Dénonciation des feuilles du Sr Linguet, faite en parlement, toutes les chambres assemblées, les mardi 11, vendredi 14 et mardi 18 juillet MDCCLXXX. Par M.

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1780. Linguet. In-8 °.
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Publié le : samedi 1 janvier 1780
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Faite en Parlement,
toutes les Chambres assemblées,
les Mardi II, Vendredi 14, & Mardi 18 Juillets
M. D C C. LXXX.
Par M.
DÉNONCIATION
DES FEUILLES
DU Sr LIN GUET,
FAITE EN PARLEMENT,
toutes les Chambres assemblées ,
les Mardi n, Vendredi 14, & Mardi 18 Juillet ,
M. D C C. L XX X.
Par M.
*
MONSIEUR,
IL EST impossible que la paix subsiste entre les Gens
de bien & les méchants ; je regarde comme un des
devoirs de l'homme , dans . l'état même le plus sauva-
ge, de ne pas supporter le triomphe du crime , quand
il peur l'empêcher : c'est un principe élémentaire, un
sentiment inné : la nature l'a gravé dans nos coeurs ,
& l'y réveille par l'indignation ; par cette horreur
involontaire que l'âme la plus douce ressent à l'as-
pect d'un méchant impuni ; cette indignation ins-
pirée par la nature, & réglée par la loi, est un des
sentimens les plus précieux à la société : pour la
diriger, on a créé des régies , & pour l'appaiscr,
des Magistrats. II faut que les derniers soient sans
pouvoir, ou que les méchants se taisent devant eur.
l!impuiflance des loix ne tendroit à rien moins, par
la désunion des Citoyens découragés ou pervertis ,
qu'à miner la base même de l'Etat civil, qui subsiste
par la concorde ; de cet Etat, le seul où le senti-
ment s'épure, & la raison se perfectionne : le seul,
par conséquent, qui convienne à des hommes, c'est-
(A 2 ) à-dire,
(4)
à-dire, à des êtres doués de sentiment & de raisons
le seul qui soit leur état naturel.
Mon coeur, Monsieur, est nourri de ces maximes:
il vit par elles : & par elles- surmonte ces lâches
craintes qu'espèrent lui causer des méchants ac- redi-
tes Quand je me sens protégé par les Loix , quand je
me trouve aux pieds de la Justice souveraine du Roi ,
je me crois invincible. Heureux de périr avec ces Loix!
heureux de succomber avec cette Justice, si le terme
de leur pouvoir étoit venu ! Mais la constitution
françoise, le caractère de nos Concitoyens, la justice
de nos Rois, le. courage des Magistrats préviendront
toujours ce malheur. L'Intrigue pourra quelquefois
s'élancer au-dehors de ses demeures accoutumées, pour
aliarmer les Citoyens paisibles , & mettre en péril
tous les principes, par des moyens inouïs. Mais, tôt
ou tard ; les Loix reprendront le deflus, & leur em-
pire qui ne passera point, n'en fera que plus aima-
ble pour des coeurs éclairés par la raison, Sc conso-
lés par la. Justice , après avoir été trop long-temps
séduits par Terreur, & brisés par.la perversité.
Cet espoir, qui me sait agir, ne m'empêchera
pas , Monsieur, de déposer dans le sein de la Cour un
aveu triste mais nécessaire. Je ne puis me défendre
d'une peine intérieure , d'une honte secrète, en pen-
sant à la nécessité dans laquelle je fuis de m'en-
courager moi-même par le souvenir des devoirs les
plus sacrés, des intérêts les plus augustes , lorsqu'il
s'agit uniquement pour moi, de dénoncer un homme
qui s'est expatrié , dans la vue de composer impu-
nément un Libelle périodique, diffamatoire & ca-
lomnieux , dont il semble que la seconde feuille
n'auroit pas dû circuler! en France, & dont le fort
est devenu en quelque forte une affaire d'Etat.
A ces traits , la Cour a déjà reconnu le sieur
Linguet & son Journal. C'est contre lui en efïet,
contre cet homme, rejette par son Ordre, noté par
un Arrêt, & déserteur de sa Patrie, contre cet homme
qui croit s'être fait de son audace un titre , & dit
mépris des Magistrats un rempart, que je viens armer
la Justice, & reclamer le pouvoir des Loix. Je repren-
drai les choses dès l'origine.
LA COUR se rappelle par quel enchaînement de sau-
tes , plus graves les unes que les autres, lé sieur
Linguer
,(5)
Linguet s'est fait un coupable honneur de provoquer
fa radiation du tableau des Avocats. II avoir porté
l'égarement, jusqu'à exciter une espèce.d'émeute dans
la Grand'Chambre, contre son Ordre assemblé pour
l'entendre.
La Cour a confirmé, par son Arrêt, le Jugement
des Avocats contre le sieur Linguet. Ce dernier, re-
jetté du Barreau , s'est, consacré à la Littérature. Il
a obtenu la permission de publier un Journal Poli-
tique & Littéraire. Ses premières feuilles furenr.écri-
tes avec assez de modération. Ce n'étoit pas que les
élans d'un coeur aigri ne s'y produisissent par inter-
valles. Mais le souvenir de la peine récemment infli-
gée à l'Auteur couvrit ces premiers écarts aux yeux
des Magistrats préposés à la Librairie. On efpéroir
sans doute que le temps adouciroir cette âme irritée
contre la Justice :. on s'en trompé. Le temps a fait
voir qu'il étoit bien difficile qu'un homme indigne
de rester dans un Ordre où les Du Moulin, les Mor-
nac, les Le Maître, -les;Patru , les Cochin & rant
d'autres que je pourrois nommer, ont maintenu, par
leur conduite , les régies du vrai courage S: de la
délicatefíe, devînt un Littérateur estimable. Je parle
devant des Magistrats qui n'accordent pas Testime aux
talents seuls , mais aux talents réunis a la sagesse.
Un-outrage grossier du nouveau Journaliste envers.
l'Académie Françoise, détermina le Gouvernement.'
M. le Garde-des-Sceaux en porta ses plaintes au
Ministre des Affaires ' étrangères , de qui le Journal'
du sieur Linguet dépendoit alors, et dépend encore.;
Le Ministre rendit Justice, II avoit donné le Prîvi-.
lége du Journal au sieur Panckoucke , Libraire ; la-.-
feuille scandaleuse est, je crois, du mois de Juin
1776. Le' sieur Panckoucke reçùt, le 2 Août suivant ,
du Ministre une Lettre, sévère, qui. le menaçoit. de.
la suppression du Journal, & lui piescrivoit de ne.,
plus employer à fa rédaction Te sieur Linguet jl
satisfaction due aux plaintes de M. le Garde-des-
Sceaux, & nécessaire pour l'empêcher d'infìfte sur la.
Suppression : il faut que vous m'en donniez l'assurance.
vofitive.b Telle fut en substance la Lettre du Mini-
stre au Libraire.
Cet Acte de sévérité, pour un'Article contre l'A-
cadémie, sévérité très-légitime en elle-même , vous]
( A 3 ) paroîtra
(6)
paroîtra, Monsieur, fort singulier, par la comparai-
son de la conduite tenue depuis, par les mêmes Mi-
nistres , à l'égard du même Auteur & du même
Journal. Eu effet , un Auteur dont on a brisé la
plume, pour une phrase insolente contre l'Académie,
à la suite de vingt lignes du même genre, lancées,
contre deux de ses Membres, trouve,'depuis trois
áns devant les Administrateurs même qui Tont puni,
grâce , protection , faveur , pour un Ouvrage pério-
dique , où le Barreau, la Magistrature, les Loix
françoises , les principes les plus salutaires, les per-
sonnages les plus recommandables, les Compagnies
les plus vénérables font attaqués, déchirés, calom-
niés deux fois par mois, avec une fureur quel'esprit
humain auroit eu peine à concevoir , avant que
l'exemple en sut donné : & je ne fçais, Monsieur ,
ce qui va vous étonner le plus dans cet Ecrivain ,
de son audace , ou de sa longue impunité.
Pour donner un libre cours à les emporremens , le
sieur Linguet résolut de s'expatrier : il :est "passé d'a-
bord en Angleterre. Aux premières hostilités entre
les Anglois & nous , il a quitté leur Isle pour le Bra-
bant ; & c'est de Londres & de Bruxelles qu'il a jette
successivement ses Feuilles parmi nou.s ,& qu'il a.
trouvé , qu'il trouve encore le moyen de faire circuler
publiquement dans le Royaume ses Ecrits inflamma-
toires , fous le nom à'Annales Politiques, Civiles &
Littéraires du dix-huitième siécle.
II a commencé , comme font dans tous les temps
les ennemis de la décence & de la vériré ; ils en pren-
nent le masque. Le sieur Linguet a promis -, dans le'
Prospectus de ses Annales- , d'être toujours décent &
vrai. On a ôté (ce font les propres termes du Prospe-
ctus , imprimé en tête du N° I. de ses Annales) on a,
oté en France , à l'Auteur, le droit d'être l'Avocat des,
particuliers ; il fera ici celui de l' humanité ' de la.
raison.
II recevra , avec reconnaissance , & publiera avec,
exactitude tous les Mémoires où la Religion , la per-
sonne des Rois , celle des Particuliers', & l'honnêteté,
publique seront respectées. II n est jamais permis d'at-
taquer la Divinité , ni les Moeurs. Les particuliers
doivent être sacrés , parce qu'ils font rarement à portée,
de se défendre.
Tels
(7)
Tels font., Monsieur, les engagemens contractés
par le sieur Linguet. Au moyen de ces promefles , il
a cru pouvoir dédier son nouveau travail au Roi &
dès les premières lignes de son Epître dédicatoire s ïL
se représente comme la victime d'une violence injuste r
Malgré. le respect connu de Votre Majesté pour là
justice , écrit le sieur Linguet au Roi, une violence in--
juste ma enlevé mon état dans ma Patrie ;ensuite elle-
m'a forcé d'abandonner un travail utile qui, avec de.
ï encouragement & de .la liberté , auroit pú devenir
honorable. Ce travail utile , c'étoit son Journal Poli-
tiqué- &. Littéraire : cet état étoit celui d'Avocat z
cette violence -injuste , c'étoit la décision du Ministre
sur le Journal, & le jugement des Avocats , confirmé'
par l'Arrêr de la Cour , fur la personne du sieur LinV
guet. Celui-ci dénonce au Roi , avec de grandes 1
protestations de patriotisme & d'innocence , ses Con-
frères ,; ses Juges , comme autant d'ennemis & d'op-
presseurs ; expressions qui deviennent assez Communes
dans la bouche des plaideurs condamnés , quand ils
Parlenr au Roi de son Parlement Mes ennemis ne
m'ont laissé que ma plume & mon coeur, dit le sieur
Linguer au Roi dans la même Epître. L'une fera,
jusqu'a mon dernier soupir , employée a exprimer les
fentimens dont l'autre est rempli pour la France &
Votre Personne sacrée,.... Apres avoir usé ma vie
a-combattre pour des opprimés , je fuis à mon tour
victime de l'Oppression. Je n'en conserve pas moins la
ferme, confiance que Votre Majesté m'en vengera
quand l'obstacle qui empêche mes plaintes de parvenir ■
jusqu'à elle-, sera évanoui. Si ma vie se termine avant
que j'aie pû jouir de cette consolation , j'aurai-, du -
moins , celle d'appeller, en expirant, au jugement de ■
la Postérité. Elle dira , en baignant de larmes quelques-
uns de mes écrits , après son innocence, rien ne lui fut
plus cher que son Prince & sa Patrie.
Il s'agit maintenant , Monsieur , de voir quelle
fera la conduite de ce François innocent & opprimé ,
qui -se retire en Angleterre pour y devenir l'avocat de
l'humanité & de la raison , pour qui les Particuliers
seront sacrés , à qui rien n'est plus cher , après son
innocence , que son Prince & sa Patrie.
Cet Avocat de l'humanité lui fournira le modèle de
la haine la plus implacable & la plus envenimée : cet
(A 4) Avocat
Annales,
1.1. p. 415,
Annales ,
1.1. p. 49S.
* Voyez
dans tous
les Ecrits
du S'- Lin-
guet , ses
principes
fur le Gou^
vernemçnt-
Turc
(8)
Avocat de ta. raison s'efforcera de renverser-les -.prin-
cipes fondamentaux de la Société : celui pour qui les
Particuliers feront sacrés , prendra plaisir à déchirer-
perséyéramment , par des calomnies , plusieurs de ses
compatriotes : ce fidèle.sujet , à qui rien n'est plus:
cher, âpres son innocence., que son Prince, prêchera
aux peuples des maximes séditieuses. : ce bon citoyen ,;
h qui rien n!est plus cher , âpres son innocence , que
fa Patrie .enseignera aux Rois de la terre, le despo-
tifme : entrons dans les détails, & prouvons.toutes ces
horreurs.
Je distingue , Monsieur , dans les Annales du sieur-
Linguet , cinq objets: les Particuliers, la Constitu-
tion Françoise , la Magistrature , les Souverains , les
Peuples ; & fur chacun de ces articles, je vais suivre le
sieur Linguet. Je commence par les Particuliers..
Dans le Prospectus de ses Annales , le sieur Linguet
pose donc en principe que les Particuliers doivent
être sacrés-, parce qu'ils'font rarement, à portée de fe
défendre.
Dans un autre endroit, il exhorte un jeune Auteur,
à consulter fur-tout la décence & la raison..
Ailleurs , en se plaignant amèrement des calomnies
publiées contre lui, il excuse la calomnie contre les
gens en place. Maxime fort étrange ,& tout-à-fait
digne de ses principes généraux fur la Société , où la
tête d'un Grand n'est pour lui d'aucun prix *. Mais enfin
il ne veut pas qu'on puisse , fous aucun prétexte,
calomnier les Particuliers. II est affreux, âh-ìl,:que
les simples Particuliers soient exposés aux dangers de
cette guerre , dont ils n'ont pas les indemnités. L'im-
posture les. déchire même avec d'autant plus d'audace &
de sécurité , qu'ils ont moins de moyens pour s'en garant
tir ou s'en venger. Avant l'invention de. l'Imprimerie, les
armes du mensonge n'étalent pas fi meurtrières. L'homme
inconnu échappoit du moins, à la faveur de son obscu-*
rite. Si les justifications êtoient plus difficiles , le succès
des calomnies êtoit moins, aisé. Au lieu qu'aujourd'hui ,
par la méthode expéditive des Nouvelles imprimées, la.
diffamation a acquis une mobilité , une influence qui
ne font pas. devenues communes, aux réfutations. Celles-
ci ne trouvent, ni le même empressement che^ les Gaze-
(iers , ni le même accès cheç les Lecteurs. Si l'Im-
prìmerie a été de quelque utilité pour les Arts. , çe qui,
peut-être,
(9),
peut-être, est astez douteux, on rie peut fe dissimuler
qu'elle ne soit aujourd'hui un des plus cruels fléaux de là t
Société.
Assurément , Monsieur , on ne soupçonnera pas
le sieur Linguet d'ignorer les raisons qui rendent la
calomnie & la diffamation impardonnables , au moins
envers- les Particuliers.. Il pousse' même à cet égard la*
rigidité de ses principes , jusqu'au point d'établir une
sorte de paralèlle entre verser du sang , Sc tourner
les personnes en ridicules Nos Encyclopédistes, a-t-il
dit dans un de ses Numéros , ne versent point de .
sang $ mais ils poignardent Vhonneur de leurs ennemis ;
mais ils en renversent la fortune ; mais, ils tâchent d'en
ridiculiser la personne.
.Qui pourroit croire , Monsieur , qu'après avoir
établi ces principes\ un Auteur s'àcharneroit fur des'
Particuliers , aiguiseroit contre eux les poignards de
lâ haine & de la calomnie , & mettroit' tout en"
oeuvré', jusqu'à fouiller dans leur conduite intérieure,
pour les rendre , aux yeux de l'Európe, ridicules ,
odieux ? Voilà pourtant ce que le fiéur Linguet a
pratiqué en toute occasion', depuis le mois de- Mars
I777 , -jusqu'au moment où j'ai l'hònneur de vous
parler. Je ne' m'appesantirai pas sur ce chapitre. Les
Particuliers offensés. n'ont point rendu plainte; mais
leur silence n'empêche pas que la justice ne soit blessée par
ces diffamations ; & je ne puis me dispenser d'informer
lâ Cour- que le sieur Linguet-, qui s'est annoncé dans
le Prospectus, Sc. dans le,corps même de ses Annales ,
pour ravocat de la raison , l'ami de l'humanité',
l'esclave des Loix , l'apôtre de la vérité , le modèle
de la décence , l'éhnemi capital -de tout ridicule ,
l'ange - tutélaire des Particuliers , ne se lasse pas
d'outrager dans ses Feuilles, par les invectives les
plus grossières , les railleries les plus amères , M
les plus affreuses personalités , plusieurs de ses com-
patriotes , à l'òccasion desquels il se. permet les plus
sanglans outrages contre l'Académie & le Barreau.
J'ai noté dans les Annales du sieur Linguet tous les
articles répréhensibles fur ces objets. Ils seront mis
fous les yeux de la Cour. Je passe à la Constitution
Françoise. ■ ...
^ Le sieur Linguet, Monsieur, emploie tous ses efforts
à-Tebranier.
Dans
Annales ,
t. I. p. 498
& 499.
Annales,
t. I. p. 81.
Tom. I.
p. 13 5.
Tom. j.
p. 119.
Tom. 2.
pag. 160.-
161.-165.
Tom 5.
p. 322 &
suiv.
Annales,
t. 1. p. 413.
Tom. 4.
p.21& suiv.
Tom. 4.
p. 170. &
suiv.
Tom. 4.
p. no.
Tom. 5-.
& suiv. à
l'ouverture
des feuilles.
(IQ)
■ Dans un Discours préliminaire , où l'on trouve lc;
parallèle du Gouvernement Angloi's. & du nôtre , je lis
ces assertions : Les Purlemeris chez nous ne font ,par
eux-mêmes, que. des Cours de.Judicature , bornées'à
l'administrât ion de la. Justice..Avec l'adjonction des-
Pairs , ils deviennent le dépôt.des volontés du Prince ,
le sanctuaire, ou se complettent les Loix, nationales.
' Ailleurs, en parlant de la vénalité des Charges, il
dit que le'Monarque ayant fait des Marchands de ses.
repréfgntans , ne peut les blâmer d'adopter les procédés-
du Commerce j & ces expressions injurieuses 'font-pré^
■ cédées & suivies de beaucoup d'autres mille fois plus,
outrageantes.'
Pour appuyés son système, que les Parlements font.,
de simples.Cours de Judicature , il défigure l'histoire ,
au point d'assurer qu:'avant Philippe-le-Bel, /'assemblée,
nationale .camposée feulement du Clergé & de la No-
Hesse., s'ápelloit Parlement, 'que,-fintroduction des:
affranchis., sous le nom de Communes dans cette affem-,
blée , . lui fit donner le nom d'États Généraux : que
celui de, Parlement demeura a la Compagnie des Jugeurs,
& que, comme les mots fervent fouvent de titres , les
hommes de Loi , bornés par leur constitution à l'exercice,
sédentaire & journalier de Juges , prétendirent a toutes.
les prérogatives qui avalent été attachées a leur nom,, .
avant qu'ils le portassent : que l'adjonction momentanée .„
des Pairs , dans des occasions d'éclat, la facilité que
trouve: un corps qui] ne meurt point, qui profite de
toutes les circonstances, qui ne perd jamais son objet:
de vue, pour suivre & soutenir avec succès un fystême-
qui en est devenu l'esprit, la faiblesse des Rois, celle
'de . leurs Ministres , & quelquefois plutôt encore, les
besoins:, de .'ceux-ci, leur Politique , ont donné du,
poids aux rèclamations Parlementaires : & que c'est-là ■
ce qui a. élevé ces Compagnies au point ou nous les:
voyons aujourd'hui.
Ainsi,, -Monsieur , les Droits & les besoins des
Peuples i Iç voeu national;, le texte positif des plus
saintes, Ordonnances , les Déclarations personelles des
Rois dans des occasions non suspectes , ne font plus
les fondements des'Droits du Parlement : un abus
de mots , la foiblesse ou la Politique des Rois ou des
Ministres, voilà tous les-rt;itres;de ce grand Corps.
Ainsi, la Nation n'auroit plus d'organe, ni dans les
États
(11)
États Généraux., qui ne s'assemblent point, ni dans
le Parlement, simple Cour de Justice , suivant le
sieur Linguet. II répète cette assertion fausse, hazar-
dée durant les derniers troubles, & tant de fois
détruite ,. que les Parlements d aujourd'hui riétoient
d'abord que des Commissaires désignés a volonté
par le Prince , uniquement pour rendre la Justice. Il
fait de Philippe-le-Bel , le véritable Créateur du
Parlement, tandis que les Registres du Parlement
font de beaucoup antérieurs à ce Monarque. On
pourroit pardonner au sieur Linguet .ces- erreurs
historiques, s'il ne les reproduisoit pas dans ['inten-
tion funeste & clairement énoncée d'ôter à la Nation
le seul, organe qui lui reste dans le Parlement.
Je ne finirois pas, Monsieur , si je voulois suivre
l'Auteur des Annales Politiques , dans tous ses écarts
fur la Constitution Françoise. Mais il en est un encore*
que je dois mettre fous les .yeux de la-, Cour. Le
sieur Linguet propose dans une de ses feuilles àUn-
çorporer la Magistrature & le Clergé. au lieu d'éter-
nifer leur séparation , ( ce font les termes.de l'Auteur)
çí d'élever la Magistrature jusqu'au- Sacerdoce. Or,
à I'appui de ce projet fantastique , il établit un
patallele entre la Magistrature & le Clergé , tiré selon
lui, du pouvoir même dé la Magistrature , de sa
constitution, de son esprit. Voici , Monsieur , ce
parallèle.
L'Opposition qui se trouve, entre le caractere d'un
Ecclésiastique & ses excès , les rend toujours, moins,
impétueux O.U plus tardifs.
La Robe , poursuit l'Auteur , n'a pas même ce frein.
salutaire.. Armée d'un pouvoir actif, autorisée-,par,
un abus de-mots., à se dire propriétaire des Droits
qui lui' font confiés, regardant le thrô ne .comme'une
émanation; de fa substance , ou du moins, se croyant
une origine & une nature, communes avec,.lui ; dés en-:
due de la pudeur , par sa propriété, de ri opérerqu-en.
troupe ; de la pitié , par l'habitude & la persuasion
que l'organe de la Loi rien doit pas être susceptible y
du.scrupule , par le,genre profane de ses, occupations ;
du remords , par les formes qui précédent toujours
ses écarts les plus irréguliers , elle ne connoît ni de
bornes dans ses emportements , ni de. modifications
dans ses vengeances.
Dans
Tom. I
p. c 3 & 64.
Tom. I
p. 154 S
..(lO
Dans la Robe , les Vertus qui l'honorent , n ont
jamais été que celles des Particuliers : les atrocités
qui la flétrissent , sont toujours le crime des Com-
pagnies.
Sans les formes qui appesantissent leur marche en
l'affermissant, elles donneroient par-tout & fans cesse ,
comme le Sénat a Rome ,fous les Empereurs, comme
les Parlements en Angleterre fous les Rois absolus.,
& en France du temps de la Ligue ou de la Fron-
de , des scènes ou effroyables , ou ridicules. Mais
heureusement ces formes, poursuit le sieur Linguet ,
font pour la'Robe , ce qu'est la difficulté de fléchir
lépine'du- dos dans certains Animaux carnaciers.
Quoiqu'elle suppose des articulations plus fortes , &
un choc'direct plus impétueux , elle réna aussi la pour-
suite plus aisée a éluder & donne quelquefois à la
proie "lé ternis de s'échapper.
Enfin , c'est toujours le sieur Linguet qui parle,'
pour réduire eh deux mots le parallèle des dangers,
de la corruption dans ces deux Etats ; l'Ecclésiastique
perverti , pour devenir Tyran , a besoin d'un secours
étranger. ' La loi qu'il prêche , jette malgré lui fur
ses actions une lumière terrible qui ne permet à
personne d'én méconnoître les motifs & l'illégitimité.
Au lieu que le Magistrat prévaricateur trouve, comme
je l'ai dit, ses ressources' en lui - même, & de plus ,
il peut toujours , quand il a violé la Justice , prétendre
qu'il a obéi à la Loi ; & se dire innocent, même en.
s'avouant répréhensible
Tel est,, Monsieur , l'esprit , le langage qui régne
d'un bout à l'autre dans les feuilles du sieur Linguet,
dans cet ouvrage témérairement dédié au Roi, toutes
les fois qu'il s'agit de la Constitution Françoise en
général, 6' de celle de la Magistrature enpàrtìculïer.
Celui qui-ne respecte pas les Loix , ne doit pas
respecter leurs Ministres. Le sieur Linguet n'a que
trop justifié cette conséquence.
Premièrement, il annonce que la Magistrature est
' pleine d'Elèves des Encyclopédistes & des Economistes.
Secondement , il traite la suppression des Jésuites
. de proscription judiciaire y ce font, dlt-il , des pros-
criptions judiciaires. . . . II nefalloit pas abuser,
pour les perdre , des formalités de la Justice ; c'est ce
que je dirai toujours. Ce que j'ai souffert moi-même
de
(13)
de cet abus , me donne bien le droit de les plaindre
& de les défendre , au moins de ce côté là.
Troisièmement , il abuse de quelques Arrêts de
cassation ', pour supposer que la voix publique .se
récrie contre les peines ordonnées par les Cours, Sc
que Fautòriré en reconuoît l'injustice. II est dur,
( c'est ainsi qu'il s'exprime ) pour des Magistrats
sensibles & délicats, comme fans doute ils Le font '
tous , ou le doivent être , d entendre d'abord La voix
publique se récrier contre les supplices qu'ils ordonnent,
6' de voir ensuite L'autorité en reconnoître l'injustice. . . .
Vous k voyez, Monsieur 5 l'ironie dans ce passage
vient à l'appui de l'imposture. Mais l'une & l'autre
ont pour objet d'accréditer un principe que cherchent
à répandre les ennemis du repos public , de Tordre
Judiciaire , des Tribunaux & , j'ose le dire , du Con-
seil lui mime ; savoir , que les Arrêts des Cours
peuvent être cassés comme injustes , & non pas feule-
ment comme irréguliers, soit en eux même , soit par
la procédure.
Quatrièmement , il tourne en ridicule l'Arrêt de
la Cour, dans la fameuse affaire de Mme de St
Vincent, appliquant à cet Arrêt le mot horrible &
dérisoire du Cardinal de Richelieu sur le jugement
des Commissaires contre le Maréchal de Marillac.
Cinquiémement, il prétend que l'habitude de juger
endurcit plutôt fur. les fuites d'une méprise , quelle
n'apprena à s'en préserver.
Q'u'un Magistrat taxé de passion & récusé sous ee
prétexte , a tort de regarder cette récusation comme
un outrage.
Que, ses confrères étant intéressés a intimider les
plaideurs en pareil cas, on sent qu'ils doivent être
réserves à prononcer ces espèces de destitutions momen-
tanées,
_ Enfin il ne craint pas d'avancer qu'en Septembre
dernier, (nous étions, Monsieur, en Avril 1777.)
un des plus grands Tribunaux de France, ( qu'il ne
nomme pas,) a arrêté par une résolution fecrette de
ne jamais aameure de récusation fans le consentement
du Magistrat qu'elle concernoit.
II finit par aliurer que d après cet esprit en général,
un Plaideur qui hasarde une démarche de cette espèce,
perd sûrement son procès.
Autre
Tom. 1.
>. 173 &
174:
Tom. 1.
p. nó &
117.
Tom. 1.
p. 18 & 19
(14
Tom. 2.
P- I71.
Tom. i.
p. 173 &
suiv.
Tom. 2.
p. 185
Tom. 2.
p. 138.
Tom. 2.
p. 207, 208,
113 & 214.
Autre écart du fieur Linguet. La Cour rend un
Arrêt en faveur de la Faculté de Médecine contre le
sieur Pr'éval': Sc voici comme le sieur Linguet intitule
cet Arrêt : Arrêt du Parlement de Paris qui assure
à la Faculté de Médecine, comme a l' Ordre des Avo-
cats , le droit de rayer a volonté ses membres de son
Tableau. '
Un jeune Avocat plaidant à la Tourrielle , s'étôit
écarté des loix de la décence & des règles du Barreau:
la Cour ordonne la suppression de ses Mémoires, &
prend un arrêté tendant à remettre en vigueur les
anciennes Ordonnances fur le fait des Plaidoyeries.
Le Bâtonnier Sc les anciens Avocats., se rendent chez
feû M. le Président de St Fargeau, qui leur fait
part de l'Arrêté. Sur cela , le (ieur Linguet , après
avoir eû foin de rappeller rengagement qu'il a pris
d'être eh Angleterre , l'Avocat de la raison & de la
vérité, bâtit une fable, dans laquelle, dénaturant
tous les faits , défigurant tous les principes , il re-
présente le Parlement comme une Compagnie soumise
aux Avocats qu'il félicite ironiquement de cette se-
conde victoire , remportée , dit-il, fur l'honneur , la
Justice & le pouvoir. Ici je remarquerai , Monsieur,
que le sieur Linguet ne laisse pas échapper une feule
occasion d'indisposer, s'il est possible, les Magistrats
contre les Avocats , qu'il appelle les Titans de la
Robe , Sc qu'ailleurs il désigne fous une dénomina-
tion basse, forgée par la haine & la grossièreté.
Le Parlement , Monsieur, ne peut pas rendre un
Arrêt mémorable , qui ne devienne l'objet des
Diatribes du sieur Linguet. Le sieur Maziere, accu-
sateur est-il condamné à des dommages Sí intérêts
envers le sieur Garnier, absous ? Certainement, d'après
la Justice rigoureuse , dit le liéur Linguet, ce Fermier
Général rien devoit pas.
S'agit-ii de l'Arrêt de la Cour confirmatif du
Jugement des Avocats contre le S 1' Linguet ? Cest
une proscription civile , prononcée sans examen , fans
preuves. Les Avocats ont demandé son
exclusion contre toute justice , & les Magistrats l'ont
ratifiée contre toute formalité.
Parlera-t-il de la conduite du Parlement de Grenoble
envers M. - de Moydieu ? Cest un trait qui prouvé
bien sensiblement, selon lui , la rancune ains que
l'inconséquence
(15)
l'inconséquence des Compagnies, & fur-ioût des■-Com-
pagnies de Robéi-terrible uniforme , plus redoutable,
comme il l'a dit dans le numéro précédent ; de cet
ouvragé, que la Soutane & même que l'Epée: -
Et dans Un autre endroit, il cherche à échauffer
l'Administration contre le Parlement de Grenoble ,
\a'il désigne sous lê nom de Tribunal échauffé.
Ailleurs, dans une lettre au Roi, il ose dire qu'on
l'a privé de son Etat, fins lentendre , fans l'apeller,
fans griefs, fans plaintes , fans prétexte , & que , fi
l'Arrêt rendu contre lui existe, il fera moins dange-
reux d'être accusé de Parricide , comme Calas , ou de
trahison comme le Général Lally, que de déplaire aux
sociétés d'Hommes de Robe-
Ici le sieur Linguet parle de plusieurs Arrêts ré-
cemment rendus par les Tribunaux François, comme
d'autant de meurtres. .
Là , il soutient qu'au temps de -M; le - Chancelier
de Meaupeou , des intérêts particuliers avòient inspiré
à la Robe une audace & une ardeur que d'autres
intérêts ■ particuliers empêchoient le Gouvernement de
réprimer , óu même qú'ils le sursoient de favoriser , Ô
qu'on dvoit fait M. l'Ab'tié Terray[Ministre Ì, pour
ne point, accorder de réforme aux cris du peuple, &
néanmoins enchaîner ses prétendus défenseurs:par l'es-
poir de pàrvènir au Ministère , comme leur -collègue.
La même occasion lui fournit le prétexte de tra-
vestir le Parlement en une anarchie tumultueuse, &
son courage en licence populaire.
Le Parlement de Besançon rend un, Arrêt au sujet
de Brasseries établies dans cette Ville : Ie sieur Linguet
le place pàrmi ces Arrêts affligeants qui échappent
annuellement u ce que nous appelions la Justice , c'eft-
à-dire à nos Tribunaux : Sc delà il prend droit pour
íè permettre contre cette Compagnie , la Diatribe
la plus -insultante.
Le Rt>i 'supprime dés Fêtes par un Édit que Iá
Cour enregistre; cette marque de zéle est tournée
en ridicule par le sieur Lirguet qui qualifie la Cour
du nom builesque du Sénat qui siège à Paris entre
les deux Châtelets ,& prête à son enregistrement
les vues d'un intérêt sordide.
- Le sieur Linguet fait un voyage- en cette Ville :
il est accueilli parle:Ministère ; mais il ne juge-pas; à
propos
Tom. 3.
p. 172, &
173.
Tom. 3.
p. 178.
Tom. 2.
p.4,5 &6.
Tom. 3.
p. au. ■
Tom. 3.
p. 180.
Tom. 3.
?• 383-
Tom. 3.
P-443,444,
44Í-
(16)
Tom. 4.
P. 175-178.
propos de rester en France: & ce bannissement qu'iî
s'impose à lui-même, qu'aucun Arrêt ne lui prescrit,
qu'aucune autorité ne lui demande , il s'en fait un
titre, pour assurer que les choses en étoient au point,
par la franchise & la droiture du Ministère, que p
les retours à l'honneur, a la délicatesse, a la justice,
étoient possibles dans les compagnies , comme dans le
coeur des hommes isolés, il jouiroit probablement au-
jourd'hui en France de la réparation qui lui est due.
Le Parlement d'Angleterre adoucit les Loix de ce
Royaume contre les Catholiques. Un Catholique ,
un Chrétien , un homme devoit louer ce Bill, &
bénir ses Auteurs. Mais le sieur Linguet tire un pré-
texte du serment de fidélité au Roi d'Angleterre
& de renonciation à la doctrine du Régicide, éxigé
par ce Bill, pour établir son système chéri, que tout,
ce qui s'appelle compagnie est peuple, & peuple igno-
ra'nt, fanatique, outrant les défauts de son siècle, QU
en méconnaissant les lumières.
La Cour avoit pris des mesures pour la sûreté pu-
blique, à l'occasion du désastre de Mesnil-Montant.
Le sieur Linguet imagine & donne à croire que l'in-
térêt particulier de M., le Président de Saint-Fargeau
avoit été le mobile de ces mesures. -,
Déjà une mort prématurée avoit enlevé M. le
Président de Saint-Fargeau à fa famille , à la Magi-
strature, à la France; le sieur Linguet insulte les"
mânes de ce grand Magistrat, & rendant, fous de
faunes couleurs, un bruit bien ou mal fondé, il.écrit
qu'au moment où M. de Meaupeou est devenu Chan-
celier , fa Compagnie alloit lui susciter une affaire fâ-
cheuse, ou l'animosité du corps auroit eu le Président
de Saint-Fargeau pour organe. Ce que j'observe pour
montrer à la Cour avec quel acharnement le sieur
Linguet ,.ennemi mortel de toute Magistrature, Sc
sur-tout de la Magistratuie françoise , saisit toute*
lés occasions de décrier les principes qui la consti-
tuent , & les Magistrats qui l'honorent.
Cette haine séditieuse n'a plus connu de bornes
dans le premier Article du trentième numéro des
Annales politiques , intitulé .- Histoire de. l'Abbé
Desbrosses, annoncée ci-devant pag. 170. C'est-là que
le fîeur Linguet , qui , grâces à l'impunité, faisoit
chaque jout de nouveaux progrès dans l'art du nien-i
: fonge,
Tom. 4.
p. 188.
(17)
fengé Í distille tout le fiel-de son âme inépuisable
en calomnies, contre les Tribunaux. Circonstances
défigurées , faits controuvés, faux principes fur la
Procédure criminelle, comparaison horrible d'un Par- P
lemerit à une troupe de brigands ,- mélange adroit
de modération & de colère , interprétation , qui fait
fréiriiri du principe de l'uhité des Parlements, tout,
jusqu'à une commutation de peiné qui prouvoit sa
justice , est employé par le sieur Linguet pour pré- 1
s'enter -, comme une victime de l'injustice d'un Par-
lement, & de la confédération de tous les Parlements j
l'Abbé Desbrosses successivement condamné par le cri
de toute sa Province, & par les Parlements de Dijon
& de Douay. . . . . . Mr le Garde-des-
Sceaux , Monsieur, pourroit Vous en dire davan-
tage; je défère la calomnie; M. le Garde-des-Sceaux
pourroit eh montrer l'effet. II pourroit informer la
Cour de l'impression que cet abominable article á
produit fur une âme dont la confiance dans le Par-
lement est nécessaire à la tranquillité publique, ■ Sc la
Cour verroit , par cela seul, si les peuples & les Ma-
gistrats doivent rester indifférents aux Libelles du
sieur Linguer Je poursuis mon Récir.
Une des peines infligées par nos loix, le fouet,
avec la marqué, déplaît beaucoup à cet Auteur. II
prétend'q.ue cette peine insoutenable , fèlon lui, dans
tous les cas, inutile quand'elle est juste, criminelle ,
quand elle ne l'est pas, n'est vraiment qu'un piège tendu
aux Administrateurs de la Justice, piège dont la vertu
paresseuse ou,sévère ne se défie pas assez dans les tri-
bunaux ; qu'un Juge honnête, mais inappliqué ou dur,
balance moins, quand il s'agit de flétrir un homme,
que ,- s'il étoit question de l'envoyer à la roue , & parce
qu'il ne l'égorge pas, il s'imagine presque lui faire
grâce. '
Tels sont, Monsieur, les traits effrayants fous
lesquels se plaît à nous présenter à nos Concitoyens,
le sieur Linguet, qui se fait depuis trois ans un jeu
cruel d'aigrir, d'enflammer la nation contre ses loix
& ses, Jugés : &, parce qu'un homme, condamné par un.
Tribunal supérieur, à cette peine-que n'aime pas le
fieur Linguer se pourvoir contre l'Arrêt, à la vue
du mémoire san s examiner la Procédure, sans pou-
voir l'examiner de sieur Linguet transforme ce mé-
Tom. 4.
p. 321-340.
Tom. 4.
p. 168-171.
Tom. 4.
p. 502.
Tom. f.
p. 419.
Tom, 6,
P. 75-
(18)
moire en un récit authentique , & s'écrie des le
début : Encore une méprise de la Justice , ou du moins
de ses organes : encore une application hasardée de
la Marque y encore- une preuve de la facilité'avec la-
quelle on abuse de ce demi supplice, & de la sécurité-
fatale qu'il inspire a la, conscience des Juges.
Je finirai, Monsieur, par citer à la Cour-déux
Articles diffamatoires contre la Chambre des Mon-.,
noyés,, l'un imprimé au cinquième Volume' des.
Annales, en forme de récit; l'autre au sixième , en
forme de lettre, au sujet .d'un Arrêt .'rendu par ce
Tribunal, contre deux de. ses membres. J'ignore les-
détails de cette affaire,, mais la lecture des deux -Ar-
ticles fera voir à, la. Cour qu'il est impossible "de-
réunira un plus haut degré, l'audace, l'ironie san-
glante , & l'impunité,.
Il ne manquoit au sieur Linguet que. d'étouffer le
courage dans les hommes de bien, & le remords
dans les méchants; Sc c'est, Monsieur, ce qu'il a
tenté , à l'occasion du Chancelier de l'Hôpital. Il n'est
personne qui ne révère les saintes Loix, les vues
sublimes, les écrits généreux, Sc la vie héroïque de
ce grand homme, respecté dans une Cour qui ne
respiroit que le luxe, , la débauche Sc le sang. Tant
que le nom de vertu subsistera parmi les hommes-,
ils ne prononceront pas fans attendrissement & véné-
ration celui de ce Magistrat incomparable , qui pou-
v'oit répondre, & répondit aux Emissaires chargés de
lui porter de la part de Châties IX. le pardon ; je ne
croyois mériter ni le pardon ni la mort. Eh bien ,_
Monsieur, je le dis en frémissant, l'admiration même
de la Cour de Charles IX. pour le Chancelier de
l'Hôpital, est reprochée par le, sieur Linguet à la
mémoire de ce Magistrat.:.il /en conclut que fa vertu,
ítoit douteuse , Sc, pour justifier cette conséquence,
il pose en principe, qu'un'homme en place dans une
Cour corrompue, doit y périr assassiné, ou demeu-
rer suspect à la postérité. Je dois prouver ce que
j'avance. Ecoutons le sieur Linguet. . . La feule té-
nacité de l'Hôpitál dans son poste cfi, dit-il, une-
preuve qu'il ne mérite, pas fur-tout l'espéce de gloire
qu'on attache spécialement à son nom , celle d'un Ci-
toyen \élé, d'un Patriote désintéressé & incorruptible
il sentoit qu'il ne pouvoir ni faire le bien-, ni empêche-fì
le
(19)
li mal ; & il n'y renonça que quand on s'ennuya
d'une foibleste qui , laissant espérer une complaisance
sans bornes , admettoit cependant des scrupules , &
fembloit moins fe refuser au crime , que chercher à
s'épargner la honte de la complicité,
Alors , continue le sieur Linguet , & je supplié
Messieurs de redoubler d'attention , alors on l'accabla
de tant d'amertumes , d'humiliations personnelles -, qu'il
fut obligé de lui-même de demandersa retraite, & ce
ménagement est peut-être encore une preuve contre lui.-
C'est ainsi que les Nérons en ont toujours agi avec les
Vertus douteuses : ils les dégoûtent pour les essayer. ,
prêts a les retenir, fi elles veulent renoncer a et reste
importun de pudeur, qui blesse la tyrannie , plus qu'elle
ne l'arrête,, Les probités vigoureuses , de qui on ri at-
tend aucun égard , & avec lesquelles il n'y a pas de
marché à faire , on les assassine d'abord.
Les probités vigoureuses , de qui l'on ri attend aucun
égard , & avec lesquelles il n'y a pas de marche à faire ,
on les assassine d'abord ..... Peut-on rien, écrire de
plus décourageant pour la vertu, de plus horrible í
Eeut-on être emporté plus, loin par la passion? Un-
Déserteur de son pays en déteste les Loix & la (Ma-
gistrature : le vertueux l'Hôpital étoit le premier des
Magistrats François , il faut le décrier; mais com-
ment s'y prendre ? Ses loix , ses écrits , ses actions ,
son courage , sa retraite, sa. mort, tout, jusqu'au
respect d'une Cour qui ne reseectoit rien, dépose en
sa faveur Eh bien , ce respect même fera son
crime : ce respect même va le déshonorer. L'auroit-
On eu pour lui , si fa vertu s'étoit fait craindre ? Ce
respect n'étoit au fond qu'un ménagement honteux
pour son objet ; & puisque sa vertu n'a pas tu se faire
craindre, n'étoit-ce pas une vertu douteuse ? Hommes
intégres , hommes irréprochables ,, qui conseillerez
désormais les Rois , soyez donc assassinés , ou con-
sentez' à paffer pour suspects. En vain , au milieu
d'une Cour lâche , corrompue , sanguinaire , vous
conserverez votre courage, vos moeurs , votre justice:
en vain , pressés par une Reine absolue d'autoriser une
loi injuste, vous lui rendrez les Sceaux, en lui disant :
Reprenez vos Sceaux , Madame, & sceller vous-même
votre Edit; j'aimerois mieux mourir que d'y consentir; en
Vain, désespérant de ramené! au bien une Cour aveuglée,
(B 2) vous
Toffi. 4;
p. 97 & 98.
,(20)
Vous écrirez , en la quittant, à ceux qui la gouver
nent : Du moins quand vos coeurs & votre soif feront
saoulés & rassassies du sang de vos Sujets, embrasses
la première occasíon de vous accommoder; en vain s à
l'aspect de soldats pris pour des assassins autorisés, .
ferez-vous ouvrir vos portes , & présenterez-vous
votre poitrine au fer meurtrier ; en vain , aux offres
d'un pardon ignominieux , repondrez-vous , que vous
penfie^ ne mériter ni le pardon , ni la mort y en vain,
dans la .retraite , vos actions, vos écrits , vos pensées,
vos derniers soupirs , seront-ils pour la Patrie.... .
tout cela ne vous suffira pas. Vous croirez emporter au
tombeau le doux espoir de laisser sur la terre un nom
fans tache , détrompez-vous ; les méchans ne vous.
ont pas assassinés ; par cela seul ils ont rendu votre
vertu douteuse ; ils vous ont déshonorés ,. en vous
laissant vivre. Telle est , Monsieur , la conséquence
immédiate des principes du sieur Linguet ; Sc son-
Livre est dédié au Roi ! Sí son Livre passe impuné-
ment , depuis trois ans ., fous lés yeux du Roi ! II
circule impunément, depuis trois ans , dans le Royau-
me ! £t tous les mois , deux fois pat mois , enhardi
par le silence des Magistrats , chaque Feuille nou-
velle ajoute aux horreurs de la Feuille précédente ! Sc
nous le souffririons! Non, Monsieur , dussent tous,
les poignards , dont cet Auteur menace les probités
vigoureuses, se tourner contre moi, je le dirai, il
est temps de mettre un frein à ces excès , il est
temps d'avertir le Roi, il est temps de lui prouver que
ses loix ne sont pas inutiles , ni ses. Magistrats en-
dormis : que nos devoirs nous sont chers ; qu'on peuj
en différer l'accomplissement , mais non pas les tra-
hir ; & craindre en cette occasion de lui déplaire, se
livrer à des bruits populaires , contre lesquels nous
devrions informer, ce seroit faire au Roi, Monsieur,
une griève injure ; ce seroit offenser la majesté duí
thrône.
, Vous concevez , Monsieur, qu'un homme qui sou-
tient la vertu du Chancelier de l'Hôpitál douteuse ,
parce que son Souverain ne l'a pas fait assassiner, doit
avoir d'étranges principes fur la Société en général,
Si fur les noeuds qui lient les Souverains aux peuples :
aussi le sieur Linguet ;n'a-t-il point de modèle pour
son système sur le Gouvernement. Les Néroiis, dans
leur
(21)
leur conduite ; les Hobbès , dans leurs Ecrits., n'ont
rien de comparable. C'est par l'exposition de ce système
impie ; impie ! car il attaque à la fois Dieu Sc les hom-
mes , que je terminerai mon récit.
L'homme est né libre ; la nature le crie , & la raison
le prouve, Peut-on l'asservir ? peut-il se.vendre?
L'Exemple de tant d'hommes , les ' uas assez cruels
pour abuser de la victoire, les autres assez lâches pour
ne pas préférer la mort à l'esclavage , a donné lieu à
et problême ; mais pour quiconque rentrera dans son
coeur, qu'il soit esclave, ou qu'il soit maître, le pro-
blème sera bientôt résolu. On a vu l'esclavage établi
sur la terre ; on a vu l'odieux. pouvoir du maître dé-,
fendu par des écrits. Le siécle dernier a vu naître en.
Angleterre plusieurs ouvrages , avoués par leurs Au-
teurs , qui livroient les sujets aux volontés àrbitraires-
d'un seul. L'illustre Sidney les a combattus dans soa
écrit immottel fur le Gouvernement, dont je déclare
cependant ne pas approuver tous les principes. Je ne
sache pas qu'aucun Ecrivain François ait prêché ou-
vertement la doctrine odieuse a Sidney ; mais j'ose
assurer qu'aucun homme ne l'a poussée aussi loin que-
le sieur Linguet. Les plus lâches partisans du pouvoir-
despotique l'ònt déguisé soigneusement sous les noms-
de puissance paternelle , ou d'autorité patriarchale..
Ils scumettoient , ou plutôt ils feignoient de sou-
mettte les Sujets à leurs Monarques , comme des cn-_
£ans à leurs pères. Le sieur Linguet, qui se fait un mé-
rite d'être plus franc qu'eux tous , nous soumet à nos-
Rois , comme des moutons à leurs Bergers , maîtres?
absolus , Sc non pas seulement gardiens da troupeau >
je répète, Monsieur, ses propres termes.
Qu'il me soit permis, Monsieur , de mettre, sous,
les yeux de la Cour , la chaîne des maximes du fieur
Linguet fur les Gouvernemeus , & l'on verra que'.cel-
Auteur travaille méthodiqueraení , depuis 13 ans,
a renverser les notions les plus salutaires fur la nature-
de l'homme , 8c fur les principes de la Société-.
Son premier principe, établi en 1767, dans-la-Théo--.
rie des Loix Civiles. , & développé depuis dans tous,
fés écrits, est que'la servitude est préférable à-la do-.
mesticité ^ je dis la servitude-, prise dans toute ta.
rigueur de çe terme, inhumain ; absolUíe; psopmécê dut;
tS.aìtre.à l'égardde l'çícUye. Après avoir prêché M"-.
( 22)
clavage domestique , il a prêché l'esclavage politi-
que , & donné , pour modèle , les GouvememénS
Orientaux , à nous tous Européens , Peuples ignorans,
selon, lui , les sources du bonheur, & sortis de la fange
des Marais Septentrionaux. On a représenté au sieur
Linguet que dans tous les Empires Asiatiques, la tête
d'un sujet tomboit , sans aucune formalité , au moin-
dre signe du Souverain : il a répondu que cela n'étoit
vrai que de la tête des Grands , & que cela même
étoit un bien qui c'onsoloit les Petits de leur obscu-
rité , çompensoit pour les Grands leur élévation , &
d'ailleurs les retenoit, par la crainte , dans les voies
de la justice : qu'au surplus , on n'avoit qu'à rester
dans la classe inférieure , & ne pas ambitionner les
grandes Places ; remède assez bizarre , qui, métrant
un désert entre le Despote & ses Sujets, donne lieu
dç demander commentées Gouvcrnemens Asiatiques,-
6 chers au sieur Linguet, subsisteraient alors. Ici ,
Monsieur , je finirois ma réclamation, Sc jeproposc-
rois à la Cour de traiter cet Ecrivain avec compassion ,
comme un homme en délire, si la méthode artificieuse
avec laquelle il établit sa doctrine , ne prouvoit pas'
que cette inconséquence est réfléchie. Il) se tire
comme il peut d'une objection insoluble, l'élude, se
voit forcé d'abandonner la vie des grands personna-'
ges aux caprices des Souverains , & n'en persiste pas-
moins à préconiser ces Gouvernemens barbares, cimen-
tés de sang humain.
On a objecté au sieur Linguet, que , dans les Gou-
vernemens Asiatiques , les Particuliers n'étoient pas
plus en sûreté que les Grands ; Sc que, si les Grands
seuls- étoient immédiatement sous la main du Des-
potç , les Particuliers étoient eux-mêmes , Sc par de-.
grès ,fous la main des Grands ; en forte que la vie
du dernier des Sujets dépendoit arbitrairement de la
volonté du dernier des Esclaves titrés du Despote.
Le sieur Linguet a répondu en niant lésait, c'é'st-a-
dire , en récusant tous les Historiens & tous les Voya-
geurs ; Sc, comme fa méthode est d'altérer les faits
quï nuisent à son système, en parlant des Grands , par
exemple , Sc de certains repas du Roi de Persé , où
règnent , suivant Chardin , le silence & l'effroi,
parce que les convives ne sont pas sûrs d'en sortir--'
avec leurs têtes , le sieur Linguet en fait des repas:
digner

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