De la Statistique appliquée à la thérapeutique, par M. Forget,...

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impr. de G. Silbermann (Strasbourg). 1854. In-8° , 28 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1854
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DE
LA STATISTIQUE
APPLIQUÉE
A LA THÉRAPEUTIQUE,
i' \ r,
M. FORGET,
PROFESSEUR A I.A FACULTE DF. MEDECINE DE STRASBOURG.
«Mundum regunt niimeri» (PÏT-IIAGC-RE).
STRASBOURG,
IMPRIMERIE DE G. SILBERMANN , PLACE SAINT-THOMAS , 5.
„ . . ! 185-1.
A M. LE DOCTEUR A. LATOUR.
. Très-honoré confrère,
«Vérité en deçà .des Pyrénées, erreur au delà,» disai L
PASCAL , pour donner'une idée des bigarrures de l'esprit
l]umain."vGé.-'graïe penseur eût pu supprimer la distance
et dite avec non moins de raison: «Vérité pour Paul,
erreur pour Jacques; vérité aujourd'hui, erreur demain.»
Telle est, en ciïct, l'histoire de toutes les manifestations
intellectuelles, scientifiques ou autres. Cette réflexion
s'applique spécialement à la statistique médicale qu'il
est bien reçu de conspuer aujourd'hui, comme tant
d'autres principes qui naguère étaient l'objet de nos vé-
nérations.
L'Union médicale nous a transmis récemment une
piquante escarmouche dans laquelle vous avez rompu
courtoisement quelques lances en faveur du procédé nu-
mérique. Vous avez très-bien démontré, selon moi, que
la statistique est indéclinable, inhérente à la science et à la
pratique, car elle est synonyme, d'expérience. Vous ajou-
tez, avec raison, qu'il ne reste rien à dire pour ou contre
le sujet en litige. C'est, en effet, par des arguments
identiques aux vôtres et dont, non plus que vous, je ne
prétends être l'inventeur, que, dans un discours d'ouver-
ture, je plaidais, il y a deux ans, la même cause devant
mon jeune auditoire. C'est ce même discours que je vous
adresse aujourd'hui, comme contenant, outre la solution
par le sens commun, un genre d'argumentation fort né-
gligé de nos jours, à savoir, la preuve historique. Bien
des dogmes sont l'objet des vitupérations de la foule, à
titre d'inventions modernes, qui ne sont rien moins que
nouveaux , de sorte que la critique évaporée souffleté bra-
vement les anciens sur la joue des modernes, au nom
même de l'antiquité qu'elle croit défendre et glorifier.
La statistique n'a certes pas besoin de mon appui, ni
vous non plus; elle éclate parelle-môme, et vous suffisez
à la dégager des nuages dont on cherche à l'obscurcir;
mais, comme par le temps qui court on ne sait trop à quels
signes reconnaître ses amis et ses ennemis, il m'a plu de
vous donner cet humble témoignage de sympathie.
Strasbourg, le 4 novembre 1834. Prof. FOKGET.
Dans un discours intitulé : De la mode en médecine,
je vous exposais dernièrement le tableau singulier de l'art
de guérir, au moment où nous vivons. Vous avez vu que,
semblable à un vaisseau sans voiles, sans gouvernail et
sans boussole, notre pauvre science roule ballottée dans
tous les sens, triste jouet de conceptions raisonnables ou
saugrenues, innocentes ou meurtrières, sans direction,
sans but et sans qu'il soit possible de s'entendre au milieu
de cette confusion dont le terme est impossible à prévoir.
Au sein de cette tourmente un fait domine pourtant :
c'est l'individualisme effréné, c'est le mépris et la haine
de l'autorité scientifique, c'est l'orgie de l'indépendance
succédant au joug de la doctrine qui naguère prétendait
asservir les esprits. Si celte lamentable expression de
l'état actuel de la médecine vous paraissait empreinte de
pessimisme et d'exagération, il me suffirait d'une preuve
justificative unique mais éclatante : c'est qu'en janvier
•1855, au sein de la faculté de Paris, un éloquent pro-
fesseur de clinique est venu proclamer la déchéance, la
négation de la médecine comme science, et couvrir de
mépris ce que nous avions le plus en vénération, tout ce
qu'il y a de réel et de positif dans l'objet de nos études,
à savoir : l'organicisme, la statistique, l'induction même
tirée de l'expérience, si bien que, sans antécédents
comme sans avenir, la médecine se trouverait réduite à
je ne sais quel produit informe, indigeste et vaporeux
du hasard et de l'inspiration.
Et il se trouve des esprits doués d'assez de mansuétude
et d'optimisme pour admirer cet ordre ou plutôt ce
désordre de choses, et pour nous congratuler de cette in-
dépendance, de ce mépris avoué de tout principe. Ainsi
nous lisons dans la Gazette médicale de Paris : « Si l'é-
cole actuelle est peu propre aux grandes systématisations,
si elle est peu féconde en oeuvres d'éclat, il faut plutôt
s'en louer que s'en plaindre. Ce que les travaux de ce
temps-ci perdent en imagination, ils le gagnent en soli-
dité et en utilité pratique. Moins occupés des intérêts
d'une école ou d'un système, les esprits n'en sont que plus
aptes à bien observer et à ne déduire des résultats de l'ob-
servation que les conclusions légitimes et rigoureuses
qu'ils renferment. » (N° 10. ■1S55.) Le jeune écrivain qui
s'exprime ainsi n'ignore qu'une chose : c'est que cette
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indifférence d'esprit n'existe pas; c'est que sur cent expé-
rimentateurs à peine s'il en est un qui ne soit, pas guidé
par une idée préconçue, ne serait-ce que celle de pro-
duire du nouveau ; aussi, au lieu de ces conclusions légi-
times et rigoureuses, voyons-nous les divergences les plus
multiples se produire à l'occasion des mêmes faits. Il me
suffit de rappeler tant de traitements contradictoires édi-
fiés dans ces derniers temps à l'endroit de la fièvre ty-
phoïde, du rhumatisme, du choléra surtout, etc. Nous
sommes libres de systèmes, dites-vous? Comptons un peu :
-1er système : Prétention à s'affranchir de tout système;
c'est le pire de tous.
2° système : Guerre à mort déclarée à l'organicisme,
au rationalisme, au numérisme, à tout ce qui brillait
naguère. Ce système est celui qui dicte la plupart des tra-
vaux modernes.
3e système: Intronisation de l'humorisme, par oppo-
sition au solidisme déchu.
4e système: Admiration superstitieuse pour les révéla-
tions du microscope qui aspire tout simplement à détrôner
l'observation clinique.
5e système : Théories basées sur la chimie qui se dit
organique et qui pourtant se pose en rivale de l'organi-
cisme.
6e système : Vitalisme qui fait dériver l'organe de la
fonction et non pas la fonction de l'organe.
7e système: Empyrisme éhonté mettant à néant faits
et doctrines.
8e système: Eclectisme brodant sur le tout et choisis-
sant tel on tel système suivant les besoins de la cause.
En cherchant bien, nous en trouverions d'autres, tels que
l'homéopathie, le dynanisme, le conlro-slimulisme, etc.
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Vous voyez bien qu'au lieu d'une absence de systèmes,
vous avez une douzaine de systèmes qui sont en lutte
flagrante les uns contre les autres. C'est que l'anarchie
scientifique n'est pas plus l'indépendance que l'anarchie
politique n'est la liberté. Toutes deux ne sont qu'une
arène ouverte au conflit passionné des idées et des inté-
rêts personnels, si bien qu'au lieu de deux ou trois au-
torités dissidentes, vous en avez mille. « Or, que reste-t-il
de ces myriades d'autorités se détruisant à l'envi? Rien
qu'un inextricable embarras pour l'élève, pour le prati-
cien, qui cherchent dans ce chaos un phare pour les con-
duire; rien , si ce n'est qu'à la vénérable autorité du ta-
lent vous substituez l'autorité des médiocrités révoltées,
des petites ambitions en rut» (F., De l'autorité en méde-
cine).
Ce qui peint bien la bizarrerie de la situation, c'est
que dans ce même journal, dans ce même numéro, où
l'on se glorifie de notre affranchissement de tout système,
un autre écrivain, au contraire, se plaint... De quoi? Je
vous le donne en mille. Il se plaint de l'exclusivisme de
la doctrine moderne et du règne absolu de l'organicisme!
« Le caractère de la médecine contemporaine, dit M. J.
GUÉRIS, a été, depuis une vingtaine d'années, de cir-
conscrire le siège et la raison des maladies à une portion
de l'organisme. Celte médecine localisante, organique,
achève en ce moment sa carrière sous le microscope. »
Voilà certes un point de vue nouveau, une révélation
bien inattendue et qui étonnera beaucoup ceux qui se
vanleut journellement d'avoir anéanti l'organicisme. Et
pourtant Ta.vérité est au fond de cet étrange paradoxe.
Souvent, enWfet, nous vous avons dit que le micros-
cope .et les réactifs ne sont que le scalpel continué, que
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de l'organicisme, moins grossier sans doute que le précé-
dent, de l'organicisme moléculaire, mais enfin de l'orga-
nicisme assurément. De sorte que nos artisans d'anarchie
conspirent, sans le vouloir, en faveur de l'ennemi com-
mun et font de l'organicisme sans s'en douter.
Néanmoins, au milieu de ces conflits, la position de
celui qui a charge d'enseignement est bien pénible, les
sentiers qu'il lui faut parcourir sont bien épineux; car,
quel que soit le drapeau qu'il arbore , il est certain d'être
en butte à de nombreuses oppositions, et l'éclectisme
même ne le protégera pas. Pour maintenir et propager
son oeuvre, il lui faut rouler incessamment le rocher de
Sysiphe et creuser cent fois le même sillon. Ainsi, con-
trairement à nos constantes prédications, voici que la brise
qui souffle de Paris vient murmurer à vos oreilles que la
science n'existe pas, que l'observation manque de base
positive, que l'expérience du jour est perdue pour le len-
demain ; que toute comparaison est impossible entre deux
malades; enfin, que la statistique est une pratique ab-
surde.... Je me vois donc réduit à plaider aujourd'hui
devant vous une cause cent fois débattue, celle de la
statistique ou du procédé numérique appliqué aux faits
médicaux.
Il est des vérités pour l'expression desquelles les termes
peuvent manquer, mais dont la réalité est vivement em-
preinte, dans le sens intime. A rencontre de ces questions,
la logique peut épuiser ses subtilités, mais il reste au
fond de l'âme quelque chose qui nous dit que la logique
en impose. Tel est le sentimeul que réveillent en moi les
oppositions que rencontre journellement la statistique au
sein des facultés et des académies comme dans les jour-
naux. Lors do la mémorable discussion qui eut lieu à
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l'Académie de médecine de Paris en ^ 857, j'eus l'honneur
de soumettre à cette savante assemblée mes convictions
sur ce point (Presse médicale, 14 juin -1857), et depuis
lors mes opinions n'ont fait que se fortifier en faveur de
ce critérium de toute science. Aujourd'hui comme alors,
je suis convaincu que la statistique est immuable, néces-
saire , indéclinable, et qu'elle a pris naissance avec la
science elle-même. C'est ce que je me fais fort de démon-
trer.
La statistique médicale est l'application du calcul ou
de la numération aux faits médicaux. C'est par une pure
subtilité qu'on a prétendu distinguer la statistique du
procédé numérique. La statistique n'est pas une méthode,
car elle ne change rien à la manière d'observer; c'est
un simpleproeédé plus rigoureux que l'observation vague,
qui rend celle-ci plus précise, plus vraie, en obligeant à
y regarder de plus près.
Il est un principe capital qu'on ne doit jamais oublier,
c'est qu'en raison du voile épais qui nous dérobe le méca-
nisme de la vie, l'observation médicale ne peut fournir que
des probabilités, de sorte que la statistique, en dépit de ses
allures mathématiques, ne peut servir qu'à formuler des
degrés de probabilité L'aphorismcet l'induction nepeuvent
aussi produire autre chose, mais la statistique a sur eux
cet avantage qu'elle fournit l'expression rigoureuse autant
que possible de ces probabilités, et, de plus, au lieu
d'exprimer des principes absolus, comme l'aphorisme,
elle place toujours l'exception à côté de la règle, car
dire qu'on a réussi dans tant de cas sur tant, c'est dire
implicitement qu'on a échoué dans les autres. Il est clair
qu'elle seule peut mettre fin aux discussions sur l'effica-
cité comparative des diverses méthodes de traitement,
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car deux praticiens qui soutiennent avoir souvent réussi
par telle méthode opposée à telle autre, ne parviendront
jamais à s'entendre s'ils ne résument leurs observations
en chiffres. Il est bien entendu qu'il s'agira de groupes
de faits analogues autant que possible. L'objection ba-
nale qu'on fait chaque jour à la statistique d'opérer sur
des unités dissemblables, conserve toute sa force lorsqu'on
la retourne contre l'aphorisme el l'induction, lesquels,
je le répète, ne peuvent opérer non plus que sur des ana-
logies ou des probabilités, à cela près qu'ils établissent
leurs catégories avec beaucoup moins de scrupules que
la statistique. Donc, toutes choses égales d'ailleurs, la
statistique est préférable à l'induction vague et à l'apho-
risme qu'on affecte de lui préférer.
Mais il y a plus, la statistique est rigoureusement com-
prise dans l'aphorisme lui-même, d'où résulte qu'elle est
aussi ancienne que la science. Et, en effet, sur quoi peuvent
être fondés les monuments scientifiques transmis par les
anciens? Sur quoi peuvent reposer les aphorismesd'Hippo-
CRATE, de UOERHAAVE, de STOLL, etc., si ce n'est sur l'obser-
vation et la supputation implicite de faits plus ou moins
nombreux servant de base à telle ou telle sentence? Il
a bien fallu que ces grands observateurs eussent reconnu
que tel phénomène s'offrait dans un grand nombre de
cas, pour qu'ils réduisissent cette fréquence en axiomes.
S'ils n'ont pas rigoureusement compté, c'est, j'en suis
convaincu, qu'ils n'y ont pas songé ou qu'ils n'ont eu ni
le temps, ni la force de volonté nécessaire pour "se livrer
à ce travail pénible et fastidieux; car il n'est personne
qui ne puisse être satisfait de savoir au juste jusqu'à quel
point ses aperçus généraux sont fondés; quoi de moins
naturel que de préférer l'obscurité à la lumière, le vague
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à l'absolu, le doute à l'incertitude! Mais nous allons voir
que l'instinct des anciens les a parfois servis au point de
plaider victorieusement pour une cause contre laquelle
l'ignorance et l'irréflexion peuvent seules invoquer leur
témoignage.
AJoveprincipium. Commençons par HIPPOCRATE, qui
dit : «Ayez dans la mémoire les cures des maladies et la
«manière dont elles ont été opérées dans les différents
«sujets et combien de fois et comment on les a traitées
« dans chaque individu , car c'est là le commencement,
« le milieu et la fin de la médecine» (De decenti ornatu).
Vous l'entendez, pour HIPPOCRATE, la statistique était la
fin de la médecine.
Sans nous arrêter à GALIEN , CELSE et autres anciens
où il serait facile de découvrir des arguments analogues,
arrivons à la renaissance, où nous rencontrons d'abord
l'hippocratiste FERNEL : « Ce n'est pas ce qui arrive seu-
« lement une fois, mais bien ce qui s'observe le plus sou-
avent avec l'ensemble des mêmes circonstances qui en-
« gendre l'expérience» (De medicam. virib., lib. 4,
cap. 5). Notez qu'il dit cela précisément à propos de l'ac-
tion des médicaments. Mais FERNEL n'était qu'un habile
compilateur; arrivons aux auteurs modèles.
Dans sa lettre à G. COLE , le grand SIDENHAM évalue
numériquement la quantité relative des maladies aiguës
cl chroniques, mais c'est de thérapeutique qu'il s'agit ici;
A propos des fièvres pestilentielles (typhoïdes) de IGG5, il
s'exprime ainsi : «Parmi ceux qui ont élo traités par les
« sudorifiques ; de trois h peine en est-il réchappé un, pour
« ne rien dire de plus. & Ceci est à la fois un monument
de statistique et une leçon clinique pour quelques mo-
dernes ; mais voici quelque chose de plus précieux encore.

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