Des crèches, ou Moyen de diminuer la misère en augmentant la population (2e édition) / par J.-B.-F. Marbeau,...

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Comptoir des imprimeurs-unis (Paris). 1845. Pauvreté -- Politique publique -- France. 1 vol. (138 p.) ; in-18.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1845
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DES CRÈCHES,
ou
MOYEN DE DIMINUER LA MISÈRE EN A'JûMEHTAHT LA POPULATION,
PAR J.-B.-F. MARBEAU
ADJOINT en MA! Rit Du FBBMIEB ARHOlfDISSBMEKT DE PARIS,
AUTEUR DES BTUDBS SUR L'ÉCONOMIE SOCiALB.
*̃' a Vous formez tous un seul corps,
et qaand -un membre souffre, la
corps souffre.
ÉDITION.
Pris ceat..
Au profit des Crèches du l" arrondissement.
paris,
DES QUAI
AMTOT, DR Là PAIX, 6.
PRÉFACE.
Deoscarftas; Deus veriUM.
Voici la division de cet opuscule une in-
troduction expose les principales considéra-
tions qui militent en faveur de la multïptica-
tion des Crèches ia première partie fait en-
suite l'historique de la fondation la seconde
renferme les instructions nécessaires pour or-
ganiser des Crèches dans les vilies et les
campagnes; la troisième enfin décrit les ef-
fets de la Crèche.
L'esprit de parti n'est pour rien dans cette
œuvre de pure charité. La charité n'ap-
partient exclusivement à aucun parti à au-
cune classe, aucune secte nous ne l'avons
pas faite, elle nous a été donnée La charité
plane sur tous les hommes, les éclaire et les
protège tous, comme la loi, quelquefois mieux
que la loi c'est la grande charte de l'huma-
cité. Le meilleur de tous les partis, c'est celui
qui suit le mieux ses préceptes.
La charité se complaît dans l'oeuvre des
Crèches, parce que tous les dons qu'elle y
consacre arrivent entiers à !'indigence hon-
néte et laborieuse.
introduction.
« La charité, cette verte céleste que
Dieu a placée comme un puits d'a-
bondance dans les déserts de la vie.»
Chateacbmard.
BUT DE CET ÉCRIT. UTILITÉ SOCIALE
DE LA CHARITÉ.
Un essai a été fait il avait pour but
de prouver que les Crèches sont possi-
bles qu'une Crèche coûte peu à établir,
peu à entretenir, et qu'elle produit les
plus heureux effets, sans inconvénient
aucun. A Paris seulement, les Crèches
préserveraient de la misère, par le tra-
vail, 2,400 ménages, le douzième des
ménages inscrits Berceau de Moïse
berceau de Jésus, protégez le berceau
du pauvre
6
L'épreuve a réussi que faut il
maintenant ? Hâter la multiplication des
Crèches; appeler l'attention des gou-
vernants sur la nécessité d'en établir
partout, partout où se trouvent des
mères pauvres obligées de travailler
loin de leurs petits enfants; sur la né-
cessité de mettre ces nouveaux Asiles
sous la tutelle de l'autorité procurer
aux nôtres les ressources dont elles
ont besoin jusqu'au moment ou la
haute administration pourra Des adop-
ter; démontrer enfin Futilité d'une
Crèche-modèle
Tel est le but de cet opuscule.
Nous espérons que le pouvoir tem-
porel et le pouvoir spirituel l'accueil-
leront avec la même faveur le prix est
assez modique pour que le maire et le
curé de la plus pauvre commune puis-
sent y atteindre.
Nous implorons le concours de tous
rt
les amis des pauvres, de tous les bons
esprits que préoccupe l'avenir. Une
petite cause produit souvent de grands
effets.
La charité légale (1) et la charité
pieuse uniront partout leurs efforts pour
établir des Crèches,parce que la religion
et Inhumanité les demandent partout
l'intérêt de la religion est ici, comme
presque toujours, en harmonie avec
celui de l'État. Ah si la Crèche pouvait
servir d'oécasjdn à un rapprochement
plus intime entre l'Etat et j'Ëglise, quel
l'Etat, à l'Eglise, à l'humanité î
La charité légale est confiée au bureau de
bienfaisance et aux hospices la charité pieuse
comprend toutes les oeuvres de bienfaisance^
l'aumône privée, les distributions de secours
par les curés, etc. Leur but est le même
combattre la misère et soulager les malheu-
reux. I
g
Au milieu des dissensions qui nous
divisent il est un point, un seul peut-
être, sur lequel du moins nous sommes
tous d'accord la nécessité de venir au
secours des malheureux. La charité est
un terrain neutre où tous les par-
tis et toutes les sectes se donnent la
main parc'e que l'aumône est utile à
tous, l'aumône « rosée céleste pour
celui qui la donne, rosée terrestre
» pour celui qui la reçoit. »
L'humble Crèche, heureusement, ne
trouve point et ne saurait trouver d'an-
tâgonistès 1 Chose rare en tout temps,
plus rare que jamais aujourd'hui! C'est
que la rosée tombe également sur le
jardin du presbytère) sur le parc Jégi-
ti^niété sur le champ du bourgeois
et méifte sur l'atelier ré-
Annaleg de la charité, introduction,
par M. i le baron de ̃ Bafante. i
9-
publicain. La Charité luit pour tous,
est bonne pour tous, comme le Soleil
comme la Vérité.
La France est inondée de mauvais
livres qui pervertissent et les mœurs
et le goût propageons quelques idées
morales et religieuses, à propos d'une
institution naissante, d'une institution
éminemment religieuse et morale; et
que la religion vienne au secours de la
philosophie, puisque leur but est ou doit
être le même le bonheur des hom-
mes. La question la plus humble gran-
dit et s'élève, dès qu'on la considère
du point de vue de l'humanité. Com-
ment parler de Crèche sans s'élever
jusqu'à la charité ? Et qu'y art-ïl au
dessus de la charité ? Dieu seul
Dieu, qui la grava dans nos cœurs à
cùté de l'amour de nous-mêmes.
La prospérité va croissant; le nombre
des pauvres diminue,; les lois s'exécutent
10
plus facilement que jamais; et pourtant
le nombre des enfants trouvés augmen-
te celui des enfants nés hors mariage
est loujours.£ffravant nos rues sont pa-
vées de mendiants nos campagnes
encombrées de vagabonds; les crimes,
les associations coupables se multi-
plient et le Génie du mal, sous le mas-
que de la liberté, pénètre partout, com-
me si la liberté pouvait fleurir à l'ombre
de la licence! Ne lui laissons pas le
monopole de-I'association et du progrès
luttons avec lui de vitesse et de persé-
vérance prêchons une sainte croisade
contre la misère et l'immoralité que
la charité nous serve d'étendard! Les
gens de bien répondront tous à l'appel,
et bientôt la terre purifiée n'aura plus à
craindjl'e ce monstre aux cent mille tù-
tes, ce hideux paupérisme, qui ronge
au cœur l'opulente Albion.
La France a fait beaucoup pour la
il
gloire; elle commence il voir qu'il y a
quelque chose encore à faire pour la
charité. Le royaume de Clovis, de Char-
lemagne, de saint Louis, la patrie de
Vincent de Faute, deBelzunceetde Fé-
nelon, doit aux nations l'exemple de
la charité chrétienne, de la vraie cha-
rité. La France ne marche-t-elle pas à
la tête de la civilisation? La civilisation
n'a-t-e!le pas pour but le bonheur du
genre humain, la fraternité universel-
ke, la charité ?
On nous dispute le sceptre de la
force de l'industrie, du commerce,
des arts, des sciences nul ne nous
disputera le sceptre de la charité. Oui,
la France est la plus charitable des na-
tions (il ). Même sous la Terreur, quand
(\\ La collecte: pour la Martinique excéda
800,000 fr.j pour les orphelins du choléra
dans Paris, million; pour la Guadeloupe, 4
millions et demi pour les blessés de juillet
mt^ «9
la pitié proscrite fuyait un sol ébranlé,
ou gémissait dans les cachots quand
Malèsherbes expiait un patriotisme si
pur, une fidélité sublime; quand la
piété filiale, quand l'amour maternel
lui-même, étaient punis de mort, la
charité n'abandonna pas la malheureuse
Franche elle changea de nom et de lan-
gage, et parvint, quelquefois même au
prix du martyre, à sauver des milliers
de citoyens. Charlotte Corday crut fai-
re un acte charitable en délivrant son
pays du génie infernal qui demandait
têtes! Le patriotisme n'est
qu'un des rayons de la charité la vraie
charité plus grande, plus belle que le
fr. Le Manuel des. oeuvres de
charité de Paris énumère 63 établissements
soutenus par les associations charitables, et
toutes cePles qui existent n'y figurcnt pas. Glo-
rieuse France tu n'auras jamais besoin de
recouru* la taxe des pauvres
A
patriotisme, embrasse dans son amour
le genre humain (carilas humuni gê-
neri8) et c'est elle qui fait dire au
poëte
liomo sum, humani nihil a me alisnum puto.
Que serions-nous sur la terre, nous,
êtres si faibles, exposés à tant de maux,
que serions-nous sans la charité, cette
vertu sublime dont Jésus est l'admirable
̃personnification il dllait faisant le
bien. « La charité ne consiste pas seule-
T ment à secourir les pauvres, maisàne
vouloir, à ne faire à ses semblables que
«du bien à en faire le plus possible.
Elle est bonne, attentive, indulgente,
» elle aime et se fait aimer. Elle préside
» à toutes les actions du bon citoyen, et
» lui procure deux choses essentielles
u au bonheur le contentement de
» soi-même et J'estime publique.
La charité concilie parfaitement
14
N l'amour de soi, l'amour des siens,
»avec l'amour de la patrie, avec l'a-
» mour du genre humain. Rien n'est
» plus conciliant que la charité parce
» qu'elle est toujours prête à faire des
» sacrifices au bien. Elle a du baume
pour toutes les blessures, des conso-
>i lktions pour toutes les douleurs. Elle
» est partout bien placée, dans la chau-
» mière comme dans les palais (1).A
C'est une des vertus les plus fécondes
en bien-e*îre social.
Plus avance la civilisation, plus s'é-
tend l'empire de la charité, parce que
les hommes s'éclairent de mieux en
mieux sur leurs véritables intérêts, qui
s ont toujours de se faire le plus de bien
possible. Interest hori}i?iis
affici. Ce qui augmente le
bien de tousaugmente lapartde chacun.
La charité, la charité bien dirigée
(1) Etude» sur l'économie sociale, p. 113.
15
serait le moyen le plus doux et le
plus sûr de résister au, paupérisme,
et de combattre les idées aoti-sociales
dont la misère fut toujours le plus ter-
rible argument; elle peut briser dans
les mains démagogues le fatal levier
de la faim, mettre un terme à nos di-
visions, et rassurer l'Europe contre le
souvenir de nos victoires, contre l'ex-
centricité de nos influences. OecupûDs-
nous d'améliorations morales et maté-
rielles au lieu de çalpmnie.rljfcQtre pas-
sé, au lien de suspecter notre présent,
au lieu d'être effrayé de notre avenir,
on nous aimera, on nous imitera, on
nous respectera. Oui,- on nous respecr
tera parce que nous aurons toujours,
quoiqu'il arrive, au moment voulu, des
forces vives 4 des forces immesurées
prêtes à repousser toute agression. Nous
avons assez de force, assez de gloire,
pour que les nations ajoutent foi à nos
manifestations pacifiques.
16
La conquête est un lien de fer que
le vaincu doit toujours s'efforcer de bri-
ser la charité, un lien d'amour qu'on
a toujours intérêt à conserver, à resser-
rer. Le génie de la guerre et des con-
quêtes a brillé sur nos têtes le génie
de la paix et de la charité vient à son
tour^ Le premier dévorait les hommes,
celui-ci leur apprend à vivre.
La charité, qui n'a pas cessé d'avoir
parmi nous une belle et digne place, est
appelée à un rôle plus importait encore.
L'économie sociale ne peut avancer
désormais sans son appui; l'écono-
mie politique lui demande secours. Un
état fondé sur ta triple base de la lé-
galité, de ia justice et de la charité,
ne serait pas feulement admirable^ il se-
rait à l'abri de tout ébranlement, et les
prospérités matérielles et morales s'y
développeraient sans secousses. Voilà
pourquoi, dans tous les temps nos
grands législateurs ont porté leur atten-
17
tion sur les pauvres (i ). Ce royaume de
Dieu, ce royaume que le divin législa-
teur nous apprit à demander, à espérer,
(adpentat regnum tuum !) c'est celui
dans lequel régneront paisiblement la
loi, la justice et la charité. Que le
siècle des lois soit donc aussi le siècle
de la justice et de la charité Mais que
la charité soit pour nous la première et
la plus sainte des lois! Summum jus,
Bumma injuria. Qui n'est que juste
est dur. « Ne pas faire à autrui ce
que nous ne voudrions pas qu'autrui
nous fit voilà la justice. Faire à autrui,
en toute rencontre, ce que nous vou-
drions qu'il fit pour nous voilà la
charité (2).
(li V* la Législation charitable, par SI- le
baron de Watleviïle et Id savante préfacé
ijufprécède ce recueil important.
•' (2^ Manuel de morale pratique et religïeu-
des écoles, par Emile Lowbens.
La charité, depuis long-temps dans
nos mœur^ pénètre enfin dans nos lois
et nos institutions. Ecoles gratuites,
Asiles, caisses d'épargne, surveillance
des enfants dans les manufactures,
voilà ses conquêtes! Hâtons-nous d'en
faire de nouvelles.
L'apparition des Annales de la cha-
rité signale au monde une ère nou-
velle, que nos enfants appelleront èrede
la charité. Honneur aux esprits Yjlevés
qui en ont eu rheuféuse idée Leur
but est d'éclairer la chante, de diriger,
décentraliser ses efforts, afin d^e les
rendre plus efficaces. Hoc opus\ Aie
L'aumône isolée fait peu de bien,
quelquefois m^mj; est nuisible elle est
| i|ixiiïïiy|e quand elle favorise j'oisi|'etjî|,
le vice ou le crime, trois grands en-
nemis du bien public. L'aumône col-
intelligente, plus circon-
specte j est moins exposée à se tromper.
iti
Associons-nous pour faire le bien
nous le ferons mieux nous éviterons
les erreurs, les omissions, les doubles
emplois, et l'association décuplera la
puissance de notre charité.
Un père de famille possédait un
vaste parc des sources d'eau vive
nuisaient aux racines des arbres, et
couvraient de joncs la prairie dans les
,temps pluvieux, terres, bois et prairies,
tout était inabordable et quand le so-
leil brûlait, des exhalaisons fétides vi-
ciaient liair et causaient des maladies.
Le maître un jour dit à ses enfants et
à ses serviteurs Aidez-moi, nous réu-
nirons toutes lessources en un ruisseau,
,gui fertilisera prairies et terres nous
pourrons ensuite marcher dans le parc
en tout temps, elles miasmes nuisibles
disparaîtront.
L'année suivante le parc était plus
beau,,très sain, toujours abordable, et
20
les serviteurs, et les enfants, et le maître
se réjouissaient d'avoir, parleursefforts
unis sous une bonne direction, changé
le mal, dont ils souffraient tous, en un
bien dont tous profitaient.
Unissons nos aumônes et nos efforts
fous formerons des ruisseaux vivi-
fiants, nous formerons un fleuve de
charité qui purifiera le sol. Donnons
aux pauvres du travail, des idées mo-
rales, et les moyens de travailler
ouvroirs ur les femmes, ateliers
pour les hommes, moralisation pour
tous; voilà ce que la charité doit s'em-
presser d'établir, afin de combattre la
misère par le travail et la vertu.
La Crèche a cet avantage elle pré;
vient la misère en facilitant le travail, et
en excitant les pauvres mères à se bien
conduire. Elle attaque le monstre dans
ses deux principaux agents l'inaction
et l'inconduite. Elle a surtout l'avan-
tage de faire beaucoup de bien sans
21
mélange! A qui pourrait- elle nuire?
L'égoïsme dira tout bas peut-être,
afin de motiver un refus de concours
« Laissez mourir ces pauvres enfants
» épargnez-leur une vie de souffrance:
n'avons-nous pas assez de pauvres ?
» Je ne veux point aider à les multi-
plier. La population de la France est
déjà trop grande; il vaut mieux être
moins nombreux et plus heureux. »
La charité lui répond « Ces enfants
sont vos concitoyens, vos frères ils
sont pauvres, malheureux et faibles,
» vous devez les secourir; je vous en
Il prie au nom du Ciel au nom de l'hu-
» manité, au nom de. la patrie, votre
Il seconde mère et la leur.»
L'économie politique ajoute « Si
vous pouvez donner à 20,OOOpaiivres
» mères la liberté de leur temps et de
» leurs bras, hâtez-vous 20,000
journées de travail ne sont pas à dé-
» daigner.
22
Si vous pouvez sauver la vie il
j- 10,000 enfants hâtez-vous
bras de plus par an ne sont
» pas à dédaigner; les bras, c'est du
» travail, et le travail est le créateur
» des richesses.
» Et si vous pouvez préserver d'infir-
» mités 40,000 enfants, hâtez-vous
» encore plus, car vous aurez le double
» avantage de délivreur les familles et
l'État de i0,000 fardeaux, de
obstacles au travail, de jlOjOOO mi-
» sérabl-os consommateurs stériles, et
» de lui procurer en échange 10,000
» bons travailleurs.,)
L'histoire, comparant ie passé au
présent, y>our nlieùx éclairer l'avenîr,
ajoute à son tour <{ Depuis 200 ans
» la population de la France a doublé
cependant le Français est mieux logé,
» mieux nourri mieux vêtu, parce
» qu'il travaille plus et mieux. Double?:
q%
encore, si vous pouvez travail-
» lez encore plus et encore mieux
» vous serez encore mieux nourris, en-
» coremieux logés encore mieux vê-
» tus. »
N'en déplaise à Malthus, la France
est loin d'avoir à redouter un excès
de population nos campagnes man-
quent de bras; la marine, les colo-
nies, l'Alâérie surtout, en manquent
aussi Ne craignons pas d'en sauver tous
les au$ quelques rnilliers. Quand Fhu4
manité hé nous en ferait pas un devofr
sacré notre intérêt bien entendu nous
j le commainderait.
Si quelqu'un eût demandé à Sulty
comment il pourrait occuper une popu-
lation double de cslle qui vivait alors
sans hionàs£Ôi[es^ sans lettres de cachet,
sans priviléges, sanslits de justice, avec
la liberté de la presse et de la tribune,
avec une opposition plus forte, plus
24
éclairée que la ligue, avec une opposi-
tion qui gronde comme la foudre,
éclaire quelquefois, comme elle, et
comme elle aussi tombe souvent avec
une égale fureur sur les bons et sur les
^mauvais Sully probablement eût
été embarrassé de répondre. Nous l'oc-
cupons cependant cette population dou-
Jjlée; cous l'occupons, et nous avons
plus de riches qu'au temps de Sully; et
nous comptons beaucoup moins de pau-
:vres; eU'impôt, quoique augmenté, sem-
ble moins lourd et se paie mieux, –par--
ceu'il est plus équitablement réparti
et, les lois reçoivent partout une exé-
cution plus facile, quoique plus nom-
breuses, parce qu'elles sont plus équi-
tables et faites par nous-mêmes et pour
nous et nous n'avons plus de disettes;
et Va poule au pot du bon Henri com-
mence a manquer dans moins de fa-
milles et nous ne crions pas contre nos
25
ministres plus fort qu'on ne criait contre
le vénérable Sully Progressons enco-
re, et si la paix se prolonge, le vœu de
Henri IV se réalisera complètement,
il se réalisera sous des institutions
meilleures, dont le perfectionnement
doit suppléer de mieux en mieux à l'im-
perfection des hommes chargés de les
faire fonctionner. Améliorons, amélio-
rons sans cesse, afin de ne pas laisser
revenir la nécessité de changer tout à
la fois, comme en
Le besoin crée les ressources par le
travail; le travail, parlesbras; lesbras,
par l'industrie l'industrie, par fmtël-
ligence; développons de plus en plus
l'intelligence et l'industrie; augmen-
tons le nombre des bras, des bras forts
et utiles; le travail accroîtra nos res-
sources, etnousserons toujours au des-
sus des besoins. Il est plus facile d'ap-
provisionner Paris qu'un hameau Pa-
26
risestplus heureux avec 1 million d'ha-
bitants qu'il ne l'était avec 500,000!
Sa richesse est plus que triplée le nom-
bre de ses pauvres est diminué de moi-
tié le trésor de ses hospices est triplé
tes dons annuels de la charité sont dé-
cuplés; si tout était bien employé, si
l'on dépensait un peu plus pour préve-
nir la misère par le travail, un peu
moins pour la nourrir, il n'y aurait
plus, à Paris, de pauvres que les infir-
mes et quelques vieillards.
J'ai long-temps étudié notre corps
social dans toutes ses parties j'ai vu
ses besoins et ses ressources, et je
crois pouvoir affirmer qu'un accroisse-
ment de population lui serait utile en
tous points. Que de travaux encore at-
tendent la main de l'homme!
Avons-nous mis eh rapport toutes
nos terres, défriché nos landes, nos
marais? Avons-nous fait toutes les voies
27
de communication nécessaires à notre
beau pays, endigué nos rivières, arrosé,
toutes nos plaines, terminé tous nos
ports, fortifié toutes nos côtes? Avons-
nous exploité la millième partie des ri-
chesses géologiques de notre sous-sol?
Que de travaux encore, sans sortir,
même du territoire continental! et nous
redouterions un accroissement de bras!
Non, loin de le redouter, il faut le dési-
rer, le hâter, mais en ayant soin de
faire marcher les améliorations morales
à côté des améliorations matérielles.
Utilisons les bras, nous ne craindrons
pas de les voir augmenter en nombre
et en force.
Quand nps hommes d'Etat, au lieu de
Se disputer le pouvoir, s'occuperont de
doter le pays d'institutions, d'amélio-
rations utiles à tous, le pouvoir ira de
lui-même trouver les plus habiles et les
plus féconds. Les mots ne suffisent plus
-28-
à la France éclairée; il lui faut des cho-
ses, des choses utiles.
Il est bien difficile aux hommes qui
gouvernent dans un pays de liberté,
de prendre l'initiative des améliorations,
parce que le courant des affaires ab-
sorbe et leur temps et leurs forces. Col-
bert lui-même, aujourd'hui Colbert
avec tout son génie, lutterait à peine
contre le torrent. Quand on trouve si
difficilement le temps nécessaire aux
intérêts nés, comment s'occuper des
intérêts qui veulent naître? Il faut donc
que les particuliers viennent au secours
des gouvernants, et qu'ils signalent
par voie de pétition ou autrement, les
améliorations que réclame le bien du
pays. Quand un besoin socijal se révèle,
et trop souvent hélas il ne se révèle
qu'après de longues souffrances
les citoyens qui entrevoient les moyens
d'y subvenir doivent tenter l'essai,
29
faire tous leurs efforts pour sa réussite,
avertir l'autorité compétente, et l'ap-
peler à leur secours. Il est du devoir
de l'autorité de protéger l'essai qui pré-
sente un caractère d'utilité publique.
Le fonctionnaire qui, pouvant aider à
faire le bien, refuse son appui, trahitson
mandat.
Lorsque l'expérience a prouvé que le
besoin est réel, général, et que le moyen
de le satisfaire est efficaçe, le pouvoir
s'empresse naturellement de répandre
l'idée nouvelle de la mettre en action
partout où elle! peut faire du bien, ijr-
C'est l'histoire de l'Asile et des caisses
d'épargne; ce sera bientôt; l'histoire
de la Crèche, XI a fallu trente ans I'À-
sile pour prendre place dans'nos ihsÉ-
tbtièns; la Crèche arrivera plus Vite
parce que l'Asile son précurseur, lui
avait préparé les voies. Elle n'a qu'à se
montrer pour être accueillie. On s'é-
30
tonne partout seulement qu'elle ne
soit pas venue plus tôt.
Que d'idées non moins utiles deman-
dent, pour éclore, une occasion favora-
ble, un promoteur, et quelque protec-
tion Croirait-on qu'en France, aujour-
d'hui encore, en l'an de grâce i845,
plus de 50,000 petites créatures, éloi-
gnées de leurs familles par la nécessité,
sont abandonnées scans aucune sur-
veillance, à des nourrices mercenaires,
qui, exerçant toute la puissance pater-
nélje c'esttà-dire à cel} Age le droit
de] lpi'e et de mort, les laissent impuné-
ment s'étioler ou périr, au détriment
Gi|Oirait|on que l'apprentissage, pépi-
nière des soldats qui feront notre force
des ouvriers qui feront notre richesse
industrielle croirait-on que l'appren-
tissage n'est dE la part de l'Etat, î'ob-
-si--
jet d'aucune surveillance! Étonnez-vous
maintenant si le recrutement accuse un
déchet de 40 pour cent, et plus
encore dans les villes industrielles!
Étonnez-vous du nombre des rachiti-
ques et des estropiés Le mal dimi-
nuera quand nous aurons mis un terme
à notre incurie sociale.
JI est si facite de protéger l'enfance,
en soumettant la nourrice à la néces-
site d'un livret, à la surveillance de
personnes ^signées par les maires et
les curées! $ est si facile d'étendre aux
apprentis la surveillance des comités
locaux d'instruction primaire
Voilà deux conque tes bien précieuses
que la charité ne tardera pas à faire si
les gouvernants avertis nf en prennent
l'heureuse initiative.
1 y aurait un moyen de faire profiter
plus tôt le pays d'une foule d'idées utiles
qui surgissent de toutes parts ce moyen
est indiqué dans les Etudes sur l'é-
32
conômie eociale « Pour hâter les
améliorations de toute espèce, il faut
charger un comité permanent de re-
cueillir et d'étudier les projets venant
de l'intérieur ou de l'étranger. » (P.
Ne craignons pas de rendre la France
trop heufeuse. Nos pères ont amélioré;
améliorons à notre tour, et nos enfants
amélioreront encore après nous. Jésus
n'a-t-il pas dit « Rendez-vous par-
faits? » Suivons sa loi fidèlement. La
Crèche divine fut le berceau de
lisation moderne la cliarité vient en-
finde l'ouvrir aux enfants pauvres. Que
ce progrès soit pour nous le signal de
progrès nouveaux, et que la France, de
plus en plus heureuse, voie ses enfants
croître en nombre en force en ri-
chesse et en moralité
DES CRÈCHES.
premier* partie*
« Un grand bruit s'est élevé, mêlé de
plaintes et de gémissements Ra-
chel pleure sur ses enfants, et elle
ne peut se consoler; parce qu'ils ne
sont plus. »
COMMENT LA CRÈCHE EST NÉE.
Le comité local d'instruction primaire
avait chargé une commission de lui
faire un rapport général sur les Asiles
du 1 arrondissement. Je fis ce rapport,
et je me plus à constater les admirables
effets de l'Asile. « Avec quel soin me
ni diSais-je, la société veille sur les en-
fahts de la classe indigente De
» 6 ans, l'Asile; de 6 ans jusqu'à l'âge
de puberté, l'école primaire en-
» suite les classes d'adultes. Que de
34
charité, que de prévoyance dans nos
institutions! Mais pourquoi ne pas
prendre l'enfance au berceau? L'a-
mour maternel pourvoit aux grands
» besoins du nourrisson; l'enfant est
» attaché au sein de sa mère, et la so-
ts ciété ne veut pas l'en séparer.
Mais pourtant, lorsque la mè-e est
» forcée de travailler hors du logis, que
» devient le pauvre enfant ?. » Je
prends l'adresse de quelques mères
inscrite^ au livre des pauvres, et je
fais mon enquête (à Chaillot). Au fond
d'une arrière-cour infecte, j'appelle
madame Gérard, blanchisseuse. Elle
descend, afin de ne pas me laisser pé-
nétrer dans son logis, trop sale pou?-
être vu (ce sont ses expressions) el le
a sur les bras un nouveau-né à la
matin, un enfant de dix-huit mois.
tc Madame, vous avez trois enfants
où est le troisième? ̃ Monsieur, il est
&0
3
il l'Asile. S'y trouva -t- il bien ?
Oh oui, Monsieur; quel bonheur pour
les pauvres mères qu'il y ait des Asiles!
Vous êtes blanchisseuse et vous tra-
vailiez loin d'ici que deviennent ces
deux petits enfants, lorsque vous allez
au travail? Monsieur, je les donne
à garder. Et combien vous en coû-
te-t-il? 14 sous par jour. 14 sous
pour les .deux?- Non, Monsieur,
14 sous pour chacun 8 sous pour
garder et 6 sous pour nourrir. Quand
je fournis de quoi nourrir, je ne paie que
8 sous. Et combien gagnez-vous?
Deux francs, mais je ne travaillepas
tous les jours. »
Je courus chez la sevreuse. Elle était
il son poste gardant trois petits en-
fants sur le carreau dans une misé-
rable chambre • Madame, vous êtes
inscrite au bureau de bienfaisance?
Oui Monsieur, voici ma carte.
36
Avez-vous fait une déclaration à la po-
lice (1)? Non, Monsieur. Com-
bien avez-vous d'enfants à garder or-
dinairement ? Cinq ou six mais
l'Asile me fait beaucoup de tort.
Combien vous donne-t-on pour chaque
enfant ? 8 sous pour le garder et
6 sous pour le nourrir. Qui fournit
le linge? La mère apporte le matin
du linge pour la journée, et le soir elle
emporte le linge sale en reprenant son
enfant. Et comment nourrissez-vous
celui qui tette encore? La mère vient
l'allaiter aux heures des repas. »
Ce que cette pauvre femme trouve
moyen de faire dans la misère, medi-
sais-je en sortant ne pourrions-nous
pas le faire dans la charité ? 9 Qui, nous
le pouvons. J'exposai Fêtât des
(î) Une ordonnance de M. de Belleyme
(1828) soumet k l'inspection les maisons de
sevrage.
l&*m $
choses au bureau de bienfaisance, et je
lui soumis un projet de Crèches. Une
commission fut nommée. Chargé du
rapport, je prouvai rlu'il était yidis-
pensable de 'venir au secours de ces
pauvres mères, au secours de ces pau-
vres enfants qu'une Créché était
possible 3oqu'ilén coûterait au plus
centimes par enfant, tout compris,
au moyen d'une rétribution que les
mères paieraient aux berceuses, et qui
aurait l'avantage de conserver intact le
lien de la maternité 4° que les frais
de premier établissement et d'entretien
seraient minimes; qu'ils seraient cou-
verts facilement par les dons delà cha-
rité, par quelques subventions qu'on
ne nous refuserait pas et au besoin,
par un sermon qui ferait couler, pour
» de lait et de miel sur la terre promise
de la charité. »
-1- i)O
Le bureau ne crut pas pouvoir con-
courir officiellement à cette œuvre pri-
vée mais la plupart de ses membres
s'empressèrent de souscrire, et leurs
nomsfigurcnt sur la liste des fondateurs.
Madame Curmer, que tous les pau-
vres de Chaillot connaissent, accepta les
fonctions de directrice- trésorière et sou-
scrivit la première NI. le curé de Chail-
lot recommanda au prône laCrèche fu-
ture, et fit une quête; une Princesse au-
guste qui cherche des consolations
dans les bonnes œuvres de toute espè-
ce, et qui semble vouloir indemniser
la France et les pauvres de tout le bien
qu'avait promis un Prince justement
regretté donna pour elle et pour son
fils ce tlu'iI fallait pour compléter les
frais de premier étâbliissement.
Madame la supérieure des Sœurs de
la Sagesse trouva près de la maison
de secours dont la direction lui est
89
confiée, un local bien modeste mais
qui suffisait à l'essai. La Crèche du
Sauveur était plus humble encore
NI. le directeur de Sainte-Périne,
dont l'aïeul, Framboisier de Baunay
avait fondé le bureau des nourrices,
M. Framboisier, l'un des administra-
teurs les plus zélés du bureau de bien-
faisance, disposa ce local aussi bien
que possible avec le concours de ces
dames et de M. le docteur Canuet. A
eux l'honneur d'avoir organisé la prp-
mière Crèehe
Madame Curmer s'occupa des ber-
ceaux et du petit mobilier avec le même
soin que si la Crèche eût dû recevoir $es
propres enfants.
J'écrivis à M. le préfet de la' peine et
à M. le ministre de l'intérieur, pour
leur signaler la lacune que je venais de
découvrir, les informer de ce que nous
faisions pour essayer de la combler, et
m
leur demander secours; à M. le mi-
nistre de l'instruction publique, pour
l'en: informer également à M. le pré-
fet de police, pour lui demander une
autorisation qu'il s'empressa de nous
accorder, après s'être assuré de la sa-
lubrité dullocal.
Lé local fut mis à notre disposition
le 8 octobre; le 14 novembre, la Crè-
che était ouverte et bénie. La cha-
rité peut tout,, quand le Tout-Puis-
sant dirige ses efforts, quand elle a
pour auxiliaire sa sœur bien-aimée, la
piété.
Douze berceaux quelques chaises
quelques petits fauteuils, un christ, un
cadre sur lequel est affiché le règle-
ment, voilà de quoi se compose le mo-
de la Crache Les frais de premier
établissement n'ont pas atteint 5GO fr.
Lorsque M. le curé de Chaillot vint
bénir ia Crèche, en présence des fonda-
41
tcurs de mesdames les inspectrices de
l'Asile et des dames de charité les
cnfants criaient tous à la fois. Les
mères et les berceuses les prirent
dans leurs bras aussitôt les pleurs
cessèrent, comme si ces pauvres créa-
tures avaient senti qu'on venait les dé-
livrer du mal. Quelques mères ple4-
raient de joie, et les berceuses, arra-
chées à la misère, joignaient leurs bé-
nédictions aux bénédictions des pau-
vres mères. Il n'y avait alors que huit
berceaux mais en peu de jours la
charité compléta le nombre de douze
et l'argent et le linge abondèrent. Si
Paris est la ville des plaisirs, Paris est
aussi la ville de la charité Il lui sera
» beaucoup pardonne, parce qu'elle a
» beaucoup aimé (!)• ».
(i) Citation de Mgr l'archevêque de Paris
dans son mandement sur la Charité. 1842,
kl
Mesdames les directrices avaient
choisi deux berceuses parmi les pau-
vres femmes sans ouvrage l'une et
l'autre étaient mères, l'une et l'autre
dignes de toute la confiance des mères
pauvres.
Mesdames les directrices n'admet-
tent, conformément au règlement, que
les enfants dont les mères sont pau-
vres, travaillent hors de leur domici-
le et se conduisent bien. Les premiers
jours, il n'y avait pas encore douze cn-
fants "i mais ce nombre fut bientôt déf
pastel. Dix-sept maintenant sont in-
scrits, ^t plusieurs attendent qu'on
puisse les admettre, lies fondateurs
s'occupent d'agrandir la Crèche, afin
qu'elle puisse contenir tous les enfants
de cetïe pauvre localité tous ,'ceux du
moins qui réunissent les conditions exi-
gées.
Les fondateurs, afin d'attirer les dons,
43
et de propager une idée si utile aux
classes malheureuses, firent distribuer
un prospectus que les journaux de tou-
tes les nuances d'opinion s'empressè-
rent de publier.
Ce prospectus appela des offrandes, et
procura de nombreux visiteurs. à la
Crèche. Un tronc y fut placé pour re-
cevoir leurs dons. le ministre de
l'intérieur s'empressa d'accorder un se-
cours de 500 francs.
Rien de plus intéressant, pour les
personnes charitables; que cette petite
Crèche, entre deux et trois heures, au
moment où les pauvres mères viennent
pour la seconde fois allaiter leurs en-
fants. Il faut voir avec quel bonheur
elles accourent, avec quel bonheur elles
embrassent leurs enfants! avec quel
bonheur elles se reposent de leurs
travaux, pressant contre leur sein
uu
l'objet de toutes leurs sollicitudes! Il
faut entendre leurs bénédictions
L'une payait 75 centimes par jour,
la moitié de son salaire, et l'enfant était
mal soigné elle ne paie plus que 20
centimes et il est aussi bien que l'en-
fant du riche.
L'autre faisait garder sa pauvre pe-
tite par un frère de huit ans, qui
maintenant fréquente l'école avec as-
siduité.
Une autre se plaît à raconter que son
mari est moins brutal depuis
paie dix sous de moins pour son enfant.
Dix sous par jour dans un ménage si
malheureux, quel trésor pour la pau-
Celle-ci accouchée depuis quinze
jours, allaite son nouveau-né. On lui
demande comment elle aurait fait sans
la Crèche: « Ah Monsieur, comme
45
» j'avais fait pour son pauvre frère.
» Je suis marchande de pommes, je ga-
» gne à peine quinze sous par jour; il
» n'était pas possible d'en donner qua-
is torze. Le cher petit est mort à 14
mois, faute de soins hélas Mon-
sieur, le pauvre ange vivrait encore
si la Crèche eût existé six mois plus
» tôt. »
Quand les fondateurs virent que la
Crèche réussissait au delà de leurs espé-
rances, et qu'elle faisait tant de bien à
si peu de frais, ils s'occupèrent d'en
organiser dans les autres quartiers mal-
heureux de l'arrondissement (faubourg
du Roule, 12, et rue Saint-Lazare, 144,
près de la rue du Rocher).
Un sermon de, charité pouvait en
fournit les moyens. Ce sermon, d'ail-
leurs, imprimeraità l'œuvre desCrèches
le cachet religieux dont elle avait be-
soin pour étendre ses bienfaits. Il devait
«6
être prononcé à l'occasion de Noël, afin
que la Crèche divine protégeât la Crè-
che des pauvres; on avait choisi le jour
des saints Innocents, Malheureuse-
ment tous les orateurs sacrés se trou-
vaient occupés alors au delà de leurs
forces. M. l'abbé Coquereau seul con-
sentit à prêcher, mais le 29 janvier
seulement. Monseigneur l'archevê-
que de Paris assistait au sermon; il
donna la bénédiction. Ainsi M. le curé
de Chaillot avait baptisé la Crèche
Monseigneur lui a donné la confirma-
tion l'œuvre est toute chrétienne.
L'auditoire était nombreux. Le pré-
dicateur prit pour texte le passage
de
qui œdifîcattt eam.
C'était la pensée des fondateurs. « Le
? pauvre, s'écria-t-il c'est Jésus-
x Christ naissant dans une étable; le
hl
» pauvre c'est Jésus-Christ travaillant
» pour nourrir son vieux père et sa
» tendre mère; le pauvre c'est Jésus-
» Christ demandant à l'Egypte l'aumô-
» ne d'une patrie; le pauvre, c'est
» Jésus-Christ n'ayant pas où reposer
» sa tète enviant aux oiseaux leurs
» nids aux renards leurs tanières le
» pauvre c'est Jésus-Christ humilié,
» fouetté, mourant sur !a croix
» Ah! chrétiens, si le pauvre est
> digne de votre commisération, ce
» qu'il y a dans le pauvre d^ plus fai-
])le, de plus misérable commande!
» plus impérieusement encore votre:
» amour et votre pitié quoi de plus
» faible que l'enfance quoi de4plusdi-
guo de compassion !j»
L'orateur, après avoir comparé l'en-
fant pauvre, manquant de tout à l'en-
fant riche entouré de tant de soins,
de tanUde superfluités, après avoir dé-
48
çr|t éjoquepiment les angoisses de la
mère pauvre, a présenté à l'auditoire
le tableau suivant:
Ecoutez, a-t-il ditd'uncvoix émue,
» écoutez Dans un réduit humide et
« délabré, moins qu'une maison,
» plus qu'une étable, respire une fa-
» mille pauvre, nombreuse, torturée
» par les maladies un nouvel enfant
» vient de naître on dépose le nouveau
» venu sur quelque chose un meuble,
» plus qu'une Crèche, moins qu'un lit.
» souffle la pauvre créature, qui a froid
»,et qui se plaint. La mère a considéré
» son sein tari par la souffrance et les
» privations; et le père, ses bilas amai-
» gris par le travail. et tous deux
» se sont regardés en silence et des
larmes muettes ont sillonné leurs
» visages. Le père a pensé qu'il faudra
» travailler plus rudement encore que
/.q
«dans deux années, trois années, -il
faudra couper le pain en portions
» plus nombreuses, par conséquent
» plus petites. Que deviendra ce
» malheureux enfant! Ah! pitié, pi-
» tié pour lui pitié pour sa pauvre
» mère! pitié pour la malheureuse fa-
» mille!
Ce tableau, que nous regrettons de
ne pouvoir reproduire en entier, fit
couler beaucoup de larmes et la
quête produisit fr. 45 c, y
compris les ourandes du roi, de la reine
et des princesses, y compris 500 fjf.
envoyés par un anonyme à M. le Curé
de Mesdames les
pâtronesses et les quêteuses avaient ri-
valisé de zèle et de charité.
Les personnes qui voudraient contri-
huer à l'oeuvre peuvent envoyer leurs
dons à M"" Curmer rue de Chaillot
trésorière de la Crèche de Chail-
SA
lot; à M"1* Curmer aînée, rue du Fau-
bourg-du-RouIe, 38, trésorière de
celle de Saint-Philippe-du-Roule if
M"1" CAPELLE, rue Sainte-Croix,
Irésoricrc de la Crèches Saint-Louis-
d'Antin; ou il M. Heymond, adminis-
traleur du bureau de bienfaisance, fau-
bourg Saint-Ilonoiv) 108, caissier
central des Crèches du lfr arrondisse-
ment.
Chaque Crèches a sa caisse particu-
lière qu; pourvoit aux dépenses journa-
lières.- Chaque trésoriôre compte jour
par jour avec la première berceuse,
mois par mois avec le caissier central.
Le caissier centrat a un compte cou-
rant chez MM. frères et C>6, ban-
quiers de l'œuvre.
Un ordonnateur veillé sur compta-
bilité l'ordre et la charité. s'accordent
parfaitement, et les Crèches doivent
51
inspirer confiance non seulement aux
mères pauvres, mais encore aux per-
sonnes, bienfaisantes qui viennent à
leur secours. On est sûr que l'aumône
entière arrive à l'indigence: il n'y a
d'autres frais de personnel que le sup-
plément aux pauvres berceuses Tout
le reste du service est gratuit.
Un comité supérieur maintiendra
l'unité, le bon ordre et l'harmonie, dans
cette œuvre nouvelle, et prendra les
mesures nécessaires pour tenir la caisse
au niveau des besoins. Aucune Crè-
che nouvelle ne participe au fonds
commun, si elle n'a été autorisée par
lui.
NÉCESSITÉ D'UNI-: CRÈCHE-MODÈLE.
Il a fallu, dans l'intérêt même de la
réussite, faire l'essai dans un local
très modeste, sur une échelle plus mo-
deste encore. Un loyer de 140 fr. par

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