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disaient les deux fils

De
148 pages
Père abusif, père stupide, père cruel, père grossier, père fantoche, père castrateur, père nul, père odieux, père menteur, père monstrueux, père indestructible, père fou : ces soixante-quatorze contes burlesques et brefs constituent un riche panorama fantasmé de l’oppression et, de la violence avérée à la tendresse meurtrière, le catalogue pratiquement exhaustif de toutes les infamies dont un père peut se rendre coupable.
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disaientles2fils
NicolasVatimbella
disaient
les
2
P.O.L 8,villad'Alésia,Paris,14e
fils
@P.O.Léditeur,1992 ISBN2-86744-287-7
Sitôtfemmeetenfantsabandonnésàlacampagne,nous passionsdesnuitsfurieusesàécrire,disaientlesdeuxfils. Ayantditunefoispourtoutesetsèchementaurevoirànos collèguesquiallaients'enfoncerdansunenuitdedébauche, nousnousenfermions,bienqu'iln'yeûtplusrienàcraindre, àdoubletourdansnotrebureauetpenchéssuruncahier toutneufque nousvenionsdesortirdel'armoireàfournitu-res,nouslaissionsglisserlescrayonsmalaffûtésquetenaient nosmainsnerveusessurlepapier3viergequenosyeux fiévreuxdistinguaientàpeine.Alorsnousnousdébarras-sions,àlaforcedupoignet,dupoidsnondigérédenotre éternité.Nousquiressemblionsdansnoscostumestrop chaudsàl'éboulisblanchâtred'untasdelingeàrepasser, occupionsnosnuitsd'aoûtàgriffonnerlerécitdenos bâillements,rots,petsetautresexhalaisons.Danslesilence dubureaudéserté,entourésdesobjetssomnolentsetindiffé-rentsdenotrelabeurdiurne,letorsepresqueeffondrésurla plaineendésordredenotretabledetravailquenousne prenionspaslapeinederangeravantdecommencer,nous grattionsentreleslignesbleuesdesfeuillesailleursblanches ledépôtd'unevielourdeetmolle.Atâtonsdanslapénom-brealorsquelejourmoites'achevaitetquelanuitglauque s'installait,nouséclationsenimprécationsmuettes,ensan-glotsinaudibles,prétextesfallacieuxpourcouvrirlepapier degrandeslettresmaigresd'unalphabetpitoyable.Nous commencionspardessoupirs,humides,brûlants,aunombre detrois.C'étaitlamarquehabituelledenotrestyle,l'ouver-
turemonotonedechacunedesœuvresquenousgravâmes, nuitaprèsnuit,déchirantdenotrecrayonquenousfinissions parmaniercommeunburinlesloquesquenousléguionsaux onzemoisquiallaientsuivre.Nousgardionslesyeuxmi-clos, neregardantrien,nevoyantrien.Nousétionsidentiquesà cettechosequis'épanchaitaveccolèreetfoisonnementsau boutdenosbras,etenmêmetempsc'étaittoutcedontnous voulionsnousdébarrasseretdontnousnepouvionsnous éloigner.Nousétionsencommunionaveclessoubresautset lahainequiagitaientnospoignets,maisplongésdansnotre torpeur,nouscherchionshagardslesombresquenosmains nejetaientpassurlesmurs.Nousn'arrivions pasànous soulageretàmesurequelanuits'avançait,passéesles premièresheuresdefébrilité,nousnousabandonnionspeu àpeuàunengourdissementépaisriennesurnageait. Derrièrenosyeuxdechiensdésormaisbattusetrenvoyésà leurosàronger,circulait,déployantsestoilesd'araignée,la consciencefatiguéedebataillesinutilesetdéfinitivement perdues.Etnousn'émergionsdececalmedésespoirquele matinàl'arrivéedenoscollègueshaïs.Alorsnous nous ressaisissionsviteet,droitsdansnosfauteuils,nousles accueillionsd'untonitruantbonjour,quenoussavionschargé demauvaisehaleine.Lajournéedetravailcommençait immédiatement,consacréeàsignerdespapiersetàdonner desordresdontnousn'osionscontrôlerl'exécution,depeur quenotrelassituden'éclatâtaugrandjour.Nousgardions entrelesdoigtsl'envieamèreetrageusedenousenfoncer sansdélaidanslespagesd'unnouveaucahiermais,sollicités constamment,nousattendionsimpatiemmenten nouscréant sanscessedenouvellesobligationsquechacunaitdébarrassé leplancher,pourexprimercequenousgardionsauplus
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