes : les intri-
gans triomphent de l'opposition des citoyens^
vertueux, et de magnifiques funérailles lui
sont faites ; mais les parfums, dont les odorans
nuages obscurcirent le Champ-de-Mars, n'ont
pas fait oublier l'atroce ambition et les san-
glantes proscriptions de l'heureux Dictateur.
Relégué au loin sur un rocher, Buonaparle
meurt dans son lit, et sa mort est d'autant,
plus frappante qu'elle est plus vulgaire.
Long-temps dans la noble carrière où l'a-
vaient placé les bienfaits de son Roi, les épau-
lettes de Colonel lui parurent le dernier terme
( 8 )
de l'ambition. Quel oeil alors eut percé ce
prochain avenir qui couvait un régicide,
une usurpation, et la plus inespérée des res-
taurations !
Mais la Providence qui se plaît à confondre
les Calculs de l'homme, et se joue du temps
et des obstacles, se saisit de lui, et le pousse
à travers toutes les rivales ambitions. Déjà
l'officier d'artillerie a fait place au Citoyen
Général, le Citoyen Général au Citoyen Con-
sul, et le Citoyen Consul à l'Empereur qui
ne veut plus du citoyen.
O derniers résultats des impuissans efforts
de l'homme ! Il se roidit de ses deux bras pour
atteindre la gloire; la gloire lui échappe et
le délaisse dans un coin avec la honte de ses
crimes....
Les sanglantes convulsions d'une liberté
régicide nous livrèrent, pieds et mains liés, au
bon plaisir d'un despote; et les débris de l'an-
tique monarchie furent les premiers étais
d'un trône que le cosaque du Don vint bientôt
fouler aux pieds. Ainsi donc a servi de jouet
à l'étranger le noble héritage du grand Roi,
Pendant plus de quinze ans, Buonaparte
promena sa turbulence en Europe ; il lui était
( 9 )
plus facile d'enfoncer des bataillons que de
gouverner avec-dignité et modération les des-
tinées de la France. On aime assez à montrer
lés titres de son naissant pouvoir, et tous ses
parchemins à lui étaient' dans la giberne.
Battant ou battu, en deçà comme au-delà
des Alpes et des Pyrénées, sur la rive droite
comme sur la rive gauche du Rhin, les fou-
dres de la guerre devaient gronder tant que
la race Napoléonienne n'aurait pas été pro-
clamée la plus vieille dynastie de la vieille
Europe (1).
Buonaparte a plus fait que besoin n'était
pour se rendre odieux à ses contemporains
et singulier aux yeux de la postérité. Par le
plus heureux concours de circonstances, il
pouvoit se faire aimer et respecter d'un peu-
ple qui avait trop souffert pour être exigeant;
il préféra se faire craindre. La crainte porta
toujours malheur en France. Dix ans de vic-
(1) Peu de jours après son couronnement, Buona-
parte prononça des paroles qui devoilaient tous ses
desseins: « On plaisante , dit-il, sur ma dynastie nou-
yelle,dans cinq ans elle sera la plus ancienne de toute
l'Europe. » Et dès cet instant il n'a pas cessé de tendre
à ce but. Madame de Staël.
( 10 )
toires et d'oppression n'aboutirent qu'à la plus
humiliante abdication; et l'ambitieuse témé-
rité de son parjure retour nous livrant à la
honte d'une seconde invasion, vint enfin mar-
quer, sous le brûlant tropique et par-delà
les mers, l'étroite place de son tombeau.
Il meurt, et son dernier soupir, franchis-
sant le vaste Océan, expire sur nos rivages
comme un bruit sourd et lointain, long-temps
après que l'orage a cessé. Un instant alors
l'Angleterre se rappelle l'auteur insensé du
système continental; l'Espagne, son furibond
envahisseur; l'Italie, le spoliateur du Saint
Siège; la Suisse, le destructeur de ses libertés;
le Nord, l'incendie du Kremlin et les flammes
de Moscou; et la France, toujours si géné-
reuse, semble respecter par son silence la
déplorable fin de l'homme qui lui fit quelque
bien, mais dont l'insatiable ambition engloutit
deux millions de Français, et qui, par son cor-
rupteur système, faillit tarir les sources pures
de la morale et de l'honneur.
Le souvenir de nos; maux de jour en jour
s'évanouit. Le régime paternel dès Bourbons
a déjà réparé les profonds ravages dû torrent
dévastateur. Si cependant un nom, trop fa-
( 11 )
meux dans nos annales, éveillait au fond des
coeurs les ressentimens assoupis et la haine
du despote -, qui oserait encore élever une
voix accusatrice? En le rayant de la liste des
vivans,la mort rie l'a-t-elle pas soustrait à la
haine comme à l'amour de ses contemporains,
à leurs louanges comme à leurs imprécations?
D'ou partent donc ces flots d'apologies? quels
nobles sentimens ont pu. les inspirer à leurs
anonymes auteurs? qui les a chargés d'inter-
préter les sévères jugemens de l'impassible
postérité? ont-ils cru quelle seroit l'écho de
quelques mécontens? pourquoi troubler le
vaste silence de tout un peuple ? qui dé nous
eût soulevé la pierre du tombeau, si de sédi-
lieuses voix n'eussent point fait entendre
d'intempestifs éloges? Peut-être même ces
temples, qui si long-temps retentirent des
fanfares de la victoire, eussent été témoins
des derniers honneurs, des derniers et tou-
chans souvenirs que le christianisme accorde
à ceux qui ne sont plus....
Mais quand la rébellion se charge seule de
l'oraison funèbre, quand elle ose se déclarer
l'organe de la publique douleur, et réclamer
à son héros un funéraire monument dans les
(12 )
murs même où se trouvent des Bourbons,
l'indignation éclate , et l'inexorable vérité
s'élève à l'instant contre les mensongers
éloges d'une hypocrite douleur.
Prêtez un instant l'oreille à ces hommes,
que l'on voit sortir en foule dès que l'horizon
politique se couvre de nuages, et que la dis-
corde trouve toujours aux premiers rangs, à
ces hommes que Tacite a peints d'un seul coup
de pinceau (1), et que Salluste désignait si
énergiquement par ces mots : quibus quies
in sedilionibus , in pace turboe sunt; Jetez au
hasard les yeux sur ces nombreuses feuilles
que fait éclore chaque jour, moins le sentiment
de la douleur que l'envie de fronder ou l'espoir
de la sédition; combien vous serez stupéfaits
de n'avoir vu qu'indifférence, là même où
s'est manifertée la profonde douleur d'un
grand peuple. Prenez et lisez cette corres-
pondance étrangère. Turenne emporté par
un boulet, jadis ne plongea pas les Français
dans une plus grande consternation. Le ma-
(1) Privatim, dégénères, in publicum exitiosi, nihil
spei nisi per discordias habent.
( 13 )
gnifique tableau de Fléchier s'y trouve même
parodié:
« Partout on dresse des pompes funèbres
« en l'honneur de Napoléon ; chacun choisit
« l'endroit le plus éclatant d'une si glorieuse
« vie; tous entreprennent son éloge; et cha-
« cun s'interrompant lui-même par ses sou-
« pirs et par ses larmes regrette le passé et
« tremble pour l'avenir. Ainsi la France en-
« tière pleure la mort de son Empereur, et
« la perte de ce héros est une calamité pu-
« blique. »
Prenez le Morning-Cronicle; vous y verrez
ce dont vous ne vous doutiez pas, qu'à peine
la mort de Buonaparte se fut répandue dans
la capitale, des groupes nombreux se por-
tèrent en foule autour de la colonne et l'arro-
sèrent de torrens de larmes; vous y verrez
que dans une pompe lugubrement triom-
phale, le buste du héros fut porté à travers
la place du Carrousel par des milliers de
citoyens, de tout sexe et de tout âge....
Sans doute qu'en France des fables si pla-
tement controuvées, des mensonges si impu-
dens n'exciteront que le sourire du mépris ;
mais comme dans l'étranger surtout, il est

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