Deux zéros et demi

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Un barbare obsédé et mégalomane, une guerrière dominatrice et un magicien incompétent et complexé englués dans un complot inextricable où il ne s’agit que de s’opposer à des démons, dieux et nécromants pour sauver le trône de l’empire … Une broutille. De l’érotisme (un peu), de l’humour (beaucoup) et des bastons (répugnantes) : « Le livre le plus drôle que j’ai lu depuis bien longtemps ! » Winston Churchill.
Publié le : lundi 8 février 2016
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EAN13 : 9791032500132
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Guillaume Lecler

Deux zéros et demi

 


 

© Guillaume Lecler, 2016

ISBN numérique : 979-10-325-0013-2

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Internet : laboutiquedesauteurs.cultura.com


 

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Le monde d’Athaël, comme tous les mondes1, est régi par des dieux. Et comme toujours et partout, ceux-ci ont été façonnés par les croyances des hommes. Mettons des hommes pour faire simple, parce qu’il existe assurément des mondes peuplés d’espèces bien différentes. Des trucs bizarres pleins de pattes arachnoïdes ou, à l’opposé, gélatineux comme des méduses. En tout cas, des machins pas évidents pour la communication inter-espèces. Des dieux façonnés par les croyances disions-nous : d’où le fondement tout relatif de l’expression « fait à son image »... Il y a réciprocité, pour le moins. Athaël ne déroge pas à la règle. Ses divinités ressemblent à leurs ouailles, et inversement, avec leurs lots de mesquineries en tous genres et, quelquefois, miracle (mais bon, ce sont des dieux, donc tout est possible), de qualités. Un bien beau bordel, en pratique. Imaginez que vous ayez le pouvoir de réaliser toutes vos envies, et votre voisin aussi. Vous savez, votre charmant voisin, celui qui attend toute la semaine avec une patience infinie de se mettre à tondre la pelouse à huit heures le dimanche matin. Donc, vous avez la faculté d’accomplir tous les deux vos petites concupiscences. Il y a peu de chances qu’elles coïncident exactement, et généralement, c’est celui qui possède la tondeuse la plus bruyante qui finit par l’emporter. Et bien, chez les dieux, il n’en va pas autrement. A la différence près qu’ils ont à leur disposition des tondeuses bien particulières, bourrées d’options, les hommes.

 

1

 

 

ET JE TE DIS, MOI, QUE LES CHOSES SONT INTANGIBLES, ÉCRITES. ON N’Y PEUT RIEN CHANGER. J’ME DONNE ASSEZ DE MAL POUR CA !

TOUT CA C’EST DES CONNERIES ! TU AS UN POINT DE VUE PARTISAN ET PUIS C’EST TOUT !

AH, PARCE QUE TOI, TU N’AS PAS UN POINT DE VUE PARTISAN, PEUT-ÊTRE ?

Ca bardait sévèrement, là-haut. La salle de réunion des dieux, une fois de plus, était le théâtre d’une sempiternelle, et surtout stérile, dispute. Qu’elle agitât deux divinités ne lui octroyait en rien le masque d’un semblant de dignité. Cela faisait d’ailleurs bien longtemps, dans ce monde où finalement les dieux et les hommes se ressemblaient par trop, que la déesse de la dignité s’était résignée à ne plus apparaître que sous la forme éthérée d’un vague souvenir. Alors, que l’âpre discussion entre les déités revêtît la forme d’une controverse de cour de récréation n’était en rien surprenant. Le Destin et sa consœur aux deux visages, la déesse de la Chance et de la Malchance, se querellaient pour la énième fois. Oui, elle affichait cette double allégorie antagoniste : ç’aurait été trop facile aussi, un univers où n’aurait existé que la notion de chance ! Si la loterie ne comptait que des gagnants (et pour que cela marche, encore faudrait-il que tous les gains soient d’un montant analogue), cela tuerait du coup le concept même de chance, et en plus le dieu du Hasard ferait la gueule. Par ailleurs, si la Malchance se personnifiait comme entité propre, ses adorateurs se limiteraient sans doute à quelques résidents permanents de maisons de soins psychiatriques. « Je vous en prie, Déesse, accordez moi une mauvaise récolte, donnez-moi la défaite dans la bataille à venir, puissiez-vous faire tomber la grêle tous les jours de l’année... » Vous y croyez, vous ? Cependant, cette double étiquette avait développé chez elle une pathologie schizophrène certaine. Il était fréquent que sa main gauche reprenne ce que la droite avait accordé la semaine précédente. Il arrivait que le Destin aussi porte une cagoule : les jours de mauvais poil, il enfilait une jupe et se faisait appeler la Fatalité. Ils bataillaient ainsi depuis la nuit des temps, ou plus précisément depuis que l’homme avait eu, pour la première fois, besoin de se dire pour épargner sa santé mentale : "C’est pas d’ma faute ! Y’a sûrement un type, là-haut, qu’a tout écrit à l’avance, c’est pô possib’ autrement." Ou inversement, "Merde, si la guigne n’avait pas dévié ma flèche, j’aurais à bouffer ce soir et je s’rais pas veuf maintenant ! " Pour la petite histoire, c’était un mardi.

On allait bientôt en venir aux noms d’oiseaux…

TU FAIS CHIER. SI ON NE POUVAIT PAS INFLUER SUR EUX, TU CROIS QUE JE SERAIS VENERÉE COMME CA ?

C’EST UN RAISONNEMENT PAR L’ABSURDE : TU NE PEUX PAS DEMONTRER PAR UNE PRATIQUE BIGOTTE LA VERACITE DE TES ASSERTIONS. COMME NOUS TOUS, TU N’EXISTES QUE PARCE QU’ILS CROIENT EN TOI. C’EST PAS POUR CA QUE CA TE DONNE LA POSSIBILITE D’AGIR SUR LEUR DESTIN. IL TRANSCENDE TOUT.

HA ! JE TE TIENS LA ! SI J’EXISTE PAR LEUR CROYANCE, ALORS CA ME DONNE EFFECTIVEMENT LE POUVOIR QU’ILS M’ATTRIBUENT. CQFD ! JE VAIS MEME ALLER PLUS LOIN POUR DEMONTRER QUE C’EST TON RAISONNEMENT A TOI QUI EST ABSURDE ; EN PRETENDANT QUE LES HOMMES NE PEUVENT PAS CHANGER LEUR DESTINÉE, C’EST QUE TU LA CONNAIS A L’AVANCE : TU VERRAIS DONC LE FUTUR. MAIS DES LORS, SI ON CONNAIT LE FUTUR, ON PEUT AGIR POUR LE MODIFIER ! ET JE VIENS DE PROUVER, MERCI MESSIEURS-DAMES, QUE LE DESTIN N’EST PAS UNE FATALITE, HA, HA, HA !

— MOI-MÊME, MOI-MÊME, MOI-MÊME ! QUELLE SPECIOSITÉ !, se gaussa avec condescendance le Destin. TU NE CROIS QUAND MÊME PAS QUE LES MALHEUREUSES ET PITOYABLES TENTATIVES DES HOMMES POUR ECHAPPER A LEUR DESTIN PEUVENT AVOIR UNE QUELCONQUE INFLUENCE SUR CELUI-CI ? MÊME INFORMÉS DE LEUR AVENIR, LEURS DERISOIRES COUPS DE PIEDS DANS L’EAU NE PEUVENT RIEN CONTRE LE FLUX DE L’OCEAN ! J’ABSORBE LEURS PETITES VAGUELETTES ET ADAPTE L’HISTOIRE POUR TENDRE VERS LE BUT ECRIT DE TOUTE ETERNITE. SINON, JE NE VOIS PAS BIEN POURQUOI LE DIEU DES ARTS SE SERAIT CASSÉ LE BONNET À CREER LA TRAGEDIE !

ET C’EST MOI QUI SUIS SPECIEUSE ! JE TE PROUVE QUAND TU VEUX QUE JE PEUX, QUE LES HOMMES EUX- MÊMES PEUVENT AGIR SUR LEUR DESTINÉE !

CA M’INTERESSERAIT VIVEMENT DE TE VOIR TE RIDICULISER. QU’EST-CE QUE TU PROPOSES ?

ON SELECTIONNE DES INDIVIDUS QUELCONQUES ET ON PARIE SUR LEUR DEVENIR.

COMMENT LES CHOISIT-ON ?

PEU IMPORTE. LES PREMIERS GUIGNOLS VENUS FERONT L’AFFAIRE.

Le dieu du destin se retourna les yeux et contempla, au milieu des circonvolutions gélatineuses de ce qui lui tenait lieu de matière cervicale, l’humanité.

AH ! JE TIENS NOS CLIENTS. ET JE CROIS QUE J’EN AI DENICHÉ DE BONS.

La chance eut une moue septique.

PAS TROP BOULETS AU MOINS ?

Le destin ricana.

QU’EST-CE QUE CA PEUT FAIRE ? D’UNE FACON OU D’UNE AUTRE, POSITIVE OU NEGATIVE, TU AS DIT QUE TU POUVAIS CHANGER LE COURS DES CHOSES, ET EUX EGALEMENT…

MOUAIS. MAIS Y’EN A AVEC QUI C’EST PLUS DIFFICILE QU’AVEC D’AUTRES, C’EST TOUT… J’INTERVIENDRAI DONC. MAIS TOI QUI AFFIRME QUE RIEN NE PEUT MODIFIER LE DESTIN, A L’INVERSE, TU DEVRAS TE GARDER DE T’IMMISCER DE QUELQUE FACON QUE CE SOIT ! ON EST BIEN D’ACCORD ?

 

2

 

 

Dans la vie, chacun passe par des hauts et des bas. Un jour au sommet de la gloire, l’autre au fond du gouffre. Plus on monte haut, plus dure est la chute ; c’est bien connu. Surtout quand l’ascenseur social retombe parce que les câbles ont lâché : ça va plus vite et ça fait encore plus mal. Tous ces lieux communs s’appliquaient parfaitement à deux des premiers protagonistes de cette histoire. Leur situation haut-perchée reflétait paradoxalement leurs déboires. Ils se balançaient doucement, suspendus par les pieds à la branche d’un arbre qui, s’il avait possédé un appareil oculaire, aurait joui du coup d’une vue imprenable. Le premier, un petit homme dont la robe retroussée vicieusement par la gravité empêchait de distinguer tout des traits mais en revanche rien du reste, laissait échapper de temps en temps d’une voix criarde un commentaire caustique qu’il alternait avec plaintes et gémissements. Le second, ou la seconde pour être précis, certainement une pauvresse à voir le peu de vêtements à sa disposition, mais très, très riche en revanche à considérer l’opulence de certaines de ses régions périphériques, gardait le silence et tentait sans répit de se défaire de ses liens. La gravité produisait aussi certains effets sur elle et ses régions périphériques, mais nettement plus attractifs pour les spectateurs, tiraillés entre ladite attraction et la gravité. En effet, au sol, toute une troupe de gobelins les observaient en poussant des cris garés au carrefour du hennissement et du ricanement - et du couinement pour l’un d’entre eux qui n’avait pas réussi l’examen de passage de la puberté, mais qui n’en manifestait pas moins bruyamment pour autant sa satisfaction au spectacle.

— On a souvent été plongé dans la merde dans nos aventures, mais à cette profondeur, jamais ! gémit le petit malingre.

— Sûr ! J’crois qu’cette fois-ci, si on s’en sort, faudrait p’têt voir à augmenter notre effectif, acquiesça la jeune femme.

A cet instant, les gnominidés tranchèrent la corde du piège qui les retenait. La gravité, cette perfide, peut produire des tours bien à elle, et de façon sélective : l’homme chut et se répandit à terre comme le trop plein d’un ruminant dysentérique, tandis que la jeune beauté parvenait, grâce à un habile et élégant rétablissement, à amortir sa chute, les pieds bien campés dans les reins de son compagnon.

— Pourquoi ? Mais pourqouaaaaaa c’est toujours pour moi, les gnons et les gadins ?

— T’inquiète pas, lui dit-elle en désignant du menton les gobelins qui s’avançaient menaçants, j’crois qu’on va être servis tous les deux. Merde ! Y nous faudrait un gros costaud plein de muscles partout pour ce genre de situation !

 

3

 

 

Ethinor Thamer, guerrier barbare de son état, fils de Thamer, petit-fils de Thamer, Ethinor aux cent combats, Ethinor aux mille aventures, Ethinor aux dix mille victoires, en un mot Ethinor Thamer LE guerrier, ayant trucidé, expédié, découpé, massacré tout ce qui se pouvait trouver de gobelins, goules, dragons et autres saloperies dans la région, se trouva fort dépourvu quand le temps des distinctions fut venu. Comment devenir le guerrier le plus grand, le plus célèbre, le plus admiré de tous les âges si rien ni personne ne se présentait pour se faire occire ? Le monde, barbare et égoïste, faisait montre de pingrerie quand il s’agissait de dispenser un peu de complaisance… Un compagnon d’infortune lui conseilla d’interroger le Grand Mage Manufatorasumenos, Plus Grand Devin du Pays, Meilleur Divinateur du Royaume, prophétie garantie, tu verras p’tain, tu s’ras pas déçu ! On disait de lui qu’il possédait toutes les réponses et qu’il pouvait indiquer à tout à chacun sa destiné. Aussi Ethinor chevaucha-t-il encore et encore, n’ayant de cesse d’avoir trouvé le magicien. Les paysages défilèrent autour de lui, le soleil et la lune dansèrent une ronde infernale au-dessus de lui, la faim et la soif disparurent en lui pour ne laisser la place qu’à cette idée fixe : demander au Grand Mage Manufatorasumenos, Plus Grand Devin du Pays, Meilleur Divinateur du Royaume, quelle était sa voie et quelle quête magnifique et grandiose il devrait accomplir pour accroître sa gloire et sa renommée. P’tain.

Le magicien résidait dans une tour imposante, très haute et sinistre à souhait. La noirceur des nuages qui flottaient en permanence au-dessus de l'édifice ne le disputait qu’aux ténébreuses plumes des corbeaux qui poussaient leurs cris lugubres aux alentours. Typiquement le genre de lieu où l’on s’attend à trouver des chauves-souris en pagaille, des portes qui s’entrebâillent bizarrement toutes seules et une jeune ingénue vêtue d’un simple voilage diaphane, malgré les cinq degrés de l’air ambiant, qui ouvre de grands yeux en se demandant ce qu’elle peut bien faire là2. On pouvait trouver là des corbeaux, oui, des toiles d’araignées en veux-tu en voilà, mais des chauves-souris, foin. Non, elles avaient été éradiquées par des choses bien plus effrayantes.

Ayant mis pied à terre, Ethinor ajusta son épée, fit jouer sa remarquable musculature et se dirigea vers la porte. Il en actionna le marteau et, n’ayant pas obtenu de réponse, se mit en devoir, sans plus de formalités, de la pousser et d’entrer. Il pénétra dans une vaste et sombre pièce, encombrée d’un invraisemblable assemblage de bric et de broc : grimoires, appareils étranges, cornues, alambics et bocaux, animaux empaillés ou en cours de décomposition, plantes séchées et ingrédients sous verre. Quelques torches accrochées aux piliers faisaient de leur mieux pour enfumer et empuantir l’atmosphère. De subreptices déplacements sous les meubles ou derrière les tentures pouvaient se deviner du coin de l’œil, mouvements qu’il était préférable d’attribuer à d’hypothétiques rongeurs qu’aux idées peu rassurantes qui s’imposaient plus spontanément à l’esprit.

En ce jour de labeur, quel est donc le maraud

Qui fort impudemment trouble mon cher repos ? fit un vieillard de haute taille et de belle prestance au fond de la salle.

Euh, moi, répliqua finement Ethinor, quelque peu ébranlé tout de même par le lieu et l’assurance de son interlocuteur.

Avouons tout de suite qu’Ethinor, tout grand guerrier qu’il était, n’avait jamais beaucoup apprécié les magiciens. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler…

Eh bien ! Dis-moi donc ton patronyme à l’instant

Qu’on sache de qui relèvent ces yeux fuyants.

Un rien piqué au vif par la condescendance du mage –il était Ethinor LE guerrier tout de même, merde !-, le barbare se dressa de toute sa hauteur et lança avec superbe :

Je suis Ethinor Thamer le guerrier, fils de Thamer, Ethinor aux cent combats, Ethinor aux mille aventures, Ethinor aux dix mille victoires, Ethinor ...

A la langue bien pendue, on aura compris !

Dis-moi prestement ce que tu me veux ici !

Si tu as fait ce très long chemin pour me voir,

C’est qu’une importante question tu dois avoir.

Garde ! Une seule réponse tu auras !

Alors choisis bien ce que tu demanderas !

Dites, vous parlez vraiment toujours comme ça ? s’étonna Ethinor, intrigué par ces façons peu communes de s’exprimer. Son vocabulaire à lui se cantonnait aux frontières des nécessités relatives à la survie (alimentation et combat) et sa syntaxe, pas plus curieuse, avait adopté les mêmes limites.

Le mage leva un sourcil étonné.

Si là est vraiment ce que ton cœur veut savoir,

Ouïs lors la réponse que tu vas recevoir !

Sache qu’effectivement dans tout l’univers 

L’on me connaît pour mes incomparables vers,

Que de façon élégante je m’exprime,

En terminant mes harangues par des rimes.

Bon. Comme vous voulez. Alors, au sujet de mon petit problème, je...

Tu as eu ce que tu étais venu chercher :

Une seule réponse je délivrerai.

Point n’est la peine désormais de t’obstiner

Car, vois-tu, je ne pourrai plus rien t’accorder.

Y’a méprise, mon bon sire, j’étais venu vous demander ce que je devais faire avec la pénurie de monstres dans la région pour trouver la gloire et tout ça...

N’insiste pas, ou tu sentiras mon courroux.

Je me montrerai féroce comme le...

Pou ?

Loup !

Je te ferai subir comme mon châtiment

De te jeter à la face mille...

Dites rien ! Je vais essayer de deviner : châtiment... châtiment, ...ment … Euh, excréments?

Tourments !

Dépêche-toi ! Franchis la porte sans retard

Ou apprête-toi à recevoir tous mes dards !

Allez, soyez sympa ! J’ai fait beaucoup de route pour vous voir. Vous ne pouvez pas me renvoyer comme ça ! Donnez-moi ma réponse et je m’en irai tout de suite après. Promis!

Tant pis pour toi, fol esprit ! Tu l’auras voulu

Considère-toi maintenant comme perdu ! menaça le magicien qui commençait déjà à lever les bras et à psalmodier d’étranges et incompréhensibles paroles.

Le guerrier n’en était pas à son premier combat et, sans être pourvu d'une matière cérébrale hors du commun -ni même quelconque d’ailleurs- savait cependant ce que la gestuelle du magicien impliquait : ou il réagissait très vite, ou son aventure risquait de couper court comme son espérance de vie. Aussi se précipita-t-il vers le mage, espérant le rejoindre avant qu’il n’ait achevé son incantation, tout en portant la main à son baudrier pour en retirer l'épée. Il la lui plaqua sur la gorge en soufflant d’une voix doucereuse :

Et si je dis s’il vous plaît ?

Jamais je ne répondrai, petit paltoquet !

Je préfère mourir que de m’exécuter !

Euh… d’une façon comme d’une autre, c’est du suicide… Moi aussi je peux faire des rimes : tu t’dépêches de me répondre, rascal, ou je te transperce une partie...euh…

Vitale ? compléta Manufatorasumenos d’une voix étranglée.

Le guerrier contempla les doigts de sa main gauche, doigts qu’il replia un à un.

Nan. Ca va pas, faut plus long : génitale.

Argh !... répondit avec angoisse le magicien.

Pressé par l’argument tranchant d’Ethinor, Manefatorasumenos capitula.

Dans ces conditions, voilà ce que je dirai

De ce qui va advenir de ta destinée.

Si l’honneur et la renommée nous recherchons,

Commençons par nous adjoindre des compagnons !

Ils sauront aider à trouver l’aventure,

Et dans les coups durs, éviter déconfiture.3

Ayant obtenu les renseignements qu’il désirait et connaissant la fourberie de la gente magicienne (un type habillé en robe, bâti comme une serviette éponge et qui ne sait même pas énucléer un Zorgon4 à mains nues, c’est forcément louche), Ethinor poussa brutalement son prisonnier, qui rebondit fort habilement sur son séant, et s’empressa de prendre la fuite en même temps que la porte.

Cependant, le mage, humilié, ne voulait pas en rester là. De fait, alors que le guerrier mettait à bride abattue le plus de distance possible entre lui et le magicien, Manufatorasumenos, levant le poing, hurla à son encontre une terrible imprécation.

De très grandes aventures tu connaîtras,

Mais au grand jamais de succès tu n’auras ! Na !

 

4

 

 

Ethinor avait rejoint la ville la plus proche - Bor, de la baronnie de Bor, capitale nationale du porc, au centre-nord-ouest-mais-un-peu-à-droite de l’Empire Melthène5

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