Délivrez-nous du mal

De
Publié par

Dolorès ne s’en souvient que trop bien. La Retirada et son funèbre cortège. La marche a pied jusqu’aux camps d’Argelès et de Rivesaltes. Les humiliations subies. La perte de proches... Sa fille...

Pyrénées-Orientales, de nos jours.

Il est des habitudes dont on ne peut se départir : tous les jours à 17h précises, Irène, Marina et Dolorès se retrouvent pour parler de la pluie et du beau temps. Mais le quotidien, si paisible à l’accoutumée, se verra quelque peu bouleversé par l’arrivée impromptue de Julia, la petite fille d’Irène, et par la disparition inquiétante de Dolorès. Cette dernière n’a pas donné signe de vie depuis bientôt deux jours, une éternité pour ses amies !

Qu’a-t-il bien pu arriver à la vieille femme ?

Délivrez-nous du mal expose avec une grande délicatesse la problématique de la maternité dans des situations bien différentes. On retrouve Dolorès, enceinte, et devenue mère dans un camp de réfugiés après la Retirada, Julia, en proie au doute, se demandant si elle ne doit pas avorter, et Marina, en souffrance dans son rôle de mère, à cause d’un mari alcoolique qui la rudoie. Une galerie de femmes courageuses, qui interroge sur divers aspects de la condition féminine.


Publié le : jeudi 25 février 2016
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782366521566
Nombre de pages : 312
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

cover.jpg

Table des Matières

 

Crédits

Page de Titre

Prologue

Partie I

Partie II

Partie III

Références bibliographiques

Editions TDO

 

 

Editions TDO

ISBN 9782366521566

Couverture : crédits photographiques Fotolia : Lonely sad girl in a dress with a rag doll © ambrozinio et Barbed Wire Sky © ktsdesign

 

www.tdo-editions.fr

 

DÉLIVREZ-NOUSDU MAL
Aurélie Capobianco

Prologue

Le village dort à moitié. Seuls les travailleurs ou les personnes âgées qui ont perdu le sommeil sont encore debout. C’est le cas de Dolorès Santa Maria. Ses nuits passent au ralenti. Est-ce la mort qu’elle craint ainsi ? Comme si dormir profondément pouvait la conduire six pieds sous terre… Ou alors est-ce autre chose ? Des angoisses plus lointaines, plus sournoises qui refont surface quand le jour s’écrase ? Dolorès Santa Maria flirte depuis tant d’années avec les insomnies qu’elle n’y prête plus attention.

D’ailleurs, Dolorès Santa Maria n’a pas besoin de réveil. Tous les matins de l’année, c’est la même chose qui suspend ses nuits. Cette chose, c’est la livraison de son journal quotidien. Même au cœur de l’endormissement, ses oreilles reconnaissent les pétarades du livreur. Chaque coursier a eu son horaire précis. En ce moment, à cinq heures trente-sept précises, il glisse le papier dans la boîte.

Ce matin, comme pour les autres de l’année, Dolorès Santa Maria a ouvert en grand le journal du jour sur la table de la cuisine, si bien qu’il occupe quasiment toute la surface en bois vieilli. Tranquillement, elle a sorti ses petites lunettes en forme de demi-cercle pour déchiffrer les articles de la une. D’habitude, avec sa vue qui baisse, elle a besoin de temps pour décrypter les mots. Mais ceux-là, ces mots-là, elle les a reconnus tout de suite. Son cœur s’est arrêté tout net sur le gros titre. Ensuite, elle a très vite tourné les pages pour lire le texte en entier.

 

Les secrets du camp révélés…

L’inauguration du Mémorial de Rivesaltes est prévue pour 2015

 

Dolorès Santa Maria répète intérieurement : « Les secrets du camp révélés »... Les secrets ? Mais lesquels ? Quel journaliste de cette nouvelle génération pourrait bien se targuer de connaître les secrets de ce camp ? Et quelle sorte de révélation sensationnelle s’apprête-t-il à livrer ?

La colère est le premier sentiment qu’elle sent monter en elle, telle une déferlante qui lui claque au visage au point qu’une bouffée de chaleur vient secouer son corps. Comme elle a le front brûlant, elle respire un grand coup.

Puis, comme un soufflé, la colère retombe. Elle n’est qu’un masque. Une façade ou un rempart contre le chagrin. C’est une forteresse que Dolorès Santa Maria a érigée pour le contenir. Comme dans une enceinte, ses secrets sont bien protégés et elle se garde bien de les révéler. Il y a des peines si lourdes, si intenses pour la chair et l’âme, qu’elles ne peuvent être endurées que dans le silence.

Le journal du matin est grand ouvert, mais Dolorès Santa Maria a fermé les yeux. Une sensation de vide lui transperce le ventre. Elle se sent comme une petite fille qui ne doit pas s’approcher trop près du bord de l’escalier, au risque de tomber. Cette impression de trou béant qui la bouleverse, c’est la dernière sensation qu’elle avait ressentie en quittant le camp, avant de trouver enfin un peu de repos dans un lit tout blanc et propre, loin de la puanteur et de la vermine qui avaient tout infesté, jusqu’à l’infirmerie…

Elle se souvient parfaitement de ce moment où elle avait franchi la porte du camp en grande pompe, dans une camionnette faisant office d’ambulance. Un luxe ! Ce moyen de transport là était habituellement destiné aux blessés de guerre. Elle n’était pas de ces soldats qui avaient sacrifié leur vie pour leur pays ni de ceux dont la chair avait été mutilée, mais son chagrin avait l’intensité d’un obus qui explose. Si violent qu’elle se souvient à peine de son trajet jusqu’à l’hôpital de Perpignan.

C’est là, dans cet espace réservé à la réparation des corps, qu’elle avait revu le sien en entier pour la première fois depuis l’Espagne et leur fuite devant l’avancée du franquisme. Elle s’était habituée à ne plus l’apercevoir, sinon par petits morceaux dans des bouts de miroir qui avaient échappé à la casse. Mais dans cette salle de bains qui embaumait le produit désinfectant, elle s’était revue de haut en bas, et c’est à peine si elle s’était reconnue. Sa chair était si fine qu’elle donnait une étrange impression de transparence. Elle aurait pu compter ses veines si elle n’avait pas été absorbée par d’autres tourments.

Le personnel médical était aux petits soins. Il fallait faire quelque chose pour remettre sur pied ce corps ravagé. Depuis combien de temps n’avait-elle pas eu droit à tant d’égards ? Fallait-il en arriver là pour que son existence trouvât un regain de consistance ? Jusqu’où l’être humain doit-il souffrir pour éveiller l’intérêt ?

Dolorès Santa Maria assista dans un état affolant de torpeur, le regard vide, à l’agitation des soignants autour de sa couche. Ce qu’il lui fallait, ce n’était pas que l’on s’occupât de sa chair, car les douleurs qui lui martelaient les veines venaient d’ailleurs. Son âme avait traversé tant d’errances qu’elle ne savait par où commencer son retour à la vie.

 

Penchée sur sa table, Dolorès Santa Maria ne le sait pas encore, mais, dans un petit village des Pyrénées-Orientales, trois femmes vont prendre le temps de découvrir son histoire et de se passionner pour elle…

Partie I

1

Quelle que soit la circonstance, Julia Romanès aime arborer un look printanier. Les fleurs de toutes les couleurs qui bariolent les vêtements, c’est son truc. Elle ne peut pas s’en passer. Un peu comme ces fleurs de Bach qu’elle consomme sans modération à la manière de médicaments. Violette d’eau pour les insomnies. Églantine pour la digestion. Ce qu’il faut surtout, c’est qu’elles aient un joli nom. Pas question d’avaler de la chicorée, de la bruyère ou pire, de l’aigremoine ! À coup sûr, ce qui la soigne, c’est plus le mot charmant qu’elle entend et lui chatouille les oreilles, que la vertu thérapeutique du breuvage. Quand elle avale la potion, elle prononce tout doucement son nom comme une formule magique. Clématite… Pommier sauvage… Eau de roche !…

Malheureusement, il n’y a pas de fleur adaptée à son problème du jour. Elle a bien pensé à l’huile de ricin pour son potentiel « purgatif », mot qu’elle a immédiatement rangé dans le même panier qu’aigremoine, mais elle n’a pas osé s’y risquer de peur d’y laisser ses boyaux en même temps que son petit habitant intérieur.

Alors, la voilà plantée là, dans cette salle d’attente aux couleurs aussi criardes que sa longue jupe destinée à camoufler ses jambes qu’elle trouve toujours trop dodues. La pièce est moderne. Refaite à neuf. A-t-on repeint parce qu’il y avait eu trop de larmes éclaboussées sur les murs ? Sur les portes neuves, des plaques gravées portent les noms des médecins du service. Soudain, l’une s’entrouvre.

— Mademoiselle Mirabelle ?

Une jeune femme se lève. Ce n’est pas encore son tour à elle. Combien sont-elles à venir flirter avec ces murs, le ventre en attente d’être dégrossi ? Julia ne se donne pas la peine de compter. D’ailleurs, elle déteste les chiffres et tout ce qui s’apparente à une sorte de comptabilité. Ce qu’il lui faut, c’est de la poésie. Mirabelle… Elle s’émerveille intérieurement : quel joli nom ! Elle l’aurait retenu celui-là ! Pendant une seconde, elle envie sa propriétaire qui disparaît déjà absorbée par le bureau du docteur.

La porte se referme et replonge la salle d’attente dans le silence. Il n’y a que la grosse horloge qui, en égrenant les secondes, meuble l’absence de paroles. Les dialogues sont intérieurs. Julia Romanès relève la tête et scrute ses voisines d’un œil curieux. Ont-elles toutes la poitrine aussi gonflée qu’elle ? Souffrent-elles de ces fameuses nausées dont tous les livres font état, et qui, pour le moment, l’épargnent ? Pas un effluve de testostérone dans les parages. Où sont-ils les semi-responsables de leur état ? Ont-ils tiré le verrou en même temps qu’ils ont refermé leur braguette ?

De nouveau, la porte s’entrouvre. La bien nommée Mirabelle sort. Elle a le regard rivé sur le sol. La voix reprend :

— Mademoiselle Fuentès ?

Julia n’en était pas tout à fait sûre, mais maintenant, elle reconnaît cette voix ! C’est la même qui l’a accueillie la première fois qu’elle est venue ici. La même qui lui a déjà exposé le déroulement de la procédure. Car ici, on ne plaisante pas avec un certain règlement. La loi, c’est la loi ! Entre ces murs, les médecins composent avec la rigueur judiciaire. À ce sujet, Julia se souvient d’un seul coup des propos tenus par la voix, au cours de leur première rencontre : « Enfin, ma chère dame, vous êtes en pays civilisé ici ! On n’avorte pas comme on décide de prendre sa douche ! »

En même temps que ces paroles s’imposent à sa mémoire, Julia Romanès se demande si elle a bien fait de revenir… C’est sans réfléchir qu’elle a pris rendez-vous, comme si elle faisait son saut annuel chez son médecin de famille. Mais justement, cela n’a rien à voir avec la fameuse gastro-entérite qu’elle attrape une fois par an pour avoir l’occasion d’aller lui rendre une petite visite de courtoisie !

Comment traite-t-on les femmes qui viennent pour la deuxième fois goûter aux pouvoirs du misoprostol{1} ou de l’aspiration ? Ne risque-t-elle pas de se faire gentiment taxer d’inconsciente ou pire… de tueuse de bébés ? Heureusement, Julia Romanès n’a pas le temps de se torturer davantage.

— Mademoiselle Romanès ?

Soulevée comme un aimant par son champ magnétique, Julia se lève d’un bond et enroule son sac autour d’elle. Sans s’en rendre compte, c’est contre son ventre qu’elle le tient. En entrant dans la pièce toute peinte en blanc comme un bloc opératoire, Julia confirme en elle-même sa perception première. C’est effectivement, le même médecin qui l’a déjà reçue. Elle ne se souvient plus de son nom, mais lui aussi l’a reconnue.

— Nous nous sommes déjà rencontrés ?

— Oui…

La blouse blanche se racle la gorge.

— Donc le dossier de mademoiselle Julia Romanès, née le 30 janvier 1990 et qui a pratiqué un avortement il y a six mois, c’est le vôtre ?

— Oui…

La blouse blanche n’y va pas par quatre chemins : sa voix est empreinte de délicatesse, mais ses mots sont francs et directs.

— Et vous avez remis ça ?

— Oui…

Sans s’en rendre compte, Julia Romanès parle à voix basse et baisse la tête comme une petite fille qui vient de se faire gronder.

— Bon… Vous savez comment ça va se passer. Nous allons déjà vérifier si la grossesse est bien implantée, puis nous aviserons… De quand datent vos dernières règles ?

— Euh… J’ai trois semaines de retard.

— Bon, voyons ça de plus près. Vous enlevez le bas et vous vous installez là !

Julia Romanès se lève et se dirige vers la machine sophistiquée, destinée à mettre en images son paysage utérin. Sans réfléchir, elle se débarrasse de sa jupe fleurie et de sa petite culotte à fleurs, elle aussi. Elle n’aime pas faire les choses à moitié. Pourtant, en enlevant le bas, elle remarque qu’elle n’est pas fraîchement épilée, mais qu’importe… Lors de sa première visite, elle a déjà appris qu’ici, il fallait mieux laisser sa pudeur au vestiaire. Ce constat, les gestes mécaniques de la blouse blanche le lui confirment une fois de plus. Voilà donc le médecin qui enfile un préservatif sur un embout semblable à un pénis figé dans son érection.

— Vous savez que,vu le délai que vous m’indiquez, nous sommes obligés de passer par voie vaginale.

Julia acquiesce d’un hochement de tête pendant que la main introduit la sonde surplombée d’un liquide froid. Elle frissonne de cette intrusion, et adresse une pensée à ceux qui utilisent ce genre de pommade lubrifiante pour leurs fantaisies sexuelles. Ce n’est pas son truc à elle !

Sans s’en apercevoir, Julia Romanès a fermé les yeux. Quand elle les ouvre à nouveau, l’écran situé face à elle s’agite. Des images en noir et blanc défilent à toute vitesse, en même temps que la sonde poursuit ses investigations intérieures. Enfin, la main de la blouse blanche s’arrête dans son élan et sa voix commence une sorte d’état des lieux tissulaire : « Bien… Là, l’ovaire droit… Et là, le gauche… Tout est en ordre… »

L’homme prend des mesures avec l’appareil qui trace des lignes droites sur écran.

— Voyons… Là, nous sommes dans votre utérus… Vous voyez ici l’œuf qui est bien inséré dans son le sac ovulaire. Il ne s’agit donc pas d’une grossesse extra-utérine… Il n’y a qu’un seul sac… La forme de l’utérus est normale…

Julia acquiesce à ces descriptions en hochant la tête à chaque énoncé du praticien.

— Bon, voyons… Il faut maintenant procéder à la datation de la grossesse…

La voix ralentit. Elle pianote et trace de nouvelles lignes droites. L’utérus devient un cahier de géométrie.

— Au vu de ce que vous m’avez dit et étant donné les dimensions de l’œuf, nous pouvons supposer que la grossesse est engagée depuis six semaines, soit huit semaines d’aménorrhée…

La voix s’arrête puis reprend :

— Bon, nous allons contrôler le rythme cardiaque pour nous assurer de la viabilité de l’œuf.

D’un geste abrupt, l’homme enclenche le son de l’appareil. C’est d’abord un bruit sourd qui se fait entendre, celui de l’agitation des entrailles. Et puis s’élève un son plus distinct, semblable au martèlement d’un cheval lancé au galop. « Totomtotomtotom, totom, totomtotomtotom… »

Intérieurement, le cœur de Julia s’emballe aussi. Son petit habitant intérieur est vivant ! Elle a envie de sauter au plafond, mais la situation ne se prête pas à ce genre d’effusions et la blouse blanche a déjà coupé le son. Il faudra qu’elle le garde bien en tête, ce totomtotomtotom.

— Bon, l’activité cardiaque est de 121 battements par minute. C’est tout à fait normal. Cet embryon est tonique et le placenta bien inséré.

La main retire l’appareil des voies souterraines de Julia.

— Vous pouvez vous rhabiller.

La blouse blanche a déjà quitté son tabouret et entame le remplissage du dossier médical à partir des mesures calculées sur écran. Quand elle lève le nez de sa feuille aux cases pré-remplies, c’est pour interroger Julia Romanès sur la précédente intervention.

— La dernière fois, vous aviez procédé par voie chirurgicale ?

— Oui.

— C’était par choix ou du fait des délais ?

— C’était à cause des délais. J’ai avorté à onze semaines.

— Hum...

Julia Romanès vient de finir de se vêtir. Comme tout est rapide ici ! On échographie les embryons aussi vite qu’on peut les dégager de leur nid. Elle en a le cœur serré. Elle aurait bien aimé l’entendre plus longtemps son « totomtotomtotom ».

— Là, vous avez encore le choix{2}. Nous pouvons procéder par voie médicamenteuse jusqu’à la semaine prochaine. Mais il faudra obligatoirement procéder à l’intervention après la deuxième consultation obligatoire{3}. Vous êtes déjà décidée ?

— Euh, non.

— Bon. Dans tous les cas, nous allons donc nous revoir la semaine prochaine. Est-ce que cela vous convient ?

— Euh oui, je pense.

— Vous verrez en sortant avec la secrétaire pour le rendez-vous. Est-ce que vous souhaitez rencontrer ma collègue conseillère conjugale ?

— Euh, je ne sais pas.

— Vous l’avez déjà rencontrée ?

— Oui.

— Ce serait peut-être bien de faire le point sur ce qui vous arrive avec ces grossesses à répétition…

La voix de la blouse blanche fait de son mieux pour dissimuler son penchant moralisateur et Julia pour contenir les larmes qui lui viennent. Pas besoin d’être conseillère conjugale pour savoir que son corps se fait l’écho de son désir. Il est prêt. Son horloge biologique est sur les starting-blocks et son rêve de maternité aux portes d’être exaucé. Le problème, ce n’est pas elle. C’est lui. Le porteur de graine. Le fuyard inséminateur !

— Oui. Je vais réfléchir.

— Bon. Je vous laisse avec la secrétaire pour le prochain rendez-vous. C’est tout de suite à gauche en sortant.

— Oui… Merci.

La blouse blanche s’est levée et Julia comprend que cela sonne la fin de la consultation. Elle se lève à son tour et se dirige vers la porte.

— À la semaine prochaine mademoiselle Romanès.

— Oui, à la semaine prochaine…

Julia Romanès répète la formule sans y être vraiment. D’avance, elle sait qu’elle ne désire pas revenir. Elle sait aussi où elle a envie d’aller. Et sans doute que la semaine prochaine, elle y sera encore. Aussi, quand elle sort de la grande bâtisse parisienne, elle ne passe même pas par le bureau de la secrétaire et évite aussi la porte de la conseillère conjugale. Elle fait toujours comme ça, elle est la reine pour ne pas faire ce qu’on lui demande de faire. N’en faire qu’à sa tête, c’est sa manie, son tempo.

Décidée à déserter ce lieu, elle passe rapidement la grande porte d’entrée coulissante du service, et met enfin le nez dehors. Au-delà des murs de l’enceinte hospitalière, des bruits de klaxon et d’ambulance se font entendre. À cet endroit-là de Paris, les rues sont embouteillées à longueur d’année et c’est une jungle de véhicules à moteur en guerre pour la moindre place libre qui l’accueille. Elle avance. À deux pas d’ici, il y a la gare du Nord et la possibilité pour la jeune femme de s’extraire de cette agitation pour réfléchir.

La première fois, tout s’est passé si vite ! Si brutalement ! Il avait fallu se presser, car les délais étaient serrés, chronométrés. C’était un choix. Soit la précipitation soit la poursuite de la grossesse déjà bien engagée, avec la certitude d’une rupture avec Pablo. Chose impossible ! Celui qu’elle veut, c’est ce père-là, mais lui, ce qu’il ne veut pas, c’est être père. C’est le jeu du serpent qui se mord la queue. D’ailleurs, la sienne, il veut bien la dégainer dès qu’il peut, mais pour le reste…

Julia Romanès ne s’attarde pas sur ces reproches. Ce n’est pas le moment. Pour elle qui n’aime pas compter et malgré elle, le temps est en train de se transformer en sablier, avec une minuterie derrière chaque jour qui passe. Elle est déjà dans le hall de la gare en train de consulter l’écran d’une grosse machine jaune. Elle peut partir tout à l’heure, si elle le souhaite, mais cela lui laisse peu de temps pour préparer son sac. Finalement, elle décide de partir le lendemain matin.

2

— Demain ? Demà ! Però què pasa ?{4}

C’est viscéral. Il faut toujours qu’Irène Romanès mette un brin de Catalan dans ses propos, quand elle est surprise.

— Oui demain. J’arrive à la gare à 15 heures 08.

— À la gare à 15 heures 08 !

— Et puis après, je prendrai le bus. Ça ne sera pas long. Je serai arrivée pour 16 heures.

— Pour 16 heures alors…

Dans la précipitation de son départ, Julia Romanès ne s’attarde pas. Elle doit encore faire tourner une machine et s’arranger avec son patron pour justifier son départ à la sauvette. Elle n’est pas inquiète pour autant, il l’a à la bonne et ne lui dira pas non !

— À demain Avià{5}.

— Ens veiem demà{6}.

En même temps qu’elle salue machinalement sa petite fille, Irène Romanès surveille de près sa gazinière. Dans la cuisine règne une chaleur tropicale. La hotte est poussée au maximum et fait un boucan d’enfer. Bien sûr, elle n’a pas bien choisi son jour. Quoiqu’en ce début d’été, aucune journée ne vaut mieux qu’une autre pour s’atteler à son activité favorite : la mise en bocaux ! Tout y passe : sauce aux tomates de pays, poivronnade… Mais surtout son péché mignon… les confitures ! La guerre pourrait revenir, ça ne lui ferait rien… Elle a tant de réserves qu’elle pourrait tenir une bonne année !

Sur le feu, une substance jaune glougloute à grosses bulles et dégage un parfum d’enfance qui chatouille ses narines. Depuis le début de l’après-midi, Irène Romanès s’est lancée dans la confection d’une confiture aux citrons de pays ! C’est son voisin Albert qui lui en a apporté une caisse. Il faut dire qu’il en pince un peu pour elle et qu’il regorge d’idées pour lui adresser des petits présents. Les citrons, c’est sans doute une bonne excuse pour venir sonner à sa porte. Alors, ce matin, avec sa cagette d’agrumes, il était joyeux comme un petit garçon qui apporte un bouquet de fleurs à sa mère : « Ce sont les premières récoltes d’Espagne ! »

Face à la couleur jaune soleil des agrumes, Irène Romanès n’a pas résisté… Avec tout de même une petite pointe de culpabilité ! N’était-elle pas en train de trahir un peu son Marcel en acceptant les avances déguisées d’Albert ? Peu importe, la faim justifie les moyens : il faut remplir les bocaux vidés pendant l’hiver !

Ce qui se cache derrière cette manie d’apparence anodine est en fait assez sombre. Elle était encore jeune à l’époque, mais Irène Romanès a connu le gouvernement de Vichy. Certes, avec sa famille, elle vivait en zone libre, mais cela n’a pas empêché les pénuries alimentaires. Les paroles de ses parents résonnent encore : « Rien ne se perd, tout se transforme… »

Et effectivement, il y eut un temps où la misère était telle, qu’il ne fallait rien perdre, où chaque aliment était utilisé jusqu’à la dernière miette. Quand sa mère épluchait les légumes, l’économe portait bien son nom. Il séparait la peau de la pulpe au millimètre près !

À l’aube de la Seconde Guerre, en 1939, Irène Romanès avait 9 ans. De cette période lui reste un sentiment d’insécurité. Une peur. Une angoisse. Et parfois un sursaut dès que se déclenche une sirène semblable à celles qui prévenaient du danger…

Elle se souvient de sa mère qui sacrifiait volontiers un morceau de sa part, à la croissance de ses enfants. D’ailleurs, fin 1945, son corps à elle ne portait plus aucune marque de grossesse, alors que celui d’Irène était largement engagé dans la puberté. Par obligation, sa mère avait retrouvé la ligne de sa jeunesse. La mine blafarde et les traits tirés en plus.

En versant la confiture dans ses bocaux, Irène accorde donc un soin tout particulier à ne rien renverser, à ne pas en perdre une larme. Elle s’est munie d’une grande louche et verse délicatement le mélange brûlant dans les récipients transparents. Elle n’est pas pressée, mais n’a pas non plus de temps à perdre. Dans une heure, ce sera le moment d’aller mettre le nez dehors !

Prenant conscience qu’elle n’est pas sortie de la journée, elle s’implique davantage aux restants des tâches à accomplir : finir de verser la confiture brûlante dans ses contenants, laver l’immense casserole parsemée de sucre. Peut-être vaudrait-il mieux la mettre à tremper ? Et puis, il faudra aussi briquer la gazinière. La nettoyer de tout le sucre éclaboussé ! C’est la tâche la plus ardue : passer dans tous les plis de la machine. Frotter. Savonner. Rincer. Et rincer encore, car il y a toujours des restes de savon prêts à faire des bulles.

Irène Romanès s’active. Du haut de ses 84 ans, elle n’envisage pas une seconde de renoncer à ses activités de cuisine, malgré le prix à payer en décrassage. Sans la cuisine, que lui resterait-il ?

Dong ! La cloche sonne 16 heures 30. Irène jette un œil à l’extérieur. La place de l’église est lumineuse, baignée de soleil. Elle aime regarder cet endroit. De sa fenêtre, la vue directe sur la place est imprenable.

— Quina calor aqui{7} !... Il doit faire aussi chaud dehors que derrière mes fourneaux, té !

Irène a le front dégoulinant.

— Mon Dieu, mon Dieu ! Il fait aussi chaud qu’en plein été !

Et la voilà qui, intérieurement, s’offusque des changements climatiques, de la tramontane qui souffle plus souvent qu’avant et gâche ses fins de journées ensoleillées… Irène Romanès n’est pas avare en tourments intérieurs, souvent, ses pensées reviennent sur ce temps d’avant qui lui semblait tellement plus clément.

Maintenant, Irène Romanès s’engage dans la stérilisation des pots en les plongeant dans l’eau bouillante, ce qui a pour effet d’accentuer la chaleur de la pièce. En nage, elle s’offusque davantage : « Mon Dieu, mon Dieu ! »

En même temps qu’elle sort les pots de la casserole, Irène en écarte un de l’ensemble du lot. Celui-là ne verra pas la couleur de son étagère. Il est réservé. Avant de sortir tout à l’heure, elle le coiffera d’un petit chapeau de tissu cousu par ses soins.

En posant le dernier couvercle, elle est trempée et pense à la douche qu’elle va s’accorder. Pas question de sortir de chez elle les habits imprégnés de transpiration. Tout de même ! C’est important d’être présentable ! Irène sort enfin de la cuisine qui embaume le citron sucré.

Dans la salle de bains, elle se dévêt en vitesse. Pas question non plus d’être en retard quand la cloche sonnera les cinq coups du soir ! Elle y tient à son heure de causette quotidienne ! Ni une ni deux, elle enlève sa robe et actionne le robinet. Ce sera une douche froide pour se débarrasser au plus vite de la sueur qui lui dégouline entre les rides.

Sous le jet, elle ne s’attarde pas. De toute manière, elle n’apprécie plus comme avant cette rencontre avec son propre corps qui met trop l’accent sur les ravages du temps. Et puis, sa circulation sanguine est devenue mauvaise et l’empêche de rester trop longtemps statique sous le filet d’eau. Face à cette réalité qui s’ancre dans sa peau et ses veines, la seule chose secrète qui l’inquiète encore, c’est l’issue de cette déchéance. Jusqu’où un corps supporte-t-il de sombrer ?

Cette question l’effleure quand elle remarque les difficultés qu’elle éprouve pour remonter jusqu’en haut la fermeture éclair de sa jupe. En a-t-elle trop fait aujourd’hui ? Faut-il encore ralentir la cadence ? « Rrrrr, quelle plaie de vieillir, té ! »

À cette pensée dite à voix haute, elle se souvient du pot de confiture soigneusement mis de côté, et se félicite d’avoir une mémoire plutôt intacte, malgré l’enchaînement des années ! Elle le coiffe d’une petite couronne de tissu fleuri et le glisse dans un sac en carton. Quand elle ferme la porte, il est tout juste l’heure.

Sur la place, la cloche sonne cinq coups.

3

Comme d’habitude, c’est Marina Serafino la première arrivée. Pas Irène, non. Irène Romanès n’est jamais en avance. Marina attend depuis dix minutes à l’ombre des pins. Ce moment, elle l’apprécie. Il faut dire que c’est sa seule récréation de la journée. Pour elle, les minutes sont comptées : à 17 heures 25, elle devra lever le camp pour aller chercher Lucio et Enzo. Il faudra aussi qu’ensemble ils soient rentrés pour 17 heures 45 précises. Cela lui laissera alors quinze bonnes minutes pour…

— Ah Marina ! Com estas{8} ?

Marina n’est ni Catalane ni Espagnole, mais elle est habituée à cette formule. C’est toujours la même depuis les quelques années qu’elle fréquente cette place et ses deux acolytes de bavardage.

— Bien bien, i tu{9}, Irène ?

C’est comme ça qu’elle a appris quelques brins de catalan. Et ces mots-là, cela lui fait plaisir de les prononcer pour accueillir son amie. Cette terre, ce n’est pas la sienne, mais c’est celle qui nourrit sa famille. Elle lui doit bien ces quelques mots du terroir appris à la volée.

— Correcte, va bé{10}. Ah voilà Dolorès !

Dolorès Santa Maria est toujours la dernière arrivée. Il faut dire qu’elle se déplace avec la lenteur d’un escargot, la tête penchée vers le sol comme si son cou ne pouvait plus la supporter. Elle souffre de se mouvoir, de marcher, peut-être même de vivre encore dans un corps qui n’est plus destiné à la vie. Quand elle descend la petite côte qui la conduit jusqu’à la place, elle est toute recroquevillée. Elle avance à une vitesse dérisoire.

— Ah Irène ! Marina !

La voix de Dolorès est basse, toujours calée sur le même rythme. Est-ce une tentative pour faire en sorte que la parole ne soit pas un effort supplémentaire ? S’ensuivent les paroles d’usage. Essentiellement climatiques :

— Ah quel temps superbe ! On se croirait en plein été ! Comme c’est agréable !

Ça, c’est Marina Serafino. Le beau temps la met de belle humeur, l’apaise. Quand elle passe sa journée dans sa cuisine, la pièce est plus belle. Lumineuse. Alors, elle savoure. Elle profite de cette lumière pour cuisiner davantage. Elle s’attarde sur les recettes qu’elle aurait envie d’essayer. Elle se surprend même à en inventer dans sa tête. Mais jamais, au grand jamais, elle ne se risquerait à en réaliser une de sa création. Il ne manquerait plus que ça, qu’elle change les habitudes de la maison ! « Il » ne le supporterait pas…

— Ah, mais c’est pas normal ça ! Ce temps là en mai ! Si ça se trouve, ça va faire comme l’année dernière, té, et l’été sera vilain avec du vent, du vent, du vent… Ah, ça le vent, que je l’aime pas ! Oh que non, que je l’aime pas ! On ne profite pas pareil avec le vent. Moi, ça me rend malade… Y tú, cómo estàs Dolorès{11} ?

Marina ne s’en rend pas compte, mais Irène Romanès vient d’enchaîner avec de l’espagnol. C’est comme ça qu’elle accueille son amie. Il y a chez elle, cette attention, cette délicatesse de s’adresser à Dolorès dans la langue de ses racines. Ce qu’elle ne sait pas, c’est la manière dont Dolorès a délaissé la langue de son pays…

Si Irène a cette habitude, c’est probablement qu’elle aimerait que ses amies s’adressent à elle en catalan. Quand son mari était vivant, elle le parlait constamment… Mais elle n’en dit rien. De la pudeur, elle en a à revendre, alors elle garde ce secret bien enfermé comme la confiture dans les bocaux alignés au garage.

— Je vais comme si, comme ça ! Tu sais à mon âge. C’est presque un miracle que je puisse encore venir jusqu’ici. Mais ce soleil, c’est bon pour mes os ! Et puis, ça me réchauffe !

Malgré ses racines espagnoles, Dolorès Santa Maria parle un français fluide, travaillé. Ses amies ne s’en sont jamais étonnées. Pourtant, il y aurait de quoi s’étonner qu’une femme venue d’ailleurs puisse être à ce point immergée dans une langue qui n’est pas la sienne ?

Dolorès pourrait se plaindre, mais elle ne s’éternise pas sur son état de santé. C’est une femme discrète, silencieuse, habituée à laisser parler les autres à sa place ou à parler silencieusement dans des cahiers bien soigneusement rangés… Cette chaleur de début d’été, Dolorès l’apprécie, s’en réchauffe le cœur. Cela lui rappelle les soleils de plomb de son enfance, lorsqu’elle passait ses journées dans les champs à ramasser de riches récoltes. Quelle température pouvait-il faire alors sur ces terres espagnoles ? Mais tout ça, c’était avant… Avant qu’il ne faille s’enfuir… Dolorès plonge alors dans un silence lointain…

Pendant ce temps, Irène relance la conversation en étendant ses jambes.

— Ah, cette douleur dans le côté… Il faudrait peut-être que j’en fasse moins… Mais avec Julia qui arrive demain, ce n’est pas pour tout de suite, té…

— Julia ! s’exclame Marina qui apprécie la compagnie de cette jeune femme plus proche d’elle, par son âge, qu’Irène ou Dolorès.

— Eh oui ! Elle a appelé tout à l’heure et elle arrive demain ! Elle n’en a pas dit plus ! Je vais finir par croire que tous les Parisiens font ça, té de se décider du jour au lendemain !… Elle sera là pour 16 heures, je crois…

— Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vue, enchaîne Marina en tentant de se remémorer leur dernière rencontre…

— Et moi donc ! Mais mademoiselle ne voulait pas venir aux dernières vacances de Noël ! Elle voulait passer les fêtes avec la famille de… Ah, comment s’appelle-t-il déjà ? Je crois que ça commence par un P… Mais je n’en suis pas sûre… Ah… Bonté divine, je ne sais plus… Il faut dire que je ne l’aime pas beaucoup cet homme-là… Je ne l’ai vu qu’une fois, mais je l’aime pas beaucoup. Je mettrais ma main au feu que c’est un sacré numéro, té !…

— Ah Irène, tu dis toujours cela des hommes que tu n’as rencontrés qu’une fois ! Pour qu’ils te plaisent, il faudrait qu’ils soient une copie vivante de ton Marcel !

— Mais enfin Dolorès ! Tu ne vas quand même pas me dire qu’un homme qui regarde ses pieds quand il me dit bonjour au petit déjeuner est un homme de grande valeur, té ?

— (…)

Dolorès n’a pas le temps d’en placer une. Marina non plus. Irène est lancée dans sa colère comme un missile.

— Ah, mais je préfère même pas en parler de cet individu, té ! Tiens, je vais même te dire plus, j’espère qu’elle vient ici pour se remettre de sa rupture avec lui ! Té !

— Irène !

— Non, mais ! Il faudrait tout de même pas que je sois gentille avec ce personnage centré sur son nombril ! Té !

C’est Marina qui freine brutalement Irène dans son élan assassin :

— Il se fait quelle heure, là ? La demie a sonné ?

Irène consulte son poignet gauche, mais il est désert.

— Ah, avec les confitures… j’ai pas mis de montre aujourd’hui !

— Ah, c’est pas grave Irène. Je vais y aller. Ça va pas tarder à être l’heure…

— Tu vas chercher Lucio et Enzo ?

— Eh oui, comme toujours !

— Et ton mari, ça va ?

— Oui, oui, ça va.

— Le boulot, ça va ?

— Oui, oui, ça va.

— Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu…

Marina ne sait pas si elle doit entendre cette parole d’Irène comme un brin de curiosité ou comme une délicatesse. Elle se contente du minimum :

— Oh, il ne sort pas beaucoup après le travail.

Marina se retient d’en dire davantage. Il n’y a pas une parole de plus qui mérite d’être prononcée. Et puis, elle doit y aller.

— A demà Irène, a demà Dolorès !

— Sí que demà el meu petit{12} !

Irène et Dolorès la regardent s’éloigner d’un bon pas.

— Ah, elle est brave cette petite, elle est brave !

Dolorès acquiesce d’un mouvement de tête.

— Ah oui té, Dolorès ! Je t’ai préparé un petit quelque chose tout à l’heure !

Irène attendait le bon moment pour offrir son présent. Cela ne se fait pas d’offrir un pot de confiture à une amie devant une autre. Mais à Marina, elle n’en offre plus, car la seule fois où elle a eu cette délicatesse, la jeune femme ne lui a pas rendu le pot vide ! Et ça, qu’on ne lui rende pas son pot vide pour qu’elle puisse le remplir de nouveau, c’est un sacrilège pour Irène Romanès ! Le signe d’un toupet innommable !

Depuis, elle garde donc cette petite rancœur et offre ses pots à Dolorès en cachette ! Il faut dire qu’elle les lui rend toujours scintillants ! Bien frottés, bien lavés, impeccables ! Irène sort alors le précieux présent de son petit paquet.

— Tiens...

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant