Découverte d'une grande conspiration contre le roi et la religion, ou Recherches politiques et morales sur la révolution de 1830

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P. Mongie aîné (Paris). 1830. 1 vol. (47 p.) ; in-8.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1830
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POLITIQUES ET MORALES
SUR LA
RÉVOLUTION DE 1830.
DECOUVERTE
D'UNE
GRANDE CONSPIRATION
CONTRE LE ROI ET LA RELIGION,
ou
RECHERCHES
POLITIQUES ET MORALES
SUR LA
RÉVOLUTION DE 1830.
Le comble de l'infamie , après avoir commis
le crime , est d'en accuser les autres....
Page 6 de l'ouvrage.
Chez P. MONGIE aîné, et chez DELAUNAY.
A Lyon, chez TARGE, et chez LUZY.
A Marseille, chez CAMOIN, Place Royale.
Octobre 1830.
RECHERCHES
POLITIQUES ET MORALES
SUR LA
RÉVOLUTION DE 1830.
INTRODUCTION.
UNE vaste conspiration se tramait dans l'ombre depuis quinze
ans, et la France, à qui le rétablissement des Rourbons sur le
trône d'HENRI IV semblait avoir promis un asile assuré contre
les agitations politiques, se voyait cependant chaque jour
menacée dans tout ce qu'elle avait de plus cher. Chaque jour
la France voyait s'obscurcir de plus en plus son horizon et
grossir le nuage précurseur des tempêtes : le sol avait déjà
tremblé plusieurs fois : mais, depuis la restauration, la situa-
tion du pays ne s'était pas encore présentée sous un aspect
aussi grave Depuis quinze ans, et nous le dirons à regret,
depuis le premier jour même de la restauration, les ennemis
du roi et de la religion conspiraient le renversement du trône
et de l'autel. Nous en attestons les personnes connues par
leur attachement aux saines doctrines, que l'on ne démentira
pas aujourd'hui; et cette oeuvre de ténèbres, bien que con-
duite avec un art infernal, s'il nous est permis de nous ex-
primer ainsi, par quelques êtres que le génie du mal seul
pouvait conduire, n'avait point échappé aux hommes clair-
voyans, amis sincères de la royauté, de la religion et de la
morale, qui n'ont pas attendu au 20, juillet pour dire la
vérité au roi, pour montrer les dangers qu'il y avait évidem-
ment à suivre la marche adoptée par son gouvernement.
( 6 )
Ceux qui disent que cette conspiration se tramait dans
l'ombre, se trompent; c'est au grand jour, c'est en face de
la nation, c'est à la face du monde que cette conjuration a
eu lieu. Nous avons tous été les témoins ou les victimes de
la grande conjuration, dont nous allons essayer de faire
connaître les auteurs, moins pour les signaler à la vindicte
publique et à la réprobation, que pour tâcher de leur faire
abjurer des erreurs dangereuses et les ramener à d'autres
idées, à d'autres sentimens; puisque nous avons la persua-
sion intime que le plus grand nombre des conjurés est infi-
niment plus à plaindre qu'à blâmer, et que tous les hommes
de bonne foi qui se trouvent parmi eux, sont bien près
de se rapprocher des amis de la royauté et de la religion,
dont les événemens n'ont que trop justifié les prévisions ; à
se rapprocher des amis de l'ordre et des lois, qui se mon-
trent aujourd'hui encore, tandis que les principaux artisans,
les chefs de la conjuration, qui n'étaient les plus nombreux
et les plus forts que pour demander les étrangers, pour
courir à la vengeance et au renversement de l'ordre établi ;
au renversement des lois que le temps, les intérêts et les
moeurs actuelles, ont rendues nécessaires ; qui n'étaient les
plus nombreux et les plus forts que pour courir après les
emplois, après les sinécures; pour courir après les pensions,
après les dignités, et dont on n'a pas vu paraître un seul
sur la brèche, au moment du danger que ces amis toujours
imprudens avaient attiré sur des maîtres aveuglés et non
moins imprudens....
Nous ne pouvons disconvenir qu'il y a eu conjuration;
mais il faut la voir où elle est en effet; il ne faut pas en
accuser les innocens : le comble de l'infamie, après avoir
commis le crime, est d'en accuser les autres.
(7 )
CHAPITRE PREMIER.
Doucumens & preuves diverses de la Conspiration.
LES bornes que nous nous sommes imposées en donnant
cet écrit, ne nous permettent pas d'entrer dans beaucoup de-
détails, de marquer les époques précisés, de remonter en-
tièrement à la naissance de cette conspiration, qui a commencé
à une époque beaucoup plus reculée qu'on ne l'aurait ima-
giné : mais nous prendrons la restauration pour point de
départ, et l'on verra, par le choix dés circonstances et des
faits, qu'il n'était pas réservé seulement à la congrégation
d'avoir pu suivre régulièrement depuis son commencement
les progrès, les développemens et toutes les ramifications de
la conspiration, que nous allons dévoiler sur des faits connus
et sur des documens irrécusables, dont personne ne pourra
contester l'authenticité, lorsqu'ils sont moins puisés dans les
archives de Mont-Rouge, du Vatican, etc., que dans la mé-
moire de tout le monde; lorsqu'ils sont puisés dans les dis-
cours, dans la correspondance et dans tous les écrits des
hommes qui se disaient les seuls vrais royalistes, de ces
hommes qui avaient sans cesse à la bouche les mots Dieu et
le roi, qui ne parlaient que de Dieu, du roi, de nos trop chers
alliés et jamais de la patrie... Ces documens sont puisés dans
les brochures du temps, dans les journaux, rédigés par ces
« pieux libellistes, qui levaient si vaillamment la tète pour ca-
« lomnier les vrais serviteurs du roi, » rédigés par ces preux
chevaliers qui, ne sachant plus se battre que par procuration,
disaient vouloir mourir pour des princes qu'ils ont poussés
en avant et qu'ils ont lâchement abandonnés !
Ces documens sont puisés dans les délibérations de certains
( 8)
conseils municipaux, de certains conseils généraux de dépar-
temens; dans les arrêtés et dans les circulaires de beaucoup
de préfets, de sous-préfets ; dans les faits et gestes de tous
ces hommes soi-disant religieux et monarchiques; dans, les
sermons, dans la correspondance et dans les mandemens de
plusieurs princes du saint empire, sans oublier certains mé-
tropolitains et beaucoup de ces hommes chargés d'une mis-
sion de paix et qui ne soufflent que la division et la guerre
entre les fidèles, depuis le retour d'une société repoussée
par l'opinion de tous les hommes sensés ; repoussée de tous
les peuples et justement flétrie pour ses principes subversifs
de tout ordre social; qui se trouve placée par ses constitutions
en dehors de la société, en dehors de la morale, en dehors
de tous les sentimens, de tous les principes et de tous les
intérêts qui peuvent rendre l'homme utile et secourable à
l'homme
Les documens relatifs à cette conjuration se trouvent dans
les circulaires de certains procureui-s-du-roi, de certains pro-
cureurs-généraux ; dans les discours de certains présidens de
cours royales ; dans les adresses et jusque dans les jugemens
de maints tribunaux, comme dans un grand nombre d'actes
des employés du gouvernement; dans les discours, dans les
proclamations, dans les circulaires et dans les "ordonnances,
comme dans un très grand nombre d'actes des ministres et
de leurs agens.
CHAPITRE II
Portraits des Conspirateurs
MAIS quels sont les conspirateurs, demanderont quelques
personnes, qui n'ont pas déjà compris qu'ils ne peuvent se
trouver, pour la plupart, que parmi ces êtres malheureu-
sement nés, qui ont des oreilles pour ne pas entendre, des
(9)
yeux pour ne rien voir, des bras pour ne rien faire, des
jambes pour ne point marcher; qui ne savent penser que
d'après l'intérêt de leurs petites passions, ou, d'après ces
docteurs en théologie, qui ont la prétention de vouloir penser
pour les autres, et qui osent défendre à l'homme de faire
usage de sa raison, comme si la raison n'était pas le signe, le
caractère distinctif qui sépare l'homme de la brute et le place
au premier rang de tous les êtres sortis des mains du Créateur.
Les principaux conjurés, les fauteurs de la conjuration, se
trouvent parmi les champions de l'ancien régime ; parmi ces
hommes pétris de préjugés et de prétentions; toujours prêts à
disputer, à rompre une lance en faveur du passé, qui ont
toujours regardé le bon peuple du haut de leur grandeur. Les
fauteurs de la conjuration se trouvent parmi ces hommes du
privilège, qu'on voit encore, après quarante ans de tour-
mente pénible et d'une vaine opposition, ne pouvoir encore
se résigner à subir ce principe d'éternelle justice, l'égalité
devant, la loi.
Les conjurés se trouvent généralement, il faut le dire avec
franchise, parmi les hommes des anciens jours, qui se croient
très nobles avec leurs parchemins, avec des noms qu'ils désho-
noreraient , si la sottise et la bassesse du fils pouvaient désho-
norer la grandeur d'ame, la vertu et les sentimens généreux
du père, et qui peuvent seuls constituer la vraie noblesse.
Les conjurés se trouvent parmi ces nouveaux ennoblis;
parmi ces enfans de la fortune, acquise souvent aux dépens
des malheureux; parmi ces fils d'ennoblis à prix d'argent,
vieillis comme les précédens conjurés dans les idées d'une
fausse grandeur, dans les illusions d'une jeunesse dont ils
n'ont pas su mettre les premières années à profit; vieillis dans
le mécontentement d'une ambition insatiable et qui, même
après une loi d'indemnité dont nous parlerons un peu plus
loin, qu'ils ont demandée avec tant d'instance, osent rêver
encore le rétablissement d'un ordre de choses, dont ils ne-
(10)
conçoivent pas que les moeurs du temps et l'état progressif
de la civilisation rendent le retour matériellement impossible,
à moins que de vouloir une perturbation générale.
Les conspirateurs se trouvent encore parmi ces plébéiens
ambitieux, qui ne savent pas que la vraie noblesse n'existe
que dans la vertu et dans les sentimens; dont on flatte la
crédule vanité et la sottise; qui ne s'aperçoivent pas avec quel
mépris ils sont vus par cette noblesse de parchemins ver-
moulus, vers laquelle ils voudraient se hisser, tout en bravant
le juste mépris de leurs égaux.
Les conspirateurs sont parmi ces êtres vieillis dans le dé-
soeuvrement et dans le libertinage; détracteurs ingrats des
pouvoirs déchus; partisans de tous■ les pouvoirs présens et
à venir, lorsqu'ils peuvent en attendre quelque avantage;
dont on ne connaît souvent ni les ressources ni les moyens
d'existence; frondeurs éternels de toutes les améliorations
qui n'ajoutent rien à leur bien-être; qui croient cacher leur
nullité morale, en élevant sans cesse' la voix pour dénigrer
une jeunesse réfléchie, studieuse, instruite et modeste; pour
dénigrer tout ce que notre époque a pu produire d'utile et
d'honorable : ces hommes accusent la révolution et les idées
libérales de la perte de leur fortune, qui, pour la plupart
d'entre eux, n'est que le fruit de leur inconduite.
Les conjurés se trouvent aussi parmi ces riches timorés,
qu'on a toujours vus approuver l'autorité pour s'en faire un
appui, et parmi des hommes recommandables par des qua-
lités, par des vertus naturelles, qui n'ont pu les garantir des
froissemens et des malheurs dont personne n'a pu être en-
tièrement exempt, pendant une révolution que l'on n'avait
su ni prévoir, ni diriger, et qui a débordé sur ses adhérens
comme sur ses détracteurs, semblable à un torrent dont on
aurait maladroitement voulu retenir l'impétuosité; pendant
une révolution amenée par les besoins du temps, et contre
laquelle on ne peut pas plus s'élever sans folie que l'on ne
(11).
doit murmurer contre la providence, en voyant les météores,
les orages et les révolutions de la nature.... Les hommes
qui ont pu souffrir dans la révolution, qui lui gardent rancune
depuis quarante ans et s'en plaignent encore avec amertume,
n'en ont vu que le côté fâcheux, parce que le hasard de leur
position, de leur éducation, de leur instruction, ou leur
intérêt, ne leur ont pas permis de pouvoir se faire une idée du
bien et des heureux changemens que nous lui devons.
Ces hommes, dont l'âge mérite des égards, qui n'ont qu'une
idée fixe, au nombre desquels on doit compter ceux qui en ont
adopté les opinions; pour qui les mots d'innovation, de droit
et de liberté publique, sont dans leur esprit stationnaire
synonymes de bouleversement, de désastres, de révolution,
d'émigration nouvelle, et que des êtres bien coupables cher-
chent encore à entretenir dans de vaines terreurs; ces hommes,
qui ne peuvent malheureusement penser que d'après les au-
tres , qui se laissent entraîner par leurs alentours, par des
gens qui, confondant adroitement et les temps et les choses
et les hommes, s'emparent d'eux, en réveillant des ressenti-
mens contraires à la vraie religion, à la morale comme à
la raison ; ces hommes, plus à plaindre qu'à blâmer, suivaient
avec docilité les conjurés et faisaient le mal sans s'apercevoir
qu'ils n'étaient, la plupart du temps, que les instrumens, les
agens passifs du jésuitisme, qui donnait l'impulsion et diri-
geait tous les mouvemens de la rétrogradation.
Les conjurés se trouvaient encore parmi les employés des
administrations; parmi des pères de famille, parmi des ci-
toyens, qui ne méritent aucun reproche pour la plupart,
à qui l'on ne peut faire un crime d'avoir été malheureux,
surtout les subalternes, ceux que des intérêts auxquels pou-
vait tenir Inexistence de leur famille, des intérêts auxquels
ils ne pouvaient se soustraire, comme tous ceux que l'amour
de la paix entraînait et retenait, contre leur opinion, à la
suite d'un parti qui les asservissait, en abusant de leur po-
(12)
sition, en faisant violence à leur conscience..... Cette classe
d'hommes était bien à plaindre sans doute, et ceux qui exer-
çaient une pareille tyrannie sur eux étaient bien coupables,
sans compter la fâcheuse influence qu'une pareille marche
pouvait avoir par la suite sur les moeurs :
Qu'un supérieur exige avec justice, avec raison et avec
politesse d'un subordonné, qu'il fasse bien son service et rem-
plisse tous ses devoirs dans l'administration, l'employé doit
y mettre de l'obéissance et du zèle; mais, hors de l'admi-
nistration, hors du service, dans la société comme au collège
électoral ou ailleurs, le supérieur n'a pas plus de droit qu'un
autre sur les actions et sur la conduite de cet employé. Les
opinions politiques ou religieuses, ne sont que du domaine
de la conscience, qui est le sanctuaire de l'homme, dans
lequel nul sur la terre n'a le droit de pénétrer malgré lui ;
et la moindre violence contre le for intérieur de l'homme,
quel que soit d'ailleurs l'état du supérieur ou du subordonné,
devient une tyrannie....
Les conjurés, nous ne pouvons malheureusement le dissi-
muler, ni le dire sans un profond sentiment de regret, se
trouvaient souvent dans un temple, qui aurait dû rester inac-
cessible à toutes les passions (excepté à celle de la justice),
parmi des hommes que la nature de leurs fonctions et leur
amovibilité aurait dû mettre au-dessus des exigeances. du
pouvoir, qui aurait senti alors toute la folie et tous les dan-
gers qu'il pouvait y avoir à faire la guerre à la raison, et à
vouloir tuer les opinions qu'elle approuve, par des jugemens
rendus au nom du roi représentant de la raison publique.
Les conspirateurs qui, après les précéderas, méritent le
moins de ménagemens, se trouvent parmi ces hommes-gi-
rouettes, qu'on a vus passer alternativement d'une opinion
dans l'autre; qui ont porté le bonnet rouge, ensuite les rubans
de l'empire, pour prendre ensuite la cocarde blanche, qu'ils
ne tarderaient pas à quitter pour une autre, s'il était possible
(13)
qu'on pût encore en changer : esclaves de leurs passions et de
leur intérêt ; transfuges insolens, qui croient pouvoir cacher
sous une nouvelle bannière la honte dont ils se sont couverts
sous la précédente ; qui croient pouvoir cacher sous la croix
l'origine d'une fortune mal acquise.
Si nous avons éprouvé du regret de voir dans l'armée
quelques hommes passifs, comme on en voulait partout, quel-
ques aveugles et des étrangers portant des noms français,
nous sommes heureux du moins de pouvoir dire que nous
n'y avons point vu de conspirateurs.
Les conjurés se trouvent parmi ceux-que les hommes du
privilège seraient bien fâchés de n'avoir pas à reprocher à la
révolution; parmi ces jacobins incorrigibles, dont le nombre
se réduit chaque jour, il est vrai; dont les discours, tout en
rappelant certains agens provocateurs, feraient tort au parti
constitutionnel, si le bon sens public n'avait déjà depuis
long-temps fait justice de leur exagération et de leur into-
lérance, qui n'est malheureusement encore que le produit
d'une autre espèce de fanatisme, bien moins dangereux, si l'on
veut, que le fanatisme théologique, puisqu'il n'a pas pour
lui le masque hypocrite des idées religieuses, ne pouvant,
ainsi que celui-ci, colorer ses erreurs ou son intérêt de l'in-
térêt du ciel, derrière lequel se cache le jésuitisme !
Les conspirateurs se trouvent en grand nombre parmi les
hommes du pouvoir; parmi ces courtisans, lâches flatteurs,
habitués de cour et de basse-cour, tels qu'on en voit dans
le cortège de certains princes ; tels qu'on en voyait dans le
cortège, dans les antichambres et dans les salons des mi-
nistres , des directeurs généraux ; chez les préfets, les sous-
préfets, chez les maires, etc., etc. Cette classe de conjurés
se divise et se subdivise, suivant la hiérarchie des pouvoirs,
et comprend les parasites, les complaisans de l'autorité, les
grands et petits sinécuristes, dont l'opinion ne résiste jamais
au pouvoir de l'or, vers lequel ces hommes métalliques se
( 14 )
dirigent tous, comme l'aiguille aimantée se tourne vers le
pôle nord.
Parmi ces conjurés, il faut placer en première ligne la
plupart de ces préfets eux-mêmes, la plupart des sous-pré-
fets , des maires, etc. ; tous ces caméléons qui n'étaient par-
venus aux emplois, pour la plupart, que par l'intrigue et la
bassesse; toujours prêts à encenser l'idole du jour, à sacrifier
au veau d'or, qui n'ont jamais su dire une vérité; pour
lesquels tout était bien de la part du ministère, de la part de
l'autorité, quand il pouvait leur en revenir quelque avantage.
Les conjurés, les fauteurs de la conjuration enfin, se trou-
vent dans cette foule de ministres, qui semblent n'avoir été
successivement appelés aux affaires, que pour ajouter à la
masse des emprunts, pour ajouter aux charges de l'état et
aux fautes de leurs prédécesseurs, par la corruption qu'ils
ont cherché à introduire dans toutes les branches de l'ad-
ministration : ces conjurés qui ont mis la France à tant d'é-
preuves depuis quinze ans, étaient bientôt congédiés; mais
avec de grosses pensions, mais avec des brevets de ministre
d'état, de conseiller d'état; mais en les appelant à une haute
dignité, comme s'ils avaient rendu de grands services au
pays, ou plutôt, comme si l'on avait voulu affecter d'approuver
ce qui blessait la nation, pour se montrer plus ouvertement
en opposition avec elle; comme si l'on avait voulu braver
l'opinion, insultera la misère publique, par la prodigalité
et par le scandale des récompenses accordées à des hommes
qui, pour la plupart, n'auraient dû sortir du ministère que
pour être mis en jugement.
Nous devons parler ici des derniers ministres de Charles x ;
mais, lorsqu'ils viennent d'être mis en accusation; lorsque
les charges les plus graves s'élèvent contre eux, et qu'ils sont
appelés à répondre non-seulement de leurs actes, mais à
subir encore la responsabilité du résultat des actes de ceux
de leurs prédécesseurs qui avaient commencé à dégrader la
(15)
route, à creuser l'abîme dans lequel nous venons dé voir
tomber ces derniers; enfin, lorsqu'ils sont déjà dans les fers,
nous devons éviter de donner à nos paroles un accent qui
pourrait être mal interprété : loin de nous la pensée de vouloir
aggraver la position des accusés; et l'on nous rendra la jus-
tice de croire que, tout en montrant un peu fortement peut-
être la vérité, nous avons cependant moins cherché un grand
nombre de coupables, qu'à retenir ceux à qui les événemens
n'auraient pas encore dessillé les yeux, et à ramener à la
raison, à la tranquillité et au bonheur, beaucoup d'honnêtes
gens que le malheur ou des circonstances indépendantes de
leur volonté ont pu jeter dans l'erreur
Nous avons montré les conspirateurs vulgaires ; les plus
élevés sont déjà connus de nos lecteurs, et nous ferions de
vains efforts pour cacher leur nom, lorsqu'ils ont cherché
eux-mêmes à le mettre en évidence, à lui donner de la célé-
brité , par des actes qui sembleraient appartenir aux siècles
précédens plutôt qu'à notre époque... Les grandes infortunes
méritent bien des égards, et nous laissons à l'histoire, à qui le
nom des grands conjurés appartient déjà, le soin de montrer
les préjugés et leur source ; les erreurs graves et les fautes
qui ont amené le renversement d'un trône et l'expulsion d'une
famille, dont elle ne parlera pas sans fruit pour les princes
qui pourraient encore oublier que les peuples ne peuvent
plus être conduits par le sabre, qu'ils ne peuvent être le
patrimoine d'une famille, ni la propriété d'un roi, qui n'est
que le régisseur des revenus de l'état et le premier organe de
la loi, qui n'est placé à demeure au sommet de la société que
pour veiller à sa conservation, pour y servir de modérateur
à toutes les ambitions, et non pour y donner carrière à toutes.
ses volontés ; pour y donner le premier l'exemple des vertus
qui ont motivé son élévation, l'exemple du respect pour
la morale, pour les bonnes moeurs et pour la justice, que
la loi commande aujourd'hui plus impérieusement encore, s'il
est possible, au chef de l'état qu'aux autres citoyens.
( 16 )
CHAPITRE III.
De la Charte octroyée
APRÈS avoir désigné les conjurés, les chefs de la conjuration
et leurs agens, nous allons montrer leurs démarches et les
principaux actes qui démontrent la réalité de la conjuration
et qui, s'ils ne prouvent pas la culpabilité du plus grand nom-
bre de ceux qui s'y trouvent impliqués, prouvent du moins
l'ignorance et le malheur d'un grand nombre d'entre eux.
Nous aurions trop à dire s'il fallait aller puiser dans le
passé tous les détails qui pourraient servir à expliquer toute
la conjuration; nous ne voulons pas faire une diatribe, et
nous prendrons, comme nous l'avons annoncé, pour point
de départ la restauration, qui fut si généreuse en promesses ;
qui devait être, pour la nation, le règne de la liberté, le règne
des lois, de la justice, de la réconciliation et de la paix, sous
une administration libérale, douce et paternelle ; tandis, que
pour les hommes que la France ne put revoir sans une ré-
pugnance qui n'était que trop fondée, tandis que pour les
conjurés la restauration ne devait être que le rétablissement
du pouvoir absolu, le rétablissement de la féodalité et de la
main morte, le retour aux us et COUTUMES et à tous les erre-
mens de ce que les hommes de la dime et du privilège, les
hommes de la haute, moyenne et basse justice, des aides et
gabelles, de la chambre ardente, etc., etc., nommaient si vo-
lontiers le bon vieux temps...
Le préambule de la charte octroyée montra déjà l'arrière-
pensée... Dictée sous l'influence des étrangers, sous l'influence
de nos trop chers alliés, elle dut porter l'empreinte des sen-
timens et des intentions de ceux qui les faisaient intervenir
dans nos arrangemens intérieurs. La charte aurait pu cepen-
(17)
dant faire le bonheur de la nation, si l'on avait voulu l'exé-
cuter loyalement; mais la fraude n'en jurait le maintien d'une
main, que pour la déchirer de l'autre; et cette pièce devint le
premier acte, le premier document de la conjuration.
Les esprits clâirvoyans ne pouvaient se faire illusion sur la
pensée qui avait présidé à la rédaction de plusieurs articles
de cet acte, dont on dut se contenter cependant, lorsqu'on
croyait pouvoir espérer que les leçons de l'expérience n'a-
vaient pas été perdues, et quand on croyait pouvoir espérer
surtout que la vue de tous les changemens qui s'étaient opérés
en France dans les moeurs, dans les opinions et dans les in-
térêts, pourrait effacer des préjugés, des ressentimens, faire
des conversions, inspirer d'autres sentimens, et ramener à la
raison comme à leur intérêt tous les membres d'une famille,
qui ne devait réellement son retour en France qu'aux fautes
d'un guerrier, à qui, pour être un grand monarque, il n'a
manqué que d'avoir mieux connu son siècle et la France
L'amour de la gloire est aujourd'hui inséparable pour les
Français de l'amour de la liberté. Si Louis XVIII et Charles X
avaient senti cette vérité, et s'ils avaient suivi une marche
opposée à celle qui perdit Napoléon, s'ils avaient voulu, avec
la gloire, la prospérité et la liberté de la France, la couronne
appartiendrait encore à la branche aînée des Rourbons....
La charte consacrait l'oubli du passé; et, pour ne pas ré-
criminer sur les siècles de barbarie qui ont précédé la révo-
lution, ni sur les oppositions qui ont pu dans le principe
lui imprimer un caractère de violence, de toute part il y avait
à oublier : la charte assurait les emplois et conservait les pen-
sions décernées aux services rendus à la France ; mais rien ne
fut oublié, et tout fut bientôt oublié par ceux qui furent à
Coblentz en dansant, par ceux qui n'avaient rien oublié pen-
dant l'émigration; qui n'avaient vu la révolution que dans les
gazettes étrangères, et qui n'avaient rien appris dans les anti-
chambres, dans les emplois de Bonaparte; enfin, tout fut oublié
2
( 18).
par des hommes haineux et vindicatifs, qui méprisèrent bientôt
la charte octroyée... Ce fut, la charte à la main, avec le testa-
ment d'un bon roi qui pardonnait et recommandait l'oubli,
que de prétendus amis du trône et de l'autel préludèrent aux
épurations, aux destitutions, et qu'ils, firent bientôt regretter
l'homme de l'île d'Elbe, dont le retour prévu, préparé et
annoncé pendant le congrès de Vienne, qui n'a heureusement
pas tout prévu, fut pour eux comme pour les étrangers, une
bonne fortune, qui leur fournit un prétexte pour imposer,
pour pressurer la France; pour dissoudre l'armée, pour en
disperser et pour en poursuivre les chefs ; qui leur permit
de faire passer des lois de haine et de vengeance, dignes pen-
dans des lois connues sous le nom de lois de la révolution, qui
ne sortirent pas toutes, comme on sait, du cerveau des jaco-
bins tricolores qui peuvent donner la main aux jacobins blancs.
CHAPITRE IV.
Chefs d'accusation.
CES hommes conspiraient déjà, quand ils se disaient les plus
nombreux et les plus forts ; ils voulaient tromper les alliés et
les compromettre ; ils voulaient tromper les princes et le sou-
verain, en leur persuadant que leur opinion était prépon-
dérante.
Ces hommes si religieux et si monarchiques conspiraient
déjà contre le roi et contre la religion, quand ils établissaient
des catégories, quand ils demandaient du sang....
Ils conspiraient contre la religion et contre la royauté, ceux
qui, après, avoir fait rendre des lois d'exil et de mort, sous le
titre cruellement ironique de loi d'amnistie, donnaient encore
des ordres à des agens qui n'étaient déjà que trop disposés
à la haine, dont la perfide influence, aggravant les disposi-
( 19)
tions d'une loi barbare, donnait encore des ordres pour
empêcher les malheureux de trouver asile nulle part; à qui
certains agens diplomatiques et des ambassadeurs même re-
fusaient tout secours, toute protection, et qui ne purent-
trouver d'asile que chez les despotes d'Asie ou chez des sau-
vages....
Hommes qui vous dites monarchiques, religieux, et. qui
professez les saines doctrines, répondez-nous : Etait-ce votre
roi, était-ce l'évangile qui vous inspiraient de pareils senti-
mens? Quoi! l'exil des malheureux qui avaient échappé au
plomb meurtrier, au fer des bourreaux, ne suffisait pas à
votre cruauté? Mais une religion de douceur et de paix, que
vous ne connaissez que de nom et dont vous abusez; mais
l'homme-dieu, qui, jusque sur la croix, pardonnait à ses
bourreaux, n'a jamais commandé d'outrager l'humanité. Quel
était donc votre royalisme ? Quelle était donc votre religion,
votre morale? Ceux qui pouvaient suivre de tels ordres, ne
savaient sans doute pas que quand l'ordre est un crime,
la désobéissance est un devoir, une vertu
Ils conspiraient contre la royauté et contre la religion,
tous ceux qui, pour prévenir la demande en grâce de certains
condamnés, dont les juges pouvaient avoir tardivement re-
connu l'innocence, donnaient, par le télégraphe, l'ordre
d'exécuter sur-le-champ les malheureux....
Ils conspiraient contre le roi, contre la royauté et contre
la religion, ceux qui, voyant qu'un jugement, portant con-
damnation à mort, allait être annulé en cassation, et que le
sang innocent allait échapper à leur soif cruelle, se hâtaient
de donner aussi par le télégraphe, l'ordre infâme d'exécuter
à la minute un malheureux innocent.... Ils se disaient mo-
narchiques et religieux, les hommes qui donnaient des ordres
pareils.... Ces amis du trône et de l'autel détruisaient la plus
belle des prérogatives de la couronne, celle de pouvoir
faire grâce, et il sapaient le trône à sa base.
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Ils conspiraient contre le roi, contre la royauté et contre
la religion, ceux qui commandaient des jugemens de con-
damnation aux juges, qui n'avaient des ordres à recevoir que
de la loi et de leur conscience. Ils conspiraient contre le roi
et contre la religion, les hommes qui, par l'emploi de ces
infâmes agens provocateurs, au lieu de faire justice aux mal-/
heureux, au lieu de chercher à ramener les mécontens, les
excitaient, les attiraient dans des conspirations factices, dans
des guets-apens, conduite si contraire à la justice, à la raison,
à l'évangile et à la morale......
Ils conspiraient contre la royauté et contre la religion, ces
grands prévôts, ces jugés des cours prévotales, comme cer-
tains procureurs généraux, certains présidens et certains juges
des cours royales, qui étaient plus empressés de s'enquérir
de l'opinion politique des plaideurs ou des prévenus, que de
s'informer qui avait raison, du demandeur ou du défendeur;
qui avait tort ou qui avait raison de l'accusateur, du délateur,
de l'agent provocateur ou de l'accusé; et qui donnaient tou-
jours raison à l'accusation, sans tenir compte des besoins,
des moeurs, des intérêts et des passions du moment; comme
si les tribunaux n'étaient institués que pour servir d'instru-
mens aux intrigues d'une politique astucieuse et méchante,
qui ne savait à quoi se cramponner, à qui s'en prendre de sa
faiblesse, et qui cherchait moins à calmer, à ramener les
hommes à la raison, a les façonner pour la vertu, qu'à cher-
cher du travail à l'exécuteur des hautes oeuvres...... Quelle
politique! Quels magistrats ! Quel système de gouvernement !
Les tribunaux ne doivent plus faire que de la justice :
Magistrats, un grand jurisconsulte vous a dit avant moi, dans
votre intérêt, ce qu'on ne devrait pas avoir besoin de vous
rappeler au 19e siècle : «Vous êtes juges Au pré ou du champ,.
a non de l'opinion, non des, moeurs, non de la religion, des
« vertus : ne voyez que la chose amenée en jugement. »
Ils conspiraient contre le roi et contre la religion, ceux

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