Détail des cérémonies qui ont été observées dans l'église royale de Saint-Denis le 25 octobre 1824, jour de l'inhumation de S. M. Louis XVIII, description de la chapelle ardente et cérémonial qui a eu lieu depuis la translation des dépouilles mortelles de Louis XVIII... par M. l'abbé de V***,...

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J.-G. Dentu (Paris). 1824. In-8° , 47 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1824
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QUI ONT ÉTÉ OBSERVÉES
DANS L'ÉGLISE ROYALE DE SAINT-DENIS,
LE 25 OCTOBRE 1824»
JOUR DE L'INHUMATION DE S. M. LOUIS XVIII.
Description de la chapelle ardente, et cérémonial qui a eu lieu
depuis la translation des, dépouilles mortelles de Louis XVIII.
Plan de l'intérieur du caveau où sont déposés les cercueils de la
famille des Bourbons , et du lieu où vient d'être placé celui de
S. M. Louis XVIII. Détails sur l'intérieur de l'église au moment
du service funèbre et de la cérémonie religieuse, à compter
du 24 octobre , époque où le corps ayant été apporté sous le
catafalque, on a chanté les Vigiles. Du catafalque de l'inhumation.
Revertalur pulvis ad terrain uam un de eral.
( ECCL XII, V 7 )
Ce corps va retourner à la terre dont il a été tiré.
PAR M. L'ABBÉ DE V***,
CHANOINE DU CHAPITRE ROYAI. DE SAINT DENIS
A PARIS,
CHEZ J. G. DENTU, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
RUE DES PETITS-AUGUSTINS, N° 5.
MDCCCXXIV.
Note de l'Editeur.
Tous les arts et les métiers ont adopte' des termes tech-
niques qui peut-être ne sont pas très-bien connus de l'au-
teur de cette courte Notice sur l'inhumation d'un souve-
rain dont la perte a plongé la France dans le deuil. Dès-
lors , on voudra bien l'excuser si, dans le détail des orne-
mens, des décorations, et généralement de tout ce qui a
rapport à l'architecture, il ne se sert pas toujours de ces
termes techniques.
Par son empressement, il n'a Voulu que satisfaire le
public, avide dé connaître tout ce qui a rapport à ce der-
nier moment, si pénible pour la royale et auguste famille
de Louis XVIII , et pour tous les Français» Nous dirons
pour l'auteur, qui se cache sous l'anonyme, que malgré
les fonctions de son ministère, il s'est empressé de re-
cueillir chaque jour les détails et les plans des décora-
tions , au fur et à mesure qu'elles s'exécutaient sous ses-
yeux, afin qu'ils fussent plutôt livrés à l'impression et
connus du public : ne lui saura-t-on pas gré de son acti-
vité et de son zèle ?
DU VINGT-CINQ OCTOBRE.
INHUMATION DE LOUIS XVIII.
PAR un décret de l'éternelle Providence,
au moment où Louis XVIII descend dans
la tombe, CHARLES X, son frère, -son -lé-
gitime successeur, monte sur le- trône dé
ses aïeux.
Si la vie, les actions, les fautes mêmes du
premier appartiennent à l'histoire , sespéni-
bles dernières années, sa fin»douloureuse»,
sa piété sa résignation., viennent se placer
dans les annales de la religion.
Le même jour, les regrets et l'espérance
des Français viennent se confondra dans
leur coeur.
Le moment de rendre à Louis XVIII les
derniers honneurs était arrivé, les dépouilles
mortelles de ce grand prince étaient placées
au milieu de l'église royale de Saint-Denis,
(4)
non loin de sa dernière demeure, environnées
des princes de sa famille, des grands de sa
cour et de tout ce qu'il y a de plus auguste
en France. Le 25 octobre nous offrait les
dernières cérémonies religieuses rendues à
la majesté royale, appelée elle-même à pa-
raître en présence du Roi des Rois, devant
qui toute grandeur humaine doit fléchir et
s'humilier.
C'est à ce tribunal suprême, dont les
arrêts sont-.irrévocables, que le monarque
comme le sujet doit rendre compte de ses
actions. Dieu prononce, l'homme-Roi a dis-
paru. N'est-ce pas ici le moment de s'écrier
avec le roi-prophète : Maintenant, & rois!
apprenez ; instruisez-vous, juges de la terre.
(Psalm. II, v. IO.)
Un clergé nombreux, les chants lugubres,
les prières adressées à l'Eternel, J. C. s'of-
frant lui même à Dieu, son père, sur
nos autels, comme une victime d'expiation,
rendent cette cérémonie auguste, imposante
et sacrée. A la sombre clarté des torches fu-
nèbres, profondément ému, je mesure la
profondeur de ce caveau : ce n'est plus le pa-
lais des rois, c'est la tombe des souverains.
Ma pensée me retrace le caveau que naguère
(5)
j'ai parcouru ; je vois ce lieu où va être en-
seveli le monarque qui n'est plus devant l'E-
ternel qu'un homme, qu'un chrétien (i).
(i) Beaucoup de persomnes seront curieuses de connaître
l'intérieur du caveau de Saint-Denis ; je vais en donner ,une
courte notice.
L'entrée du caveau se trouve à droite, au bas des der-
nières marches du choeur, en allant par le milieu de la nef
à la sacristie ; il y a d'ordinaire un prie-Dieu fixé sur, une
barrière, de la longueur de sept à, huit pieds sur, quatre
de large.
La porte d'entrée est masquée par le pavé noir et blanc.
la pierre de scellé repose sur la première marche des onze
qu'il faut descendre pour arriver à une espèce de caveau de
six pieds de haut sur neuf de long et cinq de large : c'est à,
cette entrée du caveau qu'a été déposé, sur des tréteaux de
fer, le corps de Louis XVIII. On descend deux marches
pour arriver à un corridor de trente-six pieds de long sur;
quatre de large, mais qui forme deux, coudes : c'est,par,
ce corridor qu'après avoir descendu encore deux rnarches,
on trouve à droite et à gauche deux caveaux,de dépôt de
peu d'étendue. En suivant ce corridor tout droit., on pé-
nètre au premier caveau de dépôt, qui peut avoir quatorze
pieds de large sur dix-huit de long ; il précède le grand
caveau, qui a dans sa largeur seize pieds sur trente-trois.
Du reste, la longueur totale des deux caveaux, depuis le
fond jusqu'à l'entrée du corridor, est de cinquante-quatre,
pieds de longueur sur seize de largeur, dans, sa plus grande
dimension. ,
C est dans ce dernier caveau qu'on voit, à droite, deux
cercueils posés sur des tréteaux de fer qui renferment[les
ossemens de Louis XVI et de la reine Marie-Antoine.
A gauche sont placés cinq cercueils de la même manière
(6)
Investi depuis plus de trente ans de la
confiance de Louis XVIII, dont, je possède
les honorables marques, l'ayant suivi dans
son exil, servi avec fidélité, je me rappelai
Les deux premiers sont ceux de Madame Adélaïde et de
Madame Victoire, tantes de Louis XVI et de Charles X ;
celui de S. A. R. le duc de Berri et de ses deux enfans :
ainsi, il n'y a que sept cercueils dans ce caveau.
Enface du corridor par où l'on arrive, on voit une
partie!du caveau qui, par un espace qui projette en avant,
annonce qu'il y a eu une porte dans cet endroit. En
effet, Buonaparte, en 1806, en avait fait faire une dans
le lieu où, à l'époque de la terreur, on avait démoli une
partie du mur, pour violer les tombeaux des rois, et en
extraire les cercueils et les ossemens qu'ils renfermaient.
0n a nommé depuis cette porte la porte de profanation.
Buonaparte y avait fait placer une porte d'airain à deux
battans, qu'on voit encore dans l'église souterraine.S. M.'
Louis XVIII l'a faitmurer.
Le jour de la première abdication de Buonaparte, l'un
des battans de cette porte d'airain tomba avec fracas : ce
fait est attesté par les suisses gardiens; des souterrains.
La voûte des caveaux est revêtue de stuc blanc ; ayant au
milieu les armes de France, peintes à fresque.
Les revêtemens des murs des caveaux, jusqu'à la voûte,
sont en marbre noir/.Sur le devant, on a placé de chaque
côté quatre colonnes enpierres de liais. Dans l'épaisseur du
mur, on voit encore une niche dans laquelle avaient été
déposés les coeurs du dauphin et de la dauphine, enterrês,
à" Sens-, père et mère du feu roi et de Charles X.
Le pavé est en carreau de marbre noir et blanc. Ce ca-
veau ne paraît ni grand ni commode, ni digne de la ma-
jesté royale; il serait à désirer qu'on le refît.
(7)
que ma famille l'avait élevé à son berceau,
et que mes fonctions venaient dans ce mo-
ment me placer près de son tombeau, pour,
y pleurer, y prier, jusqu'au moment où la,
mort, en terminant ma vie, pourra mettre,
un terme à ma fidélité. Mai douleur et mes
réflexions venaient se confondre aux pieds
de l'autel.
Rien de ce que l'art et la pompe peuvent
inventer et employer n'a été négligé pour,
cette cérémonie. Tâchons de faire connaître
celles dont j'ai été le témoin depuis l'instant
où les restes de Louis XVIII ont étédé-
posés à Saint-Denis, sous gardedu cha-
pitre royal,
Nous avons à regretter, comme ministre,
des. autels, que la pompe Religieuse, et le,
clergé de Paris, si éminemment attaché au
Roi et aux Bourbons, si;digne de nos éloges,
et de notre vénération, n'ait, pas accom-
pagné le corps du Roi, lorsqu'il traversa
l'étendue de la capitale, pourserendre à là
chapelle ardente qui lui avait, été préparée
dans l'église royale de Saint-Denis Les mo-
tifs de cette absence, du clergé', qui ne sont
pas bien connus aujourd'hui , le seront sans.
doute plus tard. ,
(8)
Depuis l'instant où la mort de Louis XVIII
fut connue, une grande quantité d'ouvriers
ont été employés dans cette église, tant au,
dedans qu'au dehors, souvent travaillant jour
et nuit.
Chapelle ardente.
La chapelle ardente avait été disposée
dans la chapelle de saint Louis ; le corps a
été mis à la même place que celui de feu
S. A. R. le duc de Berry, ainsi que le coeur et
les entrailles de Sa Majesté.
On avait élevé une estrade de la hauteur
d'environ trois' pieds, ayant cinq marches
à la tête et aux pieds ; elle avait été placée
Sousun baldaquin à huit pans, dont quatre
en noir parsemés de fleurs de lys d'or, et
les quatre autres en drap d'argent, lequel
était fixé à la voûte- de la chapelle. Les dra-
peries de ce baldaquin, garni de deux larges
bandes d'étoffe blanche avec une frange,
étaient également suspendues aux' quatre
coins par des' cordons blancs et de très-
gros glands.
C'est sur cette estrade qu'était placé le sar-
cophage supportant le cercueil de plomb
dans lequel a été mis le corps,du feu Roi,
(9)
après avoir été embaume et renferme ensuite
dans une caisse de chêne recouverte en ve-
lours noir. La- partie supérieure du cercueil
pouvait être élevée de terre à la hauteur de
huit pieds, il était recouvert par un drap
mortuaire de la plus grande richesse.
Tout le fond est de drap d'or; la croix qui
le divise par le milieu est en drap d'argent.
Un large galon d'or règne tout autour, et
précède une bande de velours violet de la
hauteur de deux pieds, parsemée dans toute
son étendue de fleurs de lys d'or sur trois
rangs. Ce drap mortuaire se termine par une
bordure d'hermine, qui est séparée du ve-
lours par un large galon d'or fixé sur toute
l'étendue du drap. Aux quatre coins on voyait
suspendus d'énormes glands avec cordons et
franges d'or en graines d'épinards, et qui
touchaient presque à terre. Egalement aux
quatre angles, relevées en bosse, or et argent,
sont brodées les armes de France, dont le
fond était en violet, avec des.fleurs de,lys
en or. Il serait difficile de faire dans:, ce
genre quelque chose de plus riche, travaillé
avec plus de goût et de fini.
C'est sous ce drap mortuaire qu'ont,été
déposés le coeur et les entrailles du Roi,
( 10 )
placés et scellés dans des vases de ver-
meil.
Sur le cercueil on apercevait trois cous-
sins en drap d'or, dont l'un , au dessus de la
tête, supportait la couronne en or, et très-
richement travaillée. Sur le second étaient
croisés le sceptre et la main de justice, en
or et en ivoire. Sur le troisièm, coussin on
voyait l'épée royale en or, le fourreau en ve-
lours, parsemé de fleurs de lys d'or. Sur les
coussins et. les insignes royaux étaient éten-
dus des crêpes pendans de chaque côté.
Aux quatre coins de l'estrade étaient pla-
cés trois drapeaux noirs, ayant les écussons
relevés en bosse et brodés en argent. Les
cravattes desdits drapeaux étaient en blanc ;
des cordes à puits et franges en argent bor-
daient la totalité des,drapeaux,surmontés
d'un'fer de lance.enaoier,bleu, et ayant,sur
le milieu une fleur de lys en or.
Sur l'estrade et, les marches imitant le
marbre de Labrador, étaient placés vingt-
quatre chandeliers dorés garnis d'autant de
cierges, ayant chacun un écusson aux armes
de France. Aux quatre coins on voyait quatre
candélabres resplendissant d'or, et chacun
garni de six branches armées de biscuits en
( 11 )
cire, et surmonté d'un septième beaucoup
plus grand et plus élevé.
Dans cette chapelle ardente on avait éta-
bli deux autels : l'un aux pieds du corps, et
l'autre derrière la tête, au levant et au cou-
chant de l'église.
Au dessus de celui du levant était placé
un dais tendu en noir avec des franges blan-
ches; l'intérieur et le pourtour étaient, garnis
en fleurs de lys en or.
Sur le derrière de l'autel, à la place du ta-
bleau, on voyait un drap mortuaire en velours,
noir, ayant la croix du milieu en drap d'ar-
gent, avec un galon de même métal ; le fond
noir, était parsemé de larmes en argent et de
fleurs de lys en or. Sur ce même fond noir
étaient brodées en bosse, en or et en argent,'
les armes de France.
Un tabernacle figuré en étoffe, noire
ayant une croix en blanc, avec les devants
d'autel et les gradins demême sorte, étaient
les ornemens de ces deux autels, garnis de
six chandeliers, et d'un pareil nombre de
cierges, ayant de chaque côté deux giran-
doles en cristal, garnies chacune de neuf
bougies.
Toute la voûte de la chapelle était tendue
( 12 )
en n'oir, parsemée de fleurs de lys en or;
des galons blancs dessinaient les angles et les
vives arrêtes des voûtes. Toutes les sinuosités
des massifs et des colonnes, ainsi que le pour-
tour de la chapelle, du haut en bas, étaient
drapées de noir. Deux larges bandes d'étoffe
blanche qui régnaient le long des corniches,
étaient garnies de larmes noires, et dans
l'entre - deux de ces bandes était placé un
rang de fleurs de lys en or. Au dessous,
dans un large espace, on voyait des écus-
sons aux armes de France, dont le fond
était en bleu, et alternativement garni de pal-
mes blanches, le tout disposé sur le fond noir.
Une bande blanche, imitant Thermine, ter-
minait cette tenture ; et l'autre bande du
dessus était parsemée de larmes' en noir.
Des tapis noirs étaient placés sur toutes
les marchés de l'autel et dans toute l'éten-
due de la chapelle.
Cinq candélabres verd et or, garnis de
sept biscuits,' comme ceux qui étaient aux
quatre coins du corps, se trouvaient placés
de chaque côté de la chapelle, avec six
lustres en cristal, garnis de six bougies ;
les uns étaient suspendus, les autres ados-
sés contre les murs, dans les deux passages
( 13 )
ouverts qui donnaient dans la chapelle ar-
dente.
Deux lampes sépulcrales en argent, et gar-
nies chacune de douze biscuits, étaient sus-
pendues à la voûte de la chapelle, à la tête et
aux pieds du corps. Le pourtour de la cha-
pelle était garni de siéges pour MM. les cha-
noines du chapitre royal de Saint-Denis. Les
chantres et le bas-choeur se trouvaient placés
derrière le cercueil.
Immédiatement à l'entrée, et sur la droite
de l'autel, étaient placés cinq rangs de siéges
pour les premiers gentilshommes de la cham-
bre et les officiers de la maison militaire et ci-
vile du Roi, qui devaient assister aux offices.
Depuis le matin sept heures, jusqu'à midi,
et de demi-heure en demi-heure, MM. les
chanoines célébraient des messes basses pour
le repos de l'âme de Louis XVIII. Elles
n'étaient interrompues que par la grand'-
messe, qui était solennellement chantée à
dix heures. Tous les ecclésiastiques connus
qui désiraient dire la messe au second au-
tel, étaient admis par les.officiers du cha-
pitre , et un grand nombre de MM. les curés
des environs, et prêtres de Paris, se sont
empressés d'en célébrer journellement.
( 14)
Après la dernière messe de midi, chaque
chanoine était obligé , avec un clerc, de
faire une station d'une demi-heure, et de
réciter une partie de l'office des morts. Ces
stations n'étaient interrompues que par les
vêpres des morts, qui étaient chantés so-
lennellement par le chapitre réuni. Immé-
diatement après, les stations avec les prières
recommençaient, et duraient jusqu'à cinq
heures, époque où commençaient les vi-
giles des morts, chantées comme les autres
offices. La maison du Roi assistait réguliè-
rement à tous ces différens offices ; elle ne
se retirait que pendant les stations.
Ce qui rendait encore plus imposantes les
cérémonies qui ont eu lieu pendant tout le
temps que le corps de Louis ■ XVIII a été
dans la chapelle ardente, c'est l'assiduité et
la piété des grands-officiers de sa maison et
de tout son ancien service ; leur tristesse
pouvait faire pressentir qu'ils connaissaient,
comme serviteurs et sujets, toute l'étendue
de leur perte. Plusieurs l'avaient suivi dans
ses malheurs et son exil ; ils en avaient été
récompensés : que fallait-il de plus pour
leur reconnaissance?
La maison du Roi a assisté à tous les of-
( 15)
fices du choeur, à la grand'messe et aux
basses messes ; elle a reçu avec dignité tou-
tes les députations des communes, des dif-
férens corps, villes et villages, qui se sont
présentées chaque jour, et en grand nom-
bre , ayant à leur tête leur pasteur et le
Corps municipal.
Depuis sept heures du soir, jusqu'au len-
demain matin à la même heure,' deux ec-
clésiastiques passaient toutes les nuits près
du corps, récitant des prières d'heure en
heure ; un garçon de sacristie, un huissieret
un suisse du chapitre, passaient également
toutes les nuits, et étaient prêts à recevoir
les ordres qu'on pouvait leur donner relati-
vement au service.
Dans le dehors, on avait disposé, à l'Hôtel-
de Ville, un corps de troupes assez nombreux
pour le service extérieur et les sentinelles,
qui étaient posées jour et nuit. Toute lajour-
née il y avait deux plantons des grenadiers
à cheval de la garde', établis dans des cha-
pelles intérieures; des corps- de-garde de
MM. les gardes du corps, des grenadiers à
pied de la maison du Roi, et des pompiers,
ayant des pompes et des seaux pour préve-
nir tout accident.
( 16)
Deux factionnaires des grenadiers à pied
de la garde étaient à l'entrée de la chapelle
ardente ; quatre gardes du corps, deux à
la tête et deux aux pieds, étaient posés au-
tour du corps, seulement immobiles pen-
dant le service. De simples factionnaires de
la garde royale étaient divisés dans l'inté-
rieur de l'église pour maintenir le bon ordre.
Il résulte de ce petit aperçu , en ajoutant
un bougeoir à deux cierges placé sur deux
socles noirs qui étaient sur les marches de l'au-
tel, qu'il y avait en biscuits garnis en cire,
en cierges et bougies, deux cent trente-qua-
tre mèches constamment allumées. Pendant
les offices, quarante à cinquante personnes
étaient réunies dans la chapelle ardente, sans
parler des gens au moins en même nombre,
que la piété ou la curiosité attirait pendant le
jour et aux heures des offices, qui se renou-
velaient de quart d'heure en quart d'heure.
Aussi, il faut convenir que souvent ceux
qui étaient placés dans le milieu, souffraient
de l'air étouffant et raréfié qu'on y respirait.
( 17 )
Disposition de l'intérieur de léglise.
Depuis le portail de l'église jusqu'à l'es-
pace qui forme la croix, et où se trouvent, à
droite et à gauche, deux portes , dont l'une
au midi donne dans la maison royale, et
l'autre au nord, par où on entrait à la chapelle
ardente, on avait construit huit travées gar-
nies de gradins et de banquettes, le tout re-
couvert en noir.
Dans la première travée sur la droite, ados-
sée contre la chapelle où l'on voit le tombeau
de François Ier, on avait élevé, à la hauteur
de dix pieds, la tribune destinée aux prin-
cesses de la famille royale. Elle se trouvait
placée en face de la chaire, ayant sur la
droite , à une distance de quarante pieds ,
l'ouverture du caveau, qui est au bas des
marches du choeur. Cette tribune était spa-
cieuse , très-ornée, et drapée avec la plus
grande pompe.
Immédiatement au bas de cette tribune,
donnant dans la nef, étaient placés des stalles
drapés, où se sont placés les Princes de la
famille royale, ayant immédiatement devant
eux la chaire, le catafalque un peu sur la
gauche, et le caveau à droite.
2
( 18 )
Les tribunes sur la gauche, et faisant face
à celle des princes , étaient destinées aux
dames des princesses, au service de la mai-
son du Roi et des Princes, et aux femmes des
ministres.
Dans la partie qui forme la croix de l'é-
glise , et qui, par deux portes, communique
l'une au nord et l'autre dans la maison royale,
on avait laissé un passage libre pour l'entrée
des princes , qui sont arrivés par la maison
royale. A droite et à gauche de cette entrée
on avait élevé deux magnifiques tribunes,
tout au plus distantes de vingt-cinq pieds du
caveau, et ayant vue sur la chaire. Sur le de-
vant de ces tribunes on avait réservé des
places pour les femmes des ambassadeurs.
Du côte opposé, qui était celui de la gau-
che et du nord, derrière la chaire, on
voyait la même répétition de tribunes et de
décorations, et plusieurs banquettes avaient
été réservées au bas de cette tribune ; dans la
nef on avait mis des banquettes pour le corps
diplomatique.
Au-dessous des autres tribunes, se trou-
vaient placées les diverses Cours de justice,
et tous ceux à qui leurs fonctions ou leur ser-
vice donnent le droit d'assister à Ces cérémo-

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