Dieu auteur des grands événements arrivés en France en 1814 ; par un député des Côtes-du-Nord au corps législatif en l'an V

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Prud'homme (Saint-Brieuc). 1814. France (1814-1815). In-8 °. Pièce.
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Publié le : samedi 1 janvier 1814
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DIEU AUTEUR
DES GRANDS ÉVENEMENS
ARRIVES EN FRANCE EN 1814 ;
Par un Député des Côtes-du-Nord, au
Corps Législatif, en l'an V.
A Domino factum est istud ,
est mirabile in oculis nostris. Ps. 117
LES grands événemens qui se succèdent avec
rapidité, et qui vont enfin fixer nos destinées,
exigent d'un côté que nous en connaissions la
cause, et de l'autre, que nous sachions le genre
de coopération qu'il convient de leur donner,
pour assurer notre Bonheur. Tout ce que l'on
peut dire ou penser de raisonnable sur cet objet,
se présente sous l'un ou l'autre de ces rapports,
dont le second est même éminemment conte-
nu dans le premier ; car si nous connoissons
bien la causé de ces événemens , nous con-
noîtrons par là-même , et avec certitude , le
genre de concours que nous devons leur don-
ner. Si c'étoit titre causé humaine qui eût pro-
duit de pareils prodiges, elle se connoîtroit a
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des caractères qui en indiqueroient la source :
elle eût eu ses commencemens, ses dévelop-
pemens , ses progrès, ses chances, ses incer-
titudes , enfin son complément ; elle auroit en-
suite ses conséquences, ses abus , ses réactions.
Ici rien de tout cela, il semble que toutes les
passions humaines aient été enchaînées.
C'est donc envain que tous les partis s'agi-
tent , que toutes les prétentions se renouvel-
lent ; ce n'est point ici une affaire de parti :
aucun parti n'a été victorieux, nul n'a été terras-
sé ; tous ont été confondus et humiliés. Le Tout-
Puissant a fait mouvoir le sceptre qui régit les-
nations ; et les partis ont rentré dans la poudre
d'où ils n'eussent pas dû sortir. En effet, a-t-on
jamais vu une cause qui, depuis vingt ans,
agitoit l'Europe entière , qui tenoit suspendus
tous les intérêts, qui causoit partout des ra-
vages, des destructions incalculables, qui lan-
çoit des millions d'hommes armés d'un bout de
l'Europe à l'autre, se terminer tout-à-coup dans
lin calme religieux, sans qu'aucune puissance
humaine ose s'en attribuer la gloire ni l'avan-
tage exclusif ? Dieu a parlé , et tous les poten-
tats , saisis d'un saint respect, se sont proster-
ries devant lui : ils lui abandonnent le soin de
la vengeance , et pénétrés de reconnoissance ,
ils vont rétablir l'ordre dans leurs états mena-
cés d'un bouleversement général. C'est ici le
triomphe de la justice sur l'iniquité , de la vé-
rité sur le mensonge, de la vertu sur le crime,
de l'ordre essentiel des sociétés sur le désor-
dre organisé et la confusion dévastatrice; c'est
en un mot la cause de Dieu ; elle se démontre
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par ses effets. On vouloit le chasser de son em-
pire, et faire prévaloir une puissance humaine :
il parle en maître, et tout rentre dans l'ordre.
La justice des hommes s'exerce par des châti-
mens ou des vengeances; ils ne peuvent rien
terminer que par des jugemens et des peines,
ou le déploiement de la force ; mais la force
armée ouvre la porte aux massacres , aux rui^
nés, aux proscriptions, aux réfactions de tout
genre ; les passions les plus violentés s'érigent
un tribunal,et prononcent souverainement sur le
sort des vaincus. Ici point de réaction, point de
vengeances ; Dieu n'a pas besoin de citer les
Criminels, devant le trône dé sa justice, avant
le temps qu'il a déterminé ; et c'est là sans con-
tredit le caractère qui démontre le plus authen-
tiquement l'oeuvre de Dieu. Que l'on parcoure,
l'histoire depuis l'origine des temps ; nulle part
on ne trouvera que l'homme se soit jamais
conduit avec cette simplicité, cette grandeur,
cette magnificence, et que les passions de plu-
sieurs millions d'hommes se soient tues comme
par enchantement.
C'est aussi à ce caractère qu'il faut rappeler
ces esprits turbulens, ces têtes qui fermentent,
ces pamphlétaires quelquefois séditieux, qui
prétendent tirer avantage des circonstances et
ressusciter les partis. Ils se trompent lourde-
ment , parce qu'ils ne considèrent ou ne veu-
lent pas voir les choses sous leur vrai point dé
Vue. Ils s'efforcent de trouver une contre-ré-
volution là où il n'y a qu'une simple concilia-
tion , ou pour mieux dire , une déclaration de
l'autorité légitime qui, accordant à chaque parti
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tout ce qu'il peut raisonnablement demander,
détruit radicalement tous les partis et lès livre
à la nullité. Croient-ils donc, ces turbulens tri-
buns , que , pour achalander leurs conceptions
bizarres , leurs abstractions insensées de sou-
veraineté du peuple et d'égalité, nous allons,
sans aucun avantage pour nous ni pour nos en-
fans , nous lancer dans un nouveau cercle de
révolutions ? Nous ayons l'expérience de ce que
ces systèmes absurdes ont produit, et nous som-
mes payés pour ne l'oublier jamais ; mais sur-
tout pour ne jamais nous laisser entraîner aux
discours de pareils meneurs. Ils peuvent entrer
dans l'arène , s'ils veulent, pour défendre ce
qu'ils appellent principes , mais personne ne
les y suivra.
Revenons à notre thèse. Pour prouver que le
bon ordre et la paix rendus à la France, sont
proprement l'oeuvre de Dieu, il faut considérer,
d'un côté le terme où nous entraînoit comme
irrésistiblement le cours naturel des choses; et
de l'autre, les moyens naturels que nous avions
pour nous sauver d'un danger aussi éminent.
Et d'abord , dix années passées à détruire
l'ordre ancien , et à tenter d'en établir un nou-
veau ; dix années employées en mesures, vaines
peur édifier, mais toujours efficaces, pour tor-
turer les hommes , avoient anéanti les droits
du peuple : nul homme , en France, n'étoit en
sûreté de ses biens, de sa liberté , de sa vie
même. Le peuple eût gémi en silence, si ses
tyrans, ou plutôt ses bourreaux , se fussent en-
tendus dans le partage de ses dépouilles; mais
ils se dévoroient entr'eux : ainsi le permettoit
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la; justice divine. L'excès du mal fit recourir au
remède. On sentit qu'on avoit besoin; d'une
force concentrée pour; comprimer des partis fu-
rieux, qui ne respiroient que sang et carnage ;
et on laissa prendre au tyran qui se présenta,
toute l'autorité qu'il'voulut usurper! Ainsi l'or-
donnoit Dieu dans sa colère. Buonaparte fut
un instrument dans sa main ; il vouloit punir
les Français , en sens inverse, de la liberté ef-
frénée qu'ils avaient usurpée, par une tyran-
nie honteuse, qui ne connût ni frein ni me-
sure. Français, ne vous en prenez pas à,Na-
poléon, si vous avez essuyé cet affront humi-
liant ; prenez-vous-en à Dieu, qui punit les
maux que l'on n'empêche pas, comme ceux que
l'on commet. Il y a dans chaque nation lin genre
de solidarité qui rend les individus, responsa-
bles des crimes, publies ou nationaux , qui ont
scandalisé l'univers.
Mais où se seroit arrêtée cette affreuse tyran-
nie, dans l'ordre naturel? Hélas ! elle étoit pous-
sée trop loin pour s'arrêter nulle part. Tout
acte tyrannique est un lien qui en nécessite un
second, et graduellement un dixième, un cen-
tième, un millième, etc. On ne peut s'arrêter
dans cette carrière , parce que nulle part on ne
trouvé de point d'appui. Tout est mobile à l'en-
tour d'un tyran, et s'il cesse d'effrayer, il est
perdu. Il est trop démontré que le tyran eût épui-
sé la population Française contre celle de l'Eu-
rope, et que s'il fût venu à bout, de vaincre
celle-ci, il eût fait servir tout ce qui fût resté
des deux à conquérir ou à dévaster l'univers.
Où s'arrête l'esprit de système, quand ses ten-
Auferte ma-
lum à medio-
vestrî.

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