Discours prononcé le 3 novembre 1866... à la séance de rentrée de l'École préparatoire de médecine et de pharmacie... de Nantes / par le Dr Théophile-Ambroise Laënnec,...

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impr. de V. Forest et E. Grimaud (Nantes). 1866. 24 p. ; in-8.
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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CONSIDÉRATIONS
SUR
LA PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE
DISCOURS
PROÏSOriCÉ PAR LE
Dr. THÉOPHILE-AMBROISE LAËNNEC
Professeur adjoint d'Anatomie et de Physiologie à-l'Ecole Prépavatoire de Médecine
nt de Pharmacie de Nantes.
NANTES,
IMPRIMERIE VINCENT FOREST ET ÉMILE GRIMAUD,
PLACE DU COMMERCE, 4.
1866.
DISCOURS .-
PRONONCÉ LE 3 NOVEMBRE 1866
DANS LE GRAND AMPHITHEATRE DE L'ÉCOLE PRÉPARATOIRE A L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
DES SCIENCES ET DES.LETTRES
A LA SÉANCE DE RENTRÉE
, à L'^pt&-lâK|PAfiÂTœRE DE MÉDECINE ET DE PHARMACIE ET DE LA DISTRIBUTION
PABVR
'\o.--:r ; ~J rçfcs RIX AUX ÉLÈVES DE L'ÉCOLE DE NANTES
if ,
PAR LE DOCTEUR
THÉOPHILE-A MBROISE LAËNNEC
Professeur adjoint d'Anatomie et de Physiologie.
NANTES
IMPRIMERIE VINCENT FOREST ET ÉMILE GRIMAUD
PLACE DU COMMERCE , 4.
1866.
CONSIDÉRATIONS
SUR
LA PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE.
MESSIEURS,
La bienveillante attention à laquelle vous m'avez habitué
depuis quatre ans , je viens encore la réclamer aujourd'hui.
Aujourd'hui, Messieurs, plus que jamais, j'ai besoin de votre
indulgence!
La profession de médecin ne permet guère à celui qui s'y
dévoue de consacrer beaucoup de loisirs aux questions qui font
les sujets ordinaires des discours académiques. Aussi, Messieurs,
le jour où mes collègues et mes chefs me firent l'honneur de me
désigner comme orateur officiel de l'École de Médecine dans
cette séance solennelle, j'appréciai l'importance de cette délicate
4
mission, j'en mesurai toutes les difficultés, et, je ne crains pas
de l'avouer, je fus effrayé du rôle que j'avais à remplir.
Où trouver, en effet, en dehors de mes études journalières,
qui sont devenues mes occupations favorites, un sujet que je
pourrais traiter d'une manière digne de vous ?
C'est donc à la physiologie que je songeai bientôt à demander
les inspirations de mon discours.
La physiologie, appelée encore biologie, ou science de la vie,
a cet avantage de n'être pas précisément une science spéciale.
Son domaine est tellement étendu, qu'il touche à toutes les
connaissances humaines; l'intérêt qui s'attache à son étude est
direct et général, et l'on peut, ce me semble, en détacher un
chapitre, avec l'espoir de fixer utilement l'attention.
Et n'ai-je pas, du reste, devant moi une assemblée d'élite,
dont les questions scientifiques sont le délassement ordinaire ou
l'occupation de tous les jours?
Quand mes regards s'arrêtent sur les chefs illustres do l'Armée,
sur les représentants éminents du Pouvoir, de la Magistrature et
du Clergé, qui honorent nos séances, sur les Édiles éclairés qui
président avec autant de distinction que de dévouement aux
affaires de la cité, et qui, cette année encore, nous ont prodigué
les preuves de l'intérêt particulier qu'ils prennent à nos tra-
vaux ; quand je me sais entouré des savants Professeurs de nos
Écoles et du Lycée; quand je vois en face de moi un jeune audi-
toire déjà versé dans l'art délicat de la critique, je m'enhardis,
car je sens "que jamais réunion ne fut mieux choisie pour entendre
parler le langage quelquefois sévère de la science.
Aussi bien ,nous sommes ici, Messieurs, dans un lieu qui lui
est consacré, dans ce sanctuaire où nos excellents hôtes savent,
avec autant d'autorité que de succès, faire apprécier les mer-
veilles de l'art, de la science et des lettres, en démontrer les
applications utiles, et en répan ire le goût parmi la population
de notre ville.
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2
Noble tâche, Messieurs, dont l'utilité vous a été exposée l'an
dernier 1 avec un talent que vous avez tous admiré, et dont nous
n'avons point oublié les mâles accents !
Parmi les découvertes auxquelles les sciences naturelles doivent
leurs progrès les plus réels, on peut placer au premier rang celle
des instruments grossissants.
La réfraction de la lumière à travers des milieux terminés par
des surfaces courbes, nous a permis de connaître suivant l'ex-
pression d'Hauy , deux espèces d'infinis : d'un côté des sphères
célestes que leur extrême éloignement ne nous eût jamais permis
d'apercevoir; d'un autre côté et sous nos yeux des myriades
d'êtres animés et des éléments organiques, que leur exiguïté
eût pour toujours dérobés à nos regards.
Le physiologiste ne saurait, Messieurs, attacher une égale
importance à ces deux effets de la réfraction de la lumière, et si
le télescope est l'instrument de l'astronome, le microscope est
celui de l'anatomiste et du physiologiste.
On peut dire que la philosophie de toutes les sciences natu-
relles a été transformée depuis l'application à leur étude de l'ins-
trument grossissant.
Le microscope, par exemple, n'a-t-il pas appris que, bien sou-
vent dans la nature, ce n'était plus dans les éléments actifs de
grande dimension qui nous frappent la vue, mais dans la pous-
sière qui passe inaperçue et que le ruisseau charrie chaque jour,
dans les atomes que l'Océan renferme ou que l'atmosphère tient
suspendus, que nous devions chercher ce qui est énorme, ce
qui est puissant ?
Les admirables travaux de M. Pasteur, sur la fermentation,
n'out-ils pas démontré que c'est aux plus intimes fonctions des
1 Discours de M. Mesnard , professeur de mécanique à l'École préparatoire
à l'Enseignement supérieur des Lettres et des Sciences.
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plus humbles infusoires que nous devions les liqueurs précieuses
qui nous donnent la joie et la santé?
Je n'ai point, Messieurs, l'intention de passer en revue tous.
les services importants que le microscope a rendus aux sciences
naturelles, de signaler tous les phénomènes naguère ignorés, et
dont il a permis d'élucider l'évolution : mon ambition se borne
à fixer votre attention sur quelques aperçus de physiologie géné-
l'ale, partie de la science qui ne pouvait sortir du néant que le
jour où l'histologie a été fondée.
Le but de la physiologie générale, ne l'oublions pas, Mes-
sieurs , est de remonter à la condition du phénomène vital,
condition qui est identique chez tous les êtres vivants.
Pour la physiologie générale, tous les caractères anatomiques
de classe, de genre, d'espèce , doivent disparaître.
La physiologie générale n'est pas, comme l'ont cru certains
auteurs, la science des généralités physiologiques; elle a pour
objet, comme le dit excellemment l'illustre professeur de méde-
cine au Collége de France, de déterminer les conditions élémen-
taires des phénomènes de la vie.
Tous les animaux, tous les végétaux, quelles que soient, d'ail-
leurs, la complexité ou la simplicité de leur organisation, vivent
également, et réunissent par conséquent, en dehors de ces carac-
tères variables, l'ensemble des conditions élémentaires de la vie.
Prenons, Messieurs, par exemple, l'appareil locomoteur ; il ne
s'agit pas, pour la physiologie générale, d'étudier ses formes qui
varient dans les diverses classes, mais de déterminer la condition
initiale du mouvement, qui est identique dans toutes. Nous pour-
rions en dire autant de l'appareil respiratoire et de tous les
autres.
Partout, Messieurs, où l'on rencontre des fibres nerveuses et
des fibres musculaires, leur nature est toujours la même.
a Il faut, dit M. Cl. Bernard, distinguer avec soin, dans
» l'étude de l'organisation , le point de vue zoologique du point
.-7-
» de vue physiologique. Ils répondent à deux problèmes distincts,
» aussi nettement séparés l'un de l'autre que la physique et la
» chimie le sont de la minéralogie; il y aurait dès lors grand
» inconvénient à les confondre. Le physiologiste étudie la ma-
n chine vivante, absolument comme le physicien étudie la na-
» ture inorganique, c'est-à-dire en faisant abstraction des formes
» individuelles , pour ne considérer que les conditions du méca-
» nisme en lui-même. Aussi les dénominations anciennes de
» physique animale et végétale, pour désigner la physiologie,
» nous semblent-elles excellentes, et peut-être aurait-on bien
» fait de les conserver. »
Ce n'est pas seulement pour moi, Messieurs, une garantie,
c'est, je l'avoue , une satisfaction , de pouvoir, avec une respec-
tueuse et sincère admiration, m'appuyer sur l'opinion de celui
qui continue avec tant d'éclat la glorieuse impulsion imprimée ii
l'enseignement médical du Collége de France par Laënnec et
Magendie.
Quand, Messieurs, nous examinons un être organisé vivant,
nous remarquons en lui des phénomènes, des appareils dont nous
sommes naturellement portés à demander à la physique et à la
chimie l'usage et la raison. Ainsi l'œil est le plus parfait instru-
ment de dioptrique ; l'oreille présente de merveilleuses disposi-
tions, dont nous pouvons arriver à calculer le mécanisme.
Beaucoup de phénomènes de la digestion sont presque entière-
ment chimiques; ils peuvent, en grande partie, être reproduits
dans nos laboratoires. Partout dans l'économie il y a des oxy-
dations et des désoxydalions.
A côté de ces phénomènes, de ces appareils, dont l'explica-
tion nous est plus ou moins immédiatement accessible, il en est
d'autres que la physique et la chimie sont impuissantes à éclairer,
dont elles doivent se borner à étudier les conditions, et auxquels
il faut plus exclusivement réserver le nom de phénomènes vitaux.
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Si maintenant, Messieurs, nous venons à décomposer cet
organisme par l'analyse microscopique, nous voyons que, quelque
compliquée que semble au premier abord sa structure, quel-
que élevé que soit dans l'échelle des êtres le degré qu'occupe cet
organisme, les éléments primordiaux qui le composent, peuvent
toujours être ramenés aux deux types suivants : la cellule et la
fibre i.
Or, Messieurs, c'est dans les éléments histologiques eux-
mêmes que résident, les propriétés vitales, et qu'il faut aller
chercher l'explication des phénomènes vitaux. Ce fait esfdésor-
mais acquis à la science, et les physiologistes les plus autorisés
sont d'accord du moins sur ce point.
Mais de ces deux éléments anatomiques que nous rencontrons
dans tout organisme un peu complexe, il en est un, la fibre,
dont la physique et la chimie peuvent à peu près suffire à nous
faire connaître le rôle physiologique.
Ces fibres, en effet, mettent en jeu des forces physiques,
comme celles que nous voyons employées dans nos machines :
elles sont ou des agents de résistance, ou des agents de traction.
Largement représentées dans les tendons, les ligaments, les
aponévroses, nous avons beau les examiner sous toutes les faces,
nous n'y rencontrons jamais, en dehors des éléments cellulaires
que ces organes pouvent contenir, que des propriétés physico-
chimiques.
Ainsi la fibre élastique doit à la nature de son tissu, et surtout
à la forme recourbée en spire de ses extrémités multifides, l'élas-
ticité parfaite dont elle jouit, et qui lui a fait donner son nom.
Elle est tout à fait comparable aux ressorts qu'emploie la méca-
nique, et nous ne saurions y voir autre chose que le caractère
éminemment physique de l'élasticité.
1 Il n'y a que dans les organismes rudimentaires que la matière organisée
est confondue, comme sont confondues, du reste, toutes les fonctions.
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La fibre conjonctive doit aux ondulations parallèles des faisceaux
qu'elle constitue l'obscure élasticité dont elle est douée : c'est
évidemment un élément de soutien, de remplissage, de résis-
tance ou de protection.
La fibre nerveuse n'a qu'un rôle secondaire; elle est le con-
ducteur naturel de l'agent nerveux produit par la cellule ner-
veuse. On peut assimiler la fibre nerveuse aux fils métalliques
qui relient entre elles les stations de télégraphie électrique ; ce
sont des commissures jetées d'une cellule à un organe-^ ou
d'une cellule à une autre cellule nerveuse. La fibre nerveuse est
tellement sous la dépendance de la cellule, même pour sa nutri-
tion, que lorsqu'on l'en sépare, elle meurt après le cinquième
jour (Küss, Longet).
Loin de moi, croyez-le bien, Messieurs, la pensée d'amoindrir
l'importance physiologique de la contractilité, de cette admirable
et utile propriété de la fibre musculaire, de méconnaître, pour
le besoin de la cause que je prétends soutenir, l'intérêt éminent
qui s'attache à son étude.
Mais, Messieurs, si nous considérons froidement le résultat
obtenu par la fibre contractile, nous voyons qu'il peut parfaites
ment être comparé au résultat obtenu par les forces physiques de
nos machines; c'est un fait de traction.
C'est à un changement de forme, à un raccourcissement, à
un phénomène de retrait en un mot, que sont dus tous les effets
merveilleux et variés obtenus par les muscles.
Les phénomènes chimiques qui accompagnent la contraction
des muscles sont aussi très-intéressants ; ils constituent en grande
partie les oxydations de la respiration, et là encore, comme
dans nos machines, on peut arriver, par un calcul rigoureux , à
constater qu'il y a d'autant plus de matériaux consommés que la
somme des efforts a été plus considérable.
La contractilité est certainement une propriété inhérente à la
fibre musculaire. Les expériences anciennes de M. Longet, celles

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