Discours et projet de décret sur l'éducation nationale, prononcés à la Convention nationale le 24 décembre 1792, l'an premier de la République , par Henri Bancal, député du département du Puy-de-Dôme, imprimés par ordre de la Convention nationale et envoyés aux 84 départemens

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impr. de J. Ferrand (Rouen). 1793. Écoles publiques -- France -- Ouvrages avant 1800. 1 vol. (28 p.) ; 20 cm.
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Publié le : mardi 1 janvier 1793
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CONVENTION NATIONALE.
DISCOURS
ET
PROJET DE DÉCRET
SUR
PRONONCÉS-
A LA CONVENTION NATIONALE,
Le 24 Décembre 1791 l'an premier de la République
PAR HENRI BANCAL, Député du
Département du Puy-de-Dôme;
Imprimés par ordre de la Convention nationale
envoyés aux 84. Départemens.
Les Nations modernes qui ont élevé tant de magnifique»
temples à la fuperttition religieufe tant de fuperbes
palais aux fuperftitions royale & magistrale ne feront-
elles rien pour le peuple lui-même, quand, reffem-
blant à Paul & Virginie ou au jeune Achille il fait
l'ornement & l'efpoir de la nature & du monde, ou
lorfque femblable au plus grand Dieu, de l'Olimpe il
déploie dans fes aflemblées & fes fêtes nationales fa
majefté, & fa fouveraineté
34;
Al
DISCOURS
ET
PROJET DE DÉCRET
SUR L'ÉDUCATION NATIONALE,
PRONONCÉS
A LA CONVENTION NATIONALE
Le Î4 Décembre 1792 l'an premier de la République,
Par HENRI BANCAL, Député du
Département du Puy-de-Dome,
Citoyens,
Trouver une bonne organifation des aflemblées 6t
des écoles élémentaires eft le probléme le ptusintéreffaiHj
à réfoudre pour le maintien de la liberté. Rabaut a dé-
veloppé le feul moyen que î'aie conçu (ï), d'après une
longue méditation,de régénérer refpecehumaine,abrutie
(1) voyez l'é'crit du nouve} Ordre focial,
r-w •• «•
par la fuperuicion & la féodalité; & vous tranfportant
dans les beaux fiecles de l'antiquité, il vous a fait un
tableau, qui a élevé, qui a intéreffé vos ames. L'accueil
que vous avez fait à fes propofitions me fait bien pen-
fer, bien efpérer de mon fiecle & de la repréfentation
de la France. Il m'infpire la plus grande confiance pour
le fuccèsde nos délibérations, quand, profcrivant enfin
de cette aflemblée'tout ce qui eft perfonnel vous obéi-
rez uniquement la voix de la volonté nationale &
vous difcuterez férieufement les chofes.
C'eft fur une bonne éducation que doit repofer l'édi-
fice républicain que vous êtes chargés d'élever pour le
bonheur des Français; c'eft par l'éducation que l'homme
civil eft efclave ou libre, fuperflitieux ou raifonnable;
qu'il eft heureux ou malheureux. La France & l'Eu-
rope attendent la publication & l'établi/Ternent de la
vôtre pour vous juger, & pour réfoudre le problême
de votre liberté.
Vous devez donc donner tous vos foins à bien orga-
niferi'inftruétioD publique; vous devez le faire prompte-
ment, car vos ennemis extérieurs & intérieurs vous trou-
blent, & vous menacent d'une guerre plus férieufe.
Vous devez une éducation commune à tous les Fran-
çais; car tous font hommes & égaux en droits. Enfin
votre ouvrage doit al lier avec la fimplicité de la nature,
les befoins & les agrémens de la fociété. Il ne doit ref-
fembler en rien à l'éducation de l'ancien régime il doit
être exempt des préjugés & de la fuperftition qui ont
fait le malheur des peuples. C'eft ici que vous devez
montrer un grand caractère & profitant des erreurs Se.
des lumières des législateurs qui vous 'ont précédés
remplir avec dignité, avec fermeté, votre miffion.
Les connoiifances humaines, lechoix de celles qui font
propres à l'enfance à fadolefcence & à l'homme; la
manière de les enfeigner à la génération naiflante de
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les propager pour la génération actuelle & d'en faire le
plus folide appui de la Conftitution font des objets
tellement liés avec elle,qu'on ne peut les envifager fépa-
rément, fans courir le rifque de commettre des erreurs.
J'aurois donc defiré que votre comité d'Inffru&ion
eût concerté avec celui de Conftitution non pas les
détaJ< mais les principes & les bafes de fon plan.
Et comme la divifion de la France pour l'éducation,
que j'appelle morale, eft eflèntiellement liée avec la divi-
fion des aflemblées primait'es que j'appelle politique
je demanderai que les deux comités réunis concertent
enfemble cette divifion comme la bafe élémentaire fc
fondamentale de la république. Le fage légiflateur ne
fépare pas le fyflême de la Conilituuon de celui de
l'éducation.
Le plari de votre comité d'inftruftion m'a paru trop
compliqué.
L'égalité n'y eft pas obfervée. Il veut quatre degrés
d'enfeignement.
Je propofe de les réduire à deux favoir i°. les
Ecoles élémenraires où l'on apprendroit les droits & les
devoirs de l'homme & du citoyen & les élémens des
arts & des fcienees:
z.o. Et les Ecoles centrales qui feroient établie's dans
les chefs-lieux de chaque département, où la république
entretiendroit des dép6ts propres à perfectionner le*
Sciences & les arts. l
Un cabinet d'hifloire naturelle.
Un cabinet de phyfique.
Une bibliothèque»
Un jardin des plantes.
Uné imprimerie.
Des écoles de mathématiques, d'agriculture, d'hiftoire
naturelle, de chimie & de chirurgie. <$̃? <$?
C'eft ce que le comité appelle Lycée; mais ce mot eft
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grec,' & je préférefois celui d'Eceles centrales qui
exprime mieux l'objet dé l'inflitution.
Le comité ne donne que huit à neuf lycées à toute la
France, répartis par régions & atttribués à neufdépar-
temens.
Mais il.ne doit pas être question de fuivre les régions
'phyfiques dans ce qui doit être la bafe du fyftéme fociaJ.
|1 faut s'attacher aux régions & aux divifions politiques.
Or, la France a quatre-vingt quatre divifions remar-
quables, ayant quatre-vingt-quatre chefs-lieux d'admi-
niftrarion. Si l'on ne donne un Lycée ou Ecole centrale
à chaque département, je.vois l'égalité blefféè.
Je vois neuf métropoles privilégiées dans les villes
qui auront les neuf lycées. L'avantage des lumieres doit
donner, à la longue, une plus grande prépondérance
aux lieux qui en jouillenr. C'eft ainfi qu'en réunifiant les
établifîemens d'inftruclion publique plufieurs villes de
l'intérieur, telles que Bourges, Orléans, Toulouf&
Dijon Poiriers font devenues très-confidérables.
La population ne correfpond pas à la grandeur de ces
villes; c'eft qu'elles eurent des univerfités & des aca-
démies célebres dont la gloire s'eft éclipfée; c'eft que
depuis Louis XIV, la monarchie s'étant précipitée vers
le dfefpûtifme Paris, comme une immence planète, a
tour attiré & tout englouti.
Les grandes villes ont été des afyles des fçiences & des
arts. C'eft dans leur,fein que la philofophie a forgé les
foudres qui ont rçnverfé les frânes de la tyrannie & de
la fuperflition, •
Leurs richeffes leurs lumieres & leurs fervices darrs
la révolutïon, leur affurent à jamais & une grande in-
fluence, & une grande reconnoiffance de la part des
Fratfç.iîs'. Tellé eft la force naturelle des chofes..
Vous ne devez pas, par votre fyftême d'éducation
augmenter cette influence privilégiée.
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Vous devezau contraire établir l'équilibre & Ta clifFu-
fion égale des lumieres indifpenfables pour maintenir
l'égalité politique. L'égalité dans toutes les inftitutions
que vous allez faire, doit être votre but principal. Vous
trahiriez vos fermens & votre devoir le plus facré,f vous
la perdiez un feul inflant de vue. Dans votre république,
la loi a fupprimé toutes les diflinélions de la fotte vanité
l'nais elle reconnaît avec raifon celles des lumieres, des
falens & des fervices que les citoyens les cités peuvent
rendre à la patrie.
Or, fi vous he donnez des Ecales centrales où l'on
puiffe apprendre ce qu'on appelle les hautes fciences
qu'à neuf départemens il eft évident que les foixante-
quinze quien feront privés, n'auront pas autant de facilité
qué les autres pour la culture des hommes. S'ils veulent
profiter des étabinTemens des autres départemens, il fau-
dra qu'ils faffent plus de dépenfe pour les aller chercher;
ce qui eft mettre fur eux une contribution indirecte &
rompre l'égalité d'intérêt comme celle des lumieres.
Si je voulois vous faire ici une hiftoire morale & po-
litique des connoiffances humaines, je vous dévoilerois
une grande vérité qui ne fut point apperçue parrouffeau,
lorfqu'il s'éleva fi éloquemment,maisfîinjuftement con-
tre les fciences. Je vous prouverois que ce ces
filles du ciel qu'il faut attribuer le luxe & la corruption
des moeurs qu'on a vus dans tous les fiecles éclairés, &
dans les pays les plus" civilifés. Car, dans tous les pays
aucune claffe n'a des goûts fi fimples que celle des ci-
toyens de la république des lettres. Je vous démontrerois
que cette corruption eft due à cette claffe d'hommes qui,
pour tromper & opprimer les peuples, ont mêlé les idées
du ciel avec celles de la terre & enpoifonné la raifon
humaine & univerfelle de leurs funeftes fuperflitions.
La fauffeté de l'efprit amene la dépravation du coeur.
Or jamais, chez aucun peuple, le fyflême religieux ne-
&
i'ut féparédu fyftême politique; la fuperflition empoi-
fonna toujours la morale & fucée par l'homme dès le
berceau elle mit dans les fociétés humaines cette contra-
diélion déteflable qui plaçant l'homme civil entre fes
devoirs envers la divinité & fes devoirs envers le monde,
l'a toujours empêché de bien remplir aucun des deux.
Ainfi l'homme a paru un être double ainfi le culte;de la
lui n'a jamais pu s'établir fur la terre.
Plus on a cultivé dans une ville les connoilfances hu-
maines, plus auffi les prêtres ont fait des effprts en faveur
de la fuperftition.
Je vous mQntrerois de nos jours en Angleterre
Cambridge, dont la population n'eft gueres que de dix
mille âmes, ayant quatorze collèges & un auffi grand
n,ombre d'églifes.
Je vous ferois obferver le même phénomène parmi
nous, & chez prefque tous les peuples de l'antiquité.
Enfin je trouverois une grande caufe de la corruption
des mœurs dé la plus grande partie des peuples de l'Eu-
jrope dans le célibat & les dcbauches des prêtres. Je
montrerois l'éducation confiée par-tout à ces hommes,
affeclant le mépris pour les biens de ce monde & afin
de s'en emparer, infpirant de bonne heure ce mépris à
leurs éleves.
Le comitéa donc fait fagement, en excluant les prêtres
des frondions fublimes & pures de l'éducation publique.
Et je demande que vous adoptiez cette exclufion car les
prêtres forment une claffe privilégiée, & une clafle pri-
vilégiée ne fauroit donner à la jeunette les principes de
l'égalité. Les adorateurs d'un Dieu colere & partial; ne
fauroient enfeigner le culte impartial de la loi.
L'hiftoire attefte par-tout que les corporations ecclé-
fafliques ont avili & dégradé l'efpece humaine.L'orgueil,
l'avarice, l'ambition font leurs véritables Dieux & des
Jégiflateurs ne doivent jamais oublier le temps où en
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France tout étoit gouverné par le tlergé, le temps ou il
exercoit une jurifdi&ion entiere, & fur les perfonnes &
fur les biens
Maintenant je déduis des faits de l'hiffoire cette con-
féquence que le privilège des lumieres eft de tous le plus
dangereux, & que vous établiriez ce,privilége fi vous
favorifiez un département plus que l'autre dansl'infticu-
tion que vous allez former.
Par-tout où il y a un point central d'adminiilration,
je penfe qu'il doit y avoir auffi un point central d'édu-
tion. Sans cela je vois la funefle inégalité s'établir dans
la politique, comme dans la morale.
Je vois dans huit à neuf départemens les citoyens
plus cultives, fe réunir par.un fentiment involontiire
mais inévitable car le talent aime à s'allier avec le
talent. Je les vois former un faifceau de lumieres, une
coalition qui peut agir dans les aflèmblées nationales,
& devenir funefte à l'égalité & à la liberté.
La vie morale appartient à tous les départemens,comme
l 'exijlence phyjîque. Dans tous, la nature donne quelques
productions propres à la nourriture de l'homme; & lorf-
que ces productions ne font pas fuffifantes, elle y fupplée
par l'induftrie.qui eft la fondatrice & le foutien de la
fociété.
Tous les départemens ont donc un droit égal aux
fciences & aux arts, qui font un des plus grands moyens
de fâvorifer l'induftrie, & de la perfectionner.
Je dis donc ou fupprimez vos lycées ou donnez-en
un à chaque département. Mais je fuis loin d'en deman-
der la fupprèflion & prenant un moyen terme entre le
projet du comité & celui de Durand Maillane je penfe
queJe premier, en établiffant des corporations rame-
neroit en peu de temps l'ariftocratie politique avec celle
des lumieres, & que le fecond nous con duiroit à grands
pas à l'ignorance & à la barbarie des fiecles,
la
Dans le monde moral comme dans le monde phy-
fique, tout efl lié par des principes & des élémens dont
on ne peut interrompre la chaîrie fans caufer un défordre
général.
Les arcs agréables font auflï néceflaires la conferva-
tîon & la perfection des fciences & des arts utiles, 1 que le
délafTementeftindifpenfableàl'homme après le travail.
Et cette loi de la nature, qui eft commune à toute l'eP-
pece, eft une loi fondamentale des républiques. Celles
dont nous admirons le plus lec inftitutions honorèrent
& pratiquèrent les arts agréables quifaifoient l'ornement
des fêtes nationales.
Ces arts ne dégénéreront & ne devinrent funefles aux
mœurs & à la liberté, que lorfque les rois de la terre
fi leur exemple, de riches citoyens fe mettant à
rég,l des Dieux firent construire des palais qui rivali-
ferent la niagnificence des temples, & qu'ils introdui-
firent dans ces nouveau^ o.lympes, la pompe, le luxe &
les ouvrages des arts,, qai n'étoient deflinés qu'aux im-
mortels. Alors le génie des ftatuaires & des peintres fut
affoibli, & l'on vit rarement fortir de leurs mains ces
belles formes & ces chefs-d'œuvres qui ont illuftfé l'an.-
lîquité.
Vous devez infiituer des fêtes nationales; car c'efl dans
ces jours d'alegrefTe commune, que l'homme apprend à
aimer fan femhlable, & le citoyen fa patrie. Ç'eft dans
ces grands jours qui fonr une impreflion falutaire &
durable fur les jeunes coeurs des enfans,queles fciences &
les arts doivent payer à la patrie le tribur de tous les foins
qu'elle a pris pour leur culture. Si vous n'avez que neuf
points généraux de ralliement pour l'éducation fupérieu-
ze, vous aurez dans certains départemens des fétesoù l'on
verra briller tout ce queles talens peuvent produire de
plus délicieux. Dans le plus grand nombre on verra des
^productions médiocres, & cette différence fera rechef-
II
cher les uns & déferter les autres; & cette inégalité fèra
votre ouvrage. Il fera l'effet de vos mauvaifes loix.
Ce n'eft pas qu'il foit poffible d'efpérer que les hommes
fupérieurs exigeront en nombre égal, & en égal mérite
dans tous les départemens. Car la nature eH bizarre &
avare; & d'ailleurs le génie doit fouvent beaucoup aux
circonftances dans lefquelles il s'eft trouvé.
Mais an moins cette inégale répartition ne doit pas
être l'ouvrage de la .loi. Répandez fur toute la terre
des Francs les mêmes avantages, & laiffez enfuite agir la
nature & Je génie qui ne veulent pas être emprifonnés
dans des corporations académiques & qui ne deman-
dent qu'à trouver fecours & fraternité.
Toutes les corporations tendent à l'ariftocratie. On l'a
vu pénétrer jufque dans le temple des mpfes & dans la
république des lettres quand on a voulu les régle-
menter.
Peuples qui voulez être libres, encouragez les lettres
les arts & les fciences; mais que la liberté faffe aux in-
dividus ifolés qui ofent dire la vérité le bien que le
defporifme faifoit à des corps pour provoquer leur
adulation.
Les grands hommes ne veulent pbint d'entraves d'au-
cune eïpece pas même celles de la reconnoiffance. Ils
n'ont d'autres maitres que la nature & le monde ils
s'élevent d'eux-mêmes ils ^'élèvent même malgré la
tyrannie, l'inquifition & l'injuftice des hommes, comme
le fotail perce tous les .nuages pour éclairer la nature.
Roufleau ne fut d'aucune académie, & fon génie en a
fondé une, où font infcrits rnaintenans tous les amis de
la vérité & de la liberté. Il fut errant, profcrit, perfé-
cufé; il vécut & mourut pauvre, & fes ouvrages ont
enrichi & affranchi le monde.
Suivez pour l'éducation la marche fimple qiiil a indi-
quée. Il a découvert un principe qui doit être la regle de

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