Directions pour la conscience d'un électeur , par un électeur éligible du département de la Seine

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Ponthieu et Delaunay (Paris). 1824. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8°, 56 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1824
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DIRECTIONS
POUR LA CONSCIENCE
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MONGIE ainé, boulevard Poissonnière, n° 18 ;
BECHET aine, quai des Augustins, n° 55 ;
BOSSANGE père, rue de Richelieu, n° 60;
DONDEY DUPRÉ , père et fils, rue de Richelieu, n° 67;
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RENOUARD, rue de Tournon, n° 6; .
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LHUILLIER , rue Dauphine, n° 36 ;
J. J. PASCHOUD, rue de Seine, n° 48;
CHASSERIAU, rue Neuve-des-Petits-Champs, n°5;
Et chez les principaux Libraires de Paris et des
Départemens.
Prix : I fr. 50 c.
Imprimerie D'HIPPOLYTE TILLIARD ,
rue de la Harpe , N° 78.
DIRECTIONS
POUR LA CONSCIENCE
UN ELECTEUR ELIGIBLE
DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE.
PARIS,
CHEZ PONTHIEU ET DELAUNAY, LIBRAIRES,
Palais-Royal, galerie de bois.
24 février 1824.
» Si je pouvais faire en sorte que chaque Français
eût de nouvelles raisons pour aimer ses devoirs, son
Prince, sa Patrie, ses Lois Je me croirais le
plus heureux des mortels ».
MONTESQUIEU, Préface de l'Esprit des Lois.
» Le Midi ou le Nord, le Continent ou la Mer, ne
font point la force des Nations; c'est l'esprit, l'énergie
et le courage qui donnent tout et enlèvent tout. Celui
qni s'agrandit, n'a donc à redouter que ses passions,
et celui qui succombe, ne doit accuser que ses fautes».
MULLER, Hist. Univers., Introduction.
DIRECTIONS
POUR LA CONSCIENCE
1. Quelques Idées Préliminaires.
LA question des élections , si importante et si
décisive, à une époque où la France est appelée à
renouveller en entier la Chambre des députés, et
à manifester ainsi, d'une manière légale et solen-
nelle , ses voeux, ses besoins et ses trais sentimens :
cette question, agitée sous tant de rapports diffe-
rens et par tant de passions et d'intérêts contraires,
a donné naissance à une multitude d'écrits. Chaque
parti, chaque nuance d'opinion a pu se faire en-
tendre. Les feuilles quotidiennes ne cessent de
reproduire, avec une infatigable persévérance ,
tous les raisonnemens, et même quelquefois les
sophismes qui semblent propres à faire prévaloir
tel ou tel système qu'elles voudraient favoriser.
Au milieu de ces voix confuses et souvent dis-
cordantes , qui étouffent par leur conflit la simple
voix de la conscience et do la raison, qu'il soit
(6)
permis de faire un appel au bon sens et à la bonne
foi de chaque électeur, et de réduire à un petit
nombre de vérités évidentes les considérations et
les principes qui doivent diriger les choix de nos
députés. ...
Je ..m'adresse à tous les hommes qui sont animés
par un sentiment de probité et d'honneur, par un
amour sincère et éclairé de la patrie et du Roi,
à tous les vrais Français enfin qui veulent forte-
ment garantir et consolider la tranquillité et la
prospérité publiques, par le libre et entier déve-
loppement des institutions que nous devons à la
sagesse du monarque. Je voudrais écarter de mon
langage tout ce qui pourrait aigrir les passions, offen-
ser les personnes , réveiller d'affligeans souvenirs,
ou présenter, comme une lutte et un combat entre,
deux armées, ce qui ne devrait être qu'un acte émi-
nemment calme et paisible, inspiré par une sorte
d'unanimité de voeux , de sentimens et d'espé-
rances.
En effet, n'avons-nous pas tous, après nos lon-
gues et cruelles discordes, le même besoin de
mettre fin aux révolutions, et de conserver les
résultats désirables et nécessaires de notre expé-
rience et de nos malheurs, des garanties sociales
également réclamées par l'intérêt du trône, par
celui des différentes classes de citoyens qui ont
toutes beaucoup souffert, et par l'instinct de chaque
Français ?
(7)
II. Lois sur les élections ; leur but; leurs avantages.—
Caractères essentiels de ces lois.
La législation relative aux élections, en consacrant
l'exécution d'une des dispositions fondamentales
de la Charte constitutionnelle, (Articles 35, 36, 37,
38, 39, 40 , 41 et 42 ) , et en déterminant les con-
ditions et les formes nécessaires, soit pour l'orga-
nation des collèges électoraux, soit pour la nomi-
nation des députés, a pour but de fortifier et de
garantir nos institutions. Elle veut environner le
trône des interprètes naturels et légitimes de la
véritable opinion nationale ; elle veut confier le
double dépôt de la liberté publique et de la monar-
chie légitime aux hommes les plus intéressés à le
conserver.
La loi, qui appelle, d'après la Charte, tous
les contribuables payant au moins 300 francs , et
âgés de trente ans, à exercer leur droit politique
d'électeur, introduit dans nos institutions le prin-
cipe fécond de l'élection directe opérée par un
grand nombre de votans. Elle constitue, dans la
Chambre des députés , la représentation réelle et
non fictive, de la propriété commune et de tous les
intérêts locaux (i) qui s'y rattachent, tan dis que la
(1) Expressions employées par M. le maréchal MACDONALD,
Duc de Tarente, dans son opinion, prononcée à la Chambre
(8)
haute propriété se trouve plus spécialement repré-
sentée dans la Chambre des pairs.
III. Les exécuteurs de la loi doivent se pénétrer de son
esprit. — Obligation imposée aux électeurs d'étudier la
Charte et les Lois sur les élections. — Obligation d'en
faire une application rigoureuse. — Responsabilité soli-
daire des électeurs.
Une loi, quelles que soient son importance et sa
bonté, ne produit tous les biens dont elle est le
germe, qu'autant que les exécuteurs de cette loi
en saisissent l'esprit, s'en pénètrent fortement et
agissent dans les vues du législateur.
Tous les citoyens appelés à exercer le droit élec-
toral doivent étudier, avec une attention religieuse,
d'abord la Charte constitutionnelle , règle première
de leurs devoirs et garantie de leurs droits; puis,
les deux lois qui déterminent la nature de leurs
fonctions, et les opérations temporaires, mais d'une
haute importance, dont ils sont chargés.
Il ne leur suffit pas de bien connaître ces règles
fondamentales ; il faut en apprécier les consé-
quences : il faut les appliquer avec exactitude et
fidélité.
Qu'ils aient toujours ces deux vérités présentes
à leur pensée : — « Les résidtats de nos opérations,
des pairs, le 28 janvier 1817, sur le Projet de loi relatif à
l'organisation des collèges électoraux.
(9)
accomplies dans l'espace de quelques jours, vont
influer sur les intérêts particuliers et publics, pen-
dant plusieurs années. — Les choix, bons ou mau-
vais, auxquels nous allons concourir, nous impo-
sent le poids d'une responsabilité morale et solidaire
envers nos concitoyens, envers le Roi, envers la
patrie ! »
IV. Des élections de députés qui ont eu lieu depuis trente
ans.—Des réunions électorales, depuis 1789.—Les nou-
velles lois sur les élections , malgré leurs imperfections ,
peuvent faire espérer une représentation plus nationale que
celles qui ont précédé.
Comment avons-nous fait usage , depuis trente
années, de notre faculté d'élire des députés? Quels
ont été les résultats de nos choix ? — Nous avons
pu nous honorer d'un grand nombre d'hommes
vertueux, éclairés, éloquens, surtout dans l'as-
semblée constituante et dans quelques autres as-
semblées. Mais , il faut l'avouer, les intérêts natio-
naux furent trop souvent méconnus et compromis.
Depuis la. convocation des Etats-généraux, en
1789 , époque où les élections, faites d'après l'an-
cienne distinction des trois ordres, durent avoir
d'ailleurs un caractère d'imperfection qui s'attache
toujours aux institutions naissantes ou tombées en
désuétude ; la plupart des réunions électorales ,
agitées par les influences des factions, de l'anar-
chie , du despotisme , n'ont pu remplir fidèlement
(10)
leurs devoirs : l'esprit de parti ou de coterie a été
substitué à l'amour de la patrie.
Le peuple français n'a donc jamais été aussi
véritablement , aussi complètement représenté
qu'il pourrait l'être, si les choix dé ses députés
étaient libres, dégagés de toute influence malfai-
sante, et propres à faire connaître au monarque
les vrais besoins de la nation.
V. Leçons de [expérience et de [adversité à mettre à profit.
— Des causes premières de nos malheurs.
Nous avons payé chèrement les écarts, les fautes ,
les crimes de nos députés et de nos gouvernans. —
Consultons l'expérience : profitons de nos longs et
immenses malheurs; soyons instruits par ces mal-
heurs mêmes. Osons en signaler les véritables
causes, pour y mettre un terme.
La corruption, l'égoïsme qui se trahit lui-même
par un lâche abandon des intérêts de la patrie et
par une fausse interprétation des intérêts particu-
liers ; la soif de l'or et du pouvoir ; une ambition
mal entendue et mal dirigée ; l'oubli de toute mo-
rale publique et privée; le défaut de caractère et
d'énergie pour vouloir et pour faire ce qui nous
est dicté par notre conscieuce ; mais surtout le
mépris des vérités qui nous accusent et qui nous
éclairent : voilà ce qui a produit les erreurs et les
fautes dont nous avons éprouvé les déplorables
suites.
(11)
VI. Besoin d'aimer et de chercher la vérité. — Nous devons
être mûris par le malheur. — Epoque présente, favorable
pour obtenir de bons choix. — Des principaux fondemens
de nos institutions. — Voeu commun des Français pour
obtenir des députés qui puissent assurer le bonheur de la
France par la fidèle observation de la Charte.
Aimons donc et cherchons la vérité ; sachons lui
pardonner et la supporter : ceux-là seuls, qui nous
la diront toute entière, peuvent nous sauver. Ceux
qui flatteraient nos passions, ne feraient que r'ou-
vrir le gouffre ensanglanté dans lequel des mains
imprudentes et criminelles avaient précipité la
patrie.
Plus nos malheurs ont été grands, plus nous"
devons être mûrs, pour éviter de nouvelles cala-
mités par une meilleure conduite.
Les circonstances où nous sommes, et la convo-
cation simultanée de tous les collèges électoraux,
paraissent donc favorables pour obtenir dés élec-
tions vraiment nationales. Tous les Français doivent
se préparer, et se mettre en mesure pour nom-
mer de bons députés.
Les deux principes de la MONARCHIE HÉRÉDI-
TAIRE et de la REPRÉSENTATION NATIONALE , dans
notre gouvernement constitutionnel; le respect de
la LIBERTÉ INDIVIDUELLE et de la PROPRIÉTÉ , dans
notre ordre social et politique : tels sont les princi-
paux fondemens de nos institutions.
(12)
Aujourd'hui, plus que jamais, le même besoin ,
le même voeu sont communs à tous les Français.
Ils veulent obtenir pour députés des hommes de
bien, des hommes de bon sens , qui unissent le
patriotisme aux lumières , la modération à l'éner-
gie , la prudence au courage, le désintéressement
à la fermeté : qui soient assez dévoués aux intérêts
de la patrie et du Roi, pour exprimer toujours,
avec une noble franchise, les vérités qu'ils croi-
ront utiles au bien public ; qui s'étudient avec un
soin religieux à justifier la confiance de la nation,
à mériter l'estime du Roi, qui soient inaccessibles
aux séductions, aux influences corruptrices et à
l'esprit de faction. De tels hommes existent et peu-
vent se trouver parmi nous ; mais il faut savoir et
vouloir les chercher : en les cherchant, on les
trouve; sont-ils trouvés, on doit les nommer.
VII. Les pauvres , comme les riches, ont un intérêt direct
dans le choix de ceux qui doivent consentir les impôts,
discuter et voter les lois. — Même intérêt pour le gouver-
nement , qui ne doit jamais s'isoler de la nation.
Le choix des hommes qui doivent concourir à
là fixation annuelle de l'impôt (art. 17, 47,48 et 49
de la Charte), et à la confection des lois (art. 13 et
suivans jusqu'à l'art. 23); se lie essentiellement
aux intérêts individuels, comme aux intérêts pu-
blics ; car l'impôt atteint le pauvre comme le riche ;
(13)
et chaque loi, suivant qu'elle est plus ou moins
conforme à la justice, protège ou compromet les
personnes et les propriétés, fait prospérer ou lan-
guir toute espèce de travail et d'industrie. — Tout
se tient dans l'état social : la pauvreté du proprié'
taire fait la misère de l'artisan; celle-ci cause la
ruine entière de l'homme qui n'a ni propriété , ni
industrie.
Le même voeu, le même besoin d'obtenir de
bons députés, s'appliquent aux vrais intérêts du
gouvernement, qui ne sont jamais différens de
ceux de la nation.
VIII. Comment de bonnes élections sont le meilleur moyen
d'affermir le trône. — Opposition raisonnable aux abus ;
point d'appui et garantie pour le gouvernement.
Plus les députés seront fidèles à leur conscience
et à leurs commettans, plus ils seront les interprètes
courageux de la véritable opinion, ou plutôt de la
conscience publique et du bon sens national, plus
aussi le trône s'affermira sur la base inébranlable
des volontés et des forces de l'immense majorité
des Français.
à
Résister par une opposition raisonnable et mo-
dérée aux abus du gouvernement, c'est appuyer
le gouvernement. En politique, comme en mécani-
que , on ne s'appuie que sur ce qui résiste.
(14)
IX. Résultats essentiels d'une bonne représentation nationale,
qui est le plus sûr gage du bonheur de la nation , et le plus
ferme soutien de la monarchie. — Rapports nécessaires
entre la composition de la Chambre des députés et tous les
élémens de la prospérité publique.
Avec une bonne représentation nationale, qui
sera le plus ferme soutien de la monarchie, des ré-
volutions nouvelles seront prévenues ; les fortunes
particulières seront mieux assurées ; le territoire et
l'honneur national seront mieux garantis ; le gou-
vernement , toujours maintenu en harmonie avec la
nation, obtiendra de nouveaux droits à la considé-
ration et au respect des étrangers. Au dedans ? .la
soumission aux lois, l'union, l'ordre, l'économie,
feront fleurir l'Etat; au dehors, l'influence salutaire
de la tranquillité de la France contribuera essentiel-
lement à rendre durable la tranquillité de l'Europe.
Aucun esprit judicieux, impartial, éclairé, ne
peut méconnaître les rapports intimes et nécessaires
qui existent entre une bonne représentation natio-
nale , et la conservation de la paix intérieure et exté-
rieure, entre la liberté publique et le crédit, dont
l'influence réciproque est incontestable; entre
l'esprit général des deux Chambres et l'indépen-
dance de la France, la durée de la paix, les plus
grands intérêts politiques rattachés à nos plus chers
intérêts privés.
(15)
X. L'intervalle des cinq années , pour lesquelles les députés
vont être nommés , est une période décisive. -— Discussion
et adoption probables des lois les plus importantes , dans
le même intervalle de tems.
Les députés qui vont être nommés pour cinq
ans, auront à remplir leur mission législative dans
un intervalle de tems où des événemens décisifs
seront nécessairement amenés par le cours des
choses. .
L'exécution pleine et entière du traité de paix si
désastreux de 1815 , a dégagé la France des obliga-
tions qu'elle avait contractées. Les étrangers , qui
ont trop long-tems occupé une partie du sol français
avec leurs armées, ne viendront plus au milieu de
nous, que pour y négocier des échanges récipro-
quement utiles, pour s'y livrer à des spéculations
commerciales et industrielles, pour observer nos
arts, nos moeurs et nos lois, et pour s'éclairer de
nos lumières, ou nous apporter celles des autres
nations, ou pour satisfaire une louable curiosité.
Les lois fondamentales et constitutionnelles, sur
l'organisation des municipalités , du jury, de la
garde nationale, sur la responsabilité des minis-
tres , etc., qui doivent être le complément et,l'ap-
plication de la Charte, sur laquelle reposent nos
institutions,, devront être enfin présentées, discu-
tées et adoptées y dans ce même intervalle de cinq
années.
(16)
XI. Besoin vivement senti d'avoir de bons députés. — La
première condition, pour mériter les suffrages, est un
sentiment profond de dévouement h la Patrie et defidélité
au Roi. — Le poste de député, surtout dans les circons-
tances actuelles, exige un véritable courage.
Il faut donc avoir, pour cette période décisive
plus que pour aucune autre, des députés éminem-
ment français, pénétrés de la sainteté de leurs
devoirs, de la gravité des circonstances, doués
d'un caractère noble et indépendant ; dont l'ame,
vieillie par l'expérience de nos malheurs, soit
jeune encore par la pureté et l'énergie des senti-
mens.
Il faut des hommes d'une raison éclairée, d'un
jugement droit, supérieurs aux petites passions,
uniquement animés de la passion du bien public,
d'un amour profond de la patrie et du Roi, qui
apportent dans les discussions du patriotisme, de
la sagesse, de la présence d'esprit, de la fermeté
sans excès.
Dans un jour de bataille, on choisit les plus
braves pour les placer en présence de l'ennemi.
Nous aussi, nous devons avoir pour députés des
soldats intrépides, qui soient doués, pour attaquer
et combattre les abus, d'un courage civil, non
moins utile et non moins honorable que le courage
militaire qui affronte la mort dans les combats.
(17)
XII. De la députation de Paris, et de celles des autres
grandes villes de France. — De quelques journées criti-
ques de la révolution. — Influence naturelle de la capi-
tale ; combien il importe que celte influence ait une bonne
direction, — Situation particulière des députés du dépar-
tement de la Seine.
La députation de Paris, et celles des autres
grandes villes du royaume, doivent surtout se
distinguer par un attachement invariable et tou-
jours éclairé aux vrais intérêts de la Franle^et du
gouvernement, par l'indépendance du caractère
de leurs membres, peut-être aussi par la supério-
rité de leurs talens.
Trop long-tems , la seule influeuce de la capitale
a entraîné successivement le royaume, la répu-
blique et l'empire. Chaque fois, une seule journée,
une révolution du palais (au 10 août, au 3i mai,
au 18 fructidor, au 18 brumaire), ont suffi pour
changer la face des choses. Chaque fois, les inté-
rêts nationaux ont été sacrifiés et trahis par les
agens ou par les agioteurs politiques, qui ont spé-
culé sur toutes les révolutions nouvelles. Une mi-
norité intrigante et factieuse, qui était parvenue à
dominer et à gouverner la majorité, a presque tou-
jours substitué ses vues étroites et fausses aux con-
ceptions nobles et utiles qui auraient assure l'indé-
pendance et la prospérité de la patrie.
Sachons néanmoins apprécier l'influence legi-
(18)
time et nécessaire de la capitale, qui est lé centre
des lumières, des richesses, d'une plus grande
population réunie, et dans laquelle l'opinion uni-
verselle des citoyens se trouve, à quelques égards,
naturellement représentée. Il faut éclairer cette
opinion , faire en sorte que cette influence ait une
bonne direction.
Les députés de Paris ont naturellement une plus
grande influence que les autres députés; ils ma-
noeuvrent sur un terrain qu'ils connaissent mieux ;
ils ont plus de relations, plus de points d'appui et
de contact. S'ils sont mauvais, ils feront plus de
mal ; s'ils sont bons, ils feront le bien plus aisé-
ment.
XIII. Chaque département est responsable du choix de
ses députés envers la France entière, qu'ils sont appelés
à représenter. — De la Capitale, dans le tems des élec-
tions. — Des ambitieux qui se mettent en évidence ; des
hommes d'un mérite solide qui ne savent point se faire
valoir.
Que chaque département soit également jaloux
d'envoyer une députation qui puisse répondre aux
espérances de la nation et honorer la France. Il
devient responsable envers la commune patrie des
députés qu'il envoie. — Chaque député, quoique
nommé par un département particulier, devient,
par le seul fait de sa nomination, le représentant
de la France ; il appartient à la nation entière.
La capitale, par sa nombreuse population, par
(19)
le privilège dont elle jouit d'être le siège du gou-
vernement , la résidence du corps diplomatique ,
le rendez-vous d'une multitude d'étrangers , le
point commun de réunion de presque tous les hom-
mes qui ont une grande fortune, et de la plupart
des gens industrieux ou avides de places, qui ont
une fortune à faire , est nécessairement, surtout à
une époque d'élections, un foyer d'intrigues.
Rappelons-nous qu'à cette époque décisive, les
plus riches , les plus ambitieux sont en évidence.
L'homme d'un grand caractère, d'un talent dis-
tingué , qui aurait de l'énergie et du courage pour
défendre à la tribune publique , au péril de sa vie,
les droits de la nation et l'honneur de la France,
sera très souvent timide pour se produire lui-même
dans une assemblée électorale. Son patriotisme
désintéressé s'oppose à ce qu'il se jette en avant
pour appeler sur lui les suffrages : content de les
mériter, il n'agira point pour les obtenir.
XIV. Examens préparatoires relatifs aux candidats.
Mais, s'il s'établit de bonne heure, et pendant
quelques jours de suite, au moment des élections,
entre un grand nombre de ceux qui doivent y con-
courir, des rapports intimes et des communications
familières, dégagées de mystère et d'intrigue, où
préside la confiance , où chaque candidat soit exa-
miné sévèrement, où toute considération particu-
lière soit écartée, ou la vérité soit accueillie de
(20)
préférence par des hommes de bonne foi qui s'esti-
ment et veulent s'éclairer mutuellement; si les
choix à faire sont préparés, discutés, mûris , dans
les différentes réunions qui résultent de nos rela-
tions sociales : alors, on arrivera aux collèges élec-
toraux avec une préparation convenable; chaque
électeur aura pu recueillir des renseignemens po-
sitifs sur les individus proposés comme candidats ;
les choix, dirigés sur les hommes les plus hono-
rables , seront garantis de l'influence des mauvaises
listes, des cabales et des coteries.
XV. Nécessité de neutraliser l'intrigue et la calomnie. —
Observation rigoureuse du secret des votes prescrit par
la loi.
Empêchons l'intrigué de faire accueillir des dé-
putés indignes ou incapables ; empêchons les agens
de l'autorité de faire nommer des députés lâches et
serviles. Otons à la calomnie le funeste pouvoir
d'écarter lés hommes de bien, étouffés par les fac-
tions , quelles que fussent leurs couleurs, ou par
le despotisme militaire, qui redoutait surtout les
voix éloquentes, inspirées par des âmes pures et
par des caractères nobles. Ces hommes seuls font
néanmoins la force et la gloire des Etats.
Observons surtout religieusement la disposition
de la loi, qui veut que chaque électeur écrive SECRÈ-
TEMENT son vote, et remette son bulletin écrit et
FERMÉ au président, afin de protéger la liberté des
consciences et l'indépendance des choix.
(21)
XVI. Usage à faire des listes imprimées des électeurs. —
Listes des éligibles. — Listes particulières des candidats
proposés.
L'article 5 de la loi ( du 5 février 1817 ) sur les
Elections, portant que le préfet dressera dans chaque
département la liste des électeurs, qui sera imprimée
et affichée, fournit un moyen naturel d'examiner
les individus qui, dans le nombre des électeurs
éligibles , peuvent fixer les suffrages.
Une liste particulière des citoyens éligibles, ou
réunissant les conditions exigées par les articles
38 et 39 de la Charte, devra être également dressée
et publiée, dans chaque département, par les soins
de l'autorité, pour diriger les votes.
Il serait à désirer qu'une liste générale des éli-
gibles dans tout le royaume fut aussi dressée et pu-
bliée, par les soins du ministre de l'intérieur ou de
celui des finances , pour rendre plus facile l'exer-
cice du droit facultatif consacré par l'article 42 de
la Charte.
Chacun peut extraire de ces listes générales des
listes particulières de candidats , en ajoutant à
chaque nom et prénom, l'âge, l'état de fortune,
le domicile de l'individu, et des observations sur
son caractère moral, sur la profession ou les fonc-
tions qu'il a remplies ou qu'il exerce encore, sur
les actions ou sur les écrits par lesquels il a pu se
faire connaître, enfin sur ses principes et sur sa
(22)
conduite, — Le nom de chaque candidat pourrait
être accompagné des noms de quelques personnes
connues et recommandables, qui, l'ayant proposé,
se constitueraient, pour ainsi dire , ses cautions
auprès des électeurs. — Nous n'entendons parler
que des cautions morales, et non pas des cautions
d'autorité, qui pourraient devenir abusives et dan-
gereuses.
XVII. Comment les communications franches peuvent dé-
jouer les manoeuvres sourdes et illicites.
Cette marche simple et facile, qui ne fait sortir
personne du cercle de ses occupations et de ses re-
lations , qui constitue indirectement une sorte de
jury électoral universel dans l'opinion publique,
rendue attentive sur le personnel des individus
désignés pour remplir une mission délicate et
importante, aurait pour objet de régulariser ce
qu'on fait souvent d'une manière illicite et cachée;
de déjouer les menées sourdes, les. machinations
ténébreuses, les intrigues de tout genre, par des
communications franches ; d'appeler une attention
plus sévère sur tous les citoyens qui seraient dans
le cas d'être élus.

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