De quoi s'agit-il ? . Par un membre de collége électoral de département,...

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Favre (Paris). 1815. France -- 1815 (Cent-Jours). 30 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1815
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DE QUOI S'AGIT-IL?
-- p 9
PAR UN MEMBRE DE COLLEGE ELECTORAL
DE DÉPARTEMENT, CHEVALIER DE LA
LÉGION D'HONNEUR.
A PARIS,
CHEZ FAVRE, Libraire, au Palais-Royal
Et chez les Marèhands de Nouveautés.
«IMUWUiUM
15 juin 1 8 15.
1
DE QUOI S'A GIT-IL?
T
ELLE est la question qui se présente natu-
rellement à l'esprit , lorsqu'on cherche de
bonne foi à résumer les discussions ouvertes
depuis que nos intérêts les plus chers sont re-
devenus l'objet des attaques des ennemis de
notre repos.
En Angleterre , où un long usage de la
liberté civile et de la liberté de la presse a
appris à reconnaître la juste valeur des décla-
mations des faiseurs de pamphlets, des chefs de
coteries, chacun aperçoit le but vers lequel il
doit tendre, et y marche d'un pas ferme. L'ha-
bitude que l'on a contractée de tout entendre
et de tout lire de sang-froid, l'attachement que
l'on porte aux lois sur lesquelles repose la liberté
publique , engagent à réfléchir avant de fixer
son opinion et d'exiger qu'elle soit accueillie.
On examine si cette opinion, quoique bonne et
raisonnable en soi, peut suffire pour provoquer
l'adoption de changemens dans le gouverne-
2
ment ou dans l'administration et pour condam-
.ner leurs actes; on recherche si des circonstances
graves ou l'intérêt national ne font pas un de-
voir d'ajourner les réclamations les plus justes,
de diriger toutes les pensées, comme tous les
efforts , vers un plus noble but, la défense des
libertés, de la gloire acquise , de l'indépen-
dance et de l'honneur. « Il y a toujours deux
» partis qui se combattent avec la plume et
» avec des intrigues ; mais aussi ils se réunisr
» sent toujours quand il s'agit de prendre les
v armes pour défendre la patrie et la liberté.
» Ces deux partis veillent l'un sur l'autre ; ils
» s'empêchent mutuellement de violer le dépôt
» sacré des lois ; ils se haïssent, mais ils aiment
.» l'état : ce sont des amans jaloux qui servent
)) à l'envi la même maîtresse ». (V OLTAIRÈ).
Yoilà ce qui constitue l'esprit public de nos
rivaux, ce qui donne à leur gouvernement, à
leurs institutions, une stabilité, une force mo-
rale aussi influentes sur la prospérité natio-
nale, que celle qui émane de leur richesse
.commerciale , manufacturière et agricole.
Malheureusement ce n'est pas là notre po-
sition. Nous avons des opposans et nous n'a-
vons pas encore d opposition, en prenant ce
mot dans l'acception qu'il reçoit en Angleterre,
3
et qu'il est convenable de lui laisser. Peu accou-
tumés à l'exercice de la plénitude de nos droits,
nous sommes comme des enfans mal élevés qui
veulent toucher à tout à la fois, et qui crient
dès qu'on ne satisfait pas sur-le-champ leurs
caprices. Nous ne jouissons réellement de rien,
parce que nous voulons cumuler toutes les
jouissances, sans réflexion comme sans dis-
cernement. Des intérêts secondaires captivent
notre attention; nous n'apercevons pas que,
tandis que nous nous engageons dans des dis-
putes de mots , nous nous exposons à perdre ,
sans espérance de retour, notre indépendance,
nos fortunes, et peut-être à être effacés du
rang des nations. Nos ennemis allument ainsi
par nos mains les brandons de la guerre civile,
- et nous rendent les complices de leurs com-
plots et de notre ruine.
Pendant que les ministres des rois de l'Europe
conspirent contre nous y des écrivains qui s'é-
rigent en publicistes, apportent dans les dis-
cussions l'argutie et les subtilités dont la dé-
fense d'une mauvaise cause devant les tribu-
naux rend quelquefois l'emploi nécessaire; mais
ce qui, dans ce cas, prouve la souplesse du
talent de l'orateur et est excusable, n'est plus
qu'un verbiage dangereux, lorsqu'on l'applique
4
à des questions d'intérêt public. Ce n'est pas des
phrases vides de sens, des assertions débitées
avec d'autant plus d'audace qu'elles sont plus
hasardéés que l'on doit alors faire entendre, il
faut savoir calculer les résultats et les consé-
quences des passions des hOlnmes, chercher
ses preuves dans l'expérience acquise, pour
se permettre de s' ériger en législateur, de
censurer d'un ton dogmatique les actes de l'au-
torité, et de diriger l'opinion de la classe nom-
breuse trop indolente ou trop peu éclairée pour
penser et agir sans guide.
Demandez à ces éternels discoureurs ce qu'ils
veulent, et s'ils ont des idées positives [sur la
meilleure forme de gouvernement, s'ils ont
des plans à substituer a ceux qu'ils blâment :
ils répondront par l'exposé de nouvelles théo-
ries; les phrases ne leur coûtent rien, ils en
sont prodigues. Ils dissertent sur tout, criti-
quent tout ; on dirait qu'ils ont des thèses à
soutenir. Mais ils ne savent ni conclure, ni
poser des principes et en déduire, de justes con-
séquences , ni attendre le moment opportun
pour les développer. C'est le bien public qu'ils
invoquent, et ils n'ont d'autre mobile que leur
amour-propre et leur vanité (i). « Chaque
(i ) La liberté de la presse, ce palladium de notre indé-
5
» mécontent trouve des associés pour abattre,
« tandis qu'il n'en trouverait point pour réé-
» difier ; car il préférera ses idées particu-
» lières aux idées de, tous. D'autres blâment
n comme lui , mais par d'autres motifs que
« lui, et chacun à son tour se trouverait seul
« s'il essayait de proposer ». (SISMONDI.)
pendance, doit être religieusement respectée. C'est à des
lois répressives, légalement votées et consenties, à arrêter
ses écarts. Nous voulons user et non abuser. Tous les bons
citoyens doivent donc désirer vivement que les chambres
fixent bientôt, sous ce rapport, notre législation. Faisons
• des vœux pour qu'en attendant, ceux qui livrent à la presse
leurs pensées, se pénétrant de la gravité des circonstances,
apportent eux-mêmes de sages restrictions à la liberté qui
leur est laissée. C'est ainsi que nous prouverons que nous
sommes dignes d'en jouir. Consentons même à quelques
sacrifices d'amour-propre. Si les écrivains qui admonestent
publiquement le souverain se rendaient bien compte du
motif qui les porte à faire imprimer leurs mercuriales, ils
découvriraient qu'un sentiment de vanité plutôt que d'u-
tilité a influencé leur détermination. Qu'ils se persuadent
bien que, contre leurs intentions (nous les supposons ex-
cellentes) , ces leçons publiques ne profilent presque ja-
mais qu'aux agitateurs et aux mécontens dont elles servent
les vues. Lorsqu'ils ne consulteront que l'amour désinté-
ressé de leur patrie et de sa gloire, ils s'aperceveront qu'il
n'est pas nécessaire de recourir à un imprimeur pour faire
parvenir la vérité jusques au trône.
6
Les écrivains, dont chacun veut faire exclu-
sivement la loi et imposer ses idées , ne s'écar-
tent-ils donc jamais de leurs propres doctrines?
n'en ont-ils jamais prêché plus d'une à la fois ?
Il ne serait pas difîicile de citer de nombreux
exemples de telles inconséquences, extraites
d'écrits dont la vogue passagère ne prouve pas
le mérite, et dont la publication ne prouve pas
- non plus , comme celle des lettres de Junius,
un désir vrai et désintéressé de défendre nos
libertés et notre honneur.
Les aberrations politiques de ces écrivains
sont en général trop grossières pour être d'un
grand danger. L'antidote existe à côté du
poison.
Nous devons être plus sur nos gardes contre
ceux qui, n'osant marquer ouvertement leur
but, mêlent avec perfidie le blâme à l'éloge ,
tandis que leurs émissaires expliquent aux
adeptes à quels signes on peut reconnaître leur
opinion et leurs désirs.
Et quel est le dessein des défenseurs secrets
de ceux qui, n'ayant rien oublié et rien ap-
pris, ont été chercher une seconde fois hors
de nos frontières des fers pour leur patrie?
Ils se flattent de détourner notre attention de
leurs machinations et veulent, en nous alarmant
ri,
J
sur nos libertés que le gouvernement res-
pecte , nous diviser pour nous asservir.
Les piéges qu'ils tendent à notre bonne foi
seraient facilement aperçus et il existerait bien
moins de divergence d'opinion si, jetant un.
voile sur le passé qui ne nous appartient plus,
et portant des regards attentifs sur le présent,
dont nous pouvons- encore disposer pour ré-
gler notre avenir, nous cessions de nous mé-
prendre sur notre situation politique et sur les
seuls moyens qui nous restent de l'améliorer..
Hors de là, il n'y a que déclamation, snppo-.
sition et erreur (i).
(T) Il faut-partir du point où on est, et-non se-perdre
dans les espaces imaginaires, lorsqu'on veut réellement,
comme tous le prétendent, sauver la patrie. Les rois
de l'Europe proscrivent Napoléon; des hommes doués
d'une imagination ardente, mais qui repoussent la ré-.
flexion, applaudissent à cet ostracisme. Admettons-le pour
un instant.
La France est- sans chef : qui appellera-t-elle pour la
gouverner? Les Bourbons ! Il y a un an, il'y a huit mois,
ils pouvaient régner. Aujourd'hui toutes les illusions qui
avaient accompagné leur r-gtour, sont à jamais dissipées.
Ils nous ont replacés dans la position où nous étions à leur
égard, lorsqu'au lieu de défendre le trône, ils allèrent
établir, à Coblentz, le. centre de leur domination. Ils ont
élevé le frère contre- le frère, le fils contre le père dé-%.
8
De grandes fautes, aggravées par d'insignes
trahisons , avaient rappelé au trône une fa-
mille illustrée par dix siècles de souveraineté,
truit tous les liens de famille, allumé les torches de la
discorde; et de plus, ils ont prouvé leur incapacité. S'il
y a retour possible pour eux, ce que nous ne supposons
pas, il y a impossibilité qu'ils se soutiennent sur un trône
qu'ils n'atteindraient qu'en s'élevant sur des milliers de
cadavres.
A qui donc aurions-nous recours? Mes regards se por-
tent de bonne foi sur tous les hommes qui, en Europe ,
peuvent prétendre à nous gouverner, et reviennent tou-
jours se fixer sur cette nouvelle dynastie créée et légiti-
mée par nos suffrages, parce que je n'aperçois qu'elle
en qui résident la force, les talens, les garanties néces-
saires pour nous préserver d'une totale destruction.
Si Napoléon ne se fût montré, nous n'échappions pas
à la guerre civile, au renvoi des Bourbons. L'orage était
prêt à fondre sur leurs têtes et sur les nôtres. Son appa-
rition n'est pas la cause de nos maux présens : elle peut
en être le remède.
Ne mettons donc plus en question ce qu'une puissance
surnaturelle paraît avoir irrévocablement décidé. Sa vo-
lonté s'est manifestée avec un éclat que rien n'égala ja-
mais. Il semble qu'elle ait pris plaisir à réunir, d'un côté,
toutes les apparences de la grandeur et de la souveraineté,
de l'autre, toutes celles de l'isolement et de l'abandon,
pour nous mieux prouver que la puissance qui ne repose
pas sur la garantie des droits des peuples n'est que vanité
9
et éprouvée par vingt-cinq années d'infortune t
elle devait avoir acquis l'expérience que donne
le malheur. Devenue l'espoir d'une grande na-
tion abattue , mais non avilie , et dont l'atti-
tude prouvait la confiance, comment a-t-elle
répondu à ce noble sentiment ?
La France acceptait un roi constitutionnel
et non un maître. Elle voulait le légitimer par
son choix., et non être considérée comme sa
propriété. Elle souffrait, dans son malheur, le
rappel de la famille de ce roi, mais elle n'avait
pas consenti à se placer sous sa tutelle ; elle
avait encore moins souscrit à être gouvernée
par des hommes devenus entièrement étran-
gers a nos usages, à nos mœurs, a nos institu-
tions et à nos lois. Ils n'avaient rien fait pour
elle ; ils ne s'étaient montrés que dans les rangs
ennemis ; et cependant quelques mois ont
suffi pour les mettre en possession des hon-
neurs, des emplois, des dignités. Des guerriers
couverts d'honorables cicatrices, des magis-
trats, des administrateurs recommandables par
d'utiles travaux, ont été congédiés, renvoyés
dans leurs foyers ; les débris des armées roya-
et illusion. Grande et utile leçon qui ne sera pas perdue
pour celui que les décrets de la Providence nous ont
endu.
10
les, des ligues yendéennes ont remplacé, au-
tour du trône, les véritables défenseurs de la,
patrie. Le fanatisme religieux et le fanatisme
politique ont désolé. nos provinces , tandis.
qu'au dehors le fanatisme de famille nous mon-
trait un roi, encore mal assis sur son trône,
indifférent à nos intérêts nationaux, réunissant
tous ses moyens de séduction pour renverser
d'autres rois ou obtenir un divorce, laissant
d'ailleurs les puissances assemblées, en appa-
rence pour mettre un frein à l'ambition de
la France , se partager , sans pudeur, les
royaumes et les provinces à leur convenance y
et donner au monde le scandaleux spectacle
de leur mauvaise foi et de leur égoïsme (i).
( i ) On nous dit que la ligue des rois s'arme pour met-
tre la France hors d'état de faire de nouvelles conquêtes ,
pour maintenir l'équilibre politique en Europe. Y a-t-il
jamais eu dérision plus complète? Et quelles sont les
puissances qui tiennent ce langage?
L'Angleterre , qui s'est arrogé la souveraineté des
mers, qui, non contente de ses immenses colonies dans
les deux hémisphères, en établit une autre à nos portes,
én laissant l'apparence de la souveraineté à un prince
d'Orange, comme la compagnie des Indes la laisse aux
nababs!
La Prusse, réduite il y a moins d'un siècle, à ce qui
II
Et cependant , les gages de nos fortunes
étaient violés, les acquéreurs de biens natio-
naux étaient menacés. On parlait du rétablis-
sement de la dime; on distinguait, par des
subtilités dignes d'Escobard, les promesses
faites avant le sacre, de ce qui devait former
les droits et les prérogatives incommutables
des fils de St. Louis, lorsque le sceau de la
ne fait plus aujourd'hui qu'une de ses moindres pro-
vinces I -
La Russie, qui a partagé avec elle la Pologne, enlevé
la Finlande à la Suède, envahi une partie de la Perse et
de la Turquie ! -
L'Autriche qui dévore l'Italie
La guerre de la révolution a été entreprise dans l'es-
pérance de vaincre et de partager Ta France. La nouvelle
croisade proclamée contre elle n'a pas d'autre but. Ces
puissances ont suivi un plan constant d'agrandissement j
la France seule n'en a pas eu. Elle n'a combattu que pour
sa défense jusqu'au moment où, séduit par des triom-
phes obtenus par la valeur et le génie , en compensation
de l'injuste aggression. de nos ennemis, son chef a cru
pouvoir conquérir la paix en armant tous les bras contre
ceux qui avaient provoqué et soldé la guerre. Abandonné
par ses alliés, trahi par ceux qui lui devaient leurs hon-
neurs et leur gloire, il a été puni avec nous de ses trop
vastes projets. Quelle meilleure garantie pouvons-nous
avoir de sa volonté d'y renoncer ?

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