Dialogue entre un monarchiste, un bourboniste et un jacobin . Recueilli et publié par le comte de Barruel-Beauvert

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[s.n.]. 1804. 16 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1804
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DIALOGUE,
ENTRE
UN MONARCHISTE,
UN BOURBONISTE
JACOBIN.
^Û^fed^sllli et publié
m E BARRUEL- B EAUVERT*
Quiconque est revêtu d'une grande autorité, doit
avoir beaucoup de clémence.
(Lettre de Didier, général des Goths, devenu Roi de Lom-
hardie, à Clovis, qui vouloit se vétiver des Allcmanïst
rebelles à son pouvoir.)
Le 18 Fructidor an XII ; 5 Septembre 1804.
DIALOGUE,
Entre un Monarchiste, un Bourbonistè
& un Jacobin.
LE JACOBIN.
E H bien! Messieurs; que pensez-vous
de l'état de nos affaires politiques ? Ne
croyez-vous pas à une franche coalition de
la plupart des Souverains contre le gouver-
nement actuel ? Et ces puissances ne nous
conduiront - elles pas enfin y malgré la di-
versité de leurs opinions & de leurs inté-
rêts, à un nouvel ordre de choses? Vous
n'avez pas lieu d'être plus satisfaits de celui
qui existe à présent, que les Jacobins !
Ëtoit - ce pour établir une quatrième dy-
nastie & revenir, en quelque sorte, au
point d'où nous sommes partis en 1789,
que nous avons eu les Etats - généraux,
une assemblée nationale, & tout ce qui
s'en est suivi ?
LÉ BOURBONISTÈ.
Tout ce qui s'en est suivi ! pouvez-vous j
Monsieur , traiter aussi légèrement les
fléaux que vos assemblées (d'hommes que
1
( 4 )
l'enter vomit de son sein ) répandirent dans
toutes les contrées du monde, & parti-
culièrement en France , où ils furent
versés par torrens? Imaginez - vous que
nous soyrons jamais d'accord sur les prin-
cipes & les résultats de la coalition, qui
paroît vous faire autant de plaisir qu'aux
amis de la cause des BOURBONS ? Je suis
fâché de vous le dire, Monsieur ; excusez
Ina franchise : mais vous, Jacobin, vous
& vos pareils, ne désirez la guerre que
pour vous ressaisir de votre pouvoir. Nous!
au contraire , pour rendre à nos anciens
maîtres l'autorité dont ils n'auroient pas du.
se désemparer, & qu'ils eussent toujours
conservée, s'ils n'avoient pas assemblé les
Etats-généraux, qui ne produisirent jamais
aucun bien.
LE MONARCHISTE.
Permettez-moi d'examiner aussi les mo-
tifs opposés qui vous font également sou-
haiter , à tous les deux, la guerre à l'ex-
térieur & dans l'intérieur; conséquemment
de ramener encore en France les incendies ,
les massacres & le pillage.
Si les Jacobins appèlent ce désordre ex-
trême, dans l'espoir de nous gouverner 9 à
leur manière, est-ce une raison pour que
les Royalistes, de leur côté, fassent les
mêmes vœux & secondent leurs projets,
sans s'en douter, sous prétexte de reporter
( 5 )
au trône une famille qui a cessé de régner,
comme les Mérovingiens & les Carlovin-
giens !
Ceux de nos ancêtres qui vivoient lors
du changement des trois dynasties, ayant
précédé la Bonapartienne 9 ont-ils déclaré
la guerre à leur patrie? se sont-ils achar-
nés contre elle ? se sont-ils dévorés mu-
tuellement ? se sont-ils eux-mêmes déchi-
rés les entrailles, au moment où les chefs
de l'Empire eurent des successeurs? Non,
sans doute : car nous n'aurions pas la sa-
tisfaction de nous trouver ensemble; nous
n'existerions pas, ni les uns ni les autres.
Mais puisque nos valeureux pères ne se
sont point fait tuer pour conserver la cou-
ronne aux rejettons de leurs maîtres; puis-
qu'ils ne se sont point égorgés de leurs
propres mains ; puisqu'ils ne sont point
morts de douleur ; puisqu'ils ne se sont
pas même desséchés d'ambition, de jalou-
sie & de regret ; puisqu'ils ont tranquille-
ment survécu aux transitions du pouvoir
souverain ; imitons nos dignes âyeux :
accoutumons-nous au régime impérial, qui
ne diffère point du régime royal : conso-
lons-nous de la fin du règne des BOUR-
BONS, sur-tout de celui des Pentarques ;
& soyons moins attachés aux gouvernans
qu'au gouvernement.
Avez-vous l'honneur, Monsieur le Bour-
boniste, d'être parent des BOURBONS?
( 6 )
Allez-les retrouver : qui vous en empê.
che ? Il faut espérer que leur illustre fa-
mille ne manquera pas de secours , tant
qu'il y aura des Monarques & des Royau-
tés! Mais qu'importe aux Français, que
l'être investi de l'autorité suprême soit ap-
pelé BONAPARTE , ou surnommé BOUR-
BON, pourvû que la France ait l'unité de
gouvernement, si desirée par l'élite & la
grande majorité des régnicoles ? Une lon-
gue expérience de bonheur nous a trop
bien prouvé que cette unité, Monsieur
le Jacobin, convenoit mieux à notre ca-
ractère , à notre territoire & à notre cli-
mat , que la pluralité des chefs , n'ayant
jamais des passions comme un , et gou,
vernant la République en sens contraires
& avec des intéiêts opposés.
Est - ce BONAPARTE qui a renversé le
trône des BOURBONS , pour mettre le sien
à la même place? Et plût - à - Dieu! puis.
qu'il devoit tomber, ce trône: nous n'au..
rions pas eu le règne affreux de la ter,
reur, qu'il est plus facile de pardonner que
d'oublier.
Le Directoire, succèdant à la Convenu
fion, qui avoit aboli la Royauté , en im-
molant le vertueux Louis XVI, étoit-il
composé d'hommes , en général, plus
moraux que ceux qu'il remplaçoit & parmi
lesquels il fut choisi ? N'est-ce pas le Di-
rectoire qui fit rendre une multitude de

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