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disaientles2fils
NicolasVatimbella
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2
P.O.L 8,villad'Alésia,Paris,14e
fils
@P.O.Léditeur,1992 ISBN2-86744-287-7
Sitôtfemmeetenfantsabandonnésàlacampagne,nous passionsdesnuitsfurieusesàécrire,disaientlesdeuxfils. Ayantditunefoispourtoutesetsèchementaurevoirànos collèguesquiallaients'enfoncerdansunenuitdedébauche, nousnousenfermions,bienqu'iln'yeûtplusrienàcraindre, àdoubletourdansnotrebureauetpenchéssuruncahier toutneufque nousvenionsdesortirdel'armoireàfournitu-res,nouslaissionsglisserlescrayonsmalaffûtésquetenaient nosmainsnerveusessurlepapier3viergequenosyeux fiévreuxdistinguaientàpeine.Alorsnousnousdébarras-sions,àlaforcedupoignet,dupoidsnondigérédenotre éternité.Nousquiressemblionsdansnoscostumestrop chaudsàl'éboulisblanchâtred'untasdelingeàrepasser, occupionsnosnuitsd'aoûtàgriffonnerlerécitdenos bâillements,rots,petsetautresexhalaisons.Danslesilence dubureaudéserté,entourésdesobjetssomnolentsetindiffé-rentsdenotrelabeurdiurne,letorsepresqueeffondrésurla plaineendésordredenotretabledetravailquenousne prenionspaslapeinederangeravantdecommencer,nous grattionsentreleslignesbleuesdesfeuillesailleursblanches ledépôtd'unevielourdeetmolle.Atâtonsdanslapénom-brealorsquelejourmoites'achevaitetquelanuitglauque s'installait,nouséclationsenimprécationsmuettes,ensan-glotsinaudibles,prétextesfallacieuxpourcouvrirlepapier degrandeslettresmaigresd'unalphabetpitoyable.Nous commencionspardessoupirs,humides,brûlants,aunombre detrois.C'étaitlamarquehabituelledenotrestyle,l'ouver-
turemonotonedechacunedesœuvresquenousgravâmes, nuitaprèsnuit,déchirantdenotrecrayonquenousfinissions parmaniercommeunburinlesloquesquenousléguionsaux onzemoisquiallaientsuivre.Nousgardionslesyeuxmi-clos, neregardantrien,nevoyantrien.Nousétionsidentiquesà cettechosequis'épanchaitaveccolèreetfoisonnementsau boutdenosbras,etenmêmetempsc'étaittoutcedontnous voulionsnousdébarrasseretdontnousnepouvionsnous éloigner.Nousétionsencommunionaveclessoubresautset lahainequiagitaientnospoignets,maisplongésdansnotre torpeur,nouscherchionshagardslesombresquenosmains nejetaientpassurlesmurs.Nousn'arrivions pasànous soulageretàmesurequelanuits'avançait,passéesles premièresheuresdefébrilité,nousnousabandonnionspeu àpeuàunengourdissementépaisriennesurnageait. Derrièrenosyeuxdechiensdésormaisbattusetrenvoyésà leurosàronger,circulait,déployantsestoilesd'araignée,la consciencefatiguéedebataillesinutilesetdéfinitivement perdues.Etnousn'émergionsdececalmedésespoirquele matinàl'arrivéedenoscollègueshaïs.Alorsnous nous ressaisissionsviteet,droitsdansnosfauteuils,nousles accueillionsd'untonitruantbonjour,quenoussavionschargé demauvaisehaleine.Lajournéedetravailcommençait immédiatement,consacréeàsignerdespapiersetàdonner desordresdontnousn'osionscontrôlerl'exécution,depeur quenotrelassituden'éclatâtaugrandjour.Nousgardions entrelesdoigtsl'envieamèreetrageusedenousenfoncer sansdélaidanslespagesd'unnouveaucahiermais,sollicités constamment,nousattendionsimpatiemmenten nouscréant sanscessedenouvellesobligationsquechacunaitdébarrassé leplancher,pourexprimercequenousgardionsauplus