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De Paris à Tombouctou

De
363 pages

Assurément la rue du Quatre-Septembre est une belle rue et la maison qui porte le numéro 127, une belle maison.

Dès l’abord on se trouve ébloui, fasciné par le confort luxueux qui règne à l’intérieur. Les murs de l’entrée sont recouverts de peintures à fresques, les vitres de la porte du vestibule sont gravées, l’escalier est en marbre blanc à demi recouvert d’un tapis du meilleur goût. Des plantes de serres un peu partout, de bonnes banquettes à chaque étage et des lampadaires aux rinceaux élégants en appliques le long du mur.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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Paul Lheureux
De Paris à Tombouctou
Trajet direct en quatre-vingt-onze heures
CHAPITRE PREMIER
LES BUREAUX DUPetit Caprice des Dames,JOURNAL DE MODES. — PORTRAIT D’UNE FEMME ET DE PLUSIEURS HOMMES. — UN ARTICLE DE JOURNAL
Assurément la rue du Quatre-Septembre est une belle rue et la maison qui porte le numéro 127, une belle maison. Dès l’abord on se trouve ébloui, fasciné par le con fort luxueux qui règne à l’intérieur. Les murs de l’entrée sont recouverts de peintures à fresques, les vitres de la porte du vestibule sont gravées, l’escalier est en marbre bl anc à demi recouvert d’un tapis du meilleur goût. Des plantes de serres un peu partout , de bonnes banquettes à chaque étage et des lampadaires aux rinceaux élégants en appliques le long du mur. Où s’arrêteront messieurs les propriétaires ? ceci ne nous regarde pas. L’entresol n’est pas moins séduisant, il est occupé par les bureaux du
PETIT CAPRICE DES DAMES JOURNAL DE MODES. Paris : un an 6 fr. — Départements : un an 8 fr. S’adresser pour la rédaction à madame Léonie du Lac.
C’est ainsi que cause une plaque noire ornée de caractères et filets dorés, clouée sur l’un des battants de la porte. Un bouton de cuivre à tourner et l’on pénètre dans les bureaux. C’est toujours la même chose, mais c’est toujours intéressant. Pénétrons donc. D’abord un vestibule avec banquettes et lanterne en fer forgé ; c’est vieux et nouveau tout à la fois : notre existence n ’est-elle pas ainsi faite de vieux et de neuf. Comme les abonnements ne pleuvent pas bien dru auPetit Caprice des Dames,on ne fait guère antichambre et l’on entre dans une première pièce, fort petite, ornée de tapis, de grands bureaux en chêne, d’une caisse, de cartons, de casiers et de trois employés le nez enfoui dans quelques bordereaux et quittances. Ces bureaux et caisse occupent à peu près toute la pièce, ce qui en rend l’aspect assez sévère. Une porte à ouvrir, un couloir à suivre, puis une a utre porte et l’on entre dans le cabinet de la rédaction, le sanctuaire ! Une dame est là, assise devant un énorme bureau. C’est madame Léonie du Lac. Léonie du Lac, — un joli prénom et un bien joli nom n’est-il pas vrai ? — est la femme d’un artiste graveur que ses convictions obligent à habiter l’étranger. On s’est séparé de corps voici une dizaine d’années, quant aux biens ils ne s’en sont jamais occupés ni l’un ni l’autre. Pas d’enfants, que nous sachions. Madame a fondé en 187. et grâce à l’obligeance d’un ami de famille,La Femme comme il faut,journal de modes, enfant mal conçu et mal porté, qui est mort au. bout de quelques numéros. Après laFemme comme il faut,est venu leMiroir des Coquettes,journal mondain. LeMiroirreflétait peu ou prou et, somme toute, aurait assez bien marché, car madame est intelligente, si le destin n’en avait décidé autrement. Madame Léonie du Lac en conçut de l’amertume, mais sans s’exagérer outre mesure
ce qu’avait de regrettable une pareille déconvenue, elle s’enquit à nouveau d’un bailleur de fonds, lequel ne tarda pas à couvrir les premier s frais nécessaires à l’établissement duPetit Caprice des Dames. Une femme comme madame Léonie du Lac n’est embarrassée par quoi que ce soit : elle adjoignit à la rédaction de sa petite feuille hebdomadaire quelques ouvrages de famille d’un intérêt véritable et, chose positiveme nt surprenante, journal et volumes prirent fort bien sur la place. De ce jour madame Léonie du Lac était une femme arrivée. Au physique, c’était il y a dix ans une belle femme dans toute l’acception du mot ; aujourd’hui, en dépit de ses trente-huit ans, c’est encore une personne très présentable. Elle est blonde et a les yeux noirs, ce qui est déjà quelque chose, la taille est un peu forte et la chevelure abondante encadre bien une figure peut-être un peu bouffie, mais qui doit être mise au-dessus du vulgaire. Lorsqu’elle est bien habillée et les modèles ne lui manquent pas pour cela, tous ces petits détails disparaissent. A son bureau en robe princesse noire, cela produit un effet désastreux. Elle porte des bijoux aux mains, au cou, dans les cheveux, même lorsqu’elle est en robe de chambre et a toujours des pantoufles d’un goût exquis et d’une grande richesse. Ses pieds, d’ailleurs, sont petits ainsi que ses mains. L’œil est vif, il brille dans l’ombre comme un tison dans la cendre. Ses dents sont très belles. Comme finale à ce portrait un peu hâté, il n’y a pas d’exemple qu’un faiseur de bandes ou caissier de la maison ne soit tombé éperdument amoureux de la belle madame Léonie du Lac, à son entrée dans les bureaux. Somme toute, cette habile personne jouit d’une cert aine notoriété à Paris et en province, dans les petites villes où elle a des abonnées. On la trouve généralement, de midi à cinq heures, dans son cabinet. Ce cabinet est un petit chenil savamment en désordr e. Cela fait son bonheur, une mère laie n’y retrouverait pas ses petits. Balzac, Alexandre Dumas ou Walter Scott eussent emp loyé trente pages à le pourtraicturer,avec tout le talent que l’on sait. La disposition des meubles s’impose dès l’abord aux regards : le bureau de chêne massif est près de la fenêtre, une immense fenêtre de bas en haut, donnant sur la rue, la cheminée en marbre blanc à côté, à droite, en face un divan et ses coussins ; tentures algériennes, consoles surchargées de bronzes d’art et de bibelots, quelques aquarelles aux murailles, une bibliothèque remplie d’ouvrages brochés et reliés sans distinction de formats, un guéridon couvert de journaux de modes p liés, dépliés, chiffonnés, coupassés ; des boîtes de pastilles un peu partout, sur la cheminée, sur le bureau, sur le divan, sur les fauteuils. Nous allions oublier une collection fort intéressan te de petits médaillons, miniatures très soignées donnant les modes de 1800 à 1840. Madame Léonie du Lac qui est amateur (pourquoi pas ?), a acheté ces objets un peu partout et les a payés très cher, en montrant qu’el le avait non seulement de l’argent, — ce qui n’est pas fort commun, — mais du goût, ce qui est plus rare. Ce cabinet de rédaction avec son ameublement bizarr e et ce visage de femme de trente ans, ressemble assez à un coin de bazar turc dans Galata Séraï. D’ailleurs, ce n’est point là son seul point de ressemblance : on dit que madame Léonie du Lac fume quelquefois la cigarette ferrugineuse ambrée ; elle se nourrirait de confitures au musc, qu’il ne faudrait point s’en étonner.
Au moral, il nous reste à montrer le but auquel ell e tend comme femme et comme directrice du journal leCaprice des Dames. Chacun de nous a son but ici-bas : certains le cherchent sans le trouver ; d’autres le suivent sans même s’en douter. Constatons ce fait et passons. Madame Léonie du Lac travaille à révolutionner le m onde entier au moyen de patrons et de dessins coloriés. Elle a ses plans : selon elle, le goût doit être uniforme sur tous les points du globe et la Groënlandaise ne doit pas s’h abiller autrement qu’on ne le fait au boulevard des Italiens. Tous les moyens lui sont bons pour atteindre ce but ; la propagande la plus effrénée a porté aux êtres les moins civilisés nos modes les plus extravagantes. Leur ébahissement a dû être sans bornes. Doit-on s’étonner, après cela, de la place importante qu’occupe, dans la maison n° 127 de la rue du Quatre-Septembre, l’entresol et les bu reaux duPetit Caprice des Dames ? Non ! Cette place a été conquise à la pointe de la plume. Est-il utile d’ajouter que cette position, une fois acquise, comme on a vu, le baill eur de fonds a été gracieusement remercié et froidement éconduit. La liberté d’action n’est-elle point la plus noble condition de la femme au dix-neuvième siècle ? Madame Léonie du Lac l’a d’ailleurs parfaitement compris, une fois son petit trou fait dans le grand fromage parisien. Quant à son existence, personne mieux qu’elle n’a s u la régler d’une façon mieux entendue. En voulez-vous le détail ? Le matin elle reçoit ses intimes, l’après-midi est remplie par les exigences de sa position auPetit Caprice ;c’est la portion la plus intéressante : il y a les rapports du personnel à écouter, le courrier à dépouiller, les visites du dessinateur, du graveur, du coloriste, des modistes en renom, les racontars d’amis et connaissances qui viennent luncher entre quatre et cinq heures. Tout cela conduit au dîner, après lequel madame Léo nie du Lac a l’habitude de prendre le thé au dehors. C’est donc une femme bien occupée. Quant au personnel, nous tenons pour beaucoup de raisons à vous le présenter. M. Arthème Robillard, le caissier, est un grand gar çon, blond, mince, de vingt-huit à trente ans, représentant bien. Il est célibataire. M.O. Villeminot (on ne connaît pas son prénom, quel ques-uns prétendent que c’est Onésime, d’autres conjecturent que c’est Oscar) est veuf ; il dit avoir quarante ans moins quelques mois, — ces quarante ans-là ne sonneront jamais. Il est gros, petit de taille, brun, porte sa barbe à la façon américaine et des lunettes. C’est lui qui couche les abonnements auPetit Capricesurveille le service et d’expédition. Et puis, c’est tout. Non, pourtant ; nous allions o ublier Antoine que M. Arthème Robillard a p p e lleEn toile, pour égayer par cette innocente plaisanterie son v oisin Villeminot. Antoine, c’est le garçon de bureau. Il a suivi depu is dix ans la fortune de madame du Lac, tantôt auMiroir,tantôt à laFemme comme il faut,enfin auCaprice des Dames. Sa mission se résume à ceci : balayer les bureaux et le cabinet directorial, nettoyer les encriers, coller des adresses, classer des numéros de journaux et porter les paquets au dehors. C’est un excellent homme, marié, père de famille, q ui frise la cinquantaine, et sait apprécier les jeux de mots ou à peu près de M. Arth ème Robillard. A cela de commun avec M.O. Villeminot, qu’il fait chauffer son déjeuner au feu du cabinet dé la rédaction. M. Arthème Robillard déjeune, lui, au restaurant, chez madame veuve Boulet, rue de Port-Mahon, à deux pas du n° 127. Il revient entre une heure et une heure et demie, en
fumant des cigarettes de tabac turc dont l’odeur pénétranteempoisonneles bureaux, se-Ion l’expression de M.O. Villeminot. Constatons tout d’abord que ces deux messieurs n’av aient jamais été faits pour s’entendre. Pendant longtemps même, ils ne s’épargn èrent pas les mille petites tracasseries d’usage entre bureaucrates. M. Arthème Robillard était un peu farceur, un peut jeune, quoique excellent au fond d’ailleurs, pour M. Villeminot qui, lui, était un peu vieux et un peu mal léché pour M. Arthème. M. Villeminot aime les choses à leur place, les épingles correctement piquées dans la pelote, le registre d’abonnements ne dépassant pas d’une ligne le carnet des échéances ; en un mot, soigneux et méthodique à l’extrême, il a fait des chiffres toute sa vie et toute son organisation s’en ressent, avec cela d’une économie à faire frémir. On ne lui connaît qu’une redingote et qu’un chapeau, d’ailleurs d’une exquise propreté. A son déjeuner il se sert de vieux numéros de laFemme comme il faut, en guise de serviette. Le papier en est excellent, soyeux et fort. M. Arthème Robillard n’est ni laid ni beau, il s’ha bille correctement, vient au bureau avec des gants souvent renouvelés, porte des bottin es fines à boutons sur le dessus. Ses pantalons sont bien coupés et ses chemises admirablement blanchies : il a le culte du plastron. Il gagne au journal 2,400 fr. Il a heureusement quelque autre chose pour le faire vivre. Au moment où nous terminons cette.présentation, deux heures sonnent à laVénus de Gabiequi orne la cheminée du cabinet de la direction. M adame Léonie du Lac. plongée dans la rédaction d’uneNouvelle russedoit servir de feuilleton au prochain numéro qui duPetit Caprice,a fermé sa porte aux visiteurs ; on se trouve en plein demi-trimestre, les abonnements sont rares, le silence le plus pur règne dans les bureaux. M. Arthème Robillard couche des débits de temps en temps, Antoine promène mécaniquement son pinceau enduit de colle de pâte s ur le revers des adresses imprimées, M.O. Villeminot, plongé dans la lecture d’un article duJournal des Débats,se met au nez, de dix en dix minutes, une prise de tabac délicatement saisie dans une boîte en merisier. Tout cela est fort simple : les adresses se collent sur le journal, les débits s’allongent sur la main courante, leJournal des Débats, monte, descend, glisse sur le pupitre, se retourne, se plie, se déplie. Chaque jour c’était à peu près la même chose ; cett e fois pourtant, M.O. Villeminot s’interrompit tout à coup et dit entre deux prises : — C’est égal, je trouve cela un peu trop fort ! Ce à quoi M. Arthème Robillard répondit en fichant sa plume dans un petit vase à plombs : — De quoi s’agit-il ? — Lisez seulement. Ceseulementétait un tic de M. Villeminot, et il passa l’article à son voisin. M. Arthème Robillard lut à haute voix : « Il faut avouer qu’à première vue l’idée de constr uire un chemin de fer à travers le Sahara, dont on ne connaît encore qu’une très faible partie, semble une pure utopie et par le fait, c’est avec sévérité que des hommes sér ieux la jugèrent lorsque des explorateurs en parlèrent pour la première fois. Cette vaste conception a préoccupé les esprits, surtout en Algérie, et s’est acquise tant de partisans parmi des hommes considérables et ne pouvant être taxés de légèreté, qu’il est de notre devoir d’en entretenir nos lecteurs. Ils ne s’en plaindront pas sans doute, s’ils considèrent l’importance immense de cette œuvre aud acieuse au point de vue du
commerce de notre colonie algérienne et la certitude, nous pouvons le dire, qu’elle sera entreprise dans un temps plus ou moins éloigné. » Suivaient des considérations d’un second, ordre. M. Arthème Robillard se recueillit une minute et ajouta : Effectivement, c’est très fort. — C’est très fort, reprit M. Villeminot, et pourtant : Il n’acheva pas, effrayé probablement d’avoir eu ta nt d’audace et comprit que son pourtantdéveloppé et mis à exécution était capable de bouleverser le monde. Arthème regarda son voisin et fut surpris, pour la première fois depuis qu’il était au Petit Caprice,de l’intensité du regard de M. Villeminot. — Ça, dit Arthème en reprenant sa plume avec lenteur, c’est une affaire à remuer des millions comme à la pelle.
CHAPITRE II
UN COMPTOIR A TOMBOUCTOU. — QUELQUES CHIFFRES
L’existence de l’homme a de ces révélations fortuites. Doit-on s’en étonner ? nous ne le croyons pas. Arthème Robillard venait donc de faire une importante découverte ; il venait en effet de trouverl’hommedans son voisin M. Villeminot. Longtemps il avait gratté l’enveloppe de cet être-c hiffre sans y découvrir autre chose qu’un barême vivant, et voilà que, tout à coup, rem pli d’audaces, ce barême se métamorphosait à travers une conception gigantesque. N’exagérons pas néanmoins ; M. Villeminot n’avait f ait que suivre des sentiers déjà battus, l’article duJournal des Débatsd’abord, les idées de plusieurs devanciers ensuite. Les moyens pour mettre à exécution ce problème, voilà où devait commencer la tâche. Arthème Robillard, ayant considéré à nouveau l’œil toujours tisonnant de M. Villeminot, rapprocha sa chaise de celle de son voisin et mit a insi quelques centimètres de moins entre eux deux. LeJournal des Débatsvenait d’opérer un rapprochement dont nous n’avons point ici à faire ressortir l’importance. Arthème Robillard uni à M. Villeminot, c’était le monde oscillant sur sa base. Le caissier reprenant connaissance du fameux passag e, Antoine arrêta son coup de pinceau et tendit l’oreille d’une façon attentive. Il fallait, pour qu’Antoine arrêtât son pinceau, qu e la chose en valût la peine. Ancien zouave d’Afrique, il avait autrefois fait colonne dans les sables et s’était trouvé en 1860 à El Aghouat, sans pain, sans biscuit, sans eau, avec des glands doux pour tout potage. L’idée qu’on pouvait établir en plein Sahara un chemin de fer, lui envahit le cervelet et y fit immédiatement les plus grands ravages.  — Nous enfonçons, je crois, le projet de mer intérieure, dit M. Villeminot, en prenant cette fois lenousavec lequel tout bon Français se monte invariablement la tête. — Que dites-vous ? ajouta Arthème, nous le dépassons de cent coudées, en ce sens que nous annulons le mal de mer. Nous abrégeons la distance, nous stupéfions l’indigène par notre audace et nous créons, presque instantanément, des centres commerciaux appelés à rivaliser, dans un délai proc hain, avec tous les marchés étrangers. — Le commerce, reprit alors M. Villeminot, en jetant sur leJournal des Débatsun long regard d’amour, un de ces regards qu’on adresse à ceux qui agrandissent soudainement notre horizon, le commerce est d’ailleurs la source de toute chose ; n’est-ce point par le commerce, qu’une nation vraiment forte affirme son pouvoir, n’est-ce point par le commerce qui civilise et féconde, que le monde ancien est appelé à apporter le pain de vie au monde nouveau ; n’est-ce point le commerce q ui opère chaque jour ces heureuses transformations des couches terrestres et sociales ; en un mot comme en cent, le commerce est Dieu et l’être intelligent et audacieux doit être son prophète. S’étant aperçu qu’il avait parlé comme le ferait un livre, M. Villeminot rougit légèrement et saisit une nouvelle prise dans la boîte en merisier. — Une fois maîtres de l’opération, ajouta-t-il néanmoins, nous couvrons le Sahara de comptoirs et de docks... — A moins, objecta timidement Antoine, qu’on ne soit assassiné par les Touaregs.