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Diderot en Italie

De
248 pages
Cet ouvrage reconstruit la destinée italienne de Diderot à part entière. Après une première phase importante de diffusion de sa pensée, la fortune de Diderot a subi les ravages des courants cléricaux anti-Lumières. Ce n'est que dans les années 1960 qu'il y eut une réviviscence de sa philosophie. La civilisation italienne contemporaine a donc aussi, parmi ses "pères fondateurs", ce Diderot qui a été jugé de façon contradictoire, sinon oublié.
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Collection fondée et dirigée par Paolo Quintili * OUVRAGES PARUSAnnie IBRAHIM (dir.),Utopies noires, utopies roses. Politiques au temps des Lumières,2016 Francesco FERRETTI,Aux origines du langage humain, Le point de vue évolutionniste, 2015. Anselmo APORTONE,Kant et le pouvoir réceptif, 2014. Eric PUISAIS,L’hégélianisme et son destin français, 2012. Jacques D’HONDT,Diderot, Raison, Philosophie et Dialectique, suivi duNeveu de Rameau, 2012.
Giuseppina D’ANTUONO– Paolo QUINTILIDIDEROT ENITALIE
Avatars, masques, miroirs d’un philosophe L’Harmattan
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-10446-1 EAN : 9782343104461
* PREFACE par Paolo Quintili Diderot dans le miroir de ses images. 1. Images diderotiennes du monde flottant Le monde historique est dans un perpétuel devenir. Le monde naturel, de même, transforme son aspect extérieur, mais avec un rythme plus lent. «Tout change, tout passe, il ny a que le tout qui reste…». Par cette proposition Diderot voulut exprimer lunité profonde de lHistoire et de la Nature. En fait, cette ancienne vérité est au cœur de la philosophie de Diderot et la constatation que la destinée de son œuvre ait suivi, avec cohérence, la voie de son discours(logos) philosophique, au fond, ne devrait pas nous étonner. Néanmoins, il est étonnant de constater la variété des figures et des images du philosophe, produite par ses interprètes, défenseurs, détracteurs ou simples lecteurs, qui reflètent, comme dans un miroir temporel, les désirs, les intérêts et les besoins intellectuelset tellement plus !de deux cent cinquante ans dhistoire. De ce point de vue, Diderot est une véritable mine de renseignements. La lecture, depuis les Actes du colloque organisé par la Société Diderot en 1991, surLes Ennemis de Diderot (Paris, Klincksieck, 1993, la majuscule des «Ennemis» est dans le titre), lintérêt pour les problèmes liés à la réception et à la (les) distorsion(s) conséquente(s) de la figure du maître d’œuvre de l’Encyclopédie est 1 augmenté considérablement . La publication bien avancée, depuis 1975, desŒuvres complètesl dans édition Hermann (DPV) a favorisé, dans les derniers vingt ans, la confrontation fiable entrele
* Nous reprenons et élargissons ici les recherches menées dans le récueil-dossier : E. PUISAIS-P. QUINTILI (éds.), « Diderot dans le miroir de ses images », dans Diderot Studies, vol. XXXI, Genève, Droz, 2010, pp. 99-266. 1 A titre d’exemples (et de modèles pour notre propos) dans le domaine français : R. TROUSSON,Images de Diderot en France (1784-1913), Paris, Honoré Champion, 1997 ; dans le domaine allemand : A. SAADA,Inventer Diderot. Les constructions d’un auteur dans l’Allemagne des Lumières, Paris, CNRS Éditions, 2003. Deux auteurs qui offrent des nouvelles contributions.
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vrai Diderot le philosophe consigné à lobjectivité de son écriture, philologiquement établiele et miroir flottant du monde historique qui en a gardé une variété demémoires, la plupart des fois conditionnées par 1/ les polémiques de lépoque antérieure et postérieure à la Révolution française et la Restauration, 2/ les différentes éditions desœuvres, précédentes lesDPV, avec les goûts, préférences, aversions de leurs éditeurs littéraires. Ces deux paramètres conditionnent donc, et toujours de façon déterminante, les deux lectures, des partisans et des adversaires dun auteur qui connaîtra le destin dune réévaluation lente, tardive mais indéniable, à côté de la dyade plus traditionnelle (et persistante) de la philosophie des Lumières : Voltaire/Rousseau. Pourrait-on dire qu’aujourd’huinous avons le privilège dune lecture «inconditionnée» de la philosophie de Diderot ? Et que sonœuvre serait ainsi définitivement et objectivement déposée dans les archives de lhistoire ? Nous navons ni le cœur, ni laconviction pour laffirmer. LesDPVne sont pasle «meilleur texte»en éditant Diderot on sen aperçoit aisément : combien derreurs, plus ou moins graves, chaque édition peut présenter (et cest la norme) ni, dautant moins, le dernierde l texte ’œuvre de notre philosophe. Lhistoire de sa réception ainsi nest pas finie. Ce à quoi on pourrait sattendre dans lavenir cest une herméneutique diderotienne qui échappe aux pièges de la polémique et de lidéologie, pour se remettre au travail paisible, mais aussi engagé, de laphilologie. Une philologie qui nest pas exempte, dans notre cas, de la philosophie et de lhistoire. Diderot, comme le remarquait jadis Jacques Chouillet, est et demeureavant tout un philosophe. Et cest dans cette perspective quon devraitavant toutlaborder, sans pour autant mettre entre parenthèses les autres facettes, si nombreuses, de sa personnalité intellectuelle. En quelque sorte, la figure de ce Diderot qui se reflète dans le miroir de ses images, multiples et souvent incohérentes lune par rapport à lautre, du e e e XVIII au XIX et XX siècles, du point de vue de la philosophie est la figure même du «monde flottant» de la culture et de la politique contemporaines dans laquelle la postéritéDiderot tenait pour que une sorte detribunal(du sens) de sonœuvrea voulu le figer. Nous pouvons finalement lire l’œuvre de Diderot avec un œil désenchanté, critique, mais néanmoins intéressé à son destin pour lavenir, et sans céder aux tentations de la politique culturelle dun moment. Le tableau que ces deux derniers siècles d«images» nous
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offrent ici est un antidote philologique contre tout genre dopération polémique (ou apologétique) à venir, qui appartiennent désormais au passé. 2. Les avatars dun philosophe insaisissable e La lecture de ce «Diderot dans le miroir de ses images», du XVIII e e aux XIX -XX siècles, passant par lItalie duSettecento méridional, e avance donc par les premières condamnations de la fin du XVIII siècle. Elles engendrent la «légende noire» dun Diderot maître des «terroristes de l«satyre fumant dan II», un matérialisme enivré» 2 (Dà travers le siècle de la Restauration et des grandsAurevilly) , polémiques, qui trouvent leur sommet autour des années de la Commune de Paris (1871) et du premier centenaire de la naissance du philosophe (1884), pour arriver au cœur du«court vingtième siècle» (Hobsbawn). Diderot est, tour à tour, lobjet dune opération antimatérialiste de dissimulation du matérialisme, qui passe par les œuvres françaises e dhistoire de la philosophie du début du XIX siècle ; ou, selon lacadémicien spiritualiste E.-M. Caro (1826-1887), lapôtre dune pensée incohérente de la Nature, bien avant Lamarck, Haeckel et Darwin, un symbole aussi de la chute culturelle, antichrétienne, de lépoque du positivisme, mais qui a eu des sursauts inattendus vers la vraie philosophie (spiritualiste), dans saRéfutation dHelvétius (R. Trousson). Ou encore, comme un Giordano Brunoredivivus, pour les e italiens progressistes du XIX siècle, Diderot représente une sorte de géant de la libre pensée et de la Révolution, déiste plutôt quathée, image utile aux interprètes, dans leur lutte lItalie étant finalement unifiée en 1870pour la libération de la suprématie cléricale dans la e culture, jusquau XX siècle (voir chap. 3) et cible convergente dattaques, bien évidemment, des cléricaux. Les images se démultiplient lorsquon avance dans le temps, du e e XIX au XX siècle, et si lon regarde sa figure, mise au programme des lettres françaises, à lécole secondaire. Ici se montre bien la lente et toujours difficile «émersion» de la pensée de Diderot à côté des 2Goethe et Diderot; et R. TROUSSON, «Barbey, Paris, E. Dentu, 1880, p. 181 d’Aurevilly et le ‘satyre fumant’», dans A.M.CHOUILLET (éd.),Les Ennemis de Diderot, Paris, Klincksieck, 1993, pp. 201-220.
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