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A P A R I S ;
Chez D E N I S T H I E R R Y, rue S.lacques
à l'image fainct Denis,
Mi. PC. XI
L'Imprimeur au Lecteurs
SI en lifant cefte piece tu participes é
la fatisfaction que nous auons eu
t entendant promncer > tu doU partages
ta recognoiffance enuers l'Autheur pour
fon travail , (quoy qu'il n'ait pas pense
qu'on tele deu^: communiquer) & prin-
cipalemet envers Madame de S.P terre ,
qui a voulu fairepart à fes amis de ce ra -
courcy de la Vie de Monsieur de loin-
mile son Frere,& ayant obtenu l'origi-
nal de ÏÁmhempour fa propre conso-
lation, m'a fait aussitoft le commande-
ment de l'imprimer : Si je ne puis mettre
fur le papier la grace auec laquelle il â
efté prononcé, au moins l'ay trouué dans
l'original plus du tiers du Difcours, qu'il
dit à fes Auditeurs eftre obligé de re-
trancber,pour ne point passer son heure.
Adieu.
Difcours Funebre.
le suis nourrv dans l'on-*
ction du Christianisme^
l'aliment ordinaire de
mon ame, c'est la parole
de Dieu: Commet aban-
donneray-ie ce doux ffile
du S.Esprit, pour faire
icy vn discours d'Ora-
teur ou de Philosophe ?
Mais puis que ie vois que
dans ceste Pompe su ne*
bre tout y est réglé par
Tordre de l'Eglife,que les
memies cloches qui fer-
uent de trompettes aux
triomphes des Saincts,
nous ont par vn lugubre
fon representé le langage
6 Discours Funebre.
des ombress que les mes-
mes flambeaux blács qui
luisent aux Festes les plus
ioyeuses, font employez
pour esclairer ceste triste
obscurités que ce Tem-
ple auguste qu'on voy oit
il y a deux iours esclatant
dans son or, & paré des
plus riches tapisseries,
pour solemniser la Nais-
sance du Prince du Ciel5
porte maintenát ces ten-
tures de dueil pour faire
les funérailles d'vn Prin-
ce de la terre ; & qu'enfin
le mesine Sacrifice qu'on
offre à Dieu pour le salut
Difcours Funebre 7
des viuás5luy estpresenté
pour le repos des morts:
1e ne veux pas changer la
méthode commune de la
Chaire, ny prendre ail-
leurs le suiet de mon dis-
cours, que das l'Euangile
mesme que l'Eglise vient
de faire retentir à vos O
reilles,i'y trouue des pa-
roles si propres, qu'elles
semblent n auoir iamais-
esté réitérées plus à pro-
pos que dans ceste ren«
contre.
C'est vne Vierge des
plus grades qualitez d'If-
rael , & la première Ab-
IOAN. I I.
8 Discours Funehrè*
besse que nos Pères ayeÊ
recogneu danslaFrance:
Saîncte Marthe, qui au
suiet dela mort d'vnieu-
ne Seigneur, le Lazare
son frère, auança ce dis-
cours en la présence du
Fils de Dieu: Domine si fuis
ses Me p fraser meus non fuiffet
mortum : Seigneur, si vous
euffiez esté présent, cé
cher frère que ie regret-
te, ne seroit pas mort.
Il semble auiourd'huy
que l'Eglise remet dans la
bouche d'vne Princesse-
Abbesse, les mefmes pa-
roles, & en vn pareil fuiet
ou
Disours Funèbre, 9
ou au moins que fa pro-
fession .,son sexe, fa dou-
leur la dispensant dépar-
ier en ceste occasion, elle
m'ordonne de le faire en
sa place: Domine si fuisses bîc,
fraser me M non suifs et mortuns .
De vray, Messieurs,si
le Prophète a eu raison
de dire que la mort préd
la fuite deuant la face de
Dieu , Saincte Marthe
prëd-ellepasbiensacon-
clusion,queIesus n'estoit
point dans son chasteau,
puis que la mort s'y est
trouuée ? Ce n'est pas,
neátmoins, qu'elle nefça-
B
Ante fa-
ciem eius
ibit mors
Abac. 3.
10 Difcours Funebre.
che que Dieu fe retrouue
partout, & que ce pendat
leshommes ne laifsét pas
de mourir: mais elle veut
dire selon qu elle en a veu
plusieurs experiéces,que
l'humanité du Sauueur5
particulièrement appli-
quée à guérir les infirmi-
tez des âmes & des corps,
euft arrefté le cours à la
maladie de fon frere auát
qu'elle peiìt donner ius~
ques àîamprt.
Dans la rencontre qui
me fait parler, la chere
Seur qui déplore la mort
de nostre ieune Prince,
Discours Funèbre. I I
ne peut pas vfer de ce rai-
sonnemet au mefme fens
que Saincte Marthe:car
Iesus-Christ eftoit pré-
sent à ceste morc,& com-
me Dieu, & mesme en
son humanité, puisque
nostrePrince rendit lses-
prit incontinent âpres la
réception de la Saincte
Eucharistie, aussi ie vous
fis voir dernieremet, lors
que nous rendifmes nos
deuoirs à fa mémoire das
l'Eglise Métropolitaine,
qu'il auoit receu la mort
de la main de Dieu à la fa-
çon que nous disons que
B ij
Calicem
tjué dédit
mihi Pa
ter.
ioan. iS.
Pcr peo
catura
morss&
ita in om
nés per-
transijt.
Rom,/.
12 Discours Funèbre
Íesus-Christauoit receu
le Galice de la main de so
Pere,& que les pécheurs
reçoiuent la mort de la
main du péché. Disons
donc autrement, que le
Sauueur ne voulut pas
eftre présent à la mort du
Lazare,pour donner oc-
casion à vn plus grád mi-
racle dans la nature en le
faisant reuiure , & qu'il a
voulu estre présent à la
mort de nostre Prince,
pour faire vne merueille
d'amour en l'ordre de la
grace, le faisát si bie mou-
rir. Que fi le F ils de Dieu
Discours Funèbre. 13
eftoit si proche, sa diui-
ne Mere n'en eftoit pas
efloignée, puis que l'vne
des dernieres paroles du
mourát, fut vne protefta-
tion d hômage qu'il ren-
dit à la Merede Dieu.
Princesse du Ciel, ado-
rable Marie,à qui l'Eglise
fait dire, que les Princes
tiennentleurs grandeurs
de Vous, si vous fuftes si
proche de voftre Serui-
teur à l'heure de fa mort,
nous auons fuiet de nous
persuader qu'il est pro-
che de vous dans la Cour
de vostre gloire, & que
Per me
principes
imperant.
Prou. 8.
14 Difcours Funebre.
par voftre moyé il triom-
phe dans le ciel, efteué
deformais à vn Thrône
royal auec ses Anceftres,
Toutesfois s'il y auoit en-
cor quelque chose qui
l'empefchaft de voir la
face du Roy vostre Fils,
receuez en faueur de son
ame les nouueaux hom-
mages que cefte Assem-
blée vous présente par
les mefmes paroles que
l'Ange vous les rendit
Aue Maria.
IVfques à present, Mef-
sieurs, vous auez eula
Discours Funebre. 15
patience de m'entendre
dans voftre Ville en qua-
lité de Prédicateur: ôde
puis dire auecrApostre,
quoy qu'à ma confusion,
maisàl'honneur de mon
ministere,&à la gloire de
vostre pieté, SkutAngelum
Dei excepfiù me, que VOUS
nrauez receu côme l'en- 1
uoyé ou le messager de
Dieu.
Maintenant il faut que
pour ceste actio ie chan-
ge de personnage, le ne
p.resche pas les viuans,
mais radmireles morts:
ïe ne viens pas blâmer les
16 Difcours Funebre.
vices, mais ie viens louer
la vertu : le ne prends pas
ma doctrine du Ciel, ie la
tire d'vn tombeau ; & ie
pretens de publier le mé-
rite d'vn Prince, mainte-
nant efchappé des perils
de la grádeur, que j'euffe
voulu porter dans les
voyes de l'humilité, tádis
qu'il eftoit dans les dan-
gers inféparables aux
grandes conditions de ce
monde.
Ne croyez pas,neant-
moins , qu vn Prédica-
teur qui doit, & qui veut
tafcher de prefcher à l' A
poftolique,
Difcours Funebre. 17
poftolique, desmente sa
profeffion quand il entre
dans vne Chaire chre-
ftienne pour semblables
fuiets au cótraire,ie péfe
qu'il peut aisément, s'il y
veut prendre garde, agir
en ces occasions selon la
puissance de l'efprit de
Dieu , & la conduite de
son Eglife.
La pieté des anciens Pa-
triarches, que touslesaa-
ges ont reueré, & de la-
quelle Dieu même a dref-
sé des Panegyres; n'a pas
empefché qu'ils n eufsët
vn grand foin d'honorer
c
18 Difcours Funebre.
leurs morts de toutes les
pompes conuenables à
leur condition Abraham
qui en parlant à Dieu, dit
qu 'il n' eft que poudre &
cendre,tát il eft humble,
qu'il ne tient en aucune
côfideration la vie de son
fils vnique,lors qu'il faut
obeyr à Dieu, quoy que
cefte vieluy fût plus che-
re que lafienne, tant il est
foubmis ; qui conuerfe
auec les Anges, tant il est
éleué de la terre;quí ado-
rela plus viue image de la
Trinité, tant il eft illumi-
né: ne laisse pas d'éployer
Discours Fu nebre. 19
la generofité de sô coeur,
& le plus beau de ses biës,
pour acquerir vne fepul-.
ture honorable à fa chere
espoufe, & à fa pofterité.
Et sans faire vne longue
inductiô de ceux qui ont
imité cét exemple, &que
l'Efcriture nous met de-
uantles yeux;fans mefme
étaler le fentimét vniuer-
fel que la nature a coulé
dástous les peuples pour
l'honneur des morts; fans
faire icy l'hiftorien de la
Synagogue, ou même de
noftre Eglife naiffante:Je
vois dâs lefus- Chrift, qui
C ij
20 Difcours Funebre.
nous a efté donné du Ciel
pour modelle de nos a-
ctiôs fur la terre, la preu-
ue de cefte vérité.
Ce Dieu aneanty fous
vne forme feruile, qui a
toûiours affecté les abaif-
femens,a remué tous les
ressorts de l'vniuers pour
côtribuer à fa confusion:
II veut que la pauureté
triomphe de fa naiflance,
& nous l'auons veu ces
íours paffez fur la paille &
le foin : il veut que l'hu-
milité cache fous vne vie
priuée les rayons de fa
fplëdeur, & fi apres trête
Difours Funebre. 21
ans de retraitte il paroift
en public,c'eft fous l'ap-
parence d'vn mechani-
que Ses triomphes mef-
mes semblent ridicules à
la pompe des hommes,
où des enfans & des pef-
cheurs font les acclama-
tiôs à vn victorieux mon-
té fur vne aînesse, tant il
prise le mefpris.
Mais quand il est que-
stion de pouruoir à fa fe-
pulture , il souffre les gra-
des profufiós de la Mag-
daleine,il la preuient,il en
canonise la diligence, &
quand ses yeux dorment
Fabri fi-
lius.
Matth.13.
Praruenîr
vngere
corpus
meum in
f pui-ura.
Marc. 14.
Cognouit
praefepe
domini
fui.
Mai.ï,'
Eric fe-
pulchrum
cius glo-
rìofum.
îfa.îï.
22 Difcours Funebre.
le sommeil de la mort, sa
prouidëce qui veille toû-
iours, inspire tous ceux-
qui doiùent y eftre em-
ployez, d'agir dans la ma-
gnificence, & les mefmes
Prophetes qui nous def-
criuent l'humilité de fon
berceau, nous prédifent
la gloire de sô fepulchre.
Chose eftrange ! mais
tres-belle à remarquer,
Meffieurs,que Ief.Chrift
humble dans la creiche,
humble dans Nazareth^
humble dâs la Croix, veut
eftre glorieux dâs fes fu-
nerailles. lamais il n'a esté
Difours Funebre, 23
traitté en Prince que dâs
le tôbeau. Saprouidence
faisant bon vfage de la ia-
loufie des I uifs, & la ren-
dant efclaue de fa gloire,
dône ordre qu'vne com-
pagnie de Soldats de-
meure nuict & iour au-
près de ce monuments &
tandis que les grands de
lerufalem traittêt Iefus-
Chrift & ses Difciples en
fourbes, il fe fert d'eux-
mefmes pour se faire ho-
norer en Prince. Il est
couché dans le tombeau,
comme dâs vn lict de pa-
rade, & pour dormir en
Seductor
ílle.
Ne vcniác
difcipuli
& furétur
corpus
eius.
Lectulum
Salomo-
nis fexa-
ginta for-
tes am
bìunt.
Cant.3.
24 Difcours Funebre
Roy, il a fa garde alêtour
de luy,ainfi que Salomon
qui faifoit enuironner fa
couche royale de foixâte
hommes d'armes. Telle-
met qu' on voit toute vne
Cour aupres de ceCorps
mort, qui n'auoit eu qu'
vn boeuf & vn afne au
iour qu'il entra dans l'v-
fage de la vie.
N'eft ce pas là, Mef-
fieurs, eftablir l'honneur
des obfeques dâs l'Eglife
Chreftienne, qui eftudie
& qui remarque diligem-
mettout ce qui s'eft paffé
en lesus-Chrift, pour se
former
Difcours funebre. 25
former sur cet exemplai-
re?
C'eft dâs cet esprit que
les plus doctes, & les plus
ferieux entre les Pères
de. l'Eglife ont employé
leurs plumes & leurs lan-
gues dâs les occafiôs que
leur fiecle leur fournif-
soit, pour honorer la me-
moire des morts, & fpe-
cialement de ceux qui a-
uoient paru dans les plus
grades conditions, & fur
les plus hauts theatres de
la vie. M efme cela fut ne-
cessaire dans la primitiue
Eglife, où l'on faifoit paf-
D
Locus in-
quo ftas,
terra fan-
da eft.
Exod.j.
26 Difcours funebre.
fer(côme remarqueTer-
tullian) noftre creance,
pour insolente enuers les
Courónes, & pour enne-
mie dela grádeur : elle fit
bien voir le contraire par
ses respects enuers les vi-
uans, & fa pieté magnifi-
que à l'endroit des morts.
i'ay auancé ce discours
pour ce que le lieu où ie
parois auiourd'huy, est
vne terre faincte,où l'on
foule aux pieds les vani-
tez de la vie ; que les prin-
cipales persônes de cefte
Audience, sont des ames
auancées dans le mefpris
Difcours funebre. 27
du monde ; que le fuiect
qu'on y traitte,à fÇauoir,
la mort d'vn ieune Prin-
ce,fait voirie plus prodi-
gieux aneáttífement des
grádeurs de la terre; que
la Princeffe qui me faict
parler,les a mis,côme vn
anatheme,aux pieds de la
Croix,& que celuy qu-
elle a choify pour ce Di-
fcours, est obligé par fa
profeffiôde ne feruir pas
de miniftre aux flatteries
du fiecle, & eftant dans la
Chaire de verité, ne doit
pas pour louer les Gráds,
y introduire îe mésange.»
D ij
28 Difcoursfunebre.
ny rien de repugnant à
l'humilité de la Croix.
Pour rendre donc cette
pôpe funebre, non feule-
ment legitime mais pour
la faire iuger eftre de de-
uoir en ce fainct lieu, &
ceDiseours fortable à ma
personne, il falloit trou-
uer cette idée en íesus-
Chríft, & cette pratique
dans l'humilité de son ef-
chole. S'il n'y auoit donc
en moy autre incompe-
tance pour cette action,
que la nature du fuíet, &
la vie que ie profeffe,il n'y
auroit point d'obftacle
Difcours funebre 29
au chois qu'on a fait; mais
i'auouë que tout le reste
me manque.Et fi les R oys
de Grece, au rapport de
Thucydide,ne prenoiêt
que les plus excellents O-
rateurs pour les louages
funebres: Si Nicocles ne
voulut qu'vn lfocrate
pour éternifer la memoi-
re du Roy sô pere;& que
S. Hierofme estime que
les vertus des defuncts ne
pafsêt pas à plus haut prix
que celuy que leur dône
l'Orateur qui les publie,
certainement il faudroit
vn autre que moy pour
pot.
30 Difcours Funebre.
bien s'acquitter de cette
action. Pourvn Prince,il
faudroitvne eloquêce de
Prince, ou vn Prince de
l'eloquence. Mais le mef-
me S.Hierofme, qui fem-
ble faire cotre moy,parle
en ma faueur quâd il dict,
que l'amour a plus d'inte-
reft à releuer fon obiect,
& à reprefenter son me-
rite, que l'eloquêce auec
tout fon art. Auffi parmy
les Romains, c'eftoient
les propres enfans qui fai -
soient les discours pane»
gyriques de leurs pères.
En ce cas, Madame, vo-
Difcours Funebre. 31
fixe Grandeur ne pou-
uoit choifir, hors la liai-
son de sô fang, vn amour
plus intereffé que le mie
à la memoire de noftre
Prince. Ce grand Ange
du Ciel, qui fut Seraphi-
que fur la terre,que le de-
funt & vous auez eu pour
grand Pere; cet Apoftre
nouueau de noftre Fran-
ce, qui a quitté les Cou-
rones pour fe couurir du
mefme fac que i'ay l'hon-
neur de poter, a lié fi é-
' roittemêt par son allian-
e, noftre Ordre & nos
coeurs à tout ce qui tou-
Le R.P.
Ange de
ioyeufe.
32 Discours Funebre.
che voftre tres illustre
Maison, que pour man-
quer d'affection & de re-
spect en toutes les récon-
tres, ou il faut en rendre
des tefmoignages.il faut
dépouiller l'habit de Ca-
pucin. Mais ie ne m'arre-
fte pas encores là.
Pour discourir de la
mort & des vertus d'vn si
digne Frere, cét amour
ne feroit pas suffisant, il
faudroit l'amour d'vnefi
digne Soeur. Il faut donc,
Madame, que ce soit
vous qui parliez par ma
bouche, ie vous prefte-
ray.
Dìscours Funebre. 33
ray ma langue, & vous
m'infpirerez vos fentî-
mes, ainsi nous y trouue-
rons tous deux nos auan-
tages: Vous,Madame, en
ce qu'vn amour affligé ne
voulant & ne pouuât par-
ler, s'exprimera par mô
organe, & son langage
estant transporté dâs ma
bouche, ne fera pas affu-
ietty à la retenuë qui em-
pefche les grandes Ames
d'auácer ce qui redonde
à leur propre louange : &
moy l'auray cét auantage
d'vne affection redou-
blée, qui animera mon di-
34 Discours Funebre.
fcours parlant felon mon
fentiment,& plus encore
felon le voftre.
Madame dôc fe plaint.
Messieurs,mais c'eft di-
rectement au Seigneur
qu elle adresse fa plainte :
Domine fifuilfes hîc;frater meus
non fuiff et mortuns : Vne ame
moins appliquée à Dieu,
se fût tournée vers les
creatures, & eût dit: Si les
Medecins eussent esté
plus clair-voyás pour dif-
cerner vne maladie com-
pliquée, & ne la traitter
pas comme fimple, ainsi
qu'ils ont fait, mon frere
Difcours Funebre. 35
ne fût pas mort : Si le cli-
mat où il viuoit eût esté
plus doux à vn tempera-
met rançois,mon frere
ne fût pas mort: Si il n'eût
pas faict ces derniers ef
forts de valeur & de cou<
rage en l' Armée du Roy
en Piedmont, mon frère
ne fuft pas mort. O cho-
ses humaines, quelques
grandes que vous soyez,
vous n'eftes iamais sas Si !
il y a toufiours à redire!&
comme vos perfections
font partagées, non pas
entieressfcnt condition-
nées , non pas absoluës5
E ii
3 6 Difcours funebre.
toufiours on y trouue
quelque chofe à defirer.
Mais vne ameefleuée
au deffus des choses hu-
maines, ne s'y arrefte pas.
A quoy se plaindre des
Médecins , puis qu'ils y
ont apporté toute la dili-
gence de leur art, qu'on
ne doit pas croire infailli-
ble ? A quoy fe plaindre
du climat, puis qu'il n'y
en auoit pas pour luy de
plus doux fur la terre où
viuoient les deux princi-
pes de fa vie ? A quoy blâ-
mer les fatigues dans l'ar-
mée, puis que rien ne luy
Difcours Funebre. 37
eftoit si glorieux que de
feruir fon Prince, & que
le defir d'augmenter ses
feruices a esté plus puif-
sât que l'amour de fa vie,
veuqu'il en a eu le deffus,
l'abregeant par fa violen-
ce? I'ayme mieux prefen-
ter ma plaincte droict à
Dieu,& luy dire: Domine fi
fuiffes bicfrater meus non fuiffet
mortuus. Non, non, mon
Seigneur, il n'a tenu qu'à
voftre prouidence d'em-
pefcher que mon frère
ne mourut pas, & desaire
qu'il viue encore.
Quoy donc, Madame,
PFAL. 72 .
38 Difcours Funebre.
péferiez- vous que ce fuft
vn coup de la prouidéce
de laisser mourir voftre
cher frère ? ce grád Prin-
ce ? celuy qui deuoit in-
téresser & le ciel & later-
re à la conferuation de sa
vie? Meffieurs, Laborefi
ante me, mon esprit a de-
quoy se donner du tra-
uail.
Si ie considère le Tres-
haut,tres-puifsát, cotres-
magnanime Prince de
I oinuille, Monfeigneur
François de Lorraine,ie
ne vov rien d abbord en
tout ce qui le regarde ,
Difcours Funèbre. 39
qui ne deuft conuier la di
uine Prouidéce de nous
le conferuer. Ie m'affure,
faincte Affemblée , que
vous le penserez auec
moy, fi vous considérez
celuy dont vous venez
honorer la mémoire, &
regretter la perte, en ses
qualitez, en fa perfonne,
enfanaifsáce, enfamort:
le vous les racourcis par
Ies symboles que ie trou-
lie dans l'Efcu de Lorrai-
ne, croyant qu'il ne faut
pas sortir hors de ce ri-
che champ pour trouuer
Ses plus rares merueilless
40 Difcours Funebre.
c'eft eftre pauure en su-
iets de louange, d'en aller ;
chercher hors de foy ; &
les Princes de cefte mai-
son peuuent trouuer dás
le cétre de leur Escu tou-f
tes les lignes de grandeurs j
qui partent de la circon-
ference du monde, íCe j
glorieux Efcu que ie voy
placé entant d'endroicts |
de cette Eglise, est diuer- j
sèment blafonné par les
Autheurs qui en ont ef-
crit.
II
Difcours Funebre. 41
lime suffît de vous dire
que i'y voy qu'il porte de
Hogrie,quieft face d'ar-
gent & de gueules à huict
pièces: DeSicile, qui por-
te semé de France auec
le lambel à trois pièces de
F
42 Difcours Funèbre .
gueules : tiercé de Ieru-
salem, qui porte d'argent
à vne grand' Croix poten-
cée d'or,& cantonnée de
quatre petites, qui font
des Armes à enquerre se-
lon le vieux terme: parce
que l'on ne met iamais en
armoirie métal fur métal,
& quand on l'a fait pour
le Roy de lerusalem,c'est
afin de donner fuiet de
faire l'enquefte des ver-
tus qui ont mérité cette
marque extraordinaire.
En fuitte, ie voy que cét
Efcu est quarté de pals
d'or & de gueulle d'Arra-
Difcours Funèbre. 43
gon; soustenu d'Anlou,
qui porte semé de Fráce,
& bordé de gueulle : De
Gueldres, qui porte d'a-
zur à vn Lion d'or,qui est
contourné das cét Escu,
couronné, lampaffé, &
armé de mefme. Deïuil-
liers, qui porte d'or au
Lion de fable,couronné,
armé, & lampaffé de mef-
me. Et enfin de Barrois,
qui porte d'azur à deux
Bars addorfez, d'or ; se-
mées de Croix recrois 1
fêtées au pied fiché, de
mefme. Sur le tout : de
Lorraine, qui porte d'or
Allerions ,
c'eft vn
terme de
Blason,
mais en
espèce ce
sont Ai-
glons.
44 Difcours Funèbre.
à vne bande de gueulles
chargée de trois Alleriôs
ou Aiglettes d'argent et
ployées, le ne prétends
pas icy décider les diffi-
culte z du Blafon, ny auffi
vous eftaller toutes les ri-
chesses qui chargent cét
Efcu ; mais i'y prés ce qui
est de plus familier, & 1 ai s-
fant les faces,les pals, &
les Bars addorsez,iem'ar-
reste premieremét à nos
Lis,qui doiuent par tout
tenir le premier lieu : i'y
considère ces Aiglons de
Lorraine,ces Lions&ces
Croix, pour vous dire en
Difcours Funèbre. 45
quatre mots la naissance
illustre de noftre Prince
parmy les Lis, le comme -
cemét de faieuneffe sous
le symbole de r Aigle, sa
cõtinuation sous le sym-
bole du Lion,&fa dernie-
re maladie sur la Croix?&
tout cela nous fournit
des raisons, qui selon la
sagesse des hommes de-
uoient porter la diuine
Prouidence à luy pro-
longer ses iours.
l'ay dit que les Lis me
reprefentoient son illu-
stre Origine : & de vray
le fleurs ont toufiours
46 difcours funèbre.
esté le symbole plus naïf
de la naissance. C'est d el-
les que nous empruntõs
les termes pour nous ex-
primer en cefte matière,
lors que nous dis os, II est
d'vne haute tige.. Aussi
quand on regarde toutes
les fleurs veftués de drap
d'or,ou de broderie,de
perles, de rubis, d'hyacin-
the , de diamants,se tenir
en ordre auec vne pom-
peuse majesté quand on
y remarque les traits que
ce Pinceau inuifible a
couché fur ces fueilles
précieuses; qu'il abordé
Difcours funèbre. 47
fi iuftement l'incarnat
d'vne Tulippe d'vn filet
de satin blanc; quád il fait
furies autres des estais de
compartimens , qu'il tire
des lignes rõpuës &pro-
portionnées, que des au-
tres il en faict comme des
couppes d'agathe; quand
on cofidere ces Impéria-
les, qui conferuent dans
leurs fonds ces gouttes
de chryftal liquide, fans
les laisser couler à terres
quand on s'arrefte fur la
variété des Anemones ,
habillées d'vn taffetas
changeant ou d'vn satin
48 Difcours Funèbre.
à la Chinoife, que peut- !
on dire autre chose, finõ,
voila des beautés de naif-
fance? Vne fleur qui paffe ;
le commun par quelque ;
traict extraordinaire, de-
uiêt l'admiratiõ de toute
vne Ville : le plaisir de la ;
poffeder huict iours, en-
tretient les esperáces du-
rant vne année, & celuy
chez qui elle se récontre
la première fois,luy dõne
sõ nom, cõmefila naifsã-
ce de cefte nouuelle be-
auté efgaloit la gloire d'a-
uoir dóné quelque grãd
Prince au monde. Tous-
jours
Difcours Funebre.
jours pouuons- nous dire
que ce fymbole eft affez
nais, & que les fleurs re-
prefentet les beautez de
la naissance, puisque les
fleurs ne sot belles qu'en
naiffant.
Auffi les Prophetes qui
veulet nous faire remar-
quer l'illuftre origine du
Fils de Dieu, & les gran-
deurs de fa Genealogie,
nous la font considérer
fous le symbole d'vne
Fleur qui sort de la tige
de Ieffé, Egre dietur virga de
radice Jeffe, & flos de radice eius
afcendet.Mais entre tontes
G
IFA.II
50 Difcours Funèbre.
les fleurs, le Lis tient l'em
pire fur les autres, & le Ie
Sauueur nous le met de- i
uant les yeux dans vne|
pompe plus grande que !
celle de la Cour de Salo-
mon.
Ce qui me fait dire qu'¬
encore que noftre Prin-
ce tire le lustre de la nais-
lance d'vne Maifon qui a
fondé le Royaume de (
Portugal , qui participe!
au sang & aux alliances de
toutes les plus grandes
Maisons de l'Europe.
D'Efpagne, par Arragon,
les anciês Gots, & les Vi-
Difcours Funèbre. 51
figots. D'Italie, par les
Roys de Lombardie : de
Naples, de Sicile,de G a-
labre, par les Ducs de Sa-
uoye: de MátoÜe ,de Tof
cane, de Ferrare. De la
haute Allemagne, par les
Roys de Pologne :de Hõ-
grie, & toutes les familles
d'Auftriche, de Bauieres,
de Saxe, de Dánemarch,
Salm, Vittemberg, Pala-
tins, &autres Maifons de
la Frãconie & Germanie.
En la basse Allemagne,
parles Maisõs de Luxem-
bourg,de Flandres, Hol-
lande , Gueldres & Ar-
52 Difcours Funèbre.
dennes: en Angleterre,
& l'Escosse ; enGreceS
auec les Empereurs d'O-
rient : en Asie 9 auec les
Roys Chreftiens de l'A-
rabie. Toutes Alliances
qui ont extrememet flo-
ry,&qui se retrouuet en
cette, illustre Maison de
L orraine , qu'õ pourroit
nõmer le Iardin des He-
fperides: Il n'y a rien neát-
moins qui me face tãt pri-
fer le beau Parterre de
cet Efcu, que quand ie le
voy en diuers endroicts
parsemé de nos Lis, &
qu'il touche par tant de