Description historique et géographique de la ville d'Alger et de ses environs...

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Gauthier (Paris). 1830. Alger (Algérie) -- Descriptions et voyages -- 19e siècle. Pièce (20 p.) : pl. ; in-18.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1830
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DESCRIPTION
HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
DE
ET DE SES ENVIRONS ;
CONTENANT
Des détails intéressans sur la position militaire de cette
ville.— Moeurs et coutumes des habitans. — Son sol
et son climat. — Ses montagnes et ses rivières.— Précis
curieux sur les Turcs et sur les Arabes. — Cruautés
exercées par ces Barbares envers les Chrétiens.—
Conduite et insultes faites par les Algériens au pavilon
français. — Motifs qui ont déterminé le Roi de France
à déclarer la guerre au Dey d'Alger. — Proclamation
du général en chef aux soldats français. — Dénombre-
ment des forces de terre et de mer. — Nom des vais-
seaux faisant partie' de l'expédition. — Embarquement
des troupes pour. Alger.
TROISIÈME ÉDITION.
A PARIS.,
CHEZ GAUTHIER, EDITEUR, RUE MAZARINE, N° 49
VÉZARD, LIBRAIRE, PASSAGE CHOISEUI., N° 46.
1830.
DESCRIPTION
HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
DE
ET DE SES ENVIRONS.,
AMER, capitale du Royaume de ce nom, est uns
grande et forte ville d'Afrique, elle fait partie de la
Barbarie, qui renferme aussi les royaumes de Tri-
poli, de Tunis, de Maroc, de Fez, de Tafilet et
le grand désert de Sahara.
Suivant l'opinion la plus répandue, le nom de
Barbarie vient du mot Berberi, dérivant de Bércher,
qui veut dire pays des Bergers; mais, quelle que soit
sonorigine, il est bien certain qu'il n'existe aucun
contrée sur la terre aussi favorisée de la nature, et
lorsqu' elle était sous la dépendance des Romains, on
la regardait, après l'Egypte , comme la plus riche,
la plus fertile et la plus peuplée des provinces; mais
elle est bien dégénérée, un grand nombre de causes,
trop", longues à enumérer, y on concouru.
La ville d' Alger est bâtie en amphithéâtre, et forme
un triangle : l'un des angles est baigné par la mer,
les deux autres s'allongent, en s'élevant vers la terre,
et viennent former la pointe à l'extrémité de laquelle
est bâti le palais du Dey, appelé la Casba ; une mu-
raille irrégulière, de 40 pieds de hauteur sur 12
d'épaisseur, bordée par un large fossé, lui sert d'en-
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ceinte ; l'approche de la place et l'éntrée du port qui
a 180 brasses de long et 90 de large, sont défendues
par des redoutes et des batteries, principalement celle
de Rabal-baker, à l'épreuve de la bombe on des,
forts et des bastions très-bien armés.
La ville est dominée par un fort, dit le fort de
l' Empereur, bâti par Charles-Quint, qui bat la plaine
de Babazon et la Casba. Plusieurs de nos cartes
géographiques, maquent encore le. fort de l'Etoile ;
mais il n'existe plus. Du jardin du consul des Pays-
Bas, et des environs de celui du consul de Suède,
on domine le fort de l' Empereur ; l'élévation est telle,
que de ces divers points les yeux plongent dans la
cour intérieure du fort. Nous croyons cette observa-
tion importance, afin de prouver qu'il est facile, de
réduire ce fort d'où dépend le sort d'Alger. Le; châ-
teau d' Alcasabar et le Casserbach, dans la ville,
sont deux forts considérables, et ont de nombreuses,
garnisons.
Défendue d'une manière formidable du côté de la
mer, Alger ne peut soutenir un siège régulier du
côté de la terre ;elle n'a pas même une enceinte,
achevée : les remparts sont coupés de distance en.
distance par des maisons d' habitation, dont les murs
élevés, donnant sur les fossés, ont une apparence
de fortifications, mais ne. sont pas réellement for-
tifiés. Il est vrai que, dans le cas d'un assaut, il
y a 4 ou 5000 , hommes qui servent l'artillerie ; mais
rien n'égale leur ignorance dans l'art militaire, sur-
tout dans la manoeuvre,, du canon. Les fossés de la
ville sont toujours secs et ne peuvent être inondés,, ,à
cause dé leur pente trés - rapide, qui ne permet pas
aux eaux d'y séjourner.
Là ville a quatre portes, non compris celle qui con-
duit à la mer. Quatre mille Turcs forment la garnison,
et deux mille sont , répartis dans les diverses places du
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royaume.. Huit cents bouches à feu sont placées du
côté de la mer, cent vingt le sont également du côté
de la terre. La ville ne reçoit de l'eau que par un
aqueduc découvert, à fleur de terre, à une demi-lieue
d' Alger. Rien n'est plus aisé que de couper cet aque-
duc et de, forcer la place à une capitulation par le
manque d'eau.
Cette cité, avec ses maisons blanchies, qui ont deux
étages, et terminées par des toits en plate forme,
servant de jardins, présente une très-belle vue, quand
on la voit du côté de la mer, et qu'on y arrive par
eau;.mais aussitôt entré dans la ville, le charme se
dissipe, car, rien,n'est digne, d'admiration ; les rues
sont extrêmement étroites ; il en est même où deux
personnes ont de la peine à marcher l' une à côté de
l'autre. On veut que cette étrange manière de bâtir
ait été,choisie dans le dessein de se procurer; plus
d'ombre,et de parer en partie, aux tremblemens. dp
terre ; mais des rues creuses et dont les côtés se re-
lèvent, pot de grands inconvéniens pour les hommes
et les animaux. Quand,un cavalier passe; dans la. rues
on, est obligé d'entrer dans une,maison, si l'on ne
veut pas, être écrasé. C'est là le cas de dire : vive
Paris et, Londres , où l'on protège les piétons et où
des trottoirs sont réservés spécialement pour eux,
Alger a neuf grandes mosquées et cinquante petites,
trois écoles pnbliques et plusieurs bazars pu marchés.
La mosquée, bâtie en 1790, qui fixe davantage l'at-
tention forme plusieurs étages ; elle a 70 pieds de
hauteur et 45 pieds de large ; elle est soutenue par
des colonnes de marbre blanc, venant de . Gênes,Ln
construction de ces masquées, est la même. que celle
de nos églises. Le vendredi est le jour choisi;pour
l'instruction du peuple, c'est celui où un imaen
explique; l' alcoran.
Le palais du Dey, autrefois, celui du pacha, a deux
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grandes cours entourées de galeries spacieuses , sou-
tenues par des colonnes de marbre.
Alger, situé à 200 lieues des côtes méridionales
de. France, sur l'autre rive de la Méditerranée,
compte 140, 000 habitans, et toute la population de
la régence ou royaume s'élève à 3 millions d'hommes
de différentes origines : Turcs, Maures ou Arabes
et Juifs. Le climat de ces contrées est très-sain,
moins chaud peut-être que celui de la Provence, si
l'on en juge par la beauté de la végétation, que l'on
remarque à chaque pas.
Le plat pays dont Alger est environné s'étend à
en viron quatre lieues ; à cette distance, il commence
à devenir montagneux. Le Voisinage de cette cité est
•couvert de jardins et de vignes, placés sur des
côteaux, et offrent un aspect délicieux; mais tout
l'effet de cette beauté est détruit quand on songe au
peuple à qui il a été donné de posséder une contrée
si bien traitée de la nature. Le paysage paraît char-
mant, quand on.ne jette dessus qu'un coup d'oeil en
passant; mais les regards viennent-ils à s'y fixer, on
découvre-nombre de lieux arides et stériles ; on-re-
connaît par là le mépris qu'ont ces barbares pour
l'agriculture, qu'ils remplacent par la guerre et le
pillage.
La régence d'Alger est divisée en quatre provinces :
celles de Mascara, à'Alger, de Titterie et de Cons-
taritina. Les principales villes de ces provinces sont:
Trémisan, autrefois la capitale d'un grand royaume;
Bona, qui a un fort bâti en 1535 par Charles-Quint;
Oran, grande ville peuplée de 13, 000 habitans, a
une assez bonne rade, à l'est de laquelle se trouve
une baie capable de recevoir la plus grande flotte,
elle fut prise différentes fois par les Maures et lés
Espagnols ; Constantina, située sur un rocher taillé
à pic, ayant une population de 26,600 habitans;
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Tenez, qui a été la capitale d'un riche et beau
royaume, elle a encore un très-bon fort; Boujeiah ,
ville forte, avec un port plus grand que celui d'Alger-,
mais, moins sûr ; Arzevu, cette ville n'est presque
point peuplée, elle est renommée pour ses mines de
sel, le meilleur qu'il y ait dans le monde ; Mersal-
quivir, place de quelque importance; Shersebl,
où est un bon ancrage'; Et-Callah, connue par ses
schalls et ses tapis; Bleeda, dans la province de
Titterie, assez populeuse; enfin Gigeri,au bord de
la mer, qui a un territoire extrêmement montagneux,
et dont les habitans, regardés comme la race la plus .
féroce de toute la Barbarie, font esclaves, sans au-
cune rémission, tous les; chrétiens naufragés sur la
côte. Il y a encore d'autres grandes villes dont beau-
coup n'ont jamais été visitées par aucun voyageur.
Les principales montages,du,royaume d'Alger et
de la Barbarie en général sont, d'abord le grande Aitas,
qui est une barrière naturelle entre |a Barbarie et le
grand désert ; sps pointes les plus élevées sont situées
dans le royaume de Maroc, vers l'Atlantique, et
presque dans la même, ligne que le pic du Ténériffe ;
e grand Atlas longe les Etats algériens, du levant
au couchant ; ensuite le mont Jurjura, qui s'étend
dans l'intérieur du royaume, considéré commet e
plus haut de la Barbarie. Il y a, aussi les montagnes
de Couco, entre Alger et Bugia, habitées" par les
Azaquis, peuple extrêmement féroce.
Les rivières principales sont : le Rumel, le Seï-
bouse et le Zouvva, qui se jettent dans la Méditerranée.
Un lieu, appelé les Soixante dix sources qui sortent
de l'Atlas et traversont le désert d'Angad, est regardé
comme une des plus grandes curiosités qu'on puisse
voir dans toute l'étendue du territoire d'Alger.
Il y a un nombre immense de Juifs répandus sur
la côte de Barbarie : la ville d'Alger en contient
plus de 8000, dont la plus grande partie s'est consi-
dérablement éloignée de la foi de leurs ancêtres. Ces
malheureux sont traités très-rigoureusement par les
Barbaresques, et certes, il n'est aucune espèce de
vexations auxquelles ils ne soient exposés : on leur
défend d'écrire ou de parler arabes dans' la crainte-
qùJils ne deviennent capables de lire le;divin koran ;
ils ne peuvent monter à cheval, et sont obligés de se
servir de mulets ou d'ânes, le premier de ces ani-
maux étant regardé comme d'une trop-belle espèce
pour eux; quand ils passent devant une mosquée, 1 if
faut qu'ils se déchaussent, et il leur est defendu d'ap-
procher des'fontaines, lorsqu'un- Maure y boit ; il
leur est également intèrdit de s'asseoir devant un Ma-'
hométant. Ils doivent être vêtus de noir, parce que'
cette couler est sous vraiment détestée par les
Maure Les-femmes' juives n'ont la pérmissioirt ........de
Voiler "qu'une, partie de leur figure.
Ce sont encore les Juifs qui exécutent les criminels,
et qui sont chargés d' enterrer leurs' corps. Pour la
moidre faute ils sont battus à l'excès , et, s'ils osaient
leverla main pour se déféndre, on la leur couperait
à l' instant même, et malheur à celui qui murmurerait
d'une aussi odieuse injustice. Les contributions qu' on
impose sur eux n'ont aucun terme: une somme de
2000 dollars est exigée d' eux chaque semaine, comme
une' taxe générale sur toute la tribu , en outre des
différens impôts qui sont levés, quand il y a quelques
jours de fêtes parmi les Maures. Le courage avec
lequel ces malheureux supportent leurs souffrances
est vraiment étonnant , et c'est avec cette résignation
sans exemple , que beaucoup d'entre eux, sous l'ap
parence de la misére, amassent des fortunes considé-
rables.
Parmi les officiers toujours auprès de la personne
du Dey, sont douze messagers d'Etat, appelés chiaux,

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