Des établissemens de collèges municipaux, pour les sciences, arts et métiers, en faveur de la jeunesse : avec quelques conseis aux femmes relativement à leur éducation ([Reprod.]) / par M. Dupain-Triel,...

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chez les marchands de nouveautés (Paris). 1791. Collèges -- France -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Publié le : samedi 1 janvier 1791
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THE FRÈNCfa IŒ VOLUTON
RESEARCH COLLECTION
LESARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
MAXWELL
Headington Hill Hall, Oxford OX3 OB W, UK
D E
ÈTABLISSEMENS
DE'
COLLEES MUNICIPAUX ±
POUR LES SCIENCES, ARTS ET MÉTIERS,
EN FAVEUR DE LA JEUNESSE;
Avec quelques confeils aux Femmes relativement
à leur éducation'.
PAR M. DUPAIN-TRIEL,
Ancien. Ingénieur Géographe militaire, ci -devant
Cenfeur Royal,
A PARIS,
CHEZJLESMARCHANDS de No u v e a ut é s*
A
DÈS ETABLISSE MENS
COLLÈGES MUNICIPAUX,
POUR LES SCIENCES, ARTS ET MÉTIERS,
EN FAVEUR DE LA JEUNESSE.
J.J E tveêu de la Nation le moins équivoque le
plus général, le plus fortement prononcé., eft
celui de fe voir fagement libre & invariablement
hëureufe. C'dl pour arjriver ce terme qu'après
avoir fait des. loix redoutables à Tefprit de dé-
fordre & proteûrices 'des mceurs^ a ainfi que du
mérite Elle s'eiT: engagée à les maintenir à les
obfcrver à leur- obéir fans murmure c'ef] dans
cette efpérance de prospérité & de gloire que les
̃Établiffemens fe forment, que.le Commerce s'étend,
que les Arts fe perfecUonnent.
Je cherche donc dans le champ focial la mine
exiflante & inépuifarble de nos facultés phyfiques
& intelledudles dont l'exploitation dans fes
divers filons puiffe fonder cette efpérance & en.
réaliser les effets. Entrons dans cette, mine les
'chemins en font faciles & ouvertes à tous.
ICi-)
jC'ell \ine expérience de tous les fiècles la Na-
ture -(.'l'entends Dieu ) ccnime une mère iage
& fehfible qui fait pourvoir aux goûts divers
&• fouvent oppofés d'enfhns qui lui font égale-
ment chers, la Nature jette et, chacun de nous,
plus où moins magnifiquement comme premiers
élémens du bonheur de l'exiftence les feniences
de l'une ou l'autre faculté de l'un .ou l'autre
talent. Tout l'art de l'infUtuteur attentif eft dans
l'éducation individuelle d'épier de faifif l'inflant >
du développement du germe de ces femences pré-
cèdes pour lui donner une direction franche &
volontaire, qui, loin de gêner le cours de la fève
vivifiante, faffe efpérer de voir la tige de farbre
s'élever à la plus grande hauteur.
Q.iû:urois-je donc à propofer fi panant du
particulier au général, j'avois à tracer, en grand,
un Plan d'Éducation qui embraffât l'tnfembje des
différentes claffes de citoyens pour être utile à
chacune d'elles ? Je propoferois qu'il fût établi dans
nos grandes villes d'immenfcs Atteiiers de travail,
de vaftes Cabinets d'études en un mot des
Collèges municipaux pourvus de tous les Maîtres,
de tous les inftrumens propres aux fciences aux
arts &c aux métiers (a), enforte que chacun êtes
(a) Ces Collèges pourroient être conftruits à l'infîar
de ceux qui fubfiftent actuellement & être élevés à
C 3 )
A
individus de la Société pouvant fè claiïef hil-
même dans la férié des êtres, te trouvât toujours
placé au pofte que ion goût particulier lui auroit
affigné. Je m'occupe ici de préparer, non à l'en-
autant d'étages qu'il y auroit de genres d'études. Chaque
<^enre feroit lui-même divifé dans fes efpèces lefquelles
auroient chacune leur laboratoire particulier avec les inf-
trumens néceuaires tant pour le Maître que pour fes
élèves. Ces Maures pourroient y être logés comme le
font les Maîtres de quartier dans les Collèges ordinaires
Grace à la régénération préfente réformatrice d'un luxe
aufli runefte que ridicule il ne feroit plus queftion d'offrir
à ces maîtres pour logemens appellés mode/les des ap-
partemens complets. Deux ou trois' petites chambres fun*
plement'meubiées fuffiroient à des hommes qui ne doivent
être recommandables que par le talent & qui ne font
bien vus tout ce qu'ils font qu'à la tdte de leurs attcliers.
Des Directeurs reconnus également éclairés & fages
foit qu'ils logeaffent dans ces Collèges foit qu'ils vinffent
de dehors furveilleroient la partie qui leur feroit confiée
& tous feroient leur rapport fur les progrès des talens &
la bonne conduite de leur claflfe particulière, à un Chef
J)\\ Principal toujours nojnfhê à la pluralité des voix par
leur. Municipalité. Il pourroit aufli avoir fpn logement
dans lé Collège.
Ce n'eft pas à nous de faire entravoir que fi vu le
grand nombre aftuel de Collèges dans Paris on fe dé-
terminoit à en fupprimer .quelques-uns on pourroit fe
fervir du bâtiment tel qr.'il feroit pour y effayer par,-
tiellemenr l'exécution de notre projet.
(4)
fànce dont l'éducation primaire n'efi point fpé-
cialement mon .objet, mais à la jeunefle présente,'
un fort qüi lai convienne pour tous les âgés de
la vie.
Ne demandons pas aux frais de qui ces édifices croient
conflruits & entretenus, ni par qui les Maîtres feroient
otaries. Si fon fe propofe un bien général par ces étx-
bliffemens, & ce projet eu: digne d'un grand 'peuple
quelle que fût pour cela la cotïfation individuelle, qui
ne peut être que foible pour la partie aifée de la Nation
elle ne paroîtroit jamais onéreufe au père qui la paieroit
pour fpn fils, C'eft à cet égard que les fondations font
toujours bénir la mémoire des fondateurs même par les
héritiers légitimes.
Gardons nous bien cependant d'attacher des, émolumens
trop confidérables à ces différentes claff s de Profeflenrs
cent louis au Principal deux cens pifto/es aux Directeurs
& i8oo liv. à chacun des Maîtres particuliers, avec un loge-
ment, devroient leur fuffire. Les Mrumens & outils re-
latifs à chaque profeffion, ainfi e leur entrctignjjj?r©ient
pris fur les fonds affecléw^çhacun-deî'C^ÏÏèges fonds
dont rempjoiièreitiurvéilié par le Principal, qui en feroit
u- léTréforier furveillé lui-même par les Directeurs.
Les leçons y 'feraient données gratuitement, avec in-
jonction aux- élèves de maintenir les iniirumens dans la
plus grande pro].reté. Les hèures d'études commence-
roient avec le jour & finiraient avec lui dans tous les
temps, fur kiquclles leurs feroier.t prifes celles du repas
Si des récréations, !e pafie fur tous les autres détails. on
en

Quels temps peuvent être plus favorables à
Fémifïion de mon vœu & au Succès de cette im-
portante opération La Liberté, en nous rendant
à la d'.gnité de notre origine nous déclare au-
jourd'hui maîtres de nous appartenir tout entiers,
& d'être tout'ce que nous pourrons dans l'ordre
des talens tk du mérite.
Quand j'appelle toutes les claffes de citoyens
à partuger les avantages de ces établiffemens
deux obit.rvations préatables ne' doivent pas nous
fent bien que je ne fais qu'ébaucher l'organifation de ces
difîércns objets.
Au refle nous ne prétendons pas diflimuler que les
premiers frais de ces établiflemens tant pour la- diftri-
bution des logemens que pour les inftrumens propres à
chaque profeffion, & les appointemens des Maîtres feroienr"
très-confidérables. Mais perfuadons-nous bien je le répète
que la Nation nVplï"prétendre à Ce renouveller, pour fon
propre bonheur, fans commencer par fe donner des hommes
capables d'y coopérer individuellement, & qu'ils ne peu-
vent devenir tels fi on ne les met à portée de mettre
en valeur les diverfes facultés dont la Nature les a doués.'
Au furplus, fi je ne place d'abord ces établilfemens que
dans les'grandes villes je fuis bien éloigné de les interdire
aux villes du fecond rang Combien même de bourgs
affez riches, affez peuplés auroient la faculté d'y fuffire
toujours proportion gardée mais ils doivent en reculer
le moment jusqu'aux fuccès conflatés de ces ctabliflemem
dans les villes les plus confidérables.
-m
'échapper la première eft que, bien que ces CoU
lèges doivent être établis pour tous, il feioit peut-
être prudent de n'y pas trop attirer la jeuneffe
des campagnes (<z) il eft trop important, trop
Vifiblement effentiel de ne jamais enlever à la terre
les bras qui en fécondent le fein nourricier, puif-
qu'un feul jour d'inaâion totale Sde leur part de-
viendroit comme un jour de fiéxilité, un jour de
.non valeur. On vërroit bientôt finfortuné labou-
reur, père d'une nombreufe famille pour qui
des enfans travailleurs deviennent une reffôurce
ti'envifager plus dans un fils quille Yuiroit pour
aller fe faire inüruire dans les villes^^u'un dé-
ferteur du foyer paternel emportant comme
Rachel, les dieux pénates de Laban, je veux dire
les petits gains que fon travail affusoit à fon
pauvre père ,il
Eh quel motif plus puiffant pour attacher à
bumbles foyers cette agrefte jeùneffe que
l'afpe8: fous lequel fe préfente fon fort futur
Une honnête aifance va déformais récompenfer
(j) Nous en exceptons ces génies ( car Ils riàîflent là
comme par-tout ailleurs ) appellés pour faire époque &
étonner leur fiècle, qui dévorant les dbflacle&& f ouant
les entraves des pays des fituations, arriveliyenfin
fous la conduite de je ne fais quelle époile aux lieux
& aux temps où doivent s'opérer leurs merveilles.
(7)
A 4
les lumières & les travaux de l'agriculteur, & né
plus réduire l'infortuné laboureur â rie manger
qu'un pain détrempé de fes fùeurs &. de, fes larmes.
Sûr d'être etlimé à raifon de l'utilité de fon travail,
loin de craindre le mépris, il faura qu'il mérite
a'avoir des envieux. Disons-lui tout appelle à
l'honneur d'êt rangé parmi les citoyens, il va
fentir fon am 'élever avec fon nouveau camâère
homme evenu l'égal dé tout autre, être libre,
citoyen compté, feroit-il tenté de quitter un can-
ton où il fe verra tout ce que l'homme peut être
L'ofyle le plus -obfcur auquel l'intérêt particulier
& la confidératiôn publique nous attachent n'eft
plus pour nous un défert c eft la terre promife.
La féconde obfervation a pour objet de pré-
parer dans les enfans des villes une jeuneffe ca·
pable de recueillir les avantages de ces'établiffe-
mens. Il s'agit donc d'abord, pères & mères, de
1 ne point forcer vos enfans dans le développement
de leur foible intelligence, par je ne fais combien
de lumières frivoles qui fatiguent plutôt leur raifon
qu'elles ne J'éclairent: c'eft ufer le fil avant que
la trame foit tiffue la nature bien ordonnée eft
l'infUtutrice légitime de cet âge. Laîffez d'abord
vos enfans fe livrer aux exercices du corps, d'où r
réfulterônt en eux la croiffance, la foupleffe la
force à l'effet de réfifter à l'intempérie des fai- y
fons aux. rigueurs de la faim au manque même
( SI
«Ju pur néceffaire. Mères délicates vous gë~
miffez déjà des niques'que peut courir leur fanté!
regardez-les voyez comme une partie de jeu les
'dédommage amplement de ces privations! voyez-
les croître vigoureux fveltes bien conformés
bien ignorans fans doute, mais mettant déjà
fans le favoir le corps en valeur au profit d'une
raifon prochaine car les êtres débiles font rare-
ment capables de fortes conceptions. Helvétius a
dit que l'éducation adoptée de fon temps n'étoit
propre qu'à faire de jolis enfans& de fots hommes
on en à eu la preuve. Aujourd'hui il nous faut
des hommes de caractère fournis par ce qu'on
appèlloit naguères de fots enfans des enfans
balourds.
Vient l'article dés alimens. Lefquels faut-il leur
permettre ? les plus fimples les plus naturels-,
& qui foient aufîi forts qu'ils font eux-mêmes
robuftes, mais exempts des affaifonnemens meur-
triers de la gourmandife & jamais affez légers
pour ne point nourrir fufhfamment des corps tou-
jours en diffipation par l'exercice. La mode cruelle-
ment impérieufe avoit amené les mères bour-
geoifes, copifles des femmes de la Cotir ne
permettre à leurs fils qu'une nourriture fuperfi-
cielle & fans fubftance cela pour les faire arriver
à une maigreur intéreffante, à une pâleur dijilnguà
qui pût leur donner l'air d'enfans de qualité. L'em*
(vi
bdnpolntl un teint coloré la force des mufcles
étoient renseigne des polirons du bas peuple Se
ce n'étoit pas apparemment de pareils arbriffeaux
qu'on attendoit, pour les Dames une pépinière
de petits agréables de charmans Séducteurs.
Suivent les vêtemens. Ne vous relâchez jamais
fur leur fimplicité. L'homme difoient nos pères,
n'a qu'un corps c'eft donc aflèz d'un habit. Que
.fignifient en effet jufques dans les enfans même;
ces doubles parures de chaque faifon qu'elles in-
diquent plus exactement que les équinoxes & les
folftices ? Eu-ce un magàfin ambulant de foieries
ou un être pendant que vous offrez au ublic
Sur-tout pères fages gardez-vous de faire
percevoir à votre fils qu'il eft mieux vêtu que s
camarades, ou mieux aujourd'hui qu'il n'étoit hier.
Habillez-le mais ne le parez pas que d ou-
veaux vêtemens ne lui foient même jamais donnés
pour récompenfe de fes devoirs mieux remplis
qu'a de commun la vanité avec un fentiment
d'honneur ? Une paille plus ou moins longue un
rond façonné de parchemin donné comme mar-
que "diftinâive de gloire en préfence de fes rivaux,'
voilà le triomphe Ici c'eft à l'opinion à tout
faire étendez-en l'empire dirigez-en l'objet qu'elle^
le décide & une branche d'épines fera préférée
un rameati d'or.
Par-là des enfàns élevés Simplement, unifçr-
"(' <° )
inément, prévue ans frais, plus ibbres pîu#
vigoureux, plus capables de porter le joug du
travail pourront de tous,les points'- du royaume
entrer tout difpofés dans la carrière où s'exercera
1a jeuneffe pour donner d'utiles citoyens à la Parie*
Portons actuellement un coup-d'ceil général fur
les diverfés chiffes d'individus que raffembleroient
'ces Collèges l'architecte dans fes projets d'édi-
-£ce, a befoin de connoître la' nature & l'abon-
daece des matériaux fur .léfquels il veut le fonder.
Il eft des individus qui indiquent dès le pre-
mier âge le genre de talent ou d'étude auquel les
appelle la nature ils ne voudroient ni ne 'pour..
roient être autre chofe que ce qti'ils font l'ame
fort chez eux par tous les fens. Gardons-nous de
les contrarier dans leur développement encoti-
tageons leur èfior ne le détournons jamais. Ils
n'iront point au terme s'ils n'y dirigent eux-mêmes
leur vol.
Il eu; d'autres jeunes fujets indifférens, fans vo-
lonté déterminée fans aptitude prononcée pour
aucun genre, & femblant nonchalamment atten-
dre qu'on leur épargne même la fatigue du choix.
Faifohs-le donc pour eux leur indolence même
nous répond qu'une fois mis en place ils s'y
trouveront bien, n'en bougeront plus. Qu'ils y
retient le bon ordre de différentes provenions a
befoin de ces esprits d'habitude, de ces routiniers
du bon fens.
Uf\
Certains autres ënfàns ne fe développent qu'avec
le temps. La nature ferimblè leur cacher les dons
qu'elle veut leur faire, & attend fouvent jusqu'au
jour oit l'homme prend un caraôère de virilité.
Mais comme fi les élémens du mérite avoient été
amaffés dans le fecret fous la main de cet indi-
vidu, à ce jour marqué par la nature, il fera tel
qu'un athlète léger à la courfe qui n'entre tard
dans la carrière que pour mettre moins de temps
à toucher le but.
D'autres fujets n'ont en apparence qu'une exi£
tence paffive ou toute intérieure. En eux l'être
moral femble embarraifé de l'être phyfique ou
l'ame de la machine qu'elle fait mouvoir; ils ont
en quelque forte befoin de fe heurter contre d'au-
tres corps pour être certains qu'ils en ont auffi
un. Ce font les enfans de la raifon & comme
la raifon n'eft ni bruyante ni précipitée dans fes
opérations long-temps le vulgaire qu'éblouit
toujours le brillant 'coloris des Surfaces, demande
avec inquiétude à quoi fera propre cette efpèce
d'adolefcens ? Attendons les circonilances des
vommes fe montreront à la. tête d'une vafle ,ad-
minîftration dans le fyftême politique, dans la con-
duite des affaires publiques, dans la régté'des
trésors d'un grand État; ces hommes eflentiels;
où auront-ils été trouvés-? Le plus fouvent parmi
ces individus à tête calme raffife, fans pefanteur
( il )
large par i'abfenee dés feins tient en iouverainé
fes tranquilles 'aflifes..
Enfin il eft ..d'autres êtres malheureusement
privés de toute ai9ion de l'efprt fur le corps
qui ont des yeux fans voir, des oreilles fans en-
tendre, en qui rame, apparemment enveloppée
dune muraille toute terrefire où s'éteignent émoutfés
les rayons de 1'intelligence Semble n'avoir qu'une
allure uniforme, un mouvement "d'inftinâ imprimé
à toute la maiTe. Mais ces êtres qu'on ne croit
dignes que de pitié notre propre intérêt nous
dit encore qu'ils doivent être non-feulement fup-
portés, mais même ménagés, parce que la fociété
a, comme à nous tous, des emploies à leur d#«
tribuer. Ces emplois, quels font-ils ?, tous ceux que
nous ne pouvons ni ne voudrions retnplir jugez
du nombre (<z).
(<*) Si, en effet, les journaliers ne fe dévouoient pas
pour vous, gens de la claffe aifée, à tant de foins al/jefts,
qui naturellement vous regardent s'ils ne chaigeoient pas
.leurs épaules robuftes du poids de tant de travaux qui
écraferoit les vôtres, où (croit pour vous le temps de vous
-livrer à des méditations profondes aux élans du génie
aux recherches des hautes vérités? Ils font, ces hommes,
dans le cas des plantes obfcures fur lesquelles marche,;
fans y penfcr, le voyageur iguorant, mais dont le mc^
( <O
Que fi de ce coup-d'oeil porté fur les diffé-
rentes claffes de la maffe des êtres, nous devons,
pour cuivre notre p'an, pafier à quelques obfer-
votions de détail fur les différais traits auxquels
les penchans caraftéi ifés peuvent fe reconnoître
j'offre d'abord un enfant dominé fans réflexion
encore par un inftin£l belliqueux: pour lui fes
jouets font déjà des armes, fes camarades des
Soldats, fes jeux de» batailles, le pas à difputer
un fiège. Ne confondons point ce penchant mi-
litaire avec l'impu'.fion aveugle de témérité que
peut donner la chaleur du fang l'énergie corpo-
relle ou la turbulence d'une jeuneffe qui ne fait
ni ce qu'elle veut ni ce qu'elle hafarde n'aimant
guère que la tleftruâion & le bruit le vrai brave
l'en de fang-froid. Le nôtre, arrivé a l'âge des
études ouvre-t-il un atlas géographique ? il n'y
regarde comme ^exclufivement que les cartes
des armées en marche ou en préfence à l'afpect
d'un plan de ville forte, le voilà déjà rtfléchJlant
fur les moyens de l'attaquer ou de la défendre.
Dans l'hiftoire de fon pays, il Lute vingt feuillets
pour arriver aux allons'de nos grands capitaines
vous lifez fur fon vifcge abattu ou rayonnant de
joie leurs défaites ou leurs triomphes. Avec ces
decin éclairé eirploic le baume falutaire pour conserver la
yie de ceux même qui les foulent aux pieds,
<*4)
difpo&ions martiales, le voyez-vous loyal dan*
tes procédés magnanime dans fes facrifices fe
promettant d'être plutôt pour fa Patrie le martyre
.de la Liberté que de n'en être pas le défenfeur?
Sans attendre que le temps déchire l'enveloppe
annoncez qu'elle cache un héros.
Voyez cet autre jeune homme, rêveur, corn-
binateur, femblant envelopper fon intelligence dans
les filets du doute- pour le plaifix de les rompre
&d'en fortir viaorieux toujours ergotant, tou-
jours démontrant, le fléau de fes camarades qui
croient voir encore en lui leur pédant de c lège
c'eil un adepte que la nature defline à s'ilîuftrer
dans les hautes fciences. N'attendez de 1 ti ni
agrément dans le propos ni dans les manières,
ni connoiffances des beaux ufages il perdroit à
l'acquifition de ces charmantes puérilités un temps
qu'il emploiera bien mieux à s'induire, à vous
éclairer. Sa tâche eft d'aller à la-découverte des
vérités qu'importe l'équipage dont il fe fert en
route pourvu qu'il arrive ?
N'avez-vous pas remarqué certains adolefcens
doués déjà d'un efprit de lumière de méthode
& de circonfpedion ? Cenfeurs exads d'eux-mêmes
au fein de la retraite qu'ils aiment par goût & par
radon ils agiffent encore comme fi les regards du
public les épioient. Le intiment du jufle & de
l'honnête fait le fond de leur caraaère; êtres pri-
vilégiés qui maîtrifent les paflîbns auffi librement
• que fi la volupté étoit fans douceurs, les fuccès
de l'ambition fans^avàntages la cupidité fans fé-
ducïion Honorons-les, ces fu-jets rares c'eft de
ce limon purifié que la Divinité pêtrit les boas
Prêtres & les Jufies juges.
Cherchez-vous un individu qui annonce de
l'aptitude pour le commerce vous le trouverez
dans ce jeune homme, ami de l'ordre &L^Q l'éco-
nomie. Enfant déjà fogneux, autrefois chapelles
culbutées par fes.camarades, il les relevoit; quilles
égarées, il les retrouvoit petits gains'du jeu, il
les mettoit en réferve demandons-nous ce. qu'il
fera dans l'été de rage ? toujours inquiet, tou-
jours prévoyant, l'homme de l'avenir, trpp à fes
affaires pour être à celles des autres, il craindra
même de perdre, à calculer fes bénéfices, lé temps
de les augmenter il n'aura qu'un mot à dire, en
mourant à fes héritiers « J'ai amaffé vous
compterez».
Dois-je indiquer ici à quoi fera propre cet
autre enfant que l'on fin'prend toujours employant
tout ce qui lui tombe fous la main à faire ce qu'à
{on âge on appelle de petites machines ? un cou-
teau, du bois lui font fournis & voilà un petit
«noulin qui tourne au vent une nacelle avec fes
avirons, une horloge avec fon aiguille, une pcmpe
avec fa manîvelîe. Dieu fait quelle en eft la
̃+*
perfection mais enfin le penchant fe déclare &
s'il le fuit librement, voilà aujourd'hui des effais:
informés d'un talent qu'on rangera peut-être au
rang des prodiges dans la fcience du mouvement
dts corps (a)»
Les avons-nous donc reconnus ces fujets mar-
qués du cachet d'un talent quelconque, ou ceux
en qui le .travail peut réparer les lenteurs de la
nature à s'expliquer ? Nos Collèges munis de tous
les maîtres & de. tous les inftrumens, font-ils or-
ganifés ? C'eft alors que je me plais, je l'avoue
à en préfenter le fpeflacle impofant & plein de
( a ) Ce font ici des principaux traits de caractères dans
les penchans marqués mais ces traits plus fondus plus
divifés donnent une infinité de nuances diverfes, affez
diftinâes encore, que l'œil du maître doit faifir dans fes
élèves, pour les mettre chacun à leur place s'ils ne s'y
mettent pas eux-mêmes.
Je ne fais point mention ici de beaucoup de pfofeflions
communes que le peuple feul a coutume de remplir &
qui n'embraflent guère que des objets de détail ou diverfes
petites branches de commerce à quoi fuffifent Tordre &
l'activité Car d'ailleurs ces proférons, plus que nous ne
voudrions jamais faire communiquent °à ceux qui s'en
mêlent, avec l'appât du. gain & la jaloufie de métier
une finefle de moyens ,-un taft de réuffite qui trop fouvent
approche même plus de raquée que de la bonne-foi.
vie
:B
vie à une jéuneffe naturellement curîeufe & imi-
tatrice..
Entrez lui crierois-je dans cet immenfe &
honorable laboratoire voilà les premiers rayons
de l'aurore qui en éçlairciffent la filentieufe obfcu-
rite & raniment une nature qui fe mbloït morte
voilà vos maîtres qui annoncent l'heure du travail
par leurs chants joyeux promenant déjà leurs
avides regards fur les alimens présentes à leur dé-
vorante activité. Venez, parcourons enfemble ce
cercle prefqu'augufte1 d'hommes utilement célèbres,
repréfentans aâifs des claires laborieuses de la
Société.
Ici, c'eft un moderne Vitruve qui, imitant la
nature dans fa féconde {implicite donne à un
amas de pierres éparfes & fans objet apparent des
proportions heureufes & fymmétriques d'où re
fuite une harmonie d'ordonnance que les yeux
portent jufques dans rame' qui n'efl elle-même
qu'harmonie (a).
(a) Je me fuis fouvent demandé Pourquoi arrive-t-il
que l'on peut compter tant d'individus appellés à fuivre Ia
carrière des beaux arts', tandis qu'on en compte fi peu pour
les autres branches du mérite Ne feroit-ce pas parce que
l'homme étant phyfique avant d'êtte-moral & que le;
fpeftacle de funivers parlant aux fer» bien^kitôt qu'à h
raifon les arts, enfens de l'imagination les; arts qui jî8
T"t«T
là c'eft un autre Rubens dont le pinceau ma·
gique donne à une toile fragile & inerte les ill u-
s'occupent que de l'imitation des objets, trouvent dans nos
facultés pliyfiques & dès notre enfance, les dispositions
qu'ils demandent )
N'étoit-il pas aufïi dans les vues de lâ Providence que
les befoins corporels fe citant fentir avant ceux de l'esprit,
nous fuyons bien plutôt en état de pourvoir à ceux-là
qu'à ceux-ci ? que ces befoins corporels étant infiniment
plus nombreux, elle defünât infiniment plus d'individus à
s'en occuper; & qu'enfin ce qui étoit la reffource de la
multitude fût aùfli d'une zcquifition bien plus facile ?
Car après tout, de quoi a befoin l'artifte pour fe mettre
en oeuvre ? du tableau de la Nature il en eil environné.
Plus ou moins bien organifé à cet égard il en faifit ou
parfaitement ou médiocrement les formes, les proportions,
les beautés: mais c'eft fans trop de tenfion d'efprit fans
échafaudage de rayonnement.; le trait de génie qui anime
une compofition n'eft pas même au pouvoir de l'ardue.
Il l'attend l'attend fouvent en vain & s'en trouve quel-
quefoiS'auflî foudainement illuminé que le nuage eft ouvert
par le trait du feu de l'éclair.
Je regarde le tableau de la Nature, pour les arts,
comme un immenfe clavier dont telle ou telle touche eft
en correspondance avec telle ou telle imagination. Cette
imagination eft dans l'artifte organifée de manière à n'être
remuée fortement que lorfqu'elle entend le fon de la touche
qui lui correfpond enforte que toutes les autres ne font
guère pour elle-qu'un vain bruit ce .qui veut dire, que
Rubens eût pu n'être pas un excellent ftatuaire que Phidias

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