Dialogue des vivans , par J. L... Dialogue premier. Le cabinet d'un ministre

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tous les marchands de nouveautés (Paris). 1828. 86 p. ; in-8.
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Publié le : mardi 1 janvier 1828
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DIALOGUES DES VIVANS.
DIALOGUE PREMIER.
LE CABINET D'UN MINISTRE.
Si le Public goûte ce genre de Dialogues, on en
publiera, par livraisons, deux volumes de 400 pages
chacun.
(Note del'Editeur.)
LE NORMANT FILS, IMPRIMEUR. DU ROI,
Rue de Seine, n° 8, F. S. fr.
DIALOGUES
DES VIVANS.
PAR J. L
DIALOGUE PREMIER.
LE
CABINET D'UN MINISTRE
PARIS.
URBAIN CANEL, LIBRAIRE-EDITEUR,
RUE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS , N° 9;
ET TOUS LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
1828.
PERSONNAGES,
M. LE COMTE DE V , MINISTRE.
SON SECRÉTAIRE.
UN DÉPUTÉ DU CENTRE.
UN PRÉFET.
LE RÉVÉREND PÈRE L
UN HUISSIER.
LA FEMME-DE-CHAMBRE DE Mme LA COMTESSE.
La Scène se passe à l'hôtel des Finances , le janvier 1828
DIALOGUE PREMIER.
LE CABINET D'UN MINISTRE.
SCENE PREMIERE.
LE MINISTRE, LE SECRÉTAIRE.
LE MINISTRE, tenant un cahier froissé entre les mains.
CE rapport n'est nullement fait dans l'esprit
qui convient; c'est un travail pitoyable! Je
croyais, Monsieur, que vous saviez mieux me
comprendre : on ne peut mettre sous les yeux
de Sa Majesté un tel fatras ; avisez donc avec
M. D. à refaire tout ceci, comme je vous en ai
donné l'idée.
LE SECRÉTAIRE.
Monseigneur a donc oublié qu'il me dit, en
me demandant ce rapport, de le faire sur les
documens qui ont été transmis par MM. les
6 LE CABINET D'UN MINISTRE.
préfets, procureurs-généraux, etc. etc. Les
ordres de Son Excellence ont été ponctuelle-
ment suivis, et le rapport qui est sous ses
yeux ne contient que dès faits extraits, avec
toute la prudence et toute l'habileté dont nous
sommes capables, des renseignemens fournis
parles autorités départementales.
LE MINISTRE.
Sans doute ; mais comment n'avez-vous pas
compris qu'en vous demandant un rapport
sur les résultats obtenus aux dernières élec-
tions, par l'influence ministérielle, il ne fal-
lait signaler cette influence que comme s'exer-
çant dans des voies largement légales, et
comme seul moyen conservateur des préroga-
tives de la couronne? Vous le savez, et nul bon
royaliste ne l'ignore ; c'est l'influence minis-
térielle sur les élections, qui soutient la mo-
narchie; que cette influence se relâche Seule-
ment quelques instans, et vous verrez surgir
la révolution. Nous savons cela, nous, qui
connaissons les hommes et les choses, et qui
ne perdons jamais de vue ces factions qui
veulent plus et moins que n'accorde la Charte.
LE SECRÉTAIRE.
Tel est, Monseigneur, l'esprit de ce rap-
port.
SCENE I. 7
LE MINISTRE.
Non : ce travail est d'une gaucherie d'autant
plus grande, que vous étiez prévenu que ce rap-
port avait été demandé par le Roi lui-même.
En vérité, je ne sais par qui, ni comment
cette fantaisie lui a été suggérée ! Il se pourrait
pourtant que son respect pour les lois et son
amour pour son peuple l'eussent seuls déter-
miné à nous faire cette demande; car.Sa Ma-
jesté a l'esprit droit, l'âme juste, et qu'elle
déteste, par-dessus tout, qu'on viole l'ordre
établi. Mais nous, pilotes du vaisseau de
l'Etat, et chaque jour assaillis de nouvelles
tempêtes, nous savons qu'on ne peut le con-
duire qu'en tenant le gouvernail avec force ,
et en faisant fléchir les obstacles qui s'op-
posent à sa marche. Ainsi Sa Majesté peut
trouver bon que nous fassions usage de tous
les moyens mis à notre disposition, dans
l'ordre légal, pour, obtenir des députés ho-
norables et dévoués au trône; mais elle ne
tolérerait pas les petits moyens ( bien qu'in-
nocens ) employés pour réunir.. . .
LE SECRÉTAIRE, en souriant.
Une seconde Chamhre introuvable.
LE MINISTRE.
Mais nous, je vous le répète, pleins de
8 LE CABINET D'UN MINISTRE,
zèle pour le service de Sa Majesté, nous ne
saurions nous reposer, pour le maintien du
trône, sur les moyens trop exigus que nous
laisse la légalité; il faut élargir la voie pour
marcher plus à l'aise : les premiers pas sont
dangereux, il est vrai; mais voyez le chemin
que nous avons déjà fait ?
LE SECRÉTAIRE.
Monseigneur, il est immense!
LE MINISTRE.
Il y a très-peu d'années encore qu'un mi-
nistre osait à peine dire confidentiellement
à ses subordonnés : Je vous saurai gré de
voter pour M. un tel. Aujourd'hui j'ai fait
admettre ( en citant habilement l'exemple de
l'Angleterre) comme principe fondamental
du gouvernement constitutionnel, que les
hommes que paie le trésor doivent penser et
agir Comme les dispensateurs du trésor,
ou renoncer aux faveurs du trésor. On a
beaucoup crié contre ce principe; on a
cité beaucoup d'exemples où le besoin se
montrait aux prises avec la conscience, toutes
ces pauvretés sont tombées ; mais le principe
est resté, et les plus récalcitrans le respectent;
ils disent maintenant, d'après nous : Voulez-
vous être des nôtres, mettez la main à l'oeuvre,
SCENE I. 9
avec le même esprit que nous, ou sans quoi,...
et ils citent le grand exemple que je leur ai
donné
LE SECRÉTAIRE.
Monseigneur, chaque jour votre génie m'il-
lumine, et je commence à pénétrer toute
l'étendue...
LE MINISTRE.
Du génie, du génie ! le génie n'est bon qu'à
faire courir le monde, à bouleverser les em-
pires, à arranger les mots d'une strophe ou
d'un dityrambe : César et Bonaparte eurent
du génie, et l'un alla se faire poignarder dans
son sénat, et l'autre se rendit prisonnier de
ses plus cruels ennemis. Du génie; c'est bien
autre chose que du génie qu'il faut pour gou-
verner une nation, surtout la nation française !
c'est de l'habileté qu'il faut, Monsieur, tenez-
vous cela pour dit; car je vous porte intérêt,
et vous destine aux grandes choses. Du génie !
à tout autre qu'à vous, mon cher, je ne par-
donnerais pas cette expression inconvenante,
au moins. Le génie étudie le passé, qui n'a nul
rapport avec le présent, pour arranger l'ave-
nir; sa marche, dans un homme d'Etat, est
La retraite de M. le vicomte de Ch..
10 LE CABINET D'UN MINISTRE,
audacieuse; ses inspirations, dans un poète,
enfantent des folies, et en tout et toujours ses
élans outre-passent le but. L'habileté au con-
traire a une démarche souple et légère; rien
n'échappe à la vivacité de son coup d'oeil; elle
sait manier, sans se blesser, les armes les
plus dangereuses; elle sait faire usage tour-à-
tour des moyens les plus opposés, des élé-
mens les plus hétérogènes, des opinions les
plus disparates ; tout devient or entre des
mains habiles ! L'habileté franchit d'un bond
les petits obstacles, tourne légèrement ceux
qui sont trop élevés, et se glisse sous ceux'
qu'elle ne peut tourner ni franchir. L'homme
de génie enfin se trouve partout; mais l'homme
habile est rare ! Pesez ces hommes que vous
signale chaque jour cette bavarde qu'on ap-
pelle la reine du monde, M. le philantrope
un tel, le savant, l'éloquent tel autre; c'est à
faire pitié! Mon cher, on ne trouve guère
d'hommes habiles en-deçà de la Loire. Rap-
pelez-vous les fameux de la Constituante, et
regardez maintenant autour de vous, aux
domaines, aux douanes, à l'agriculture, à la
tête de la Chambre des Députés, à la justice,
aux finances, et je pourrais même dire à la tête
de l'Etat, quels sont ces hommes ? où s'est dé-
SCENE I. II
veloppé leur esprit subtil? Sous le beau ciel
du midi de la France, sur les bords féconds
de la Garonne ! Et vous-même, mon cher,
bien qu'une éducation reçue dans le nord ait
neutralisé en vous cette heureuse influence mé-
ridionale, vous promettez, beaucoup ! mais
la nature reprendra ses droits, et vous vous
sentirez un tout autre être
LE SECRÉTAIRE.
Déjà, Monseigneur.
LE MINISTRE.
Revenons à notre affaire.
Que dans votre nouveau rapport, l'influence
ministérielle sur les élections ressorte vive-
ment , mais sous l'égide de la loi et du principe
auquel j'ai su donner force de loi; et, comme
malgré ce que nous appelons nos moyens
légaux ( et quelques autres qu'on ne doit pas
signaler, bien que la maladresse et le zèle
trop chaud de nos préfets les aient mis à dé-
couvert ) nous n'ayons obtenu que des résul-
tats opposés à ceux que notre habileté devait
obtenir, vous dissimulerez avec adresse et en
masse ce petit désappointement ; mais quant à
certaines élections, pour nous véritablement
factieuses par l'esprit d'opposition qui les a
emportées et l'attitude victorieuse qu'on se
12 LE CABINET D'UN MINISTRE,
donne l'air d'en prendre, quoique nous ne
redoutions rien des hommes qui sont l'objet
de ces misérables succès, faites peser sans
ménagement ces petites défaites sur l'impé-
ritie des préfets et le mauvais esprit des ha-
bitans. Mais point de ces détails puérils sur
les faux électeurs, le secret des votes, le cens
des contribuables haussé pu restreint pour
admettre les bons et exclure les mauvais
électeurs ; surtout passez sous silence ces pi-
toyables significations par huissier à nos pré-
fets ; ne parlez pas non plus de leur désertion
de la préfecture les jours où légalement ils
devaient être à leur poste, etc. etc. etc. etc.,
toutes ces pauvretés sont indignes du regard
de Sa Majesté et de son conseil.
LE SECRÉTAIRE.
Monseigneur, je vous comprends et vous
admire! et vous aurez après-demain un rap-
port...
LE MINISTRE.
Il suffit, allez; vous savez que je vous veux
du bien.
L'HUISSIER DU CABINET
Monseigneur , M. le comte de B., député 1
demande si vous pouvez lui accorder un ins-
tant d'audience.
SCENE II. 13
LE MINISTRE.
Bien volontiers, qu'il entre ce cher M, de
B.
SCÈNE II.
LE MINISTRE, M. LE COMTE DE B.,
DÉPUTÉ.
LE MINISTRE.
Eh bonjour, mon cher M. de B, ! déjà de
retour; mais c'est admirable, prodigieux !
Ah ! les vainqueurs ont des ailes, et les vaincus
des béquilles.
LE DÉPUTÉ.
C'est vrai, c'est vrai, Monseigneur, la vic-
toire a des ailes, et le. véritable dévouement
des ressources inépuisables !
LE MINISTRE.
Je sais vous apprécier, mon cher M. de B.,
et votre zèle pour le Roi m'est connu : mais,
que signifie votre dernière phrase ? Auriez-
vous fait quelque nouvelle découverte dans
l'art sur lequel moi et les miens méditons de-
puis: si long-temps, la tactique des élections ?
Parlez,. parlez, mais sans cérémonie, entre
nous, d'amitié.
14 LE CABINET D'UN MINISTRE.
LE DÉPUTÉ.
Eh bien ! cher comte, puisque vous le vou-
lez , je vais vous raconter comment un de vos
féaux a fait faire quelques pas à la science que
vous cultivez.
LE MINISTRE.
Vous avez assez d'esprit pour cela.
LE DÉPUTÉ.
Président du grand collège, comme vous
savez, j'arrive à mon poste quatre jours avant
l'époque fatale. Sans débotter, je cours chez le
préfet ; il était, ma foi, onze heures du soir,
et je n'avais rien pris depuis dix heures du
matin : mais le devoir avant tout. Je trouvai
le baron avec quelques amis , discutant chau-
dement les chances de la nomination du col-
lége de son arrondissement. Toutes les me-
sures d'usage avaient été prises , et semblaient
infructueuses ; mon arrivée les rassure, et ils
me consultent. Ces messieurs; sortaient à peine
d'un dîner, commencé à six heures, et ils
étaient pleins de chaleur et du plus beau zèle ;
je ne savais auquel entendre , je tombais d'ina-
nition, et la discussion m'achevait. Le préfet
s'en aperçut et me demanda si j'avais dîné:
parbleu non , M. le baron , lui répondisse , je
crois avec un peu d'humeur, le service de Sa
SCENE II. 15
Majesté m'a fait oublier ce que mon estomac
me rappelle énergiquement dans ce moment.
Ces messieurs, quoique bien lestés, s'écrièrent
aussitôt, comment, M. le comte, il est minuit,
et vous n'avez point dîné!! Messieurs, leur dis-je,
on ne fait pas quarante lieues en treize heures
en restant à table. Le calme se rétablit un peu,
et l'on me servit quelques rogatons d'un repas
qui avait dû être excellent; ce n'était pas un
dîner à l'hôtel des finances , mais j'avais faim,
et quelques rasades de chambertin , plus que
les excuses du baron , me rendirent ma bonne
humeur.
LE MINISTRE.
Et puis. .
LE DÉPUTÉ.
Et puis, Monseigneur, la discussion se
rengage : j'apprends que mon élection est
assurée au grand collège, que dans un des
colléges d'arrondissement il n'existait au-
cune chance de succès pour nous , et que dans
le collége du chef-lieu, il était fort incertain
que M. de M., votre fidèle à table comme
aux bancs ministériels, fût nommé : il était là
ce pauvre M. de M., et, de ma vie, je n'ai
vu une figure, comme la sienne ! Je le récon-
fortai de mon mieux et me fis rendre compte
16 LE CABINET D'UN MINISTRE,
des obstacles. Vous savez Monseigneur, qu'il
existe dans cet arrondissement deux ou trois
manufacturiers assez influens par leur nom-
breuse clientelle , un surtout, M. P., honnête
homme d'ailleurs , dit-on , mais un rêveur qui
n'a pas son pareil. J'ai vu cet homme, j'ai
causé quelques minutes avec lui, je voulais le
tâter ; il n'est pas sans esprit, il dit même des
choses raisonnables ; mais à travers cela, une
aberration dans les idées incroyable; la vie de
ce brave homme est un rêve perpétuel ; on ne
l'entend parler que d'enseignement mutuel,
d'établissemens de bienfaisance , de canalisa-
tion , chemins vicinaux, organisation, muni-
cipale , liberté de la presse, garde nationale,
indépendance des Grecs, que sais-je! c'est une
tête unique ! avec cela une ténacité, et des rai-
sons..., c'est assommant. J'eus bientôt vu qu'on
n'en pouvait rien faire ; il est riche et il aime
mieux donner que recevoir.; Eh, bien ! cet
homme et quelques siens acolytes, avaient or-
ganisé l'opposition qui donnait à la figure de
M. de M..., votre ami, cette expression comique
dont je ne reviens pas encore!
LE MINISTRE, en souriant.
Il craignait fort de n'être pas renommé ?
SCENE II. 17
LE DEPUTE, regardant malignement le Ministre.
C'est que la préfecture promise eu cas de
succès prenait une bien mauvaise couleur !
Messieurs, leur dis-je, Voyons, qu'ont pro-
duit vos travaux et vos opérations préparatoires
relativement à ce collége?— Le préfet, pre-
nant la parole , dit: ce collége a 206 électeurs
bons ou véreux, vous comprenez?— Oui.—- Sur
ce nombre-là, quelque chose que nous ayons
tenté, nous n'avons pu noùis assurer en faveur,
de M. de M. que de 102, voix, je les crois
sûres , il est vrai, mais c'est insuffisant ; et pas
de moyens d'en détacher une seule de l'op-
position formée par cet enragé de M. P. —
Pesté , dis-je alors, c'est perdre là partie avec
beau jeu. Mais nous avons quelques jours
devant nous, ne désespérons pas, j'y réflé-
chirai, et nous nous séparâmes.
LE MINISTRE.
Continuez.
LE DÉPUTÉ.
Le lendemain et jours suivans, je vis le pro-
cureur-général, le directeur des domaines et au-
tres autorités,excellent esprit, dispositions par-
faites,mais partout inespoir. Le président du
collége en question, notre pauvre M. de M.
2
18 LE CABINET D'UN MINISTRE,
portait sa défaite sur son front. C'était vrai-
ment désolant! Il donnait à dîner, je don-
nais à dîner, nous vidions sa cave, qui, pour
être une cave de province, n'en est pas moins
recômmandable , et jamais une figure nou-
velle ! je désespérais moi-même malgré mon
ton d'assurance, et n'agissais plus que pour
l'acquit de ma conscience , en attendant l'ins-
tant fatal. MM. les libéraux , ayant à leur tête
ce maudit réformateur, de M. P, se don-
naient à dîner, buvaient à la santé de leur
candidat , recrutaient chevaux et voitures
pour les électeurs éloignés ou valétudinaires ;
leur triomphe nous navrait! Arrive enfin
l'heure tant redoutée par M. de M. : bu-
reaux renversés de fond en comble ! Si , après
ce succès, vous eussiez vu et. entendu ces
électeurs libéraux, couverts de boue et mouil-
lés jusqu'aux os (il avait plu toute la matinée),
rire comme des démons, cela vous eût fait
bien du mal, car ils en disaient de belles !
LE MINISTRE.
J'y suis accoutumé.
LE DÉPUTÉ.
Nos amis voyant que les électeurs libéraux
étaient tous à leur poste, firent naître sur mon
avis , plusieurs incidens plausibles pour à jour-
SCÈNE II. 19
ner au. lendemain l'élection. J'avais fait une,
précieuse découverte je voulais la mettre à
profit, mais il me fallait une bonne nuit pour
exécuter, le plan que j'avais formé ; les élé-
mens militaient en faveur de Monseigneur,
je me mis à leur tête. —Ivres de joie, et ne
spupçonnant, même pas le piège, nos libéraux
se retirent, les uns chez leurs amis citadins,
pour chanter leur victoire ; d'autres rètour-
nent à leurs demeures peu éloignées ; mais
une quinzaine s'en vont coucher à la manufac-
ture de M. P ; cette manufacture, distante
d'une lieue, du champ de bataille , était de
l'autre côté d'un ruisseau torrentiel, que les
pluies de la nuit et du matin avaient dé-
bordé, et que, la pluie, continuant ainsi
que tout le présageait, devait rendre pour le
lendemain infranchissable ; si, aidant à l'im-
pétuosité des eaux , le mauvais pont qui ser-
vait de communication entre les deux rives,
était emporté pendant la nuit,
LE MINISTRE.
Je vous vois venir...
LE DÉPUTÉ.
Je fis part de mon idée au préfet qui la
trouva admirable, mais qui recula devant
une espièglerie qui devait assurer votre triom-
20 LE CABINET D'UN MINISTRE,
phe : il me donna d'assez mauvaises raisons,
tirées de ce qu'il était le premier magistrat
de la localité : qu'il laisserait bien faire, mais
que jamais il ne prendrait sur lui de donner
des ordres, etc., etc. Je le plantai là pour
courir chez M. le vicomte de F...., qui,
après' avoir ri aux éclats, du moyen que
j'imaginais, pour rendre les plus chauds élec-
teurs libéraux témoins inactifs du combat,
prépara une dizaine de pontonniers, pris
parmi des pionniers qui faisaient des fossés
dans sa terre, lesquels, aidés de quelques do-
mestiqués tous discrets et bien payés, et sous
la promesse que le pont serait rétabli de suite,
se transporta, vers une heure du matin, avec
son petit détachement et aida, au torrent,
grossi de nouveau par une pluie battante, à
enlever la seule arche sur laquelle pouvaient
passer nos ennemis. Tout fut exécuté avec une
précision et un naturel qui ne laissaient aucun
soupçon. A l'heure fixée, MM. le préfet et le
président du collége volent aux élections, as-
sistés de nos amis : cependant, la nouvelle de
la rupture du pont s'était répandue dans la
ville, et chacun avisait aux moyens de faire
franchir le torrent à l'escouade libérale que
les ondes irritées retenaient sur l'autre rivé :
SCÈNE II 21
le ciel était vraiment d'intelligence avec nous,
car il ne cessait de pleuvoir, et les prairies
étaient envahies tout le long du torrent : point
de bateaux, nul autre moyen pour arriver
qu'en traversant ces ondes bourbeuses à la
nage , ou en remontant; à quelques lieues, le
cours du ruisseau; quelques libéraux essayèrent
de ce dernier parti, mais ils n'arrivèrent, sur
leurs chevaux, excédés de fatigue, que pour
être témoin de leur défaite. M. P., le héros
des électeurs libéraux, passe à la nage et noye
son cheval ; cinq ou six de ses amis les plus
vigoureux le suivent, arrivent, combattent et
sont vaincus ; le candidat ministériel l'em-
port de 2 voix, et grâce à mon invention, la
victoire nous reste ! M. le préfet. en bon
magistrat, propose, séance tenante, une
souscription pour la réparation du pont,
qui, acceptée avec enthousiasme, par nous
et nos amis, a consolé l'autorité municipale
d'un désastre qui lui rend un pont neuf à la
place d'un vieux. Tous sont enchantés, excepté
toutefois les électeurs libéraux, qui pourtant ne
soupçonnent rien , mais qui seront furieuse-
ment mystifiés quand le secret, confié à quinze
ou vingt personnes, viendra à transpirer, ce
qui ne saurat tarder, quelque soin que prenne
22 LE CABINET D'UN MINISTRE.
M. le vicomte de F. Vous verrez bientôt
M. de M. , et il vous contera cela, s'il est
remis de sa peur.
Eh bien ! Monseigneur, que dites-vous de
celui-là? ne vaut-il pas les dîners de M. P. ?
l'habile précipitation de l'ordonnance de con-
vocation des colléges électoraux, les instruc-
tions ministérielles, les petits écrits glissés
sous les bandes des journaux, etc., etc.?
LE MINISTRE.
Admirable sur mon honneur ! digne du sang
de la Gascogne! je savais bien que nous devions
l'élection de cet excellent M. de M. au
concours des élémens, mais j'ignorais que
vous eussiez pris le commandement de ces
auxiliaires. Ah! mon cher M. de B. que
n'avais-je aux postes dangereux où j'ai été
entamé, des capitaines aussi habiles que
vous !
LE DÉPUTÉ.
Bah! les enfans de la Garonne se tirent
toujours d'un mauvais pas ; quand ils ne
peuvent ni ne veulent affronter, ils esquivent
le danger. Diable, vous avez fait vos preuves,
et je ne suis point en peine de ce qui peut
arriver à Votre Excellence. Vous verrez la
plupart de ces superbes ennemis de votre
SCÈNE II. 23
gloire ministérielle, s'amollir à la seule vue
des clefs du trésor,.et votre éloquence voix
subjuguera ou écrasera les plus endurcis. Je
vous le prédis, Monseigneur, vous l'enrôlerez
sous vos drapeaux cette rebelle opposition,
je puis même dire ces oppositions qui se pro-
clament si indépendantes.
LE MINISTRE.
Je, veux le croire, mon cher M. de B. ;
pourtant on nous a envoyé quelques hommes
qu'il n'est pas aisé de satisfaire ; ils voudraient
des portefeuilles, et cela n'est pas facile à
donner : il y en a même quelques-uns ( con-
çoit-on de telles prétentions! ) qui, pour en
accepter, font des conditions. Croyez-vous
que mon esprit puisse jamais se soumettre à
d'autres conditions, d'autres lois, que celles
que je fais ?
LE DÉPUTÉ.
Monseigneur, certes je ne saurais le croire,
moi, qui connais la fermeté de votre carac-
tère; et si dans le monde quelques esprits
irréfléchis ou mal intentionnés disent ou
pensent le contraire, ces esprits-là ne peuvent
rien sur moi. A l'oeuvre on reconnaît l'ou-
vrier : et qu'on me dise qui aurait pu vous
suggérer le trois pour cent par exemple? De
24 LE CABINET D'UN MINISTRE,
quelle tête autre que la vôtre pouvait éclore
cette idée lumineuse ?
LE MINISTRE.
Monsieur le comte, vous avez donc en-
tendu dire dans votre voyage que mes projets
de lois, mes plans administratifs m'étaient
suggérés?
LE DÉPUTÉ.
Vos ennemis le proclament sur les toits ; ils
crient partout, écrivent sur tous les formats,
qu'en politique extérieure vous êtes possédé
d'un malin esprit, qui n'est nullement dans
les intérêts de la France ; qu'en économie
politique , vous êtes la dupe d'un démon qui
hait à la mort l'industrie, et les industriels ;
qu'en religion , morale , législation, vous êtes
obsédé par d'horribles revenons, qui éla-
borent vos pensées, rédigent vos projets de
lois, tracent vos plans administratifs, etc.;
que ces revenons ne vous quittent jamais,
qu'on les voit passer et repasser les monts
comme des volées de corbeaux, pour se relever
auprès de Votre Excellence, et la maintenir
dans la bonne voie : enfin , que vous en avez
toujours un en face, qui vous répète tous
les quarts-d'heure, Monseigneur! sine quâ non.
Vos amis, ni moi, ne croyons pas un mot de
SCÈNE II 25
tout cela: quand on manie les finances avec
autant d'habileté que Votre Excellence, on n'est
possédé de nul esprit, et on les possède tous.
LE MINISTRE.
Ah ! lorsqu'il faut gouverner un vieux
peuple, avec des institutions nouvelles, cela
n'est pas aussi facile qu'on le croit, M. le
comte ! des préjugés, des habitudes et des
priviléges séculaires d'un côté, de l'autre des
mesures qui ne vont à la taille que de quel-
ques-uns ; des richesses déplacées, une puis-
sance morale s'abandonnant au premier
venu, pourvu qu'il ait de l'audace et sache
faire vibrer quelques sons discordans de li-
berté ; des classes entières qui crient à la spo-
liation à en faire perdre la tête; enfin, dans
les masses, un peuple qui se multiplier comme
les sauterelles, qui est laborieux comme les
fourmis, industrieux comme les castors, gai
et malin comme le singe, et par-dessus tout
cela , qui se croit plus habile qu'un ministre,
et plus savant que nos académiciens : je vous
le demande, M. le comte , croyez-vous ces élé-
mens bien homogènes ? mettez-vous à ma place
pour un instant, et prêtez l'oreille à ces voix
nasillardes qui déclament nuit et jour contre
l'athéisme, la dépravation des moeurs, l'in-
26 LE CABINET D'UN MINISTRE.
différence en matière de religion; entendez
leurs plaintes sur l' ilotisme du clergé : « En
» échange de nos dîmes et de nos bénéfices
» spoliés, que nous avez-voùs donné? » Les
ingrats ! ils siégent au sénat, au conseil du
prince, à l'Académie ; ils instruisent l'enfant
royal, régentent maires et préfets Ce que
je leur ai donné?... des lois, les clefs du trésor,
et l'honneur insigne d'être les instituteurs de
cette jeunesse française qui s'indigne d'être
devenue la proie des frères ignorantins.
LE DÉPUTÉ.
Mais , Monseigneur !
LE MINISTRE.
Ce n'est pas tout : au bruit de ces voix
tantôt imitant le sifflement des serpens, tantôt
faisant entendre des aecens plaintifs et hypo-
crites, des milliers d'autres voix répondent :
« Quoi! subjugué par une puissance occulte,
» vous accueillez sur le sol de la France, ceux
«sur la tête desquels est suspendu le glaive
» de la loi ! repoussés de ce sol que leurs doc-
» trines essayèrent d'infecter, et qui fut souillé,
» de leurs crimes ; vous admettez en présence
» et dans les conseils du descendant du grand
» et infortuné Henri, les successeurs des Gui-
» gnards, des Malagrida, les professeurs de
SCENE II 27.
» Jean Chatel et de Ravaillac! ministre pusil-
» lanime et aveuglé, vous livrez à des bras fa-
» natiques et ennemis, la gloire, les richesses
» et l'avenir d'un grand peuple! instrument
» servile , la main qui vous a poussé au pou-
» voir ; vous brisera comme un roseau, quand
» couvert de fange et de meurtrissures gagnées
» en combattant pour elle, vous ne serez plus-
» qu'une plaie !»
LE DÉPUTE
Vous m'effrayez !
LE MINISTRE.
Ce n'est pas tout! « affamés par un long
» exil, le front couvert de honte amassée
» chez l'étranger, l'irritation dans le coeur,
» l'âme oppressée par de grandes fautes ou
» de grands malheurs, voyez se presser ?au-
» tour dn trésor, se glisser dans toutes les
» avenues du pouvoir, être à l'affût de toutes
» les faveurs royales, ces hommes blanchis
» sur les bords de la Tamise, de la Baltique
» et de la Newa , que la France repoussa de
» son sein, dans son amour délirant pour la
» liberté, ou dans sa trop sévère justice en-
» vers ceux qui dirigèrent autrefois contre
» son sein l'épée de l'étranger.
28 LE CABINET D'UN MINISTRE.
LE DÉPUTÉ
Monseigneur, j'étais l'an dé ces hommes,
et je ne souffrirai pas!... Quels sont les auda-
cieux qui tiennent un pareil langage?
LE MINISTRE.
Tous ceux qui, sans avoir pris part à vos
dépouilles, sont appelés à payer leur cote-part
du milliard qui vous a été accordé.
LE DÉPUTÉ.
Quelle insolence! nous qui...
LE MINISTRE. :
Vous qui, je le sais, victimes intéressantes ,
par votre dévouement à la plus sainte des
causes, attendiez silencieusement l'heure de
la justice. J'osai le premier faire entendre
pour vous le cri de l'humanité, je méditai la
réparation d'une grande injustice, et la loi d'in-
demnité fut emportée. Je la combinai adroi-
tement avec une autre loi, non moins équi-
table, mais bien plus habile ; vous savez
laquelle : mon fils de prédilection, le trois pour
cent; ce trois pour cent qui m'a fait verser
des larmes si amères, qui m'a tant coûté à
soutenir dans le monde, dont je suis encore
si orgueilleux, et qui pourtant....
LE DÉPUTÉ.
Et qui pourtant, Monseigneur, quelque
SCENE II 29
soit votre amour pour lui, et quelque chose
qu?il vous coûte y ne vaut pas le prix qu'y met
votretendresse paternelle.
Hélas ! ce n'est pas ma faute, j'avais préparé
pour lui des succès certains; mais l'opposition,
cette; : ennemie , : qui ne dort jamais, l'égara
dans sa marche : j'eus beau l'appuyer de mon
grand et puissant levier paternel * , chaque
jour; il tombait, et ces chutes, hélas ! brisaient
mon coeur!
LE DÉPUTÉ.
Votre Excellence; s'attendrit sur le sort de
Ce fils bien aimé et certes je ne voudrais
pas augmenter l'amertume de ses regrets !
Néanmoins, vous conviendrez, Monseigneur,
qu'il a fait bien des dupes dans le monde,
sans compter ces pauvres émigrés, auxquels
il ne rembourse ; que soixante pour cent de
ce qu'il leur doit. Pour un fils de bonne mai-
son, c'est assez mal payer ses dettes.
LE MINISTRE.;
Hélas!
LE DÉPUTÉ.
Je sais bien, .Monseigneur., que cet enfant
La caisse d' amortissement, appliquée uniquement au
rachat des 3 p. 100.
30 LE CABINET D'UN MINISTRE.
est digne d'un père tel que vous ; que vous
avez pris un soin tout particulier de son édu-
cation, et l'avez aidé au point d'en déranger
singulièrement vos affaires; mais comme vous
le disiez tout à l'heure , fort judicieusement,
il a été pervertipar de mauvais conseils , en-
touré d'embûches ; toutefois il peut s'amé-
liorer : jusqu'alors si a bien payé les intérêts ;
que chacun garde son titre ; il est bien jeune,
qui sait, peut-être un jour pourra-t-il se
mettre au pair.
LE MINISTRE.
M. le comte, la gaîté et la légèreté, fran-
çaises, ne peuvent approfondir certaines;com-
binaisons, le tem psseul est juge compétent
des conceptions de l'homme habile.
. LE DÉPUTE.
Aussi n'est-ce pas , Monseigneur, ces ha-
biles conceptions que je veux ni juger ni ap-
profondir; Dieu m'en garde, je connais mon
insuffisance : ni moi, ni MM. les indemnisés,
n'essayons de pénétrer les savans calculs de
Votre Excellence ; dans tout ceci nous; ne
voyons qu'une chose, c'est qu'on nous paye
trois pour cent d'intérêt de notre indemnité ,
et que si nous voulons vendre cette indem-
nité pour racheter nos terres, nous n'en trou-
SCENE II 3r
vons plus que soixante pour cent,, ce qui fait
que nous ne touchons en effet (sauf :erreur)
que les trois cinquièmes de ce que vous nous
avez promis; or, nos terres confisquées et es-
timées cinq par vous-même, ne nous sont vé-
ritablement payées que trois.
LE MINISTRE.
Et si l'on ne vous avait rien donné?
LE DEPUTE
Corbleu, Monseigneur, nous aurions pris !
et croyez-vous que nous ayons rendu au Roi,
par notre valeur et notre fidélité, sa couronne
et ses domaines, pour laisser nos châteaux
entre les mains des vilains?
LE.MINISTRE à part.
Je ne m'attendais pas à cette réplique.
(Haut) M, le comte, vous aviez des droits
sacrés à l'indemnité qui vous a été accordée ;
mais vos terres, vous le savez, l'auteur de la
charte en a garanti l'aliénation révolution-
naire
LE DÉPUTÉ.
Belle raison ! sanctionner le pillage , le
vol....
LE MINISTRE,
Vous ne comprenez pas qu'il est de ces
32 LE CABINET D'UN MINISTRE.
hautes considérations qui doivent faire fléchir
la justice... ,
LE DÉPUTÉ.
Vraiment ! !
LE MINISTRE. .
Sans doute. Vos terres ne pouvaient donc
vous être restituées en nature, et il fallait
imaginer un moyen de vous en dédommager :
ce moyen, M. le comte., mon habileté le
trouva; mon habileté sut faire justice, sans
être injuste, quoique certains esprits crussent
cela impossible ; ils disaient qu'il était inique
de faire payer aux dix-neuf vingtièmes de la
nation, qui n'avaient profité en rien de votre
spoliation, pour le seul vingtième qui en
avait profité , les dix-neuf vingtièmes du mil-
liard qui vous est accordé. Je ne m'arrêtai
point à ces misérables arguties , et à quelques
autres fondées sur le même esprit de justice,
telles que la spoliation des communes, des
hospices, du clergé, du tiers consolidé, du
maximum, etc., etc. Et. mon système d'in-
demnité fut transforme en loi de justice
pour tous, et pour quelques-uns en loi
d'amour.
LE DÉPUTÉ.
Voilà pourtant, Monseigneur, comme les
SCENE II 33
intentions les plus pures, les actes les plus
habiles et les plus louables, sont empoisonnés
par la calomnie ! vos ennemis disent que cette
loi de justice n'a été utile qu'à vous-même ;
que vous l'avez imaginée pour conduire au
port, votre cher trois pour cent, d'où une
bourrasque l'avait éloigné l'année d'avant : et
qu'ainsi piloté par l'indemnité, et l'indemnité
bien ou mal payée par le trois pour cent arri-
vèrent enfin, moins à la satisfaction des in-
demnisés, qu'à la vôtre.
LE MINISTRE
Des mesures aussi habiles être ainsi inter-
prétées !... Quelle récompense pour l'homme
d'Etat! ! Et quel intérêt personnel, autre que
celui d'avoir contribué à réparer une injustice,
et à diminuer les charges de l'Etat, puis-je
avoir dans ces lois, qu'on attaque si mé-
chamment ?
LE DEPUTÉ.
Quel intérêt personnel, Monseigneur ?...
Non, je ne vous répéterai point tout ce
que disent à cet égard vos implacables en-
nemis.
LE MINISTRE.
Dites, dites toujours; vous savez combien
je suis au-dessus de toutes ces épigrammes.
3
34 LE CABINET D'UN MINISTRE.
LE DÉPUTÉ. (
Des épigrammes! oh, Monseigneur! c'est
bien mieux que des épigrammes : vraiment je
n'ose !
LE MINISTRE.
Allons donc, quel enfantillage ! D'ailleurs
ne savez-vous pas que c'est au mérite le plus
rare que s'attache toujours la calomnie?
LE DÉPUTÉ.
Je pense comme vous, Monseigneur, pour-
tant ma bouche ne saurait vous répéter ses
discours empoisonnés : un mérite tel que le
vôtre a pu seul l'irriter à ce point!
LE MINISTRE.
Parlez sans ménagement, M. le comte, la
calomnie glisse sur moi, sans laisser la plus
légère trace.
LE DÉPUTÉ.
Je vais vous traduire en proverbes ces hor-
ribles noirceurs ; d'honneur, je ne saurais les
exprimer autrement.
LE MINISTRE.
Vous êtes en gaîté, M. le comte : va pour
les proverbes.
LE DÉPUTÉ, réfléchissant.
C'est encore difficile, Monseigneur...

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