Deux épîtres à M. le comte de Barruel-Beauvert ... précédées d'une lettre en prose, par M. le chevalier de Cubières-Palmézeaux,...

De
Publié par

impr. de Fain (Paris). 1815. 16 p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : dimanche 1 janvier 1815
Lecture(s) : 3
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 15
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

DEUX ÉPITRES
A
M. LE COMTE DE BARRUEL - BEAUVERT,
Ancien Colonel d'Infanterie , Chevalier de l'Ordre Royal et
Militaire de St.-Louis, Chevalier-Commandeur de l'Ordre Noble
et Chapitrai d'Allemagne , décoré de l'Ange-Gardien ( avec
Vautorisation de S. M.), et l'un des Otages de Louis XVI,
lors de son arrestation à Varennes ;
PRÉCÉDÉES D'UNE LETTRE EN PROSE,
Par M. le Chevalier de CUBIÈRES-PALMLZ EAUX , ancien Écuyer de
MADAME Comtesse d'Artois , Membre des Académies de Lyon,
Dijon, Rouen, MarseiUp< Toulouse. etc.
PARIS,
IMPRIMERIE DE F AIN, PLACE DE L'ODÉON.
1815.
à
À MONSIEUR LE COMTE
DE BARRUEL-BEAU VERT,
MON CHER COMTE,
A
u commencement de la révolution, je vivais fort
tranquillement au milieu de quelques littérateurs célè-
bres, qui se rassemblaient presque tous les jours chez
l'immortelle Comtesse Fanny de Beauharnais, femme
ipussi aimable que savante, et qui, depuis long-temps,
avait pour nous tous beaucoup d'estime. Je jouissais
dans cette société de tous les plaisirs innocens que pro-
cure la conversation des personnes éclairées, et c'est à
cette époque que je composai la première Epître que
je vous adressai en 1788. Cette Epître , qui depuis
a été imprimée et publiée plusieurs fois, n'est pas
trop bonne, mais elle est l'exposition naïve de mes
opinions politiques. Vous y avez vu dans le temps
que je n'étais point l'ennemi du trône ni du gou-
• vernement que nous avions alors ; gouvernement paisi-
ble qui avait bien quelques abus, mais qui nous rendait
plus heureux que nous ne l'avons jamais été depuis la
révolution. Malheureusement pour moi, quelques jours
après la journée fatale du 10 août, une députation de
ma section vint chez moi , et l'orateur de cette députa-
tion me fit entendre d'une manière très-énergique que
si je n'allais point aux assemblées de la section, c'est-à-
dire aux assemblées du peuple, je serais regardé comme
un aristocrate, et bientôt arrêté , mis en prison et
guillotiné. J'avoue que ces paroles me firent peur, et
n'ayant point assez de fortune pour émigrer, j'allai aux
assemblées de ma section , où je n'entendis parler que
de liberté et d'égalité. On nous avait fait lire au collège
et même apprendre par cœur, un livre tout républi-
cain , intitulé : selectœ è profanis : on nous avait fait
Jire les oraisons de Cicéron, la pharsale de Lucain.,
le poëme de Lucrèce de naturâ rerum, etc. ; et
j'avoue que les discours des orateurs du peuple, bons
ou mauvais, réveillèrent dans ma mémoire des idées
que le temps y avait amorties, et que je me crus un
républicain, parce que j'entendais toujours parler de
république. La vérité est que je n'ai jamais été républi-
cain y mais toujours patriote ainsi que vous ; ce qui est
bien différent. Un républicain court après des chimères
métaphysiques qui ne peuvent guères exister en France,
un patriote aime sa patrie et son roi. Telle est et telle
a toujours été notre profession de foi politique. Oui ,
je suis patriote ; oui, j'aime ma patrie et mon roi ;
oui, j'aime la liberté qui n'est point la licence 5 oui,
j'aime l'égalité aux yeux de la loi. J'ai-pu, sous le règne
de la terreur, composer quelques écrits qui semblaient
dire le contraire; mais ces écrits étaient dictés par la
terreur même : il fallait alors écrire dans le sens des
terroristes, ou aller à l'échafaud. J'ai pu avoir peur de
la mort, mais jamais de la vérité. Quelques personnes
mal-intentionnées interpréteront cet aveu à leur ma-
, .,
nière ; j'aurai toujours pour moi ma conscience , votre
opinion qui m'est chère, et peut-être l'opinion pu-
blique.
Polybe, le sage Polybe, compare Athènes à un
vaisseau, où, tant qu'on ne craint rien , on fait peu
d'attention au pilote. La tempête arrivée, on le cherche
vainement, on ne le trouve pas. Le pilote a été obligé
de se cacher par suite des mauvais traitemens que lui
ont fait essuyer quelques passagers , et par suite surtout
de l'indifférence des autres. Cependant on le désire tou-
jours , et enfin il se présente : les flots se calment à son
aspect, la tempête cesse, et les cieux redeviennent
sereins et tranquilles. On sent alors, mais trop tard , la
nécessité d'avoir un sage pilote, et de tous côtés on
fait des vœux pour sa conservation. Ce que dit Polybe
d'Athènes est très-applicable à la France : par les tem-
pêtes affreuses que nous avons essuyées, nous avons
senti la nécessité d'avoir un bon pilote, et ce bon pilote
ne peut en France être qu'un roi. C'est votre opinion,
c'est la mienne.
La seconde Epître que je vous adresse ne vaut guères-
mieux que la première. J'ai tâché néanmoins d'y déve-
lopper en vers harmonieux ce que je viens de vous dire
ici en mauvaise prose. Mais que mes efforts ont été
inutiles ! Il faudrait avoir vos talens pour bien écrire
en prose et en vers ; il faudrait principalement avoir
ceux que vous avez déployés dans vos lettres sur J.-J.
Rousseau, ou vous avez égalé votre modèle.
Votre vieil ami et admirateur,
CUBIÈRES-PALMÉZEAUX..
Le 24 janvier I8I5.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.