Dieu, France et Roi. Nouveaux cris de réveil (5 septembre 1871)

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L. Hebraïl, Durand et Cie (Toulouse). 1871. In-8° Pièce cartonnée.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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DIEU
FRANGE ET ROI
NOUVEAUX GRIS DE RÉVEIL
TOULOUSE
L. HÉBRA1L, DURAND & C«, LIBRAIRES-ÉDITEURS
5, RUE DE LA POMME, 5
187I
DIEU
CE ET ROI
NOUVEAUX CRIS DE RÉVEIL
TOULOUSE
L. HÉBRAIL, DURAND & C<>, LIBRAIRES-ÉDITEURS
5, RUE DE LA POMME, 5
l87I
AVANT-PROPOS
Un moment nous avions pu craindre que l'involon-
taire retard apporté à la publication de ce nouveau
recueil ne lui ôtât le seul mérite auquel il puisse pré-
tendre, celui de l'actualité. Les événements vont si vite
aujourd'hui ! L'Assemblée et le Gouvernement se sont
malheureusement trop chargés de nous délivrer de
cette puérile sollicitude. Qui pourrait dire quand
finira le statu quo néfaste dans lequel nous voilà déci-
demment embourbés? Le vote du 3i août n'est-il pas
un gage de plus donné au parti révolutionnaire ; un
autre baptême implicitement conféré à la république
provisoire dans la personne de M. Thiers, devenu son
Président définitif, comme l'a dit si spirituellement
Louis Veuillot ? Tel a été cet accouchement laborieux
qui rappelle, dans la mesure des petites choses aux
grandes, la naissance de Tristram Shandy. On appel-
lera cela de Vapaisement, soit : mais qui pourrait
assurer que le nouvel embryon politique, dont la
Chambre vient de se délivrer sans trop savoir ce
qu'elle faisait, tournera positivement à bien? Au sur-
plus, la France elle-même s'en contente; il lui suffit,
comme à la majorité de l'Assemblée, — image la plus
fidèle qu'ait eue la nation réunie dans ses Comices,
depuis la tenue de nos derniers États généraux, —
il lui suffit d'avoir éloigné pour quelques années,
quelques mois peut-être, les catastrophes qui nous
menacent encore. C'est, on l'a fort bien dit avant
nous, la prorogation d'une échéance redoutée, à
laquelle elle se sent tenue de satisfaire bientôt, peut-
être avec usure. Ainsi, toujours même instabilité dans
la situation, même fluctuation dans les idées, même in-
consistance dans les volontés! Et, cependant, nous sen-
tons bien tous, à l'Assemblée comme dans le pays, ce
qu'il nous faudrait pour sortir de ce gâchis byzantin.
Mais nous ne pouvons nous résoudre à le vouloir d'une
façon nette et virile. Pourquoi ne pas dire toute notre
pensée? Nous ne sommes plus que les fils énervés de nos
pères : résultat funeste d'une trop longue désuétude
de nos libres franchises d'autrefois, sous l'empire des
régimes successifs qui, depuis la fameuse déclaration,
ne nous ont plus entretenu que de nos droits sans nous
rappeler jamais nos devoirs. C'est ainsi que les peuples
se dénationnalisent et se corrompent.
VI,
L'heure est donc toujours au combat contre ces
habitudes invétérées de servilisme politique, ce man-
que à peu près absolu d'initiative dans les caractères,
cet affaissement général des esprits et cet indifféren-
tisme pratique pour toute idée religieuse ou même
morale, dans le pêle-mêle effréné d'un sensualisme qui
n'engendre que l'égoïsme et la lâcheté. L'urgence d'un
appel à toutes les forces vives de la pensée n'est que
trop palpable ; et nul n'est admis à faire valoir de motifs
d'exemption en cette nouvelle et patriotique croisade. A
inoins d'impuissance native, le service y devient obliga-
toire pour tous, chacun dans la mesure de ses facultés : le
mode de prestation importe peu, pourvu qu'il se réalise,
fût-il même tombé en discrédit comme la versification,
je n'ose dire la poésie. En i83o, elle avait encore
droit de cité parmi nous ; et Bernard Dugrail pouvait
dire aux conservateurs de l'époque, empressés de se
grouper autour de leur royauté d'emprunt, comme
ils se groupent aujourd'hui autour de M. Thiers :
Ainsi, rien n'est changé, ce n'est qu'un autre Roi :
Alle% retenir place aux degrés de son trône;
Et broute^ les faveurs qu'on y jette en aumône
A ceux qui trahissent leur foi!
C'est pour rester fidèle à la nôtre que nous avons
cédé à l'irrésistible besoin d''ajouter quelques chants de
Vil)
plus à nos premiers Cris de Réveil. Qu'il en soit de
cette nouvelle entreprise comme de sa devancière :
qu'elle aille à la grâce de Dieu, sans autre soutien
que le sentiment d'un devoir accompli, sans autre
témoignage que la droiture de nos intentions. Le
temps nous a évidemment manqué pour châtier comme
nous l'eussions désiré une oeuvre toute d'inspiration ; et
le temps fait ici beaucoup à l'affaire, quoi qu'en dise
Alceste. Au lecteur de juger s'il a été tout à fait
perdu.
:> septembre I8JI.
I
DIEU ET LE ROI
COUP DE TOCSIN
« Proh! pudor! »
Sonne, vibre tocsin d'alarme;
Arrache à son sommeil de mort
Cette France encor sous le charme
Qui la détourne du vrai port.
IO
Inconcevable destinée !
La France est-elle condamnée
A ne jamais ouvrir les yeux ?
Autour d'elle lorsque tout sombre,
Ne va-t-elle saisir que l'ombre
Du salut offert à ses voeux ?
Que fait-elle, alors que, victime
De ses chefs prévaricateurs,
Elle erre au penchant de l'abîme
Comme les troupeaux sans pasteurs ( i ) ?
Quand, par l'Europe méconnue,
Découronnée et presque nue,
En Dieu seul elle a son recours ;
Qu'au dedans tout est défaillance ;
Qu'au dehors pas une alliance
Ne lui garde un loyal concours ?
Oui, que devient-elle à cette heure
Où, la gorge encor sous le pié,
(i) LAMARTINE, Ode à Mgr le duc de Bordeaux,
11
De l'âpre shylock (i) qui l'écoeure
Elle se délivre à moitié ?
Instruite par tant de désastres,
Se détourne-t-elle des astres
Qui la menèrent aux écueils ?
A l'éclat des leçons divines,
Gémit-elle sur ses ruines -,
Pleure-t-elle sur ses cercueils ?
Fruits amers d'infernales oeuvres ! !...
Sans doute, elle ne confond plus
Les maîtres et leurs vils manoeuvres,
Les maudits avec les élus !...
Dans cette moisson qui l'effraie
Le blé pur de la folle ivraie
Se discerne sans nul effort ;
On dirait que la Providence
(i) Une partie des 200 millions de la contribution de guerre imposée
à Paris était payable en or, et cet or a été fourni par la Banque de
France. Pour reconstituer son encaisse métallique, la ville de Paris s'était
engagée à racheter à l'étranger des espèces qu'elle remettait à la Banque.
Or, pendant que se poursuivait cette opération de rachat, un courtier est
venu offrir des espèces livrables à Versailles. C'était M. de Bismarck,
qui avait fait revendre en sous main avec prime, l'or qu'il avait exigé
qu'on lui livrât sans prime.
(Echo de la Province, 10 août 1871.)
12
De son doigt, jusqu'à l'évidence,
Lui montre la vie et la mort?.!...
Ecoutez ! Paris est en fête :
Il rouvre vauxhalls et concerts,
Comme si jamais la conquête
Ne l'eût enlacé de ses fers.
A ses spectacles il fait queue,
Insoucieux que sa banlieue
Soit plus déserte que Memnon,
Et sans songer à la Patrie,
Dont la main sanglante et meurtrie
Signa la paix sous le canon !!
En vain d'infâmes représailles (i)
Le jour épouvantable a lui :
Ni la Commune, ni Versailles
N'ont pu le distraire de lui.
Tout autre souci l'importune :
Il bénit encor sa fortune
(i) Les communeux appellent l'incendie et la dévastation des édifices
publics et privés, la loi du talion ! (Voir les débats qui ont eu lieu
devant le 3" conseil de guerre de Versailles.)
i3
(Qu'il ait ou non capitulé),
Si le soir, à la promenade,
Du bruit sourd de la canonnade
Son farniente n'est plus troublé.
On l'a vu, quand maint édifice
Craquait sous les obus prussiens,
Courir à ces feux d'artifice,
Ruine et souvent mort des siens.
Et quand la torche sacrilège,
Couronnant les horreurs du siège,
Eut détruit ses vieux monuments,
On le vit, dans la foule impie,
Du lorgnon de sa myopie
Explorer les débris fumants.
O honte ! l'on sent au visage,
Malgré soi, monter la rougeur !
France, du Paris qui t'outrage
Sois le ferme et digne vengeur !
Secoue enfin ta léthargie,
Reine du luxe et de l'orgie,
De l'orgueil et des voluptés,
Et dépouille l'insouciance
14
Qui des lois de la conscience
Obscurcit pour toi les clartés.
Il est temps (sous tes pieds tout croule)
De relever ton noble front,
Et du sol que l'ennemi foule
D'effacer le trop long affront.
Dieu, qui des nations se joue,
T'avait enchaînée à Capoue
Où s'ammollirent tes ardeurs.
Mais, lorsqu'on te croyait à terre,
Le dernier coup de son tonnerre
Te ressuscite à tes grandeurs.
Marche ! marche sous la tutelle
Que n'ont pu lasser tes excès ;
Que ta force se renouvelle
Pour d'autres éclatants succès.
En vain du Rhin au Janicule
Une main impie accumule
Ses légions et ses efforts :
L'ombre auguste de Charlemagne
Crie anathème à l'Allemagne
Livrant le Juste aux mains des forts !

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