Deux lettres à MM. les électeurs du département de la Seine qui sont producteurs, par Henri Saint-Simon

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chez les marchands de nouveautés (Paris). 1822. In-8° , 12 p..
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Publié le : mardi 1 janvier 1822
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(Extrait de la troisième Partie du Système industriel.)
DEUX LETTRES
A MESSIEURS LES ELECTEURS
DU
DÉPARTEMENT DE LA SEINE
QUI SONT PRODUCTEURS;
PAR HENRI SAINT-SIMON.
PRIX : 75 CENTIMES:
A PARIS,
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
JUIN 1822.
DE L'IMPRIMERIE DE MOREAU, RUE COQUILLIÈRE, N° 27.
PREMIERE LETTRE
A MESSIEURS LES ÉLECTEURS
DU
DEPARTEMENT DE LA SEINE
QUI SONT PRODUCTEURS.
M
ESSIEURS,
Vous vous êtes donc enfin déterminé à placer
principalement votre confiance dans les produc-
leurs, c'est-à-dire dans vos pairs.
Vous aviez douze députés à nommer, vous les
avez presque tous choisi parmi les fabricans, les
négocians et les banquiers ; c'est la première élec-
tion dans laquelle vous vous soyez montré d'une
opinion politique franchement industrielle; c'est
la première que vous ayez conçu dans votre inté-
rêt, qui est le véritable intérêt national; c'est la
première enfin dans laquelle vous ayez suivi la di-
rection convenable pour terminer la révolution.
Cette élection est une preuve certaine que vous
sentez maintenant, mieux que vous ne l'aviez fait
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jusqu'à ce jour, votre force, vos droits et votre ca-
pacite.
Vous voilà donc enfin entré dans la bonne route;
vous ne sauriez y marcher trop rapidement. Hâ-
tez le plus possible le développement de la con-
fiance que vous commencez à prendre dans votre
force, dans vos droits et dans votre capacité poli-
tique, c'est ce que vous pouvez faire de mieux pour
votre intérêt, pour celui de la nation et pour ce-
lui du roi.
Messieurs, je vais jeter un coup-d'oeil sur les rap-
ports qui ont existé et sur ceux qui existent aujour-
d'hui entre la propriété territoriale et la propriété
mobilière, entre les grands propriétaires du sol et
les possesseurs des ateliers ; c'est, je crois, la ma-
nière dont je puis contribuer le plus efficacement
au développement de cette confiance en vous-mê-
mes dont je vous parlais tout-à-l'heure.
Charlemagne se faisait personnellement rendre
compte de la vente des légumes récolles dans ses
potagers et dès foins recueillis sur ses prairies. Les
grands barons étaient cultivateurs; c'était eux prin-
cipalement qui dirigeaient les travaux de la cam-
pagne; ils s'occupaient de l'éducation des bestiaux;
leurs femmes et leurs filles faisaient exécuter les
étoffes qui se fabriquaient alors, et travaillaient a
confectionner ces étoffes en vêtemens pour leurs
familles. A cette époque les grands propriétaires
territoriaux étaient en même temps propriétaires
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du mobilier, de la culture et de la fabrication ; ils
étaient les chefs du peuple dans ses travaux jour-
naliers en même temps que les directeurs de l'ad-
ministration des affaires publiques; en un mot ils
étaient, quant au temporel, les hommes les plus
capables en même temps que les plus riches.
L'affranchissement des communes a donné nais-
sance à une nouvelle classe de propriétaires, celle
des possesseurs des richesses mobilières. Ces nou-
veaux propriétaires ont fait, de la production, leur
occupation unique; ils ont travaillé sans, relâche à
perfectionner toutes les branches de. l'industrie,;
ils se sont surtout attachés à simplifier l'adminis-
tration et à la rendre la plus économique possible;
mais ils se sont contentés jusqu'à présent d'em-
ployer leur capacité en administration pour la di-
rection de leurs entreprises particulières, et ils
n'ont pas encore essayé d'en faire application à la
direction des affaires publiques.
Messieurs, je vais vous présenter un principe gui
paraîtra parfaitement clair à tout le monde, prin-
cipalement à vous.
Les travaux, qui ont la production pour objet;
sont les seuls qui puissent faire acquérir une capa-
cité'positive en administration.
Jugez les choses d'après ce principe, et vous re-
connaîtrez que mes instances, pour vous engager
à prendre confiance dans votre capacité politique
en administration, sont très-solidement fondées.
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Je vais vousrépéter, avec de légers changemens,
ce que je vous ai déjà dit plus haut, parce que je re-
garde cette répétition comme le moyen le plus utile
que je puisse employer pour déterminer votre en-
tière conviction à cet égard.
Depuis la conquête ( qui est le titre primitif et
très-peu moral de la propriété des grands domai-
nes) jusqu'à l'affranchissement des communes, les
propriétaires de ces domaines ont été les chefs su-
prêmes dés travaux, ayant la production pour ob-
jet; ainsi ils ont été ceux qui ont dû être chargés
de la direction des affaires publiques, parce qu'ils
étaient les plus capables en administration.
Depuis l'affranchissement des communes, les
grands propriétaires territoriaux ont successive-
ment cessé de s'occuper de la production; ils ont
abandonnés l'habitation de la campagne ; les plus
riches se sont fait courtisans ; ceux de la Seconde
classe ont fixé leur principal domicile dans les
villes. Jouir, est devenu leur occupation presque
exclusive; ils ont nécessairement perdus; successi-
vement leur capacité en administration et leur in-
capacité dans ce genre a été complettement cons-
tatée par la diminution successive de leurs do-
maines, qu'ils ont été obligés de vendre en grande
partie pour acquitter les dettes que de folles dé-
penses leur avaient fait contracter. C'est par con-
séquent une chose évidemment monstrueuse que
ce soient eux qui exercent aujourd'hui la princi-

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