Des qualités nécessaires au clinicien / par M. Rambaud,...

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impr. de A. Vingtrinier (Lyon). 1866. 15 p. ; in-8.
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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DES
QUALITÉS NÉCESSAIRES
AU CLINICIEN
PAR
M. RAMBAUD,
^rfOF^SSEMR £. J^SsÇLE DE MÉDECINE DE I.ÏON
LYON
IMPRIMERIE D'AIMÉ VINGTRINIER
UUE BGLLE-COUOIÈHE, 14.
186.6
DES
QUALITÉS NÉCESSAIRES
AU CLINICIEN
Messieurs,
En maintes occasions déjà, pour susciter votre ardeur et
piquer votre curiosité, j'ai cherché à vous montrer la va-
riété et les difficultés des recherches cliniques; je voudrais
aujourd'hui traiter encore la même question, en l'abordant
par un autre côté, et vous parler des qualités diverses qui
sont utiles ou nécessaires au clinicien.
Considérée en elle-même, on peut dire que la vérité
clinique est une et absolue; mais, envisagée dans ses rap-
ports avec l'intelligence de chacun, que de nuances et que
d'aspects divers ! Le môme fait, la même série de phéno-
mènes, livrés à l'observation et à l'appréciation de dix in-
telligences diversement douées, diversement dressées ou
disciplinées, armées de théories ou de principes différents,
seront compris et interprétés, peut-être de dix façons dif-
férentes.
Il y a donc quelque intérêt à porter notre attention sur la
manière dont nous usons des qualités intellectuelles que la
Providence nous a départies h chacun. Cet examen de
conscience, appliqué à l'intelligence, que nous pratiquons
trop rarement peut-être, content que nous sommes de no-
tre lot, en nous montrant nos insuffisances et nos défauts,
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nous poussera tout doucement dans la voie du progrès,
nous apprendra à faire un meilleur usage de nos qualités,
peut-être à conquérir celles qui nous manquent, et, à coup
sûr, à être plus utiles à ceux qui réclament nos conseils et
nos soins.
Mis en présence du malade, notre tâche commence; nous
avons à apprendre de lui, ou de son entourage, bien des
choses importantes, qui ne nous seront dévoilées que si
nous savons bien écouler et bien interroger. La vérité
n'est pas toujours facile à extraire d'un esprit naturelle-
ment obtus ou troublé par la peur, ou empêtré dans des
théories ou des préjugés plus ou moins détestables ou sau-
grenus. Et, bien que chacun ait le plus grand intérêt et
le plus vif désir de démêler le vrai, ce premier rapport
du malade et du médecin, pour être fructueux, exige déjà
de ce dernier de rares qualités.
Il faut qu'il soitbon,patientetdonx, pourlaisseràl'esprit
de son interlocuteur toute sa liberté et toute sa lucidité,
pour attirer la confiance, susciter l'espoir et provoquer les
confidences. Il faut qu'il soit précis et judicieux pour con-
tenir les exubérances de langage, ramener les esprits qui
s'égarent dans des digressions et des divagations souvent
bien singulières ; constater ce qui reste acquis à la discus-
sion, ce qui est actuellement ignoré, et ce qui devra être
ultérieurement recherché. Il faut qu'il soit attentif pour té-
moigner de son intérêt d'abord, et démêler, si c'est possi-
ble, le caractère, les préoccupations secrètes du malade ;
aller au-devant de ses craintes, et connaître la juste me-
sure du crédit qu'il doit accorder à ses assertions. S'il est,
au contraire, impatient, irritable, inattentif, ou sous l'em-
pire de théories exclusives et d'idées préconçues ; s'il est
dominé par cette malencontreuse prétention de faire des
tours de force et de diagnostiquer à distance, sur un pli de
la physionomie, sur l'allure générale du malade, la forme
de son nez ou la couleur de ses yeux ; quelque habile et
expérimenté qu'il soit, il aura grandement la chance de
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s'égarer, et sera, à peu près certain, d'effaroucher la sym-
pathie et d'éloigner la confiance.
Il serait certainement très-important qu'il connût exacte-
ment, dès cette première entrevue, la nature morale, les
degrés et la forme intellectuels de celui qui attend tout
de lui ; son rôle de Providence secourable en serait rendu
plus facile et. plus efficace; mais cette utile notion ne peut
s'acquérir qu'avec le temps, et en attendant qu'elle lui soit
donnée, le médecin doit s'appliquer soigneusement à ren-
dre sa personne, ses allures et son langage aussi dignes
que possible de la haute science qu'il représente et de la
mission de bonté et de charité qui lui est dévolue. S'il ne
se rend pas, par ce moyen, aussi agréable que possible au
malade, un flattant ses goûts ou ses préjugés, il se rendra
au moins, parfaitement digne de sa'considération et de ses
respects.
Mais ce ne sont là, en quelque sorte, que des prélimi-
naires qui ouvrent la voie à des investigations plus sérieu-
ses et plus décisives. Des troubles fonctionnels ont été re-
connus, il s'agit maintenant de les apprécier dans leurs
quantités et leurs qualités, de déterminer leur genèse, de
découvrir les lésions des tissus, de s'élever graduellement à
la notion des rapports des divers phénomènes constatés,
et de conclure par la détermination des indications et l'ap-
plication du remède.
Le malade it'a signalé que les phénomènes qui ont dé-
terminé des souffrances ou attiré son attention ', si le mé-
decin veut tout savoir, il ne faut pas qu'il s'arrête à cette
information première, quelque satisfaisante qu'elle lui ap-
paraisse; il ne sera bien renseigné que s'il l'est complète-
ment, et il ne pourra l'être, qu'à la condition d'interroger
soigneusement chaque organe, sans parti pris et sans idée
préconçue; son esprit à ce moment doit se dégager de
toute conception prématurée, descendre aux plus menas
détails, se l'aire patient et méticuleux, et procéder avec
ordre et méthode à une recherche qui ne doit rien oublier.
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Cela fait, quelques-uns qui se targuent cependant d'être
des esprits scientifiques et de marcher sûrement par des
voies certaines et en dehors de toutes vaines hypothèses»
pensent que tout est fait, et qu'il n'y a plus qu'à s'adresser
à la thérapeutique. Il y a des sécrétions suspendues, d'au-
tres qui se sont exagérées; il faut vite-susciter les unes,
arrêter les autres. Ils ont découvert des acidités, des dou-
leurs vives, de l'insomnie, un pouls accéléré et dur ; il s'a-
git simplement d'administrer des alcalins, des calmants,
des hypnotiques, de provoquer des évacuations sanguines,
et le problème clinique sera sagement résolu.
Quelques-uns ont fait mieux encore, sans s'arrêter un
instant à l'étude du symptôme, ils sont allés tout droit à
l'expérimentation thérapeutique pure, et essayant toutes
les substances sur l'homme sain, ils ont prétendu que tout
phénomène morbide né spontanément, serait guéri par la
substance qui en détermine un semblable sur l'homme
bien portant. Et, sur cette belle découverte, sortie d'un
cerveau malade, ils ont édifié toute une doctrine, qui, d'un'
bout à l'autre, brave le sens commun et qui, précisément
pour cela,recrute ses adeptes parmi les esprits les plus mal
équilibrés du corps médical. Gardez-vous de cette fausse
science qui répudie la logique, qui débute par des conclu-
sions que rien ne motive, et qui montre mieux que toute
dissertation une des plus graves imperfections intellectuel-
les du médecin. Défiez-vous de cette prétendue rigueur,
qui ne paraît exacte, que parce qu'elle laisse de côté les vrais
éléments <5u problème,"et qu'elle oublie de regarder et de
raisonner. C'est un prétexte à la paresse ou un masque
qui cache l'impuissance. Et5 avant de courir si hâtivement
à la thérapeutique, étudiez mieux les symptômes. Les con-
naître tous, c'est seulement connaître les matériaux bruts
sur lesquels doit actuellement s'exercer votre jugement.
Ils n'ont pas surgi au hasard, sans règle ni loi, isolés les
uns des autres, comme les épis d'un champ de blé, qui
ont chacun dans le grain qui lui a donné naissance, sa

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