Des tentatives de localisation de la parole d'un seul côté du cerveau : pourquoi la lésion paraît se rencontrer plus fréquemment dans le lobe antérieur gauche que dans le droit / [par le Dr Armand de Fleury]

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[s.n.]. 1866. 16 p. ; in-8.
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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DES TENTATIVES
DE
LOCALISATION DE LA PAROLE
D'UN SEUL COTÉ DU CERVEAU
POURQUOI LA LÉSION PARAIT SE RENCONTRER PLUS FRÉQUEMMENT
DANS LE LOBE ANTÉRIEUR GAUCHE QUE DANS LE DROIT
Messieurs, notre intention n'est pas, en vous soumettant pes
courtes réflexions sur les tentatives récentes de Localisation de la
parole d'un seul côté des hémisphères cérébraux, de renouveler un
débat académique plus brillant peut-être en joutes oratoires que
fécond en conclusions scientifiques. Encore moins oserions-nous,
même en l'abrégeant, rééditer devant vous un travail que nous
avons publié ailleurs sur la Pathogogénie du langage articulé. Nos
prétentions sont plus modestes et plus respectueuses. Simple
pionnier, nous ouvrons la voie sur un terrain brûlant, à des
combattants plus illustres, prêt à recevoir leur enseignement
après- leur avoir soumis nos doutes avec nos idées. On est revenu,
dans ces dernières années, à beaucoup parler de philosophie
médicale, et nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de s'en plaindre.
Peut-être seulement serait-il à souhaiter que cet esprit philoso-
phique abandonnât plus souvent les hauteurs de la métaphysique
et les aspérités de la critique, pour pénétrer plus intimement
l'essence même de nos travaux de chaque jour. La science médi-
cale vit principalement de faits. Plus que toute autre, elle
reconnaît l'observation pour base. Mais, vous le savez, Messieurs,
sans les inductions qu'ils comportent, les faits signifient peu ; et,
d'un autre côté, c'est la science même que l'on fausse, si l'on
force leur interprétation. Il n'y a pas de loi contre le fait, il n'y
a pas non plus de fait contre la raison.
On ne saurait donc, notamment en médecine, apporter trop
dé réserve dans rexanien des propositions qui heurtent la logique
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en se dressant contre les lois même de la physiologie générale;
C'est cette conviction qui nous a fait rechercher ce que pourrait
valoir une induction, laquelle, faisant de la parole un sens indivis
et donnant à ce sens un organe unique, confinerait cet organe
dans le loie antérieur gauche seulement du cerveau, « à la région
inférieure et postérieure de la troisième circonvolution frontale de
cet hémisphère privilégié (*). » Des observateurs, et des observa-
teurs éminents, apportent des faits. Ces faits, une phrénologie
spécieuse aspire à s'en emparer, alors qu'ils entraînent des
corollaires que la physiologie et l'organicisme repoussent éga-
lement au nom de la symétrie des organes pairs et des rapports
entre la structure et les fonctions de ces organes.
Vous le voyez, Messieurs, il y aurait là du jour à faire. Et ce
ne serait pas trop d'un peu d'esprit philosophique pour élucider
pareil problème.
Je suis incapable de vous fournir cette lumière de mon propre
fonds. Mais nous avons ici, dans notre président d'honneur, un
homme deux fois maître dans l'art de bien dire, puisqu'au talent
d'éminent orateur il joint la gloire d'avoir établi le premier,
depuis déjà bien des années, que les lobes antérieurs du cerveau
sont les ateliers du travail intellectuel, et que la schématisation
de la pensée, ou sa transformation eh signes de langage, a son
siège probable dans ces organes. Si j'osais l'interpeller, je.lui
démanderais si dans sa conviction le lobe droit ne jouit pas des
mêmes propriétés physiologiques que le gauche. Quoi qu'il en
soit, si vous voulez bien me communiquer vos avis après m'avoir
accordé votre attention, peut-être pourrons-nous, par le reflet
de vos propres lumières, éclairer ce difficile sujet.
Mais, avant tout, il importe d'indiquer ici immédiatement de
quels principes physiologiques nous partons, afin qu'on puisse
savoir sur quel terrain de doctrines nous nous plaçons. Aussi
bien l'épithète de spécieuse, que nous venons d'appliquer à
certaines prétentions phréhologiques, pourrait-elle donner abso-
lument le change à ce sujet.
Disons-le donc immédiatement, c'est au nom de la physiologie
brganicienne, que nous venons combattre ce que nous croyons
(*) M. P. Broca, Mémoire sur h siège de la faculté du langage articulé. (Bulletin
de la Société anatomiqué, août 1861..)
être des-exagérations physiologiques. Depuis les- travaux de
Eant, et de Bailly plus spécialement, l'objet de la science gêné-?
ïjile, est assez nettement défini aujourd'hui pour qu'il ne soit
plus permis de compliquer des hypothèses du subjectif l'étude
des phénomènes objectifs, et d'embarrasser, par l'intrusion du
transcendant dans le concret, les inductions que la science ne
saurait légitimement poursuivre sur un terrain étranger aux
faits.
C',est pourquoi, sans rien abdiquer de nos convictions touchant
immortalité d'un principe immatériel, au point de vue général
de. notre destinée, nous professons qu'il n'est guère de progrès
pratique possible pour la science sur le terrain des hypothèses
métaphysiques. Il faut savoir être modeste pour rester fort, et
renoncera l'explication de problèmes qui dépassent évidemment
notre raison. Qu'es^ôe que l'esprit? Qu'es1>ce que la matière?
Comment sont-ils unis? Commentpeuvent-ils s'influencer récipro-
quement? Nous pouvons le chercher, nous ne le saurons jamais
de science démonstrative. Bestons donc en présence du phénomène
concret qui nous apparaît, et renonçons à l'expliquer dans sa rai-
son première ; voyons dans le cerveau humain une intelligence
préalablement organisée, douée d'une liberté limitée, et capable
seulement de ce que peut son organisme (aussi longtemps du
moins qu'elle reste unie à lui). Si la célèbre définition de M. de
Bônald : « L'homme est une intelligence servie par des organes»,
est d'une brillante utilité en psychologie, elle ne saurait suffire
au physiologiste, trop souvent appelé à constater que c'est le
serviteur qui devient le maître dans ce connubium organo-psy?
chique. Nous admettrons donc comme une vérité aujourd'hui
empirique, qu'il existe. un rapport constant entre la structure
des organes et la qualité des fonctions, et que, s'il serait insensé
de prétendre que la fibre cérébrale génère de sa propre subs-
tance les actes de l'intellect, de la volition, de la sensibilité, il
serait!aussi inexact de croire que la disposition organique n'in?
fiue pas nécessairement sur la spécificité fonctionnelle. Le cer-
veau, est. un appareil organique préalablement animé d'un
principe immatériel et relativement libre; mais tel qu'il a été
construit et doté par son créateur, les facultés de l'intelligence
deviennent réellement ses propriétés organiques. Il en déter-
mine et règle les manifestations, comme le moule fixe la forme.
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de la substance moulée : le moule brisé, l'effigie reste; et quand
on proclame que cette effigie est immortelle, on peut, Messieurs,
rester organicien sans mériter d'être flétri de Tépithète* de
matérialiste.
En résumé, nous admettons et nous croyons qu'on peut ad-
mettre comme incontestable :
■ 1° Que les fonctions sont en rapport nécessaire de cause à effet
avec les appareils organiques qui les constituent ;
2° Que les mêmes organismes impliquent des fonctions sem-
blables, et que les appareils différents ou contraires supposent
une même différence fonctionnelle, d'où la spécificité des appa-
reils physiologiques ;
3° Que les organes pairs, situés de chaque côté d'un raphé
médian, sont égaux en propriétés fonctionnelles, autant qu'ils
sont similaires en structure.
Certes, ces principes de la physiologie organicienne ont servi
de point de départ aux premiers physiologistes. Gall et Spurz-
hein les ont admirablement formulés dans leurs thèses et corol-
laires anatomiqws trop peu étudiés aujourd'hui ; et nous les
voyons insister notamment sur cette proposition, que tous les
organes du cerveau sont doubles, comme ceux de la moelle et
du système périphérique. Mais les phrénologues ne s'arrêtent pas
là, et le désir de trouver un organe à tous les actes de l'esprit
qu'ils croient pouvoir isoler, les met bien vite en contradiction
avec leurs principes anatomo-physiologiques. Ils vont chercher
dans une psychologie de fantaisie une cause incessante d'erreur. 1
Inventer des facultés, multiplier les instincts, créer des sens
imaginaires et produire chacun une topographie intellectuelle
différente, tel est le résultat connu de ces efforts. C'est ainsi que
la physiologie est arrivée à fixer sur des organes réels des entités
psychiques conventuelles, et, en faisant autant de petits Cer-
veaux que de divisions de facultés ou de passions, à porter
manifestement atteinte à l'unité du moi, unité qui doit être
physiologique aussi bien qu'elle est psychique. Grâce à ces
tendances, des facultés opposées ou différentes se trouvent dévo-
lues à des organes ou portions d'organes symétriques.
Pour ne parler que de l'opération si complexe de la parole,
—c'est notre sujet,—comme il importe aux phrénologistes dé lui
assigner un organe particulier, ils cherchent aujourd'hui à en

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