Discours prononcé, le 15 août 1807, dans l'église de Bourges , par M. L. D., vicaire

Publié par

Impr. de Manceron (Bourges). 1807. France (1804-1814, Empire). In-8 °. Pièce.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : jeudi 1 janvier 1807
Lecture(s) : 4
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 26
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

DISCOURS
PRONONCÉ,
Le 15 Août 1807,
DANS L'ÉGLISE DE BOURGES,
PAR M. L. D. , VICAIRE.
A BOURGES,
DE L'IMPRIMERIE D'AUGUSTIW MANCËRON,
IMPRIMEUR DE LA PRÉFECTURE DU CHSK.
oooooooooo
M. DCCC. VII.
A 2
DISCOURS
PRONONCÉ
DANS L'ÉGLISE DE BOURGES.
Per me legum conditores justa deccrnum.
C'est par moi que les Législateurs prescrivent
ce qui est juste. Liv. des Proverbes , Chap.
8, 11. 25.
Tout est grand dans la Religion y M. P. Les ac-
tions les plus simples , elle en fait des vertus 5 les vertus
les plus communes ? elle les rend héroïques et subli-
mes. Que sont aux yeux du monde tous les hommes
condamnés, pour leur bonheur, à vivre du travail de
leurs mains ? De vils mercenaires. Aux yeux de la foi,
ce sont des êtres créés à l'image de Dieu. Une Provi-
dence éternelle veille sans cesse sur eux. L'Ange du
(4)
Seigneur tient registre de toutes leurs actions. Leurs
pensées mêmes sont écrites dans le livre de vie. Le
simple laboureur, dans la poussière des campagnes
attire plus souvent les regards de l'Eternel, que les
grands et les maîtres du monde.
Que de Rois dont les noms sont demeurés ensevelis
dans un éternel oubli ! Et Job , misérable , tout cou-
vert d'ulcères, mourant tristementsur la paille, dans un
coin de l'univers , laisse une mémoire immortelle. Sa
résignation , sa constance , sa foi , seront célébrées
d'âge en âge, et passeront à la postérité la plus reculée.
Que nous apprennent de Saint-Napoléon, les fastes
du monde ? Rien. Et cependant quels sont les sages
du siècle qui méritent de lui être comparés ? à lui
qui fut intègre et saint dans une Cour impie et cor-
rompue ; à lui qu'on ne vit jamais courber la tête
devant l'idole de la faveur; à lui qui brava pour sa
Religion la haine des méchans , et l'amitié de César 5
à lui qui sacrifia à son Dieu ses dignités , ses biens,
sa vie , et toute la gloire du siècle. Le monde le plai-
gnit sans-doute comme un insensé ; mais la Religion
lui a dressé des autels , et l'a rendu l'objet de la véné-
ration de tous les Peuples.
Honorons donc la Religion , puisque la Religion
seule sait apprécier les hommes et honorer la vertu.
J'ai parlé dans ces Chaires , de sa divinité, de la
sublimité de sa doctrine, delà sainteté de sa morale.
Aujourd'hui je l'envisagerai dans ses rapports avec
l'ordre social. Et voici, quel est mon dessein.
( 5 )
A 3
La Religion est nécessaire dans toute société et à
toute espèce de Gouvernement. Première Partie.
Quels sont en particulier les avantages que le Gou-
vernement trouve dans la Religion ? Seconde Partie.
Honorez-moi , MM. ; de votre attention.
1 I.ere PARTIE.
Il n'y a rien, dit Saint-Augustin , de si sociable
que l'homme par sa nature , et il n'y a rien de si in-
sociable que l'homme par sa corruption. L'événement,
MM., a confirmé le principe. Par tout les sociétés
se sont formées d'elles-mêmes. Par tout il a fallu un
art extrême pour les maintenir. Et tout l'art des
Législateurs encore 9 eût été vain ; s'ils n'avaient fait
de la Religion le principal ressort du Gouvernement.
Car, qu'est-ce que gouverner? C'est faire une seule
famille d'une multitude infinie d'hommes de génie,
de goût j de caractères différens; c'est leur donner à
tous , comme les donne la nature, d'autres sentimens,
d'autres mœurs, d'autres habitudes; c'est les animer
tous du même esprit , les remplir des mêmes espé-
rances , les assujétir aux mêmes lois. Gouverner ; c'est
déterminer la multitude , à obéir au plus petit nombre ;
le plus fort, à recevoir la loi du plus faible; l'homme
libre, à renoncer à son indépendance; tous les membres,
de la société, à sacrifier leur intérêt particulier à l'in-
térêt général. Gouverner 5 c'est savoir enflammer à;
volonté l'ambition de tous les citoyens; c'est savoir
la modérer et la retenir à son gré; c'est savoir étouffer
( 6 )
tous les ferments de discorde , tons les brandons de
sédition, que l'ambition toujours fait naître. Gou-
verner , c'est enchaîner toutes les passions , maîtriser
toutes les volontés, prendre et garder l'asc-endant sur
tous les esprits , sur toutes les opinions , et même sur
les préjugés. C'est se faire aimer alors qu'on punit ,
se faire craindre alors qu'on récompense r se faire
respecter alors qu'on exige des sacrifices, inspirer la
confiance alors qu'on s'environne de forces et qu'on
s"arme de majesté. Gouverner, enfin 5 c'est rendre les
hommes, malgré eux et plus heureux, et plus justes.
Or, croyez-vous que la raison par ses seuls efforts,
que l'esprit par ses simples combinaisons , pussent
obtenir de pareils résultats ? Non , MM. Pour qu'un
homme puisse ainsi maîtriser et conduire un grand
troupeau d'hommes, il lui faut une puissance étran-
gère qui mette sa force en balance avec celle de tous
les autres réunis ; une puissance plus qu'humaine qui
lui gagne tous les cœurs, s'il demande 5 et qui force
tous les esprits , s'il ordonne.
- Je sai que pour parvenir à ce but, l'on a imaginé
des punitions y des récompenses , des croix, des
pensions , des dignités , des réputations : tous les
Gouvernemens en regorgent. Mais que tous ces
moyens sont petits sans la Religion !
Vous punirez les crimes; mais il s'agit de prévenir
le crime, et la Religion seule a ce secret. Vous puni-
rez, quoi, les crimes publics 1 mais la Religion seule peut
ériger un tribunal pour les fautes cachées et incon-
( 7 )
A 4
nues. Vous aurez des licteurs ; vous dresserez des
échafauds ; mais arrêteront-ils le téméraire qui espère
se soustraire à l'œil de la justice; mais intimideront-ils
le furieux ou l'insensé qui a fait d'avance le sacrifice
de sa vie , et qui compte la mort pour rien. La Re-
ligion seule a le glaive toujours levé sur tous les cou-
pables ; elle les poursuit par tout dans l'autre vie
.comme dans celle-ci.
Vous avez des dignités , des pensions pour récom-
pense j quoi donc , quelques actions d'éclat, quelques
talens extraordinaires, touj ours très-rares, souvent
très-inutiles ! mais la Religion offre un prix à toutes
les bonnes œuvres, même les plus communes, même
les plus secrettes 5 mais la Religion sait exciter à la
vertu tous les individus de la société.
Enfin , que sont toutes vos peines et toutes vos
récompenses ? Des biens et des maux passagers et
fugitifs, que votre philosophie toute seule apprend
à braver et à mépriser. Que sont-elles en comparaison
de celles de la Religion qui ne parle que par infi-
nité , que par éternité, de biens ineffables, et d'affreux
supplices ?
Pour maintenir l'ordre et assurer la tranquillité
publique, vous élirez un Magistrat suprême ; vous
lui donnerez un pouvoir absolu, et il sera chargé de
rendre la justice à tous sans acception de personne;
c'est bien. Mais 7 dites-moi , sans la Religion, que sera
ce Magistrat? Quelle sera sa puissance? s'il n'a d'autres
droits que ceux qu'il tient des autres hommes. Com-
(8)
ment conservera-t-il son autorité parmi tant de jaloux
et de mécontens ? Comment la défendra-t-il contre le
premier ambitieux qui viendra à bout de se faire un
parti ? Comment se fera-t-il obéir d'un Peuple souvent
inquiet et factieux, toujours insconstant et léger,
qui se lasse de tout, même de son bonheur, qui brise,
le soir , l'idole du matin; qui se croit en droit de dé-
truire ce qu'il a créé , et qui le détruit touj ours uni-
quement pour exercer son pouvoir.
Voyez à présen t ce même Prince, régnant au nom
et sons les auspices de la Religion. Ce n'est plus
simplement un homme : c'est le représentant de Dieu ;
c'est le ministre de Dieu ; c'est le Christ, c'est-à-dire,
l'Oint du Seigneur. Il ne tient pas sa Couronne des
mains du Peuple, il la reçue de Dieu même , et il ne doit
compte qu'à lui seul de ses actions. Sa personne est
sacrée; ses volontés, ses lois sont sacrées. Ne pas le
reconnaître, ce n'est pas une erreur , c'est une im-
piété. Attenter à ses droits ou à son autorité , ce n'est
pas un crime, c'est un sacrilège. Soyez soumis aux
puissances , dit la Religion; car toute puissance
vient de Dieu. Subditi estote potestatibus.
En créant un Magistrat unique , vous préviendrez
toutes les séditions, tous les mouvemens populaires.
Vous arrêterez également, dites-vous , tous les dé-
sordes particuliers. Ce sera là, sans-doute, un signalé
bienfait de votre constitution. Mais, LégisJateurs,
prenez garde : ce ne sera encore là que la moitié de
l'ouvrage. Il s'agit à présent d'assurer les droits du
(9)
A. S
Peuple, de mettre sa liberté et ses propriétés hors de
toute atteinte. Et comment vous y prendrez-vous ?
Ici votre art se trouve en défaut. Vous n'évitez un écueil
qne pour aller vous briser contre un autre 5 car,
MM. ; tous vos sermens ; toutes vos chambres , toutes
vos balances de pouvoir, ne sont que des palliatifs, H
faut vous résoudre, comme tous les autres , à tout
attendre du hasard, du bon naturel du Prince, et
de 9 je ne sais quel intérêt qu'on suppose toujours
dans celui qui gouverne, d'être modéré dans ses dé-
sirs 7 et maître de lui dans ses passions. Et vous sàvez
tout aussi bien que moi 7 MM. ? jusqu'à quel point
on peut s'abandonner à ces espérances. Ah ! la Re-
ligion rassure un peu mieux les sujets. Écoutes
comment elle parle aux Souverains.
Ce ne sont pas les Peuples qui ont été créés pour
vous, mais bien vous qui avez été créés pour les
Peuples. Malheur à vous , si vous l'oubliez. Vous
pendrez compte un jour des larmes et du sang que vous
aurez fait répandre. L'Éternel sera sans pitié pour
les Rois qui auront été sans miséricorde.
Eh L soyons de bonne-foi ; MM. : Qui pourrait ar»
rêter ou intimider sur son trône un Souverain ? Qui
pourrait l'adoucir, s'il était né dur et inhumain; le
rendre sensible et tempérant ? s'il était emporté ou vo-
luptueux; affable et accessible, s'il était fier et superbe;
courageux et ferme 7 s'il étoit lâche ou faible 5 si
ce n'est la Religion, qui ne craint rien, qui ne ménage
rion y qui ne respecte rien, qui voit du même œil, un.
(10 )
Hoi et un esclave 5 qui poursuit le crime ? par-tout ; le
criminel, quelqu'il soit ; qui tourmente par des
remords l'infortuné David sur son trône; qui fait
trembler l'impie Balthasard sur son trône; qui punit
l'orgueilleuse Jezabel sur son trône ; qui fait mourir,
en furieux et en désespéré, Julien l'apostat sur le
trône du monde.
Voilà la Religion : Elle arme les Rois de la toute-
puissance, et elle enchaine les Rois. Elle prescrit aux
sujets une obéissance entière et sans bornes, et elle
rend tous les hommes heureux et libres. Elle rap-
proche jusqu'à l'égalité les Monarques, des Sujets,
qu'elle a placés à de si grandes distances, et elle les
fait s'entr'aimer comme des pères et des enfans.
Tous les Législateurs, au reste, Pont compris :
que la Religion était nécessaire à tous les Gouver-
nemens. Aussi, tous ont mis sous sa sauvegarde leurs
institutions politiques. Voyez Minos chez les Crétois,
Solon à Athènes, Numa dans Rome 5 voyez le Législa-
teur de l'Arabie; tous ; avant de donner aux Peuples
leurs lois , feignirent d'en avoir conféré avec les Dieux,
et d'en tenir même le code de leurs mains. Ici y l'expé-
riencè, et une expérience de tous les lieux et de tous
les temps, se trouve d'accord avec la raison.
- Mais enfin, direz-vous ? ce qu'on n'a jamais vu y
peut cependant arriver. Nous sommes plus éclairés
aujourd'hui ? qu'on ne l'était du temps des Grecs et
des Romains. Notre siècle est le siècle des lumières
et de- la philosophie. L'esprit humain va toujours
( « )
A 6
en s'agrandissant. La perfectibilité est un des privi-
lèges de l'espèce humaine.
A cette objection trouvée de nos jours, et puis
répétée jusqu'à la satiété, voici ce que j'ai a répondre:
Il y a , MM. , dans le monde une nation célèbre
par son antiquité, par la sagesse de ses lois, par son
industrie , par la prospérité de son commerce , pair
-l'étendue de son territoire. Tout ce qui caractérise un
grand peuple : population J puissance, richesses im-
menses , tout se voit et se trouve chez elle. Avide de
toute espèce de gloire , elle avait cultivé avec succès
les arts, les sciences et les lettres; mais aucune science
ne devait à ses lumières autant de progrès et de décun-
vertes que la politique. En ce point, elle n'avait point
de rivales; ses publicistes, génies vastes et profonds*
avaient laissé bien loin derrière eux tous ceux , soit
anciens, soit modernes ; qui avaient écrit sur la légis-
lation et sur les gouvernemens ; et c'était avec raison
qu'on les appelait les Précepteurs du genre humain.
Ce Peuple , plus éclairé et plus brave que né l'ont été
les Grecs et les Romains 9 était en même temps le
Peuple le plus doux , le plus aimable et le plus poli
de l'univers. Son caractère, naturellement heureux et
bon, s'était encore adouci , amolli même dans les
douceurs d'une longue paix, par toutes les jouissances
du luxe, par la satiété de tous les plaisirs.
Ce Peuple , enflé de tous ses avantages , comptant
sur sa sagesse , voulant mettre à profit les leçons de
tous les âges et ses propres recherches ; ce Peuple, -si

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.