De la tyrannie de Carnot, ou Les Carnutes , anecdote druidique, écrite il y a 2.000 ans, dans laquelle les événements de la Révolution française, depuis le 14 juillet 1789 jusqu'au 18 fructidor an V, sont prophétisés

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impr. de l'Ami des bois (Paris). 1797. 52 p.-[1] f. de pl. ; in-8.
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DE LA
TYRANNIE
DE C A R If 0 T.
DE LA
TYRANNIE
DE CARNOT,
o u
LES CARNUTES:
ANECDOTE DRUIDIQUE,
Ecrite il y a 2000 ans,
Dans laquelle les événemens de la Révo-
lution française, depuis le 14 Juillet
jusqu'au 18 Fructidor an 5 ; sont
prophétisés.
SêuIj il réjouit l'Enfer par de nouveaux
y cr/fu^ Page 13e.
- - v
A PARIS,
A l'Imprimerie de l'Ami des Lois, et du Bureau
central d'Abonnement a tous les Journaux x
Place Vendôme, N°. 1.
An 6 de la République, uns et indivisible.
A
l, D ELA
TYRANNIE
DE CARNOT,
o u
LES CARNUTES:
"ANECDOTE DRUIDIQUE,
Écrite il y a 2000 ans,
Dans laquelle les événemens de la Répo-
lution française, depuis le 14 Juillet
178 jusqu'au 18 Fructidor an 5 ? sont
prophétisés.
—. ■■ m
Seul, il réjouit l'Enfer par de nouveaux
crimes. Page i3e.
A VAN T-PROP OS.
L E pays des Carnutes ou Chartrain, porte au-
jourd'hui le nom d'Eure et Loir. Le traducteur
observe que les Romains qui nous Pont fait çonnaitre
prononçaient 0 la lettre U. Les Welches sont
encore le seul peuple de l'Europe qui donne à
(a)
cette lettre un son barbare. Les personnes atta-
chées à la prononciation primitive et à l'orthographe
ancienne, prononceront Carnotes , écriront Car-
nutes ainsi qu'elles écrivent hydre, et prononcent
hidre. Ce manuscrit a été trouvé par Bonaparte
dans la bibliothèque de Milan.
Telle était l'introduction que je me proposais de
placer à la tête de cette Anecdote. Carnot régnait
encore lorsque je l'écrivais ; des soins , des peines ,
occasionnés par la misere où ce scélérat m'a réduit
avec tant de républicains , avaient suspendu ma
triste composition. Ceux qui me connaissent, savent
bien que ce n'était pas la crainte du tyran , mais
vraiement l'embarras de la subsistance qu'il m'avait
arrachée, et la contention d'esprit à conspirer cou ire
lui, qui m'ont forcé à laisser reposer cet ouvrage.
La journée glorieuse du 18 fructidor, si elle ne
m'a pas rendu ce qui me fut indignement ravi, a
étouffé l'instant que j'attendais pour venger mon
injure ; elle m'a fait raison de Carnot ; Je respire î
et reprenant plus de calme , je roe suis voué à la
confection des Carnutes. Il était tout simple , dira-
t-on, de renoncer à l'allégorie , et d'écrire à la
portée de tous.. J'en conviens, sur-tout depuis la
chûte du tyran. Mais fout alors eût été à refondre ,
et j'eusse perdu l'avantage du costume qui a aussi
son mérite ; peui-être même n'est-il pas asseq
soigné. Un artiste républicain met au frontispice le
portrait du démon de mon allégorie. Puisse la
planche qu'il a gravée, ne s'effacer jamais!
Au surplus j ai cherché à clarifier le discours par
des notes que fai renvoyées à la fin. Républicains,
lisez,, méditez, et faites passer la justice de la
république sous les yeux de tous ceux qui n'ont
cessé de lui être fideles.
( 3 )
A a
C, É T A I T au pays des Carnutes que les fideles ad
culte druidique se rassemblaient tous les ans. Depuis
l'invasion des légions romaines, leur assemblée
était permanente : elle se tenait publiquement au
centre de la forêt sacrée dont la Carnutie était
couverte.
Une vaste caverne taillée par la nature sous un
tertre religieux, servait de monastère au plus an-
cien college des Druides. Parmi ces solitaires qui
s'occupaient ce dieux et de sacrifices, de sciences
et de lois, de vertus et de passions, dix vieillards
( i ) avaient un pouvoir sans bornes sur les répu-
bliques confédérées de la Gaule : on les appellait
les Carnutes par excellence.
Les Celtes s'étaient reposé sur ces magistrats su-
prêmes du soin de briser le joug dont ils étaient me-
nacés et par les traîtres Gaulois , et par les Romains
ambitieux.
A l'entrée de cette caverne était placée la statue
colossale de Theutatés. Ce pere des Celtes qui
mérita doublement ce titre en leur donnant la vie
sociale et la liberté politique, n'eut long-lems
d'autre culte que la commémoration de ses bien-
faits dans chaque famille ; mais ces deux souvenirs
6:altérant d'âge en âge, on en fit une divinité se
nourrissant de la cliair des hommes ; l'atroce su-
perstition et l'industrieuse imposture placèrent sous
ses pieds une conque de granit pour y recevoir des
flots de sang.
Là-, sous l'ombrage des peupliers > des druides
du second ordre (2) enfonçaient dans la gorge des
victimes leur couteau sacerdotal ; de-là 85 échos
( 3 ) répétaient à la Gaule entiere leurs affreux
mugissemens.
Las de leurs divisions ? les Celtes- ne s^étaktit
(4)
réservé de la souveraineté que la résistance à César- -
: ils ne voyaient dans les offrandes à Theutatés que
le juste chàtiment des conspirateurs contre la grande
union celtique ; ils" s'applaudissaient de ce que la
patrie en fut débarrassée.
Aux affections concentrées dans chaque maison,
avait succédé le sentiment énergique d'une vaste et
même famille composée de tous les Gaulois. Que
cent mourussént sur le piédestal de Theutatés , ou
mille aux champs de gloire ! Conspirateurs ou
guerriers , ils étaient morts pour le salut de tous :
Je passé était le néant, le futur la vie. Comme la
nature , les Celtes marchaient en avant sans tourner
la tête sans s'arrêter pour se plaindre ; tous se
hâtaient d'arriver à la paix et à l'indépendance.
Comme il est facile au sacerdoce de la puissance
d'égarer le peuple, et de couvrir les passions du
manteau des dieux!. depuis lone-tems l'un des dix
Carnutes, Spiétodun ( 4 ) ? s'était montré avec des
mœurs si austeres , un abandon si entier vers sa
patrie, qu'on ne le nommait autrement dans les
Gaules que l'incorruptible. Haissant Rome, et
bien plus encore les oppresseurs héréditaires de son
pays , il leur déclara une guerre implacable. Mais
il se crut le seul éminemment destiné à les vain-
cre et à réformer les lois. Ce n'est pas qu'il aspi-
rât à la pourpre ; cette invention accréditée par
les ennemis de la liberté , cette fable sera châtiée
séverement par l'histoire.
Malheureusement pour Spiétodun, l'audace ac-
cordée à ses conceptions avait été refusée à son
coeur.
Il sut néanmoins cacher ses desseins avec adresse ;
il en imposa long-téms par des harangues et par des
services ; il se servit de la confiance populaire pour
-attacher ses ennemis (5) aux bandelettes des en-
( 5 )
A 5.
nemis publics qu'on menait à l'autel : on le vit
envoyer au néant sans pitié des personnes de tout
sexe et de tout âge. Son horrible faulx moissonna
jusqu'à quatre générations; et ses massacres, dans
l'étroit espace de trois mois , comptent pour trois
siecles de destruction.
• Sescollegues Justovacus et Couthoniac (6) le ser"
v-aientà l'cnvi, le premier, de sa jeunesse et de son
éloquence: le second" de sa bile et de ses médi-
tations. Justovacus parlait le langage des dieux j le
peuple le comparait à l'astre des jours , k Belen
exilé des cieux comme Apollon, qui , dans la Gaule
avait été poëte et orateur, berger et philosophe.
Couthoniac, glacé comme la terre dans ses ex-
trémités, comme elle. avait ses volcans souterrains,
dont les longs frémissemens semblaient être l'ac-
cent terrible des oracles.
Ces trois druides réunissaient dans leurs mains
tout ce qui agit au ciel, sur la terre et dans les en-
fers, sur l'espece humaine. Chaque fois qu'ils évo-
quèrent les victoires, elles parurent, elles leur
obéirent. Chaque fois qu'ils marquèrent des vic-
times , le peuple s'en saisit, la mort les frappa.
Là où leur doigt colorait la vie ou promenait
l'ombre du trépas, la Gaule se parait de joie ou se
couvrait de deuil : et les passions ou la sagesse de
quatre-vingt-trois nations étaient mues tour à tour.,
ou par leurs gestes , ou par leurs regards.
Ce n'est pas que ces druides descendissent ou de
Theutalés, ou de Brennus, qui donna tant de
célébrité aux oies du capitole. Ils ne comptaient
parmi leurs ancêtres ni Oden , le chasseur dont les
Gaulois ont fait leur dieu Mars , ni ces drjuidesses du
Mont-Belen (7 ) qui initiaient la jeunesse aux mys-
teres de la volupté ; ils n'avaient sur les Celtes d'iiir
fluence que celle que la nature leur avait départie i.
(6)
disons- mieux. Ils. avaient exproprié la nature-
du miracle de créer et de détruire , d'enfanter
avant terme , et de dessécher avant la maturité ,
de dépeupler l'ancien monde et d'en créer un
nouveau.
Spiélodun, Justovacus et Couthoniac ne tardèrent
pas à devenir les objels de la jalousie et de l'exé-
cration de quatre de leurs collègues. Ceux-ci y dont
le plus ambitieux et le plus perfide se nommait
Garnutorix ( 8 ), feignaient depuis long-tems de
consulter les premiers dans toutes les opérations
grandes ou délicates. Ils les excitaient aux mesures
les plus violentes pour en déverser l'odieux sur leurs
têtes : des deux côtés, qui long-tems semblerent
ne faire qu'une musse impénétrable, ils s'accor-
derent le sang dont ils avaient soif: c'était à qui eût
obtenu de ses collègues la priorité de frapper son
ennemi.
Cependant les Gaulois ? réveillés par un trop
fréquent abus du pouvoir y de haines et de ven-
geances, commençaient à mesurer d'un œil effrayé
cet épouvantable monceau de cadavres et de cendres.
La plus auguste solemnité de la religion celtique
(9) approchait. Chaque parti l'avait choisie pour
perdre son ennemi ; elle fut digne des dieux par
sa pompe. Jamais communication du ciel avec la
Gaule ne parut plus majestueuse aux yeux d'un peuple
énergique et religieux : jamais occasion de s'élever
au-dessus de ses collegues ne fut saisie avec plus
d'empressement par aucun ambitieux etne parut plus
favorable à Spiétodnn impatient de maîtriser exclu-
sivement la confiance nationale ? pour fonder une
république triste et farouche.
Projet insensé , idée hors de climat, songe fu-
neste , vous n'occupâtes une ligne du livre des
destins, que pour passer d'une dynastie d'événemens
( 7 )
A4
néfastes à des événemens plus malheureux !
Spiétodun avait ordonné la fête. Jugeant trop
favorablement pour lui de l'enthousiasme des
fideles, il n'attendit pas que les neuf Carnutes
s'approchasient de lui pour en consacrer Pacte le
plus solemnel ; il s'en éloigna avec une affectation
qu'ils saisirent et qu'ils firent remarquer.
Il s'arma de la serpe d'or , et montant sur le chêne
sacré y il coupa le Guy parasite , emblême de ceux
qui ne vivent que de 1a seve et de la puissance du
peuple souverain. Il chanta la gloire de Belen,
Apollon de la Gaule, le seul dieu raisonnable ,
dit-il, que des Celtes, des républicains, dussent
adorer.
Puis, du fer qui avait tranché les jours de plu-
sieurs milliers de traîtres à la patrie et d'un trop.
grand nombre de patriotes incorruptibles , il grava
ces mots sur l'écorce de l'arbre antique :
LE PEUPLE CELTIQUE RECONNAIT BELEN ET L'IM-
MORTALITÉ DE L'AME ( 10).
Pendant cette cérémonie, la majeure partie de
l'assemblée générale se disait à voix basse : Quelle
tyrannie ! la souffrirons-nous plus long-tenls ?
--- Carnutorix et ses complices disaient d'un ton
plus haut : Il veut s'approprier notre tyrannie ;
demain il ne sera plus. --- Couthoniac et Justo-
vacus les entendirent et dirent à leur tour : Demain,
nous gouvernerons seuls. Ces tiraillemens, pré-
sages toujours surs d'un événement prochain , ren-
dirent encore une fois l'équilibre à la république.
En effet, la neuvieme nuit du mois brûlant où
les thermes sont fréquentés ( n ) fut choisie par
les deux partis pour «e renverser. Spiétodun avait
pour lui quelques tlruides, les Vergobrets ( 12 ) de
Lutece ( i3) , la peur et les légions. Carnutorix
et sa faction comptaient de leur côté la lassitude de
( 8 )
l'oppression , l'impatience du sénat celtique , la
mobilité populaire , les amis de César les plus
adroits, et l'audace déterminée qui renverse presque
toujours la sécurité qui gouverne.
Carnutorix vainquit par l'inaction de Spiétodun 9
lorsque celui-ci eût dû agir. Spiétodun, Justovaeus,
Couthoniac, tous les Vergobrets de Lutece ( i4)
périrent sur le granit où tant de vies s'étaient éteintes
sous leurs horribles couteaux : et la même populace
qui avait insulté au supplice des rivaux de Spié-
todun , insulta au sien avec un délire que les hommes
n'éprouveront plus quand ils reviendront tout-à-
fait sauvages ? et qu'ils ne manifesteront pas, s'il
est possible qu'ils deviennent entièrement policés.
Au milieu de ces divisions intestines 7 malgré les
mesures extrêmes que les stipendiés de la tyrannie
excitaient. dans les assemblées populaires au nom
de la liberté , César Wavait pu pénétrermilitairement
dans les Gaules. De toutes parts ses légions étaient
repoussées par les descendahs des braves qui prirent
le capitole. Le pavillon augurai et le drapeau des-
potique fuyaient vers les forêts de la Germanie ,
ou sur les rives de l'Ibere ( i5) ; derriere les A pen-
nins toscans, ou jusqu'aux isles Cassitérides (16).
Trop heureux Celtes, menaçans Rome et menacés
dans Lutece y trop heureux si vos ennemis les plus
dangereux n'eussent pas vécu au milieu de vos
conseils 1
Mais l'hydre conjurée contre leur indépendance,
respirait encore aprës la mort de Spiétodun ; quatre
tètes sifflaient sur son tronc ensanglanté ; moins
pressées, elles se mouvaient avec une dangereuse
audace. Carnutorix, le plus hypocrite , le plus
pervers, le plus féroce des Carnutes, le monstre
qui avait machiné dans l'ombre tous les crimes anté-
reurs!..il réussit encore à traîner devant le l,euple z
(9)
sans en être apperçu, ses -trois meilleurs amis,
comme complices de Spiétodun ( 17 ).
Alors qu'il faisait insinuer qu'occupé tout entier
à faire mouvoir les armées , il n'avait pu coopérer
aux. actes de la tyrannié, il déclarait hautement à
la tribune publique que si l'on condamnait ses col-
legues , on devait l'associer à leur supplice. Par cette
double tactique , il intéressa en sa faveur le sénat
et le peuple, les druides ignorans et les Carnutes
accusés , l'armée et la multitude. Nul parti n'osa le
citer en jugement ; il eut l'artifice de mettre les
agens de son oppression en état d'accusation ; ils
furent déportés en Mauritanie.
Carnut.orix se défit ainsi de ceux qui auraient pu
lui reprocher un jour la mort de Phélippeaux , de
Camille, de Danr.onius, de beaucoup de sénateurs
instruits , de généraux fideles , les boucheries dans
la Gaule Narbonnaise , et la destruction des plus
belles troupes du Midi par la famine , le dévêtement
et le désespoir.
Dès-lorà, le système de déportation succéda au
système de mort. Les Celtes , et non les délateurs,
étaient las du spectacle quotidien des sacrifices. La
clémence , l'humanité, la justice , furent invoquées
par des Bardes couverts de sang ; ces vertus indi-
gnées d'un appel nominal qui consacrait tous les
vices, se cacherent sous le manteau de la répu-
blique : le pinceau deS traîtres osa en tracer l'image
sur les édifices ( 18 ). Mais la récrimination fut
gravée dans tous les cœurs ; les chênes sacrés furent
coupés , les couronnes civiques abattues , les tem-
ples du pur druidisme renversés ( 19 J les autels
d'Oden relevés et dédiés à la Concorde ( 20 ) , les
prisons ouvertes aux malfaiteurs comme aux persé-
cutés (21), les nuits de deuil changées en jours
nébuleux, les noms de servitude substitués à des
C 10 )
noms de gloire (22), la confiance dans le trésor
avilie par ses propres gardien® ( 23 ), la renommée
de chaque victoire vendue dans ses prémices aux
agioteurs de la fortune publique (24) ? les propriétés
nationales adjugées au crime (25) ou rendues à la
trahison ( 26 ) , les transfuges réintégrés au sein de la
patrie (27), les armées dépouillées de leurs
opimes ( 28 ) , les amis de la liberté livrés à des
persécutions arbitraires ( 29 ) , ses zélateurs pressés
dans les cachots, ses mutilés défenseurs exposés à
la risée des lâches, ses martyrs lui disant adieu sous
le tranchant de son propre glaive , l'or des Romains
pénétrant de son venin toutes les sections de la
république, énervant l'énergie, glaçant le cou-
rage, et paralysant les principes !
Ce moyen de corruption qui entache tous les sen-
timens honnêtes ainsi que le mercure pàlit les
métaux précieux, surpasse pour diviser une nation,
Pélan terrible d'un million de combattans ; ce que
n'avaient pu faire César et ses lieutenans, l'é-
goïsme des familles puissantes et leurs stipendiés,
des misérables achetés dans le sénat, dans le corps
religieux , dans les municipalités , joints à des co-
rybantes vomis de Rome ( 5o ) , parvinrent à l'exé-
cuter.
Se sentant bientôt assez forts pour remonter les
cchaffauds, la déportation fut repoussée comme une
réparation insuffisante pour des mânes qu'ils di-
saient outragées. Si l'en n'égorgea plus au nom de
Theutatés, on invoqua Minos en assassinant. Ce
fut une chaîne de massacres depuis le territoire des
Venetes jusqu'à l'antique fondation de Phocée : on
vît périr sous un glaive réacteur tous les Gaulois
qui s'étaient opposés à l'établissement des lois ro-
maines y aux suggestions des augures Capitolins,
aux armes de César, à la corruption de ses ageils i
( 11 )
le mot d'ordre de ces assassins étoit : œufs rouges
et fromage (3i).
De jour en jour cette réaction devint plus fu-
neste. De braves druides, d'énergiques vergobrets
montèrent à l'écbaffaud; bix représentans du peuple,
traduits impitoyablement devant un tribunal atroce ,
furent condamnés sans formes ! ils eurent le magna-
nime conrage de se former en cercle et de se passer
froidement la mort sur le même fer (5a) ! L'un
d'eux encore palpitant, fut traîné au lieu du sup-
plice au milieu des- restes inanimés des compagnons.
de son martyre , environné de ses amis silencieux
et d'une foule de cannibales s'exultant de cet in-
fâme triomphe. La hache trancha ses dernières pa-
roles : elles étaient à la république, elles lui appar-
tiendront toujours ( 33) !
Sans les constantes victoires des phalanges Gau-
loises , c'en était fait de la liberté Celtique.
L'assemblée générale se convainquit enfin des
périls auxquels elle était exposée : ses propres dan-
gers l'éveillèrent sur les dangers publics : on la mu-
tilait en détail, tandis qu'on assassinait les répu-
blicains en masse.
Elle fit une constitution nouvelle pour se dé-
fendre elle-même des précipitations , et pour
garantir l'union Celtique de toute entreprise in-
térieure ( 54). Elle créa un pouvoir d'exécution,
assez compliqué pour résister à la tyrannie d'un
seul, et néanmoins assez simple pour mouvoir à
l'instant ses forces d'attaque et de résistance (55).
Elle eut la précaution sage, mais hardie , de placer-
à sa garde Les deux tiers de ses architectes, et de
présenter cet arrêté à la sanction du peuple sou-
verain (36).
Qu'était alors devenue cette souveraineté popu-
laire , qui, dès son premier élan, avait sauvé les
( ï2 y
Gaules des discordes civiles et de la conquête étran-
gère ?. Les patriotes étaient ou cachés dans des
antres, ou plongés dans des cachots. La réaction des
vengeances unie à l'indifférence des principes, avait
oiiverc à tous les contre-révolutionnaires revomiâ
dans la société, la barrière des vengeances hypo-
crites , insensées ou féroces. Les ennemis intérieurs
dominaient dans les prétoires et pullulaient sur les
platées. A nim és par quelques représentans du peuple,
naguère ordonnateurs , missionnaires , exécuteurs
des mesures les plus exaspérées, leur audace crois-
sait en proportion de leur lâcheté passée (-57).
Le vrai peuple n'osait laisser échapper le moindre
signe de cette belle vie , dont tant de jours glo-
rieux avaient- semblé lui garantir l'avenir le plus
consolant : il gissait, hélas ! renversé sur ses pre-
miers fers. Ses oppresseurs lui criaient d'une voix
menacante :
Peuple , n'est-il pas vrai que nous exécutons ton
vouloir ?.,
- Et le peuple effrayé de leurs poignards et de ses
divisions, répondait: oui, d'une voix mourante,
et se recouchoit tristement sur sa pierre 1 ( 38 )
A lors des villes entières oserent rejetter la cons-
titution , et appeller à grands cris César. Les Lu-
téciens eux-mêmes, égarés par des stipendiés du
tyran, s'armèrent et se portèrent en foule vers la
forêt religieuse où se tenait l'assemblée générale.
Le dessçin secret des traîtres qui les commandaient,
consistait à faire un triage des représentans de la
nation , exécuter les uns vendre les autres à l'en-
can, tel était le délire des conspirateurs !
(5g) Cette insurrection masquée de motifs po-
pulaires, couverte de guirlandes de chêne , fut très-
sérieuse : mais dès que les insurgés s'apperçurent
qu'ils étaient dupes , ils cessèrent le combat : et
(i3)
quelques Balistes jouant à propos sous la main de
la victoire ? dissipèrent les vrais conjurés, les infâmes
satellites de César (40).
Cette journée fut une des plus belles de la ré-
publique. Ce conflit plutôt qu'un combat , devait
néanmoins l'emporter dans ses suites , sur les douze
cents batailles gagnées par les Celtes sur lesRomains.
Les traîtres principaux, les agitateurs les plus dan-
gereux étaient saisis ou découverts. Un décret de
l'assemblée générale les avait livrés à des tribunaux
militaires, composés de guerriers de tous les rangs.
Mais la faction des politiques attachée à César,
forma à la hâte une commission pour sauver les
prisonniers. Elle s'empara avec adresse de la com-
position des tribunaux vengeurs ; partie des scélé-
rats fut acquittée ; partie en fuite et condamnés à
perdre la tête , se firent bientôt absoudre : peu de
tems après on en vit quelques-uns s'asseoir inso-
lemment au sénat, et lancer-contre les républi-
cains les plus énergiques et les plus purs, la foudre
qui venait de les menacer (41) ? la boue dont ils
étaient couverts.
Une monstrueuse transaction se fit entre la lâ-
cheté , qui sacrifie tout hors sa vie , l'ambition qui
satisfait tout hors sa soif, le modérantisme qui mau-
dit tout hors ses aises , l'exagération qui renverse
tout hors la royauté , et l'aristocratie qui roule dans,
les veines du corps social avec les fluides les plus
démocratiques, le fanatisme qui aiguise ses fureurs
à la voix de l'hypocrisie , le royalisme qui vend à
la fois des fleurs et des métaux, des hommes et
des songes, pour s'asseoir sur les nations , la tète
dans les orages, le corps dans les volcans, et les pieds
sur les précipices.
Dans ces momens affreux, jamais , non jamais,
on ne parla davantage de justice et d'humanité ,
( 4)
on ne cria tant haine à l'anarchie et à la royauté,
on ne prononça plus impudemment l'ironique et
criminel serment d'attachement à la république !.
C'est alors que l'assemblée générale se divisa en
deux collèges , celui des jeunes et celui des vieil-
lards , pour célébrer la naissance de la pensée , et
consacrer sa maturité (42).
Il fallait lui donner un organe d'exécution (43).
On le composa de cinq pièces égales et artiste-
ment arrangées; on y placa cinq hommes pour lei-
faire mouvoir à la minute. On leur donna des gardes
et des ornemeBs. magnifiques, pour indiquer la ma-
jesté de la puissance populaire dont ils étaient in-
vestis , des ministres pour faire exécuter les lois et les
arrêtés qu'elles commandent, des gagés pour qu'ils-
ge ressouvinssent sans cesse qu'ils dépendaient du
peuple dans lequel réside essentiellement la sou-
veraineté. On les avait choisis sur la nation entière,
dans un de ces rares instans ou l'amour de la patrie
éteint les querelles présentes, les souvenirs passés ,
les défiances futures ; où chaque homme, quelque
soit le délire qui l'ait agité, le breuvage qui l'ait
assoupi, serre la main de son ennemi, et jure de
maintenir la fraternité ; où la liberté , dégagée de
crêpes funebres, mais toujours ceinte de padiques
festons , retrempe d'amour lesnatiojis reconciliées. *
• On eut soin de choisir les cinq magistrats su-
prêmes parmi ceux qui avaient mis la tête de César
à prix ( 44 ). Le perfide Carnutorix qui, depuis le
jour, de sa délivrance, s'était enveloppé du man-
teau de l'hypocrisie, fut tout-à-coup appellé à
partager la puissance suprême : une lustra lion subite
de la clémence populaire le blanchit de se6 assas-
sinats à Lutece et dans la Gaule Narbonnaise (45).
Les patriotes , ceux-la même qu'il avait décimés, le
proclamèrent le Sauveur de la liberté. On çrut m)
( 15 )
grand caractere à celui qui n'en eut jamais d'autre
que celui d'un druide bouireau. Il fut revêtu de la -
pourpre républicaine, le monstre qu'on eût dû
couvrir du voile des fratricides ; le salut d'une
grande nation et la liberté du monde furent confiés
au cannibale que les serpens d'Afrique , les tigres
d'Hyrcanie , les ours de la Scythie, réclamaient
pour pactiser ensemble contre la vie du genre hu-
main ( 46 ).
Tel est le peuple par-tout ; tel il sera jusqu'à ce
qu'on l'éclaire.
« A quel homme allez-vous confier vos des-
tinées, Gaulois y disait la sagesse ? qui épanche
si rarement sa lumiere sur les tourbillons ténebreux
des nombreuses assemblées 7 ce Carnutorix que
vous houorez aujourd'hui comme le Guy de vos
chênes ( 47 ) > n'était-il pas , il y a cinq ans, le par-
tisan de César et le soldat de Labiénus ( 48 ) ? sur
quelle pierre vit-on son nom dans les premiers tems
de la résistance (49 ) ? échoué comme un tronc pourri
sur le sable mouvant de vos seconds comices , il se
laissa baloiter par les flots , incertain s'il deviendrait
leur jouet ou leur modérateur : membre de la troisième
assemblée qui épura tant de métaux hétérogenes
par le fer et le feu , il ne se fixa dans la forêt sacrée
que d'après les dédains des aigles du capitole. Il
vota la mort des tyrans !. Mais ce fut pour voter
l'immortalité de la tyrannie ; mais ce fut pour effacer
de leur sang ses trahisons passées. Il vota la mort
des tyrans ! - » Mais ce fut pour placer sept têtes
sur le monstre qui n'en avait jamais eu qu'une.
Il forma une ligue avec six ambitieux Mais
pour les écraser à leur tour , pour rester à pied sec
sur le degré que le déluge de ses cruautés n'avait
pas eu le tems d'atteindre , pour considérer il son
aise de ce sommet le déluge épouvantable dont il
avait inondé la Gaule.
( >6)
11 réussit à faire immoler trois des siens, et à faire
déporter les trois autres. Avec eux il se blasa sur
tous les excès. Seul, il réjouit l'enfer par de nou-
veaux crimes. — Avec eux il détruisit, de pensée
ou d'action, tout ce qui avait été créé. Seul, il créa
ce qui n'existait pas ? pour se rassassier du plaisir
de détruire. — Avec eux il foudroya les légions Ro-
maines. Seul, il en adjura le succès (5o). — L'hypo-
crite !. il feignit souvent d'aiguiser là lance du
dieu des batailles loin des autels du féroce Theu-
tatés , alors même qu'il acérait sur sa pierre les
poignards de Spiétodun. Ses affreux collègues no-
taient en plein jour les victimes. et Carnutorix
couché sous les draperies de la liberté dans l'attitude
d'un chien fidele , s'humiliait de la face, flattait
de la queue pour imprimer plus sûrement une mor-
sure incurable ou mortifere. Il fut le Cerbere de
l'Achéron celtique : et le démon qui le porta dans
ses flancs, lui refusa trois têtes, parce qu'il savait
qu'en les lui donnant, Carnutorix eût dévoré les
deux autres ».
Ainsi parla le Memnon de la Gaule : mais ses
conseils furent méprisés et sa voix méconnue.
Des traîtres empruntant le langage et le costume
de la multitude, se mêlerent avec elle : ils portèrent
Carnutorix aux nues, tandis que ceux d'entr'eux,
qui s'étaient chargés du rôle de partisans de la
royauté, jouaient une feinte indifférence, ou ex-
hala ientune aversion insurmontable. Le peuple , ton-
jours victime de la vérité qu'il cherche et qu'on lui
ravit, toujours dupe des impulsions généreuses de sa
candeur, le peuple croyait que Carnutorix était
l'homme de son salut, puisque les ennemis de la
liberté témoignaient contre lui tant d'aversion. « Cé-
sur, disaient les traîtres Gaulois y seraît maître de la
moitié des Gaules. Peuples 1 ne craignez rien !
Carnutorix
( 17 )
Carnutorix est avec voua. Il est l'homme par ex-
cellence. Le jour il assiste aux banquets de l'invin-
cible Oden : la nuit il est dans les bras de la vic-
toire. Vive à jamais le républi.cain Carnutorix ! »
Les perfides ! ils savaient bien que si son front
chauve s'était couvert de la feuille de nos chênes.,
cette feuille cachait l'aigle romain qui y était em-
preint. Ils savaient qu'il était de ceux dont la doc-
trine publique avant la révolution, et la doctrine
Secrete âpres , consistaient à mépriser le peuple , à
le museler, à l'affaisser, à le centimer pour la
félicité du petit nombre. Ils savaient que l'instinct
féroce du crocodile le porte à se nourrir indiffé-
remment de toutes les substances, eL qu'il digere
ses propres enfans avec délices.
Ils s'approcherent donc de Carnutorix; ils tran-
sigèrent avec lui; la patrie fut marchandée et ven-
due. Dès-lors les conseils furent voués à la nullité 9
et leurs membres à la proscription : la discorde
mqgit dans la forêt sacrée ; ses chênes furent chan-
gés en arbres pestilentiels ; les autorités furent
gangrenées ou dissoutes ; les antres du fanatisme
rouverts retentirent de chants de mort (Go); les
filles devinrent des sépulcres ; les fleuves se voi-
erent de sang ; les ports n'offrirent d'azy le qu'i,
ies cadavres mutilés : des hordes, au nom de
Mithras et de Belen ( 5i ) , parcoururent les régions
;n criant : Vivent Rome et César, tandis que des
)andes sédentaires d'autres assassins jugèrent impi-
oyablement les malheureux patriotes échappés aux
itylets des premiers (52). D'infâmes égorgeurs
eçurent pour solde de leurs forfaits des emplois
nilitaires et les baisers de Carnutorix. -
Dans cette antique cité e""t , fondée par ces
ourageux Phocéens t~or~f~t dans la Gaule
es lares de leur libeira^'à^MftssiK'a^ 55) qui nour-
B
(i8)
-rissait de son lait cent mille républicains toujours
dignes de leurs ancêtres , le farouche Carnutorix
envoya un des lieutenans secrets de César pour
couvrir de deuil et de larmes ces contrées prosperes.
.Villogast (54) surpassa son maître en trahisons.
Aussitôt son arrivée dans la Gaule Narbonnaise m
les villes et les villages, les chaumieres et les
hameaux devinrent silencieux et déserts. Semblable
à l'aquilon qui arrache les oliviers et desseche les
plantes odorantes et nourricieres, la présence de
Villogast flétrit et renversa les républicains. Touta
par lui, jusqu'à la pensée , jusqu'au cœur de ;
l'homme, fut mis en état de siege. Il employa tous.
à tour les pieges et la force appellés contre l'hermine J
innocente et le loup ravisseur, contre l'assassin.
caché sous la feuille et l'homme de bien couché dans
son lit. Ce monument antique , élevé en mémoire
du berceau paternel par les fils de Phocée ( 55 ) , la-
Tour grecque, fut souillée. Son enceinte devint un
eachot étouffant, où les patriotes amoncelés ressem
blerent bientôt aux rangées symétriques d'un hor-
rible cimetiere. Là , ils furent, ou exterminés par
le désespoir , ou desséchés par la faim , ou finis par 1
le fer. — Là , à chaque minute , celui qui veillait
entendit les orgies de ses bourreaux. — Là, celui
qui put dormir, fut réveillé par les accen& plaintif:
de sa mere. --- Là, aucun rayon d'espérance ne
pénétra aucun cœur; la seule lumiere qui, comme,
la vie, y vacilla par instans, ne fut apperçue que
sur. le luisant des dagues. — Là, l'oreille s'exerça
envain à reconnaître des sons consolans ; elle n'en
tendit que la farouche voix de leurs sicaires chan
tant : Et ne faisons qu'une hécatombe de ce
cannibales ajfreux (56) ! Elle ne reçut jamais
que les noms exécrables de Villogast et de Carnu
torix ! — Elle apprit seulement à distinguer 1
( '9 )
B 2
ferraillement des clefs, du cliquetis des armes ;
l'organe farouche des geôliers, du cri féroce de
ses bourreaux ; le silence morne de l'oubli, du si-
lence glacé de la m ort.
En Tauride du moins, on ne sacrifia que les
étrangers échoués sur ses sombres rivages. à
Massilia, les étrangers furent accueillis et honorés)
les naturels proscrits et immolés. — En Tau-
ride, l'usage du couteau fatal n'appartenait qu'à une
femme dangereuse sans doute parce qu'elle était
prêtresse , mais sensible peut-être , si sur-tout elle
était belle. Mais ici l'antropophage Villogast avait
fait distribuer des couteaux à tous les sexes et à
tous les âges. Par Fordre de Carnutorix, le senti-
ment de la liberté qui croissait par-tout, même
entre les fentes des rochers les plus durs, fut ex-
tirpé de la Gaule comme une mauvaise herbe. Et
la vertu qui venait de s'asseoir sur le banc des pau-
vres , proscrite sans retour, mendia bientôt sous la
fenêtre du riche, le cuivre nécessaire pour effectuer
son exil.
Dès lors tous les maux affligèrent la nation cel-
tique. Injustices, vols, rapines, brigandages (57) ,
assassinats de tous les genres, crimes nouvellement
léchaînés, se croisèrent, s'unirent et dévastèrent
ivec plus de fureur que le vent des tempêtes.
Les autorités fideles furent frappées de destitution:
telles contre-révolutionnaires encouragées et main-
enues. Les phalanges patriotes furent désarmées y
;t leurs chefs traînés sur la claye (58) : des bandes
l'assassins furent organisées, et leurs chefs ornés
les couleurs nationales ; les honnêtes percepteurs
les deniers publics furent remplacés par des dila-
)idateurs sans frein ; les acquéreurs du bien des
raitres furent poursuivis comme des bêtes fauves,
st les traîtres furent réiascripts avec impudeur sur

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