Deux bienfaiteurs des Landes de Gascogne : l'abbé Desbiey et Brémontier ; par l'abbé X. Mouls

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impr. de J. Delmas (Bordeaux). 1866. Desbiey. In-8° , 28 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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DEUX BIENFAITEURS
DES
LANDES DE GASCOGNE
L'ABBÉ DESBIEY ET BRÉMONTIER
PAR
L'ABBÉ X. MOULS
cunÉ D'ARCACHON, CHEVALIER DE LA LÉGION-D'HO?'NEt:n
Membre de plusieurs sociétés savantes
BORDEAUX
IMPRIMERIE TYPOGRAPHIQUE DE J. DELMAS
Rue Sainte-Catherine, 139.
1866
DEUX BIENFAITEURS
DES
LANDES DE GASCOGNk
::t:'JfÎ Jdesbiey ET brémontier
PAR
L'AÈBÉ X. MOULS
CURÉ D'ARCAGHON, CHEVALIER DE LA LÉGION-D'HONNEUR
Membre de plusieurs soci6tés savantes
BORDEAUX
IMPRIMERIE TYPOGRAPHIQUE DE J. DELMAS
Rue Sainte-Catherine, 139.
1866
A SON ÉMINENCE LE CARDINAL DONNET
ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
PRIMAT D'AQUITAINE, SÉNATEUR, ETC.
MONSEIGNEUR,
La mémoire de l'illustre Brémontier, fondateur des semis des
dunes du golfe de Gascogne, ne devrait pas laisser dans un pro-
fond oubli celle de l'abbé Desbiey, dont les savants écrits, appuyés
sur une expérience personnelle, servirent de guide à Brémontier.
Et pourtant, voilà l'injustice généralement commise de nos jours
à légard de l'abbé Desbiey, qui, originaire de ce pays, fut cha-
noine de Saint-André et secrétaire perpétuel de l'Académie de
Bordeaux.
Voulant y mettre un terme, Votre Éminence a daigné m'in-
viter, au nom de la religion, à faire connaitre la vérité sur ce
point important de l'histoire contemporaine de, cette province.
J'ai l'honneur de déposer humblement aux pieds de Votre
Éminence le fruit de mes recherches, avec ce titre :
Deux Bienfaiteurs des landes de Gascogne : l'abbé Desbiey et
Brémontier.
Deux noms glorieux qui doivent aller ensemble à la postérité.
J'aurais dû en ajouter un troisième : celui de Votre Éminence.
Depuis trente ans que la Providence vous a placé à la tête du
diocèse de Bordeaux, Monseigneur, que n'avez-vous pas fait pour
la contrée des Landes? Que de paroisses créées et pourvues de
prêtres ? Que d'églises et de presbytères bâtis ou restaurés !
Quelle est l'entreprise favorable aux landes que Votre Éminence
n'ait pas encouragée et comblée de bénédictions ! La ville d'Ar-
cachon, née comme par enchantement au milieu des dunes, sous
votre administration, est heureuse de vous mettre au premier
rang de ses bienfaiteurs. Si de ce théâtre de vos bienfaits je me
transporte à l'embouchure de la Gironde, sur les rivages de
l'Océan, Notre-Dame de la Fin-des-Terres, ensevelie dans les
sables depuis des siècles, arrachée, de nos jours, comme par
miracle, grâce à Votre Éminence, au tombeau qui la couvrait,
et rendue aux cérémonies du culte, reconnaît en vous, Monsei-
gneur, un grand bienfaiteur des dunes.
Daignez donc me permettre de placer sous votre haut patro-
nage cet opuscule, écrit dans le but de rendre hommage à la reli-
gion et à la vérité, en vengeant la mémoire de l'abbé Desbiey.
J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect,
de Votre Éminence
le très-humble et très-obéissant serviteur,
X. MOULS.
r
DEUX BIENFAITEURS
DES
LANDES DE GASCOGNE
L'ABBÉ DESBIEY ET BRÉMONTIER
1
La gloire de la fixation et de la fertilisation de nos dunes
appartient-elle à Brémontier uniquement? On le pense géné-
ralement, on le dit tout haut, on l'écrit, on l'imprime. Eh
bien! c'est une erreur, et nous nous proposons de le démon-
trer.
Loin de nous la pensée de ravir à Brémontier l'honneur qui
lui revient : il a bien mérité de l'humanité. Mais il est un
nom qu'on laisse trop facilement dans l'oubli et qui ne devrait
jamais être, séparé de celui de Brémontier : c'est le nom
de Desbiey.
Desbiey, Brémontier, voilà les deux grands bienfaiteurs des
dunes.
De l'embouchure de la Gironde, à celle de l'Adour, des
montagnes de sables, connues sous le nom de dunes, cou-
vraient , depuis des siècles, une superficie d'environ cent
vingt mille hectares. Cette immense surface, comparable à
6
celle d'une mer en fureur dont les flots élevés seraient subite-
ment fixés dans le fort d'une tempête, offrait aux yeux une
blancheur qui les blessait, une perspective monotone, un ter-
rain montueux, des sables arides, et enfin un désert effrayant.
Soulevée par les vents, cette masse énorme marchait, mar-
chait toujours de l'Océan vers les terres, et ensevelissait des
champs cultivés; les habitations, les monuments, les villages,
les cités entières, tout ce qui se trouvait sur son passage, rien
n'était respecté.
En moins d'un siècle, ces montagnes mobiles ont été immo-
bilisées , ces sables arides sont devenus féconds, une riche et
splendide forêt de pins résineux, toujours verts, protège et
couronne les dunes, grâce au génie bienfaisant de Desbiey et
de Brémontier.
Le premier a le mérite de l'invention., le second celui de
l'application ; l'un a trouvé le merveilleux secret de fixer et
de fertiliser nos dunes ; l'autre a su le mettre en pratique ;
l'un a posé le problème dans toute son étendue et l'a résolu
dans deux discours remarquables ; l'autre l'a pleinement exé-
cuté. Sans le zèle infatigable, sans la persévérance à toute
épreuve, sans l'influence justement acquise de Brémontier, la
vaste entreprise de l'ensemencement des dunes n'aurait peut-
être jamais été tentée et poursuivie avec une ardeur sans
égale par le Gouvernement. Mais il ne faut pas oublier (nous
le démontrerons), qu'étranger au pays, Brémontier avait
puisé ses idées, ses convictions, dans les savants écrits de
Desbiey.
En conséquence, il n'est pas permis de séparer les noms
de. ces deux personnages. Toujours unis, ils doivent aller
ensemble à la postérité. Voilà les deux plus grands bienfai-
teurs des Landes de Gascogne.
Toutefois, rendons hommage aux générations qui les ont
précédés. Longtemps avant eux, les habitants de ces contrées
avaient connu et pratiqué l'ensemencement des dunes ; té-
moin les deux magnifiques forêts plusieurs fois séculaires de
La Teste et d'Arcachon ; témoin ces nombreux débris de bois
- 7 -
que les érosions de l'Océan mettent à nu dans le golfe de Gas-
cogne, particulièrement dans la baie d'Arcachon, à la pointe
du Sud, où l'on rencontre, presque réduits à l'état fossile, des
troncs d'arbres énormes, recouverts par les sables sur les dunes
primitives. C'étaient autrefois des semis.
Leur origine se perd dans la nuit des temps. Ils sont anté-
rieurs à la domination anglaise, peut-être à l'invasion des
Normands, dont les barques pouvaient, en 848, accoster sans
- péril le Médoc ; peut-être même à la domination romaine, à
cette époque où notre littoral voyait ancrer, sur ses rives for-
tunées , des navires qui venaient échanger les richesses des
autres pays contre les produits de cette contrée ; dans tous
ces ports disparus, dans ces villes mortes, dévorées par la
mer et par les sables, à ce Noviomagus de Ptolémée, ou
Dumnatonim d'Ausone, d'où le Médule ou Médocain Théon,
heureux commerçant, mauvais poëte, envoyait à son spirituel
ami des vers et des oranges :
Aurea mala, Thcon, sed plumbea carmina mittis.
Il est probable que l'invasion des Barbares, en plongeant
ce pays dans la désolation, fit négliger les semis dont les pro-
cédés ingénieux finirent par se perdre, durant plusieurs siècles.
Plus tard. quelques habitants, et surtout les cap taux de
Buch, notamment Amanieu et Ruat, travaillèrent à l'ensemen-
cement des dunes. Mais ces essais, purement individuels,
opérés sur une échelle beaucoup trop restreinte, n'avaient
rien de sérieux; ils étaient sans importance : c'étaient des
avortons.
Aux grands maux les grands remèdes. Pour conjurer le
mal, il aurait fallu poser la question d'un ensemencement
général des dunes.
II
ABBÉ DESBIEY.
;-" Horiftejâi à •Bjpsbiey ! Le premier, il a posé cette immense
u:,m discours remarquable , lu en présence de
.: >,.:-,,
t'/ .: .-: -
8
l'Académie de Bordeaux, le 25 août 1774 , le premier, il a
résolu théoriquement, et dans toute son étendue, le grand
problème de l'ensemencement général des dunes.
L'abbé Louis-Matthieu Desbiey, né à Saint-Julien en Born
(Landes), vers l'an 1732, membre de l'Académie de Bor-
deaux en 1776, secrétaire perpétuel de cette Académie, en
1778, mourut à Bordeaux, le 14 novembre 1817, chanoine
de Saint-André et bibliothécaire du collège de la Madeleine.
Dès la plus tendre enfance , il révéla sa vocation au sacer-
doce : profondément chrétiens, ses parents secondèrent ses
heureuses dispositions; il se fit prêtre. Passionné pour l'étude,
celle de la théologie eut naturellement ses préférences; et
nous tenons de source certaine qu'il se distingua parmi ses
condisciples, particulièrement dans son cours de théologie.
Doué d'un esprit facile, pénétrant et surtout observateur, sans
se borner uniquement à l'étude de la religion, il se jeta avec
ardeur dans celle de la nature, dont il voulut connaitre les
trois règnes. Le règne minéral fixa tout spécialement son
attention, comme le démontre une lettre insérée dans les
manuscrits de la Bibliothèque de Bordeaux, et dans laquelle
il fait la description d'un certain nombre de minéraux recueil-
lis par ses soins, et adressés à l'Académie de la capitale de la
Guienne.
Il appliqua les forces vives de son intelligence à l'étude des
dunes, de leur nature, de leur origine, de leur formation, de
leur étendue, de leurs progrès, de leurs ravages, des moyens
de les arrêter et de les ensemencer, questions de la plus
haute importance pour lui, pour sa famille, pour son pays
natal, pour la société tout entière.
Les loisirs que lui laissa son ministère furent consacrés à
Pexamen approfondi de toutes ces questions. Il eut le bon-
heur de les résoudre, comme le démontrent ses écrits.
Ces dunes n'étaient qu'un grand amas de sables quartzeux,
semblables à une multitude de perles plus ou moins rondes,
offrant le brillant et la transparence du quartz-hyalin. Ce
quartz avait été un roc ; ce roc n'était plus qu'un grain, assez
9
gros pour n'être pas enlevé comme la poussière, mais assez
petit pour céder à l'action des vents. Les frottements, les chocs
multipliés qu'avaient dû éprouver ces fragments d'une des
roches les plus dures du globe, avaient été tels que pas un
de ces grains de sable ne rappelait la forme de cristallisation
du quartz. Que de siècles, que de révolutions n'était-il pas
nécessaire d'admettre pour expliquer l'état actuel des sables
des dunes 1 quel travail dans les mers, sur les terres, au
sommet des montagnes, pour opérer cette immense transfor-
mation 1
Mais quelle était l'origine des dunes elles-mêmes ?
A quelle époque précise avaient-elles commencé de se
former?
D'après les recherches de Desbiey, elles devaient compter
environ quatre mille ans d'existence, et remontaient au dé-
luge. Immédiatement après ce grand cataclysme, elles pri-
rent naissance; de siècle en siècle elles se développèrent. Le
travail incessant de la mer et des vents accumula sur ces
rivages une chaîne plus ou moins régulière de montagnes de
sables, longue de deux cent quarante kilomètres, entre l'em-
bouchure de la Gironde et celle de l'Adour, large d'environ
six ou huit kilomètres, et capable de s'élever à une hauteur
de cent mètres au-dessus du niveau de la mer.
Ces dunes étaient plus ou moins élevées, plus ou moins
avancées dans les terres, suivant les circonstances qui avaient
concouru à leur formation, qui en avaient retardé ou accéléré
la marche, telles que la violence et la direction des vents, la
pente plus ou moins rapide du lit de l'Océan, et les différents
obstacles qu'elles avaient pu rencontrer.
Changeantes comme la cause qui les avait produites, tantôt
solitaires, tantôt contiguës, tantôt jetées les unes sur les au-
tres, ou divisées en chaînes que séparaient d'étroits vallons
appelés lètes, elles ne restèrent pas toujours dans le même
état : elles étaient le jouet des vents.
Les vents d'ouest, se trouvant les plus impétueux et les
plus fréquents, ces montagnes mouvantes s'avançaient vers
10 -
les terres comme une armée rangée en bataille et menaçaient
de tout engloutir impitoyablement. Parfois un ouragan trans-
portait subitement, à plusieurs mètres de distance, des dunes
entières. Mais, en temps ordinaire, la masse générale de ces
sables s'avançait de dix toises par an vers les terres, obstruait
les canaux par lesquels les eaux se rendaient à la mer. Pri-
vées de débouché, les eaux refluaient vers les plaines, inon-
daient et désolaient les campagnes. De là ces nombreux
marais, ces étangs qui occupaient un vaste terrain derrière
les dunes, depuis la pointe de Grave jusqu'à l'Adour.
Les lacs de Lacanau et de Cazeaux étaient de véritables ports
de mer. Celui de Lacanau communiquait avec l'Océan par un
canal encore appelé le chenal d'Anchise, expression qui lais-
serait supposer une émigration des peuples de l'Orient sur le
littoral du golfe de Gascogne.
L'étang de Cazeaux avait aussi une embouchure vers -la
mer, et le chenal très-profond qui est au pied des dunes, du
côté de l'Océan, porte encore le nom de Port de Maubrug.
Les issues s'étant fermées successivement par l'action des
sables, il resta un immense volume d'eau sans écoulement.
Alimentés par les eaux pluviales et par des ruisseaux, ces
lacs devinrent peu à peu moins salés, et cessèrent absolument
de l'être lorsque les dunes les eurent complètement séparés de
la mer, et lorsque le travail incessant des sables eut exhaussé
le niveau des étangs.
Telles furent les observations de l'abbé Desbiey, relative-
ment à la nature, à l'origine, à la formation, aux progrés et
aux ravages des dunes.
Pendant qu'il se livrait à ces études, son bien patrimonial
de Saint-Julien était menacé par une montagne de sables.
Comment arrêter ce fléau, qui avait accumulé tant de ruines
dans le passé, semait l'épouvante dans le présent, et était
gros de menaces pour l'avenir? Où trouver un remède à un
mal qu'on croyait sans remède ?
Comment arrêter ces montagnes? Par des digues ou des
jetéeslt. Mais où trouver une assiette, un fondement?
- 41 -
Serait-ce en consolidant les sables, en les dérobant à l'ac-
tion des vents par une active végétation? Mais comment fixer
la végétation elle-même? Comment attacher des racines dans
des sables sans cesse agités?
D'ailleurs, comment favoriser la végétation dans des débris
de quartz n'offrant en apparence aucune terre propre à la
culture?
Ici se révèle l'esprit éminemment observateur de Desbiey.
Il constate d'abord qu'à quelques centimètres de profondeur,
on rencontre toujours une certaine humidité, qui augmente
de densité en raison de l'élévation; que, par conséquent, le
sommet des monticules est plus compacte que les sables de
leurs bases.
Plusieurs causes, aussi simples que naturelles, doivent
concourir, selon lui, à entretenir une fraîcheur permanente
dans les sables, si arides à la surface : on sait que l'air est le
plus souvent surchargé de molécules d'eau pendant la nuit, et
même quelquefois pendant les jours les plus beaux. N'a-t-on
pas vu, dans l'automne et le printemps, par des vents de sud-
ouest assez chauds, avec un ciel sans nuages, les pavés, les
graviers aussi mouillés que s'il était tombé une légère pluie ?
Ces faits prouvent que partout où il y a de l'humidité dissé-
minée dans l'air, ces molécules surabondantes se déposent sur
tous les corps durs et lisses, conséquemment peu poreux, tels
que les marbres, les glaces; qu'elles s'y accumulent de ma-
nière à couler et à tomber en gouttes sur la terre.
Or, ces deux causes se réunissent dans les dunes de Gas-
cogne.
Leurs sables, presque tous quartzeux, sont d'une finesse
extrême; sans cesse roulés par les flots et par les vents, ce
ne sont plus que de petites sphères polies, qui ne se touchent
que par un point ; elles laissent entre elles des vides où l'air
et l'humidité les enveloppent. L'humidité est encore fixée par
les parties salines que déposent l'air et l'eau, toujours chargés
de sel sur les bords de l'Océan.
D'ailleurs, les sables quartzeux de la superficie, tantôt opa-

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