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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Jules de Rességuier

Dernières poésies

PRÉFACE

*
**

Nous croyons les dernières poésies du comte Jules de Rességuier supérieures à celles dont la publication, déjà ancienne1, a jeté sur son nom un éclat littéraire qui se rattache au grand mouvement intellectuel des trente premières années de ce siècle.

L’éloignement de Paris, la retraite au sein des jouissances et des devoirs du foyer domestique, l’âge lui-même n’ont amoindri ni la sensibilité du poëte, ni la délicatesse de l’artiste, ni le tact de l’homme du monde. Ces qualités originales et caractéristiques de son talent se sont, au contraire, développées et affermies, en s’imprégnant de plus en plus de la couleur religieuse et de l’élément chrétien, qui n’ont fait défaut à aucune des compositions de sa jeunesse.

Malgré quelques légères imperfections que l’auteur, plus exigeant en cela que qui que ce soit, avait le projet de faire disparaître, ce recueil posthume nous semble très-digne de prendre place à côté des œuvres poétiques les plus achevées. Ce n’est cependant pas tout à fait au public que nous le destinons. Nous ne le faisons, quant à présent, imprimer qu’à un très-petit nombre d’exemplaires, et seulement pour quelques amis qui ont bien voulu le réclamer.

Peut-être verra-t-on dans cette réserve un signe de défiance envers la disposition actuelle des esprits et envers le goût des lecteurs, même lettrés, d’aujourd’hui. Nous nous résignons d’avance à cette interprétation, quoiqu’elle ne soit pas la plus vraie. Ce qui nous fait préférer une publicité ainsi restreinte, c’est notre tendre respect pour celui dont il s’agit. Nous ne voulons, en ce moment du moins, confier cette chère mémoire qu’à ceux qui s’associent au culte que nous lui rendons, et qui ont aimé et apprécié l’ami plus encore qu’ils n’ont admiré le poëte.

 

Sauveterre, janvier 1864.

LA VILLE DE TOULOUSE

*
**

L’industrie aujourd’hui qui bâtit et nivelle
Fait de ma vieille ville une ville nouvelle.
A ces murs éclatants et sous ces légers toits,
Je ne reconnais plus Toulouse d’autrefois,
Ma Toulouse guerrière à l’héroïque histoire,
Toulouse aux forts remparts, Toulouse étroite et noire,
Avec les bastions dont ses murs étaient ceints,
Et ses caveaux remplis des reliques de saints ;
Son Capitole orné de chapiteaux doriques,
Les portails surbaissés de ses maisons de briques,
Sur ses pavés aigus d’inégales hauteurs,
Le doux balancement des chaises à porteurs,
Ses usages pareils aux antiques coutumes,
Ses vêtements taillés sur les anciens costumes,
Des métiers et des arts les corporations,
Apportant leur symbole à nos processions ;
Les veuves entourant de crêpes leurs longs cierges,
Les roses parfumant la bannière des vierges,
Les pénitents prenant l’attitude des pleurs,
Sous leurs grands capuchons de diverses couleurs ;
Le Premier Président suivi de son carrosse,
L’archevêque marchant appuyé sur sa crosse,
Vêtu d’or, rayonnant comme l’astre des jours,
Toujours psalmodiant, et bénissant toujours.

 

 

O ville où je naquis, et que j’aurais choisie,
Avec tes souvenirs, ta foi, ta poésie,
Tu paraissais superbe aux regards envieux,
Car cela, c’était beau, c’était grand, c’était vieux !

 

 

Mais par le temps, hélas ! tout s’altère et tout bouge ;
Le temps a déchiré ta robe en damas rouge,
Et ce large manteau qui couvrait noblement
De sa pourpre tes murs comme ton parlement ;
Alors, tu levais haut ta tête indépendante,
Tu gardais ton maintien, comtesse ou présidente ;
On te disait savante et sage ; à ton aspect,
Le voyageur surpris s’inclinait de respect ;
Tu méritais le nom de sainte que tu portes ;
On ne franchissait pas facilement tes portes ;
Et pour qu’insolemment nul ne te fit la cour,
Des concierges veillaient jour et nuit dans leur tour.
Maintenant, tes remparts sont des pelouses vertes ;
Comme ton cœur, à tous tes portes sont ouvertes ;
Sans rencontrer un Suisse avec ton écusson,
Chacun entre chez toi librement, sans façon ;
Sur tes balcons légers et que l’art badigeonne,
Le rosier refleurit et le lilas bourgeonne ;
Tu changes ta couronne héraldique en bouquets,
Tes grands airs d’importance en petits airs coquets,
Sans rechercher le faste ou craindre la disette,
De dame tu deviens tout simplement grisette,
Grisette au frais visage où le plaisir se peint,
Qui travaille, qui chante, et qui gagne son pain.

 

 

Mais, quoique avec tant d’art parée et rajeunie,
Souviens-toi de ta gloire, et garde ton génie,
Cet instinct paresseux, facile à contenter,
Et ce subit élan qui te fait tout tenter.
Ma belle du Midi, ma Languedocienne,
Sois poëte toujours, toujours musicienne ;
Que ton souple idiome, au bout de l’univers,
Comme un oiseau s’élance en modulant des vers,
Que la chanson surtout de ton sein s’évapore,
Car tes murs, comme un luth, ont un écho sonore.
Le souffle de tes nuits, imprégné de senteurs,
Est moins doux que la voix de tes jeunes chanteurs
Qui font monter le soir, ainsi que des fusées,
Des paroles d’amour vers toutes tes croisées.

 

 

Une douce harmonie entre dans la maison,
Et l’on suit pas à pas, dans la belle saison,
Ces groupes d’artisans qui jettent dans les brises,
De leurs chants naturels les notes inapprises ;
Doux chants, sans me lasser que j’entendrais toujours,
Qui sont comme l’écho de mes premiers beaux jours,
Et qui font que de toi, ma patrie, ô Toulouse,
L’Italie est contente, et l’Espagne jalouse.

ITINÉRAIRE A...

*
**

Si votre ange nous souriant,
Dans nos climats vous accompagne,
Arrêtez vos pas, en voyant,
A droite, un pays verdoyant,
Sur la grande route d’Espagne.

 

 

Ce point vert, c’est notre coteau,
Avec ses routes inclinées,
Ses prés, ses bois, ses fleurs, son eau ;
Un ravissant petit anneau
De la chaîne des Pyrénées.

 

 

Ce point blanc, c’est notre maison,
Moitié château, moitié chaumière,
Avec sa croix pour l’oraison
Et son magnifique horizon
De brouillards frappés de lumière.

 

 

Ce point plus brillant, ce point bleu,
Des purs archanges c’est le siége,
C’est le ciel lui-même, c’est Dieu
Qui lance son regard de feu
Au-dessus de nos monts de neige.

 

 

Et du globe on ferait le tour,
Sans jamais diriger ses voiles
Vers un plus tranquille séjour,
Un abri plus rempli d’amour,
Un ciel plus parsemé d’étoiles.

NOTRE MAISON

*
**

Est-ce là-haut une bastille ?
Est-ce de France ou de Castille
Un drapeau flottant dans les airs ?
Quelle est cette clarté qui brille
Au-dessus de ces arbres verts ?

 

 

Ce n’est rien ; — quelques pierres blanches,
Quelques légères minces planches ;
Un petit toit à l’horizon
Qu’un arbre couvre de ses branches ;
Mais ce rien... c’est notre maison.

 

 

Frêle, à la croire aux vents flottante,
Comme le lin pur éclatante,
Et sur un mont où vient le miel ;
Notre maison semble une tente
Dressée aux frontières du ciel.

 

 

Des nuages sont sa couronne ;
Dans l’air léger qui l’environne,
Sur des fleurs elle se soutient ;
Et je perdrais... si, pour un trône,
Je donnais ce qu’elle contient.

 

C’est dans la vitre qui chatoie
Les rubis que l’aurore envoie ;
C’est le bon pain de chaque jour,
Le travail, le repos, la joie ;
C’est peu d’or et beaucoup d’amour.

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