Des Funérailles de Louis XVIII, par N.-A. de Salvandy

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Baudouin frères (Paris). 1824. In-8° , 18 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1824
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DES
FUNÉRAILLES
DE
LOUIS XVIII.
IMPRIMERIE DE J. TASTU,
RUE DE VAUGIRARD, N° 36.
DES
FUNERAILLES
DE
LOUIS XVIII,
PAR
N.-A. DE SALVANDY.
Rien ne manque dans tous ces honneurs que
celui à qui on les rend.
BOSSUET, Or. fun. du prince de Condé.
PARIS.
BAUDOUIN FRERES, LIBRAIRES,
RUE DE VAUGIRARD, N° 36.
26 octobre 1824.
DES
FUNERAILLES
DE
LOUIS XVIII.
C'EN est fait : le prince que nos bras por-
tèrent des rives de l'étranger au palais des
monarques ses ancêtres ; celui devant lequel
nos fronts s'inclinèrent dix ans ; celui dont
le nom était, après Dieu, mêlé à tous nos
voeux, à toutes nos espérances; celui qui,
arbitre des destinées publiques, tenait au
milieu de nous, par son pouvoir, la place
de la Divinité même, le Roi enfin, le Roi
est mort.
On pourrait dire qu'à dater d'aujourd'hui
seulement, commence le nouveau règne.
( 2 )
Dans le sanctuaire où les pieux respects des
peuples arrivaient de toutes parts, tels que
des tributs de leur obéissance, Louis sem-
blait toujours présider aux destins de la pa-
trie , et peut-être , durant les quarante jours
qui viennent de s'écouler, un frère ne s'est-il
tant bâté de verser sur nous d'éclatans bien-
faits, que pour consacrer cette sorte de règne
suprême, en accomplissant la pensée tout
entière de Louis, en rendant, si l'on peut
parler ainsi, la vie au plus grand de ses ou-
vrages.
Depuis hier, tout est consommé : Louis a
pris son rang sur les degrés qu'on ne re-
monte pas ; un peu de terre, jetée sur lui par
la main des pontifes , le sépare de nous pour
jamais ; les hérauts d'armes ont demandé
au peuple de prier pour le Roi i le Roi est
mort.
Pourquoi la France n'a-t-elle pu se pres-
ser tout entière à ses funérailles ? Ce n'est pas
un spectacle qui l'y attendait; ce sont de
hauts, de mémorables enseignemens. Les mu-
railles de cette vieille basilique, où nos trois
(3)
dynasties reposent, renfermaient une sorte
de Champ - de - Mars, auquel semblaient
convoqués tous les siècles et toutes les
gloires. Le Roi, qui traça la Charte , qui vou-
lut tout concilier, tout confondre, atteignait
ce noble but au fond du cercueil. Son sarco-
phage s'élevait comme une arche d'alliance
entre les usages, les noms antiques elles ins-
titutions, les fortunes nouvelles. La monar-
chie ne retrouvait son passé que pour en
prêter à nos lois. La Charte aura désormais
toutes les consécrations, même celle du tom-
beau.
En pénétrant sous les voûtes de Saint-Denis,
les imaginations étaient préparées aux solen-
nités qui allaient s'accomplir, par le déve-
loppement d'un admirable mélange de
splendeur et de deuil, d'élégance et de ma-
jesté. On eût dit que le génie même de
Louis XIV avait dirigé ces apprêts des funé-
railles de son descendant. A tant de magnifi-
cence, comment ne pas reconnaitre un Roi de
France, un Roi protecteur des arts, qui mé-
rita , en se parant de leurs prospérités, du-
(4)
rant sa vie, de recevoir, jusque sous le lin-
ceul, un dernier reflet de leur splendeur !
Cependant, ce temple de jais et d'or, ces
candélabres, ces statues, ces croix superbes,
tout cet ensemble éblouissant de richesse et
de lumière, loin d'ôter à la religion quelque
chose de sa sainteté, à la mort quelque chose
de son empire , en les voilant à nos regards,
ne faisaient que trahir davantage tout le néant
des choses d'ici-bas, un néant qu'aucune puis-
sance humaine ne réussit à cacher ; et l'ame,
pieusement émue, comprenait mieux à quelle
hauteur portent les coups de celui devant qui
tous les hommes sont égaux, ainsi que l'a dit
l'orateur chrétien, celui qui frappe et qui
guérit, qui tient dans sa main la vie des
peuples et des Rois.
Le catafalque fix'ait tristement les regards;
le sceptre, la main de justice, le manteau
fleurdelisé, avertissaient trop que là était le
Roi. En avant, s'élevait un trophée de vieilles
armures que Louis n'a pas portées. Mais ces
éperons que Robert-le-Fort chaussa peut-
être; ce pennon de famille qui, dans la main
(5)
des comtes de Paris, vit fuir les barbares du
Nord, voici bientôt mille ans; ce heaume,
cet écu, ces gantelets qui peuvent avoir cou-
vert le bras de Philippe-Auguste, le front de
Saint-Louis, la poitrine de Henri IV, sem-
blaient être les titres de noblesse du Roi que
nous allions ensevelir. Dix siècles de services
rendus à la patrie étaient représentés par
ces attributs de la royauté guerrière d'autre-
fois , et faisaient valoir en même temps le
droit de la plus illustre des familles fran-
çaises à régner sur nos pères, à régner sur
nos neveux.
Ces grands souvenirs ne servent pas seuls
de cortège à Louis XVIII. Son peuple entier
l'environne dans cette dernière représenta-
tion de sa puissance, dans ce passage des
galeries du Louvre aux souterrains de Saint-
Denis. Des artisans, de simples manoeuvres
sont là, pleurant sur le Roi qui, en resti-
tuant à la France la paix, l'ordre, la liberté,
enfanta les merveilles de notre industrie, et
donna aux classes laborieuses la poule au pot
de Henri IV. Les magistrats, gardiens augustes

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