Des Musées archéologiques et numismatiques de France, par M. A. Lemaître,...

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Société de numismatique et d'archéologie (Paris). 1867. In-4° , 47 p..
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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DES MUSÉES
ARCHÉOLOGIQUES ET NUMISMATIQUES
DE FRANCE
PAR
M. A. LEMAITRE,
MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE NUMISMATIQUE ET D'AHCHÉOLOGIE.
PARIS,
SOCIÉTÉ DE NUMISMATIQUE ET D'ARGHÊOLUGIE,
RUE DE LILLE, 30
1867
DES MUSEES
ARCHÉOLOGIQUES ET NUMISMATIQUES
DE FRANCE
PAR
M. A. LEMAITRE,
MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE NUMISMATIQUE ET D'ARCHÉOLOGIE.
PARIS,
SOCIÉTÉ DE NUMISMATIQUE ET D'ARCHÉOLOGIE,
BUE DE LILLE, 30
1867
Paris. Imprimerie Pillet fils ainét rue des Grands-Augustins, 5.
EXTRAIT
DE
L'ANNUAIRE DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE NUMISMATIQUE
ANNÉE 1861
DES MUSÉES
ARCHÉOLOGIQUES ET NUMISMATIQUES
DE FRANCE.
L'essai de statistique que nous avons publié l'année dernière, a trouvé
un accueil sympathique auprès des administrations municipales et de
MM. les conservateurs des musées; leur concours empressé nous a per-
mis, cette année, de réunir des documents complets sur plus de cent dix
musées.
L'importance acquise par la plupart de ces grands établissements, depuis
leur fondation, donne un intérêt incontestable à leur histoire, aux cir-
constances qui ont favorisé leurs accroissements, aux hommes qui leur ont
consacré leur zèle, leur influence, quelquefois même leur fortune. Des
détails historiques puisés, dans cet ordre d'idées, aux sources locales les
plus authentiques nous ont paru trouver une place toute naturelle dans
notre statistique, et motiver utilement l'extension de son cadre primitif.
Le nouvel essai que nous offrons cette année à l'indulgence du lecteur
serait donc improprement considéré comme une suite du premier; il
fait partie d'un travail conçu sur un plan différent et rédigé sur des do-
cuments plus complets. Quoique nous possédions dès aujourd'hui la plus
grande partie des matériaux nécessaires à son achèvement, nous ne pour-
rons comprendre, dans les limites qui nous sont assignées, qu'une série
très-restreinte de musées pris au hasard, et nous n'observerons, quant à
présent, aucun mode de classement.
L'année qui vient de s'écouler a déjà répondu à nos espérances : des
musées nouveaux ont été créés, ou sont envoie de l'être ; l'un d'eux, ce-
lui de Gap, est dû à l'initiative zélée d'un membre de notre Société. Les
locaux d'installation ont reçu dans plusieurs villes de notables améliora-
tions, qui ont substitué une organisation sérieuse au désordre inséparable
du provisoire. Les critiques que nous avons fait entendre à ce sujet ont
été partout accueillies comme un stimulant utile à la prompte exécution
4 MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES.
de travaux dont l'urgence était reconnue. Enfin un grand nombre de
catalogues, restés inachevés jusqu'à ce jour, se terminent et vont être pu-
bliés; nous remercions à l'avance messieurs les conservateurs qui ont
bien voulu nous en promettre le prochain envoi. Un catalogue bien fait
est, selon nous, l'âme d'un musée.
A. LEMAITRE.
Aube.
, TROYES.
Tricasses (Pline, Amm. Marc. et Itin. d'Ant.). AuyoueyTojiava (Ptolémée).
Augustobona (Itin. d'Ant.). Civitas Tricassium (Not. des prov.).
La capitale des Tricasses était du nombre des cités qui, après la sou-
mission des Gaules, furent honorées du patronage du vainqueur; on lui
* donna le nom d'Auguste, dont l'usage cependant ne prévalut pas, malgré
la forme flatteuse dont on l'entoura. Classée d'abord au nombre des cités
de la province Lyonnaise, elle passa plus tard, au même titre, dans la
quatrième division de cette province sous la dépendance administrative
de Sens.
Les habitants de Troyes et des villes voisines passent pour avoir, de tout
temps, aimé et protégé les beaux-arts. Cette réputation, dont parle
M. J. Gréau dans une intéressante Notice sur le Musée de Troyes, semble
confirmée par l'inventaire détaillé qu'il donne des richesses archéolo-
giques confisquées pendant la révolution sur les églises, communautés ou
domaines du département de l'Aube ; les objets d'art y figurent en nombre
considérable. Malheureusement, les mesures de conservation prescrites par
l'Assemblée nationale et par les conseils départementaux furent négligées
ou mal exécutées; il en résulta des pertes irréparables.
Ce fut cependant à cette époque que se produisit, à Troyes, la première
idée d'un musée. Le conseil du département demanda et obtint, au mois
de décembre 1790, que l'église cathédrale de Troyes, sans cesser d'être
consacrée au culte, fût érigée en musée départemental. On y transporta
immédiatement le trésor de l'église Saint-Etienne, l'un des plus riches de
France ; celui de l'abbaye de Saint-Loup, célèbre par ses pièces d'orfè-
vrerie; ceux des autres églises supprimées; les tombeaux des comtes* de
Champagne Henri Ier et Thibault III, qui reposaient depuis six siècles à
l'église collégiale de Saint-Etienne, précieux monuments d'orfèvrerie
émaillée dont il ne reste plus aujourd'hui que des débris.
L'exécution de cette première idée ne paraît pas avoir été poussée plus
loin. Une décision plus sérieuse du conseil général intervint vers la fin de
l'année 1792. La création d'un musée fut résolue et l'abbaye de Notre-
Dame-aux-Nonnains, qui devint plus tard la préfecture, fut désignée peur
son installation. Rien ne paraissait devoir empêcher la réalisation de ce
projet utile, lorsque éclatèrent les fatales journées des 3 et 4 pluviôse
MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES. 5
an II. Pendant ces deux jours tous les objets précieux renfermés dans la
eathédrale, statues, mausolées, trésors, etc., furent brisés à coups de
haches et leurs fragments furent transportés à la maison commune. Le
conseil communal fit mettre de côté, pour le futur musée, ceux de ces
fragments qui présentaient encore quelque intérêt au point de vue de
l'art, ainsi qu'un certain nombre de bijoux et objets antiques qui avaient
échappé à la destruction. Ces précieux débris ont été depuis restitués
à l'église Saint-Pierre, et ils forment aujourd'hui le trésor, encore très-re-
marquable, de la cathédrale.
Tel fut le sort de ces trésors célèbres dans les annales de nos églises. La
cathédrale de Troyes, dit M. Gréau, passait pour une des plus riches de
France, en reliques et en reliquaires précieux, pierres gravées antiques
en relief et en creu, coffrets et vases de différentes matières, dont la
plupart avaient été apportés de Constantinople à l'époque des croisades,
par un évêque de Troyes, Garnier de Trainel, aumônier général de l'ar-
mée latine. Le trésor de la collégiale de Saint-Etienne n'était pas moins
riche; d'après dom Baumier (Recueil des Evéchés), on n'y voyait qu'or,
pierreries, agates, rubis, topazes, etc.
Ces tristes événements eurent pour effet l'ajournement indéfini de
l'organisation du musée, auquel semblait s'attacher une sorte de fatalité.
Ce n'est qu'en 1829 que le projet fut repris, et c'est à la Société d'agri-
culture, sciences, arts et belles-lettres de Troyes (Société académique) que
revient l'honneur de l'avoir conduit à bonne fin. Sur sa demande, le con-
seil municipal affecta, à l'installation du musée les salles du rez-de-
chaussée de l'ancienne abbaye de Saint-Loup, et vota les fonds néces-
saires à leur appropriation. En 1831 l'organisation était complète.
Depuis cette époque, les collections prennent chaque jour une exten-
sion plus grande. Aux éléments primitifs dont nous avons parlé, sont
venus se joindre les produits des acquisitions et des dons particuliers, et
déjà le local actuel est insuffisant. Une partie des collections reste entas-
sée et privée de classement, faute d'espace. Après la mort du grand
sculpteur Simart, sa veuve donna au musée de Troyes les modèles en
plâtre de ses œuvres principales. L'acceptation de ce don obligea la ville
à construire une nouvelle aile de bâtiment pour le recevoir, et elle fit
cette construction à l'aide de fonds que de généreux citoyens lui avancè-
rent gratuitement pour six années.
En tête de la liste des donateurs du musée figure Sa Majesté l'Empe-
reur, à la munificence duquel le musée doit l'objet le plus important de
ses collections archéologiques, dont nous parlerons plus loin. L'acquisi-
tion principale est celle faite par la ville, en 1844, des médailles de
M. Jourdain. Aucun crédit régulier n'étant affecté au musée, elle a été
réalisée à l'aide d'une allocation spéciale votée par le conseil muni-
cipal.
La Société.académique, qui était parvenue à organiser le Musée après
tant d'essais infructueux, a conservé la direction et le soin de ses aména-
6 MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES.
gements : des conservateurs spéciaux qu'elle choisit parmi ses membres
sont attachés à chaque section; celui de l'archéologie et de la numisma-
tique est M. l'abbé Coffinet. Les autres sections embrassent, dans des pro-
portions plus ou moins étendues, la peinture, la sculpture moderne, la
zoologie, la botanique, la minéralogie, la paléontologie et les arts indus-
triels. Un catalogue publié en 1864 décrit les objets compris dans chaque
section. L'archéologie et la numismatique y soïit traitées par M. l'abbé
Coffinet; la partie historique, écrite par M. J. Gréau, forme un travail
distinct, rempli de curieux documents.
La collection numismatique du musée n'était à l'origine que la dispo-
sition méthodique de quelques pièces romaines et autres trouvées dans
le département. Elle était arrivée cependant à former un ensemble inté-
ressant, lorsqu'un vol commis dans la nuit du il au 18 janvier 1848 la
dépouilla complètement. Cette perte se répara peu à peu, à l'aide de dons
particuliers, qui, jusqu'à ce jour, n'ont apporté aucune pièce méritant
d'être signalée.
• Mais la ville possède une collection beaucoup plus complète et beaucoup
plus précieuse, connue sous le nom de médaillier rourdain, achetée par
elle, peu de temps après le vol dont nous venons de parler, de M. Jour-
dain lui-même, antiquaire à Troyes. Elle renferme 12,000 médailles et
monnaies qui sont ainsi classées :
1° Une suite de monnaies françaises et étrangères et de médailles mo-
dernes ;
20 Et une importante série de monnaies antiques se composant princi-
palement de monnaies romaines, argent et bronze des trois modules, de-
puis Pompée jusqu'à Romulus Augustule.
Ces pièces, qui sont presque toutes d'une conservation remarquable,
sont renfermées dans un meuble de boule confié aux soins de M. Har-
mand, bibliothécaire de la ville.
L'archéologie n'a pas de salle spécialement destinée à ses collections.
Elles sont disséminées en différents endroits du musée, et attendent la
construction d'une aile de bdtiment plus digne de leur importance. Cet
état de choses a empêché jusqu'à ce jour son savant conservateur d'adop-
ter à leur égard une classification méthodique et définitive.
L'histoire locale de l'époque du moyen âge et de la renaissance y est
représentée par une suite intéressante d'objets provenant en grande
partie des origines que nous avons expliquées plus haut. On y remarque
un choix de carreaux émaillés du XIVe au xvne siècle, recouverts de bla-
sons, de légendes et d'ornements d'une grande variété, et une impor-
tante collection de vitraux peints, représentant des blasons, des attributs,
des sujets historiques et religieux, exécutés au XVIIe siècle par un célèbre
artiste de Troyes, Linard-Gonthier. Les plus beaux de ces vitraux sont
déposés dans le local de la bibliothèque ; vingt-sept grands sujets repré-
MUSÉES ARCIIÉOLOGIQUFS. 7
sentent des scènes historiques de la vie d'Henri l'v et de celle de Louis XIII,
des sièges, des batailles et des allégories.
On remarque dans la série gallo-romaine, éntre autres monuments pré-
cieux, deux mosaïques découvertes à Troyes en 1856, des vases en verre
et des amphores, et une très-belle statue d'Apollon, en bronze, haute de
1 mètre 8 centimètres, trouvée en 1813 sur le territoire de Vaupôisson.
L'absence complète d'inscriptions lapidaires antiques s'explique par lti
mauvaise qualité des pierres que produisent lés carrières de la localité.
Des armes, ornements et ustensiles celtiques et gallo-romains trouvés
dans le département de l'Aube sont exposés dans dé grandes vitrines.
Mais l'objet capital du musée nous semble être un écrih renfermant
des iarmes en or irrassif, accompagnées de bijoux et ornements, trouvés en
1842 sur un squelette aUIWê du chèmin de Pouan au Martroy. On suppose
que ces armes étaient celles de Théodoric, roi des Visigoths, qui périt à la
bataillé dite dés Champs càtàlauniques, livrée contre Attila en 45L Cet
écrin a été donné en 1860 par Sa Majesté l'Empereur, qui l'avait d'abord
acheté pour son cabinet particulier.
La bibliothèque de Troyes, située au-dessus du musée, renferme d'im-
menses richesses ; on y compte plus de 100,000 volumes et 40Ô0 manus-
crits. Nous renvoyons, pour connaître ces richesses, aux Notices que
M. Harmand, leur conservateur, a publiées dans les Annuaires de l'Aube.
Aude.
NARBONNE.
Narbo. Narbo martius. Napgwv (Strabon et Ptolémée). Colonia
Atacinorum. Colonia Julia Claudia Paterna decumanorum.
Notre savant confrère M. de Saulcy, dont l'attrayante érudition com-
munique tant de charme à nos réunions, possède une admirable col-
lection de monnaies gauloisee, source de précieux documents pour notre
histoire nationale. Plusieurs pièces à type grec, faisant partie de cette
belle collection, nous apprennent qu'à une époque très-ancienne, anté-
rieure à l'époque romaine des Atacini, Narbonne (Napëwv) était la capitale
d'un petit État dont le souverain prenait le titre de BaciXeuç.
Érigée en colonie romaine par décret du sénat, sur la proposition de l'o-
rateur Licinius Crassus, 118 ans avant notre ère, la vieille cité gallo-
grecque fut peuplée d'abord de citoyens romains, puis, par Jules César, de
vétérans de la légion Martia, d'où lui est venu le surnom 'de Martius. Elle
reçut le titre de capitale de toute la Provincia qui devint Narbonensis à la
suite de la réorganisation administrative d'Auguste, et seulement de la
Narbonnaise première sous Constantin, qui plaça la partie méridionale de
la Viennoise sous la juridiction d'Aix.
Aussitôt que la colonie româine fut installée, Narbonne vit s'élever
8 MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES.
dans son enceinte un capitole, une curie, des temples magnifiques, des
Thermes, et plus tard, une monnaie, un amphithéâtre et un cirque. Sa
population atteignit rapidement le chiffre de 500,000 habitants. Brûlée
l'an 145 de notre ère, elle fut restaurée par Antonin, qui rétablit à ses
frais les thermes, les portiques et les basiliques.
Il ne reste aujourd'hui aucune trace des fortifications, construites sous le
règne des Antonins; les derniers vestiges des murailles romaines ont été
démolis par Simon de Montfort, en 1215. Trente ans après, la reconstruc-
tion de nouveaux remparts fut autorisée; l'archevêque Jean de Harcourt
employa en 1451, à l'achèvement de ces travaux, une partie des maté-
riaux provenant du capitole romain qu'il fit démolir. Ces constructions
du moyen âge ont disparu à leur tour; les murailles actuelles datent des
XVIe , XVIIe, et XVIIIe siècles; elles furent commencées sous le règne de
Louis XII, mais ce fut François Ier qui acheva la destruction des monu-
ments romains. On conserva les inscriptions et les bas-reliefs qui ornaient
les édifices, et ces restes précieux furent encastrés dans la partie supé-
rieure des murailles, où ils sont encore aujourd'hui exposés aux injures
du temps, qui ne tardera pas à compléter leur destruction.
De sa grandeur passée, Narbonne ne possède plus que son nom, et les
débris échappés aux ravages du temps et des hommes. Fière de cet hé-
ritage, et jalouse d'en soutenir dignement l'éclat, elle répondait en 1831,
par l'organe de son premier magistrat, à une demande de la municipalité
de Toulouse, « que, loin de consentir à la cession d'un seul de ses débris,
« elle se disposait à en former un musée. » L'honneur d'avoir accompli
ce louable projet appartient à M. Tessier, préfet de l'Aude. Fondé par lui
en 1848, ce musée a acquis rapidement une importance sérieuse, et il
pourra rivaliser bientôt avec les plus riches de la province.
Lors de la distribution des doubles du musée Campana, il a été classé
dans la première catégorie, et ses collections épigraphiques ont été signa-
lées en première ligne dans le rapport adressé en 1863, par M. le mar-
quis de la Grange, à M. le ministre de l'instruction publique.
Nous ne serons que l'interprète du sentiment public en citant ici,
parmi les principaux bienfaiteurs, les noms de MM. Barathier, Maurice
Peyre et Coussières aîné. Il n'a fallu rien moins qu'une galerie et un sa-
lon particulier pour exposer les tableaux, gravures, meubles, armes, ta-
pisseries, bijoux, ivoires, bronzes et objets d'art de tout genre, recueillis
par M. Barathier pendant plus d'un demi-siècle, et dont il a fait géné-
reusement l'abandon à sa ville natale. M. Maurice Peyre a légué une belle
collection de tableaux de diverses écoles, exposés dans une salle qui porte
son nom. Enfin M. Coussières aîné a fait un legs qui a permis d'acqué-
rir des tableaux et objets d'art d'une grande valeur.
Le musée est installé dans l'ancien palais des archevêques, aujour-
d'hui hôtel de ville. Malheureusement, la situation et les dispositions des
salles n'ont pas permis d'y transporter tous les bas-reliefs et inscriptions
antiques, qui occuperaient un trop grand espace et seraient d'un trop
MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES. 9
grand poids. Ces monuments sont déposés dans le jardin de l'arche-
vêché, où ils se dégradent chaque jour avec une déplorable rapidité.
Une commission de vingt-cinq membres administre le musée ; le
conservateur, M. Tournai, correspondant du ministère de l'instruction
publique, a publié en 1864 un catalogue contenant une savante appré-
ciation historique et artisque de 1328 numéros, non compris le médaillier,
et la collection d'histoire naturelle.
Le médaillier renferme une collection de 2630 monnaies et médailles,
qui sont toutes exposées dans l'ordre suivant :
Or. Argent. Bronze.
Phéniciennes des îles Baléares. » » 2
Gauloises. » 22 »
Grecques. , » 34 11
Celtibériennes » 5 28
Familles consulaires. » 410 »
Coloniales » » 27
Impériales romaines. 18 87 267
Visigothes. 5 » »
Vicomtes et prélats de Narbonne. » 17 »
Royales, barons et prélats. 22 188 170
Médailles historiques modernes. » 45 291
Monnaies modernes de divers Etats. 25 392 430
Jetons. » 4 130
Totaux. 70 1204 1356
Les collections archéologiques comprennent des antiquités de toutes les
époques, parmi lesquelles l'épigraphie occupe le rang principal.
Si le Musée parvenait à réunir, un jour à ses collections les inscriptions
et bas-reliefs qui sont encastrés par centaines dans la partie supérieure
des murailles de la ville, et dans plusieurs maisons particulières, il pos-
séderait certainement la plus riche collection de ce genre, se rapportant
à l'époque romaine. Dans les séries de cette même époque, nous signale-
rons plusieurs bas-reliefs et fragments d'architecture d'un excellent
style, provenant de la destruction des édifices romains. Les bustes, statues,
figurines et ustensiles, méritent aussi de fixer l'attention. Enfin, le moyen
âge et la renaissance sont représentés par une suite intéressante d'objets,
parmi lesquels figurent vingt-huit sceaux, les armes de plusieurs familles
de Narbonne et du Languedoc, quelques émaux, et une centaine d'objets
de céramique des xvne et XVIIIe siècles.
L'inscription la plus précieuse de la collection épigraphique, est sans
contredit celle gravée sur un autel en marbre, élevé par les Narbonnais
à l'empereur Auguste, l'an II de notre ère. Elle renferme près de trois
cents mots, dans lesquels il n'existe aucune ligature, aucune lettre super-
posée, et presque pas d'abréviations.
10 'MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES.
Une autre inscription, non moins importante, est celle gravée sur le
piédestal de la statue élevée à Sextus Fadius par la corporation des Fa-
bres de Narbonne. Elle relate une curieuse disposition testamentaire par
laquelle Sextus Fadius donne à la corporation des Fabres 16,000 sesterces,
dont les intérêts, calculés à 8 pour 100, devaient être distribués à tous
les convives invités à un banquet donné le jour anniversaire de sa nais-
sance.
Après ces deux inscriptions, nous citerons, au point de vue de l'intérêt
historique, celle qui constate le grand incendie qui détruisit la ville, sous
le règne d'Antonin le Pieux, et la reconstruction par ce prince, à ses dé-
pens, des thermes, des portiques et des basiliques.
Enfin, une grande inscription funéraire visigothe du VIle siècle, gravée
sur marbre, présente un curieux monument de paléographie ; c'est l'épi-
taphe des trois fils de Parator, morts la deuxième année du règne d'Egica,
et inhumés ensemble. Cette inscription témoigne des persécutions exer-
cées par les rois visigoths contre les Israélites, sous différents règnes, no-
tamment sous celui d'Egica. Quelques caractères hébraïques, gravés fur-
tivement à la suite de l'avant-dernière ligne, ne laissent aucun doute à
cet égard.
Le musée de Narbonne renferme en outre une collection d'histoire na-
turelle, et une galerie de tableaux.
Bouches-du-Rhône.
MARSEILLE.
Massilia. MatrtraXia. Marsilia (basse latinité).
Fondée par une colonie de Phocéens, 600 ans avant Jésus-Christ, sur le
territoire des Ségobriges, tribu gauloise restée indépendante au milieu
de la population ligurienne, Marseille refléta sur la Gaule l'influence de
la civilisation grecque longtemps avant l'arrivée des Romains.
Après une première période d'épreuves difficiles, elle ne tarda pas à
passer du rang de colonie à celui de métropole : l'antique Phocée, en
succombant, lui apporta un accroissement considérable de population, de
richesses et de force maritime; Rhodes, en pleine décadence, lui aban-
donna ses colonies ; enfin, un événement plus décisif que tous les autres,
la chute de Carthage, vint couronner sa fortune et commencer l'ère véri-
table de sa grandeur. Alliée fidèle des Romains, elle dut à ce titre d'é-
chapper aux premiers coups de ces redoutables conquérants. Ce ne fut
qu'en l'année 49 que J. César, à la suite des guerres civiles dans lesquelles
Marseille avait pris le parti de Pompée, s'empara de cette ville; mais il lui
laissa ses lois et ses libertés, qu'elle conserva même après l'organisation
administrative des Gaules, avec le titre de cité de la province Viennoise.
Tout le monde sait que Marseille, après avoir vu son sceptfè riarftînle
MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES. H
plus d'une fois contesté par de puissantes rivales, est encore de nos jours
une cité florissànte qui n'a rien à envier à l'antique Massalie. Elle possède
plusieurs grandes collections dignes de son importance, et ainsi classées :
Musée de peinture et de sculpture, installé sur le boulevard du Musée.
Musée d'histoire naturelle, au palais de Longchamp.
Musée d'ethnographie, au château Borely et au palais de Longchamp.
Industriejocale et belles collections de la Faculté des sciences.
Musée archéologique, Cabinet de médailles et Bibliothèque.
L'installation de ces collections, quoiqu'elle ait été plus d'une fois
agrandie, est encore insuffisante. Mais on achève en ce moment la cons-
truction du palais des Arts, dont les spacieuses galeries ne tarderont pas
il recevoir les richesses entassées dans les musées.
Les collections dont nous avons à nous occuper ici étant régies par des
administrations distinctes, nous exposerons séparément ce qui concerne
chacune d'elles, en commençant par le Cabinet des Médailles.
CABINET DES MÉDAILLES.
L'origine de ce Cabinet remonte à l'année 1822, époque à laquelle la
ville de Marseille acquit, moyennant 18,000 francs, la collection numis-
matique de M. le président Fauris de Saint-Vincent. Cette collection,
d'abord réléguée dans une armoire de la Bibliothèque, resta inaccessible
au public jusqu'au jour où M. Feaulrier, alors conservateur-adjoint, én
entreprit le catalogue et le classement. Après la réalisation de cet utile
travail, le Cabinet des Médailles fut ouvert au public, et une petite alloca-
tion fut même consacrée à son entretien; mais ce premier progrès ne fut
pas de longue durée : lorsque* M. Feautrier quitta la Bibliothèque, l'allo-
cation et les médailles retombèrent dans un oubli complet. Ce ne fut
qu'en 1857, sous l'administration de M. Honnorat, maire de Marseille,
qu'un numismate aussi zélé qu'érudit, M. le commandant Carpentin,
parvint à fonder une organisation sérieuse et définitive. C'est à M. Car-
pentin que revient l'honneur d'avoir créé la belle série des monnaies de
Provence que le Cabinet est fier de posséder, et qui comprend toutes les
pièces frappées en Provence depuis la fondation de Marseille jusqu'à nos
jours.
Depuis cette époque, le Cabinet des Médailles occupe un local plus
convenable à la suite de la grande salle de lecture de la Bibliothèque, et
il est ouvert tous les jours au public. Une allocation annuelle de 4,500 fr.
est inscrite au budget de la ville pour l'entretien et l'accroissement de
ses collections. Plusieurs dons particuliers, notamment ceux faits par
MM. Martin, le duc de Sabran, Carpentin et Clot-Bey, ont concouru à les
enrichir.
M. J.-B. Regnier, conservateur de la Bibliothèque, est aussi celui du
Cabmet des Médailles; mais c'est M.Laugier, conservateur-adjoint, qui est
t2 MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES.
chargé spécialement, depuis l'année J 860, de tout ce .qui concerne ce
cabinet, dont l'excellente tenue lui fait le plus grand honneur.
Les médailles, exposées sous des vitrines et décrites dans un catalogue
manuscrit, sont au nombre de 8,400. Elles sont classées par séries qui
présentent les divisions suivantes :
Grecques Autonomes 1,180 )
Impériales. 500 i
Romaines Consulairs,.,., 400 ¡
Haut-Empire 1,000 2,150
Bas-Empire. 600 l
Coloniales 150 )
Françaises Carlovingiennes. , 100 j
Capétiennes 700 > 900
Modernes. , , , , 100 )
Provençales , 2,200
Gauloises. 20
Etrangères., , , 800
Médailles historiques 650
Total. 8,400
Dans ce nombre 300 sont en or, 1,000 en argent, 500 en potin, 550 en
billon, 6,000 en bronze et 50 en plomb.
La série la plus importante, celle des monnaies et médailles de la Pro-
vence, se subdivise en douze autres séries, qui sont :
1° Les monnaies massaliotes appartenant toutes à la période grecque ;
2° Les colonies massaliotes ;
3° Les monnaies des empereurs romains, frappées à Arles ;
4° Les monnaies mérovingiennes frappées à Marseille et à Arles ;
5° Les patrices de Marseille;
6° Les monnaies carlovingiennes frappées à Marseille, à Aix et à Arles ;
7° Les monnaies des rois et des comtes de Provence ;
8° Les monnaies seigneuriales ;
9° Les papes et légats d'Avignon ;
10° Les monnaies des rois de France, depuis la réunion de la Provence;
11° Les médailles et jetons de Provence ;
12° Les méreaux.
La première division comprend tous les types connus des monnaies
frappées à Marseille, tant en argent qu'en bronze, depuis les oboles mas-
saliotes de la première époque.
Nous citerons quelques-unes des nombreuses raretés des autres divi-
sions :
Dans la deuxième division, les monnaies aux types suivants : Agatha-
MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES. 13
Antipolis, Segovii, Grizellium, Nemausus, Samnagenses, Liboci, Ricoma-
genses.
Dans la troisième division, les sous d'or frappés à Arles par les empe-
reurs du Bas-Empire, les monnaies de la colonie romaine de Cabellio.
Dans la quatrième division, les sous et tiers de sous de Clotaire II, Gon-
dovald, Justin, Focas, Dagobert l'r, Sigebert II, Clotaire III, Childebert II,
.Dagobert III et un monétaire de Gap, inconnu jusqu'à ce jour.
Dans la cinquième division, les Saïgas d'argent de Nemfidius, Anténor,
Métramne et Ansédius, dont on doit la précieuse attribution à M. Carpentin.
Dans la sixième division, les deniers et oboles frappés à Marseille, à Aix
et à Arles par Charlemagne, Louis le Débonnaire, Charles le Chauve,
Carloman, Charles le Gros et Charles de Provence. 1
Dans les septième et huitième divisions, les monnaies des rois de Pro-
vence, Boson et Louis l'Aveugle; les monnaies d'or de Charles Ier, le
denier carlin et le denier de Robert, comte de Provence, le gros proven- -
çal au type tournois de Louis et Jeanne, l'écu d'or et le carlin d'argent. de
Louis II, les magdalins d'or de René et de Charles III; dans les arche-
vêques d'Arles : le denier de billon de Gaillard de Saumate, celui d'argent
d'Etienne de la Garde et l'écu d'or de Jean Ferrier, le gros d'argent de
Raymond V, archevêque d'Embrun.
Dans la neuvième division, les monnaies d'or, d'argent, de cuivre et de
billon aux titres de trente et un papes.
Les autres séries principales, étrangères à la Provence, quoique n'of-
frant plus le même degré d'intérêt au point de vue local, comprennent
encore quelques bonnes pièces; telles sont entre autres, dans la série fran-
çaise : le denier de Robert, l'écu d'or de saint Louis, celui de Louis XII
avec la légende: PERDAM BABYLONIS NOMEN ; les écus d'or et
d'argent de Louis XII, frappés à Milan, et plusieurs pieds-forts en argent,
de Charles IX, Louis IV et Louis XIII.
Le nombre total des médailles que possède le Cabinet serait beaucoup
plus considérable si l'on n'avait pas mis au rebut toutes les pièces d'une
mauvaise conservation. Ce système est excellent quand il s'agit, comme
en cette circonstance sans doute, de provenances inconnues ; mais nous
en blâmerions l'emploi à l'égard des médailles d'une provenance connue,
et surtout locale. Quelle que soit l'importance ou la valeur d'une trou-
vaille, un musée fera toujours bien, à notre avis, de conserver les pièces
qui la composent, ne fût-ce que dans un sac étiqueté.
Le Cabinet possède encore une collection d'assignats de plusieurs villes
de Provence.
«
MUSÉE DES ANTIQUES.
Malgré de récentes améliorations, l'installation du Musée des antiques
est insuffisante.- La plus grande partie de ses richesses a été placée au
château Bprely, propriété appartenant à la ville, et offrant au visiteur
l'attrait d'un parc et de charmantes promenades. Le surplus a été déposé,
14 MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES.
à titre provisoire et sans classement méthodique, dans les salles du Musée
de peinture. Cet état de choses nuit au développement des collections et
paralyse le zèle de leur honorable conservateur, M. Penon, qui ne dispose
pour son musée que d'une faible allocation provisoire. L'achèvement du
Palais des Arts doit ouvrir bientôt une ère de réparation, et le Musée des
antiques, largement installé, recevra sa bonne part dans le budget que
la ville de Marseille consacre généreusement à ses collections.
La série la plus importante des antiquités du musée est la série égyp-
tienne, acquise par la ville, il y a quelques années, du docteur Clot-Bey,
ancien médecin en chef des armées du vice-roi d'Egypte. Le docteur
Clot-Bey, pendant un séjour de plus de trente ans dans ce pays, avait
formé un riche cabinet qu'il partagea à son retour en France, entre Paris
et Marseille. Cette belle série occupe à elle seule presque toute la partie
affectée à l'archéologie dans le château de Borely. Tous les objets qui la
composent sont d'une conservation remarquable et offrent le plus grand
intérêt. On y voit beaucoup de morceaux portant des cartouches, mais le
plus important est une pierre chronologique (table de libations), présen-
tant trente-quatre cartouches que M. de Saulcy a récemment publiés.
Nous signalerons encore deux sarcophages en basalte de la plus grande
beauté et une suite de divinités en bronze, dieux panthées, etc.
Parmi les objets déposés sans classement méthodique dans les salles du
Musée de peinture, on remarque la célèbre inscription phénicienne dé-
couverte il y a quelques années dans des fouilles locales, une série de
magnifiques sarcophages des époques gallo-romaine et chrétienne trou-
vés dans la localité. Ces derniers proviennent des cryptes de l'ancienne
abbaye de Saint-Victor, l'une des curiosités archéologiques les plus inté-
ressantes du département.
On trouve encore dans le même local, une collection d'autels votifs,
cippes, inscriptions, etc.; quelques verres et bronzes antiques de petite
dimension ; mais ces dernières séries n'ont qu'une importance assez mé-
diocre, et ne peuvent être considérés que comme éléments de collections
à compléter, quand on disposera d'une installation convenable.
BIBLIOTHÈQUE.
La bibliothèque de Marseille renferme 60,000 volumes imprimés, com -
prenant peu de livres rares, mais beaucoup de grands et beaux ouvrages.
Les manuscrits sont au nombre de 1300. Plusieurs, appartenant aux XIIe
et xme siècles, sont assez remarquables; quelques autres, relatifs à l'his-
toire de la Provence, sont uniques et appartiennent au xvme siècle.
AIX.
Aquœ Sextiœ. Aquensis civitas.
Après la conquête du territoire Salyen (an 124 avant Jésus-Christ), le
MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES. 15
proconsul romain C. Sextius Calvinus installa son camp sur une colline
agréablement située à quelques lieues de Marseille. Charmé par la beauté
du site et par la découverte de sources thermales, si recherchées des
Romains, il résolut d'y fonder une ville. On construisit des aqueducs, des
bains et des maisons, et l'intérieur du camp fut bientôt transformé en
une petite ville, qui prit le nom de ses eaux et de son fondateur.
Telle fut, on le sait, l'origine purement romaine de la ville d'Aix.
Clnssée d'abord parmi les cités de la Provincia, sous la juridiction de Nar-
bonne, elle passa au rang de métropole de la Seconde Narbonnaise, lors
de la division administrative opérée par Constantin.
Aix possède d'importantes collections d'archéologie, de peinture, de
sculpture et d'histoire naturelle. Nous allons rappeler sommairement les
dates principales auxquelles se rattache l'origine de ces collections.
En 1771, fondation d'une Académie de peinture, par le duc de Villars,
gouverneur de la Provence ;
En 1774, annexion à cette académie d'une École de sculpture, par les
états de Provence ;
En l'an III, création d'une École centrale, à laquelle étaient annexés une
chaire d'enseignement de dessin et un cabinet de tableaux;
En 1802, création d'une École spéciale de dessin;
En 1813, création d'un Musée provisoire de tableaux et de sculpture.
En 1838, création définitive et installation, dans l'ancien prieuré de
Saint-Jean, d'un Musée réunissant toutes les collections, annexé à l'École
de dessin.
Ce musée a été organisé par les soins de feu M. Clériau, qui fut son
premier conservateur. Il est administré aujourd'hui par M. J. Gibert,
directeur de l'école spéciale de dessin, qui en est depuis vingt-cinq ans le
conservateur principal, et par un conservateur-adjoint, M. Honoré Gibert,
membre de la Société française de humismatique et d'archéologie.-
La ville ne consacre aucune allocation régulière à l'accroissement de
ses collections, mais elle vote des crédits spéciaux toutes les fois que les
circonstances l'exigent. Elle a acheté notamment, en 1821, le cabinet
d'antiquités de M. le président Fauris de Saint-Vincent; en 1840, plu-
sieurs monuments antiques, provenant de la collection Sallier; en 1849,
plus de 1000 dessins, exécutés par le paysagiste Constantin; de 1841 à
1844, elle a fait exécuter, dans l'intérieur de la ville et aux alentours,
des fouilles très-productives.
Des legs importants ont été recueillis par le Musée : en 1849, M. de
Granat, membre de l'Institut, a légué une grande quantité de tableaux et
de dessins, exécutés par lui; en 1801, M. Fregier a légué un cabinet de
gravures rares; de 1860 à 18G2, M. le conseiller de Bourguignon-Fubre-
goules a donné 600 tableaux de maîtres anciens, 300 morceaux de sculp-
ture et d'archéologie. De nombreux dons des particuliers et du Gouverne-
ment ont aussi contribué à enrichir les collections.
Un catalogue raisonné a été rédigé en deux parties : la première partie,
16 MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES.
contenant la description de 890 numéros, a été publiée ; la seconde,
d'égale importance, est en voie de publication.
Le Musée archéologique d'Aix est surtout riche en antiquités romaines,
égyptiennes et grecques. Le moyen âge et la renaissance y forment une
série plus secondaire.
Nous citerons parmi les objets les plus remarquables :
Danslasection épigraphique : des monuments funéraires égyptiens,parmi
lesquels un bas-relief très-important de la grande nécropole de Memphis;
le préambule d'un édit de Dioclétien; un vœu à Esculape; les inscriptions
grecques du Jeune Navigateur; l'inscription pour la santé d'Alexandre Sé-
vère, celles de Felicissimus, de Dextrianus, d'Allius Verinus,de Cœlius-Flo-
rus, des trois patrons de la colonie d'Aix, de Germinius Censor, etc.
En sculpture : des bas-reliefs de la belle époque grecque, des monu-
ments d'origine gauloise, le célèbre bas-relief de l'accouchement deLéda,
une statue de Priape, le bas relief grec de l'enseigne du Vétérinaire, de
nombreux bustes et figurines, des sarcophages chrétiens.
La section de céramique comprend une très-grande variété de produc-
tions de divers genres, des verroteries, et une belle suite de lampes.
Enfin, sur l'ensemble des collections, nous signalerons de jolies mo-
saïques, de nombreux vases de différentes matières, et une réunion con-
sidérable d'objets en bronze, parmi lesquels une grande lampe à sept
becs, supportée par un candélabre d'un travail élégant, se recommande à
toute l'attention des antiquaires.
La section de numismatique comprend seulement une collection de
sceaux et médaillons, au nombre de 100 environ, se rapportant à l'his-
toire de la Provence. Nous citerons dans cette belle collection, comme
pièces uniques : une grande médaille en bronze de Jean de Mathoron,
ambassadeur à Rome pour les rois René et Louis XII, mort en 1495, et une
effigie de ce même René d'Anjou, avant-dernier comte de Provence, gra-
vée sur albâtre par Pierre de Milan, en 1461.
On remarque encore, dans cette série, une autre effigie du roi René
très-soigneusement taillée sur une dalle oblorrgue de calcaire compacte.
La représentation gravée en creux des armes de ce prince, que l'on voit
sur la face postérieure de cette dalle, peut être considérée comme la ma-
trice d'un sceau.
La section de peinture ne renferme pas moins de 1000 tableaux, dont
beaucoup sont de grands maîtres.
La bibliothèque d'Aix, dont M. Rouard est conservateur, et M. Mouan
sous-conservateur, renferme 120,000 volumes et 1,100 manuscrits. Elle
est ornée d'objets historiques d'un très-grand intérêt ; on y remarque
entre autres une série de bustes des personnages illustres de la Pro-
vence.
MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES. 17
2
ARLES.
Arelata (Jules-César). Colonia Arelate (Pline et Suétone). Arelatum
(Peutinger). Arelatas, Arelas (Ausone). Constantina civitas.
Ancienne cité gauloise, dont la fondation sur le territoire Salyen est de
beaucoup antérieure à la conquête romaine. Le voisinage de Marseille
attira dans cette ville une multitude de colons commerçants; on y parlait
le grec autant que les idiomes indigènes. L'an 118 avant Jésus-Christ,
Arles fut incorporée à la province que les Romains venaient de conquérir.
Elle devint -colonie romaine et fut ensuite placée, avec le titre de cité,
sous la dépendance administrative de Vienne. De nombreux monuments
l'embellirent ; elle fut surnommée la Rome de la Gaule (AUSONE, 1. XIII).
Constantin l'habita et lui donna son nom; sout Honorius, elle devint le
siège principal de la préfecture des Gaules. De longs siècles de décadence
n'ont pu anéantir complètement les traces de ce grand passé. La ville
d'Arles est aujourd'hui tout un musée. L'Amphithéâtre nous montre
encore ses immenses proportions et son élégante architecture du ne siècle;
une inscription gravée sur les dalles du Podium consacrait le souvenir des
fonctionnaires publics qui avaient fait célébrer des jeux à leurs frais.
Non loin de l'amphithéâtre, on a mis à découvert les restes du théâtre,
offrant encore des parties bien conservées et d'admirables sculptures. Les
ruines des Thermes, du Forum, du temple de Minerve, du palais de
Constantin, sont des monuments du plus hauf intérêt, que l'on ne pour-
rait trouver dans aucun musée.
Enfin il était réservé à la vieille cité gauloise de posséder un souvenir
précieux de son antique origine. Un obélisque en granit gris des Alpes,
monument gaulois découvert sous la Spina de l'hippodrome, décore la
place principale d'Arles, en face du Musée.
Le Musée a été fondé en 1814, par les soins de M. Jacquemin, archéo-
logue distingué, à qui la ville doit la majeure partie de ses collections Il
es installé dans l'ancienne église de Sainte-Anne, qui suffit à peine aux
nombreuses richesses accumulées dans son enceinte. La fécondité archéo-
logique du sol et les libéralités privées forment ici, comme à Aix, les
éléments principaux de l'accroissement des collections. Aucun catalogue
n'a été publié jusqu'à ce jour.
On trouve au Musée d'Arles toutes les principales séries se rattachant
aux époqu romaine, gallo-romaine et grecque.
L'objet capital est incontestablement une tête de femme en marbre
pentélique, trouvée à Arles en 1822, sculpture grecque de la plus grande
beauté et du travail le plus exquis.
Nous placerons ensuite une magnifique série de sarcophages chrétiens,

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