Discours prononcés à la fête de la Fondation de la république, 1er vendémiaire an VII

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Impr. de Lanoe (Évreux). 1798. France (1795-1799, Directoire). In-8 °.
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Publié le : lundi 1 janvier 1798
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DISCOURS
1
PRONONCÉS
1'A .7& A JE* JË Of JÉ
DE LA FONDATION"
DE LA
JEL JÊ TT jB X X QTT J £ o
C~y~ éT J f
l y7" e.nùzuuaizzs aru 7.
- A ÉVRLUX,
IMPRIMERIE D'ABEL LANOE.
-C'
AN 7 DE LA RÉPUBLIQUE.
A 2
DISCOURS
PRONONCÉ par le cit. PAIN,
Membre de VAdminiftration
centrale, & Ordonnateur de la
Fête , en prtfentant à fts Col-
lègues la Députation des Can-
tons.
CITOY ENS ADMINISTRATEURS,
J'ai l'honneur de vous présenter la dé-
putation civile & militaire de tous les cantons
de votre département.
Lorsque, le 13 fructidor dernier , vous
leur avez adressé l'invitation solemnelle de
( 4 )
se faire représenter à la Fête du premier
Vendémiaire, vous avez voulu vous unir à
vos administrés par les liens de la plus tou-
chante fraternité , les faire tous participer
à nos folemnités par la présence des magis-
trats & des officiers qui font chargés de veil-
ler à leur bonheur & à leur sûreté ; vous avez
voulu raviver l'esprit public, faire chérir les
institutions nationales , en les rendant inté-
rellantes par leur objet & le charme de leurs
accessoires.
Pénétrés des principes qui animent nos lé-
gislateurs & le gouvernement, vous vous êtes
convaincus que nos fêtes demandaient un ap-
pareil pompeux , un caractère imposant,
digne du culte de ia Liberté , digne du peu-
ple français son adorateur. Vous avez cru ne
pouvoir faire un plus fage emploi des fonds
qui vous font annuellement confiés pour dé-
penses imprévues, que d'en consacrer une
partie à l'embellilienlent de nos fêtes civi-
ques. Vous l'avez fait, & vous avez la gloire
d'avoir prévenu les ordres du gouvernement.
Déjà votre temple décadaire prend une for-
me imposante : il n'est pas encore achevé ; il
j
( ï )
a3
réclame encore quelques embellifTemens : il
peut cependant vous recevoir, & c'et f au-
jourd'hui que vous allez en faire la dédicace,
fous les yeux de tous vos administrés, repré-
sentés parce faisceau, image de la fraternité
& de notre inviolable fidélité à la Républi-
que une & indivisible.
Eh ! quel moment plus heureux pouvait
être marqué pour cette auguste cérémonie,
que celui où l'antique berceau des sciences &
des arts, l'Egypte , voit flotter l'étendard
tricolor ; où le Nil salue la septième année
de notre république ; où la Grèce ranime ses
cendres fertiles en héros, & fait jaillir de
nouvelles étincelles de liberté ; où l'Irlande
consolée reçoit nos soldats libérateurs , &
secoue le joug de ses féroces tyrans ; où la
paix, si ardemment désirée , sourit à la
France , & va peut-être aujourd'hui affilier à
la fête de la République !
République ! Salut ! que tes destinées soient
immortelles ! Porte aux extrémités de l'U-
nivers la gloire de la grande nation ! que ton
nom foit répété avec ivresse ! ta fête laissera
( 6 )
dans mon ame des souvenirs bien intéres-
sants, puifqu'elle me rappellera sans cesse
& ton image & le plaisir que me fait éprou-
ver en ce moment l'honorable ministère de
présenter à mes collègues tous leurs adminis-
trés, dans la personne de leurs magistrats &
des autres dépositaires de leur confiance.
VIVE LA RÉPUBLIQUE!
v
( 7 )
A4
DISCOURS
Du Citoyen HAZARD 3 l'un
des Députés.
y
CITOYENS,
C'est pour entretenir la fraternité entre
les citoyens, les attacher à la conditution ,
à la patrie & aux lois , que nos légillateurs
ont établi des fêtes nationales. Et quelle fête
est plus propre à nous rappeler des devoirs
aufli sacrés que celle de la fondation de la
république ? Il n'est point d'époque plus
chère aux républicains, puisque le premier
vendémiaire , en nous assurant les fruits de
notre cour. ge & de nos sacrifices, a fixé les
hautes destinées où la grande nation est
arrivée.
Il est flatteur pour nous d'avoir été choi-
sis parmi nos concitoyens, pour nous réunir
( 8 )
à vous dans ce jour auguste, & de contri-
buer , par notre présence , à la pompe dont
cette solemnité est entourée par vos foins :
l'appareil imposant qu'elle présente nous rap-
pèle des souvenirs inréreffants, qui ne s'ef-
faceront jamais de nos cœurs. Nous renou-
velons , entre les mains de nos magifirats,
& fous les yeux de nos frères, le ferment
d'attachement à notre constitution , d'a-
mour pour notre patrie , de refpeft pour
nos lois.
VITE LA R 'ÉPUBLIQUE!
i i«nm immii ■
( 9 )
DISCOURS
Du P R És i DE N T de l'Adminis-
tration du Département de
l'Eure , aux Députés des dif-
férens Cantons du Départe-
ment.
Ci t o Y E N s Députés des Adminis-
trations Municipales & de la Garde
Nationale du Département de l'Eure,
L'ADMINISTRATION centrale, en vous
invitant à venir célébrer avec elle la fête de
la fondation de la république , a voulu don-
ner à la solemnité de cette fête auguste tout
l'éclat dont elle est digne. Elle vous remer-
cie du zèle avec lequel vous vous êtes em-
preflfés de feconder ses intentions. Mais il est
un autre objet qui donne un prix encore
( 10 )
plus grand à ses yeux , à votre complaisante
démarche.
Elle désirait depuis long-tems donner à
tous ses administrés un témoignage authen-
tique de Ton attachement pour eux. Elle n'es-
pérait pas pouvoir jamais contenter ce désir,
puifqu'il lui était impoŒble de réunir dans
cette commune tous les habitans du départe-
ment. Cependant, à force de chercher le
moyen de satisfaire le besoin qui la tour-
mentait , elle a cru le trouver dans celui à
l'exécution duquel vous avez si bien con-
couru. Ne pouvant avoir le bonheur de se
faire entendre de tous, elle a voulu s'en-
tretenir du moins avec ceux qui, étant le
choix de tous , les représentent tous pour
elle. Elle ne pouvait choisir une circonstance
plus favorable à son dessein, que celle d'une
fête dont le but principal est de resserrer en-
tre tous les citoyens les liens de la fraternité.
Elle s'est empressée de la saisir.
Que ne vous doit elle pas, Citoyens,
pour avoir bien voulu vous rendre à ses vœux,
& lui procurer ainsi le plaiflr de se trouves
j
( II )
réellement au fein de sa famille ? C'est à
elle toute entière qu'elle s'adreue, lorsqu'elle
vous donne l'assurance de sa sincère affec-
tion. Veuillez bien vous charger de faire
connaître ses sentimens à tous vos conci-
toyens , lorsque vous ferez de retour dans
vos cantons. Vous leur direz que leur ad-
ministration centrale ne forme de vœux que
pour eux , & qu'elle n'est occupée que de
leurs intérêts. Vous leur direz que la plus
belle récompense qu'elle attende de ses tra-
vaux, est de les voir tous heureux, & que
le moment de sa plus grande satisfaction fera
celui où elle apprendra que la paix & l'u-
nion affurent leur bonheur.
C'est à votre zèle & à votre patriotisme
qu'elle confie le foin de lui donner une aussi
douce jouissance , & elle est bien convain-
cue que vous ferez tout ce qui dépendra de
vous pour en accélérer l'infiant. Elle est bien
convaincue que vos bons exemples ne tar-
deront pas à faire paffer dans tous les cœurs -
l'attachement à la république, le goût des
bonnes mœurs & l'amour de toutes les ver-
tus. Lorsque vous les aurez une fois perfua-
( Il )
dés qu'ils ne doivent attribuer tous les mal-
heurs qu'ils ont éprouvés pendant la révo-
lution , qu'aux réfiflances que lui ont oppo-
sées les préjugés & les panions, & aux di-
visions qu'elles ont fait naître parmi eux,
ils s'empresseront de détruire dans eux-mêmes
des causes aussi funestes de troubles & de
calamités. Les déclamations hypocrites des
ennemis de leur bonheur en ont jusqu'a prê-
sent détourné plusieurs de la soumission aux
lois & dé l'acc ompliflement de leurs de-
voirs , mais pour leur faire reconnaître leur
erreur , il vous suffira de leur parler le lan-
gage de la raison & de les éclairer de son
flambeau. Sa lumière bienfaisante aura bien-
tôt dissipé les ténèbres dont ils font envi-
ronnés. Ils ne pourront pas résister à vos
fages conseils, qui feront appuyés auprès
d'eux par la confiance qu'ils ont en vous &
qu'ils vous conserveront toujours, tant qu'ils
feront affurés que , dégagés de toute passion
& de tout intérêt personnel , vous n'avez
à cœur que leur feule félicité.
L'adminifiration centrale bien persuadée
que tels font vos sentimens attend de vos
j
( 13 )
efforts le succès le plus complet. Elle es-
père que fous peu de tems, le département
qui lui est confié servira de modèle à tous
les autres départemens de la république. Elle
est fière de cette espérance , parce qu'elle
est sûre qu'elle ne fera pas trompée. Ci-
toyens, réunifions-nous tous pour la réaliser.
Nous n'avons tous qu'un même intérêt, celui
d'assurer le bonheur de nos concitoyens ;
nous ne devons donc avoir aussi qu'une même
volonté. En acceptant les fondions dont ils
nous ont honorés, nous avons juré de rester
fidellement attachés à la république & à la
constitution fous laquelle feule ils peuvent
vivre libres & heureux; nous avons juré de
combattre la royauté & l'anarchie qui ne
cherchent qu'à les remettre fous le joug de
l'esclavage, & à les replonger dans l'abîme
des maux dont la révolution les a tirés. Nous
allons tous ensemble renouveler nos sermens
sur l'autel de la patrie. La divinité qui rece-
vra ces sermens est celle qui a créé tous
les hommes pour la liberté & pour le bon-
heur. Ils ne peuvent donc que lui être agréa-
bles, puifqu'ils n'ont pour objet que de ter-
( 14 )
miner heureusement notre révolution, de
consolider la république , de fixer pour tou-
jours l'union & la paix au milieu de nous »
& d'établir notre félicité sur les bases les
plus inébranlables.
Citoyens, cette réunion de nosfentimens &
de nos volontéseft pour nous le plus sûr garant
de nos succès. Votre administration centrale
applaudit d'avance aux heureux effets qu'elle
doit nécessairement produire, & elle vous
prie de recevoir le témoignage de la vive &
sincère reconnaissance qu'elle vous doit com-
me a ses dignes collaborateurs:
Disons tous de tout notre cœur & avec
le faine enthousiasme que doit nous inspi-
rer ce beau jour :
VIVE L'UNION ! VIVE LA LIBERTÉ!
VIVE LA RÉPUBLIQUE!!!
— /1 .,
J
( 15 )
DISCOURS
PRONONCÉ par le Citoyen
LAN G LOI S, Président de
x VAdminijlration centrale du
Département de VEure p à la
Fête de la Fondation de la
République, le premier vendé-
miaire an Jepu
CITOYENS,
Nous célébrons l'anniversaire du jour où
les lt gillaceurs du peuple français ont élevé
au Créateur des hommes le plus beau temple
qu'il ait jamais eu dans l'univers. C'ell aujour-
d'hui que trente millions d'hommes ont vu bri-
fer leurs chaînes , & font rentrés dans la pleine
- jouissance des droits qu'ils avaient reçus de la
nature. C'est aujourd'hui que le soleil.de la
( 16 )
liberté a lui, pour la première fois, sur nous,
dans tout son éclat ; & que sa lumière bien-
faisante est venue dissiper totalement les té-
nèbres du long esclavage dans lesquelles nous
étions enséveli,. C'est aujourd'hui enfin qu'a
étéfond-ée la République française.
Quels transports d'allégresse la commémo-
ration de ce grand ade de la volonté du peuple
ne doit-elle pas exciter dans nos cœurs ? De
toutes les fêtes, destinées à nous rappeler les
différentes époques de notre révolution ,
celle-ci est certainement la plus belle , puif-
qu'elle feule retrace- à notre mémoire tous les
prodiges par lesquels la liberté nous a mani-
festé toute sa puissance. Livrons-nous donc,
sans réserve , à la joie que ce grand jour nous
inspire ; & si quelques réflexions viennent
se mêler aux sensations délicieuses que nous
éprouvons, fjifons en forte qu'elles ne ten-
dent qu'à en assurer la durée * en donnant une
nouvelle force aux liens q Lli nous attachent à
la république. En érigeant ce superbe temple
à la gloire du Dieu des hommes libres , la
convention nationale a bien mérité de l'hu-
manité : mais c'est à nous à rendre son ou-
vrage
( 17 )
vrage inébranlable , en plaçant ses bases dans
nos cœurs ; & pour cela , il suffira de nous
convaincre que le gouvernement républicain
est le plus conforme au vœu de la nature , &
que par conséquent il est le plus capable de
faire notre bonheur. Lorsque nous aurons
établi cette vérité sur les preuves les plus in-
contestables, nous nous occuperons de re-
chercher quels font les vices qui peuvent le
plus nuire à la république ; & nous prendrons
la ferme résolution de les détruire.
Grand Dieu , nous savons que le temple
qui t'est le plus agréable est le cœur de
l'homme de bien. Nous savons que la vertu
feule est digne de ifxer tes regards, & que
c'est à elle feule aussi que tu as attaché notre
fLlicité. Nous ferons donc tous nos efforts
pour vaincre les pallions qui s'opposent à la
perfection de l'édifice que nous construisons
en ton honneur. Daigne nous feconder dans
cette glorieuse entreprise, & donne-nous,
pour triompher de nous-mêmes, la force
que tu nous as donnée contre nos ennemis.
B
( i8 )
lorsqu'à pareil jour, nous viendrons te payer
le tribut de notre reconnainance, nous t'en
offrirons le témoignage le plus digne de toi,
en te présentant les vertus même que tu
nous auras fait acquérir.
Citoyens, nous commençons une nou-
velle année : il faut aussi que notre zèle &
notre ardeur se renouvellent. La vie d'un vé-
ritable républicain est un travail continuel ;
mais c'efi un travail bien doux pour celui
qui est convaincu que c'est par lui seul qu'il
peut parvenir au bonheur & contribuer en
même rems au bonheur de ses concitoyens.
C'est pour faire paner dans vos cœurs cette
utile conviction, qu'après vous avoir prouvé
que la nature elle-même indique aux hom- >
mes le gouvernement républicain comme le
seul qu'ils doivent adopter, nous vous entre-
tiendrons des vertus dont ce gouvernement
exige impérieusement la pratique, parce que
sans elles il ne peut produire ses heureux
effets. C'est sur ses vérités importantes que
reposent nos destinées ; avec quelle attention
ne devons-nous donc pas les approfondir
j
( 19 )
B 3
pour nous en bien pénétrer, & pour y cott-*
former notre conduite ?
Tant que les hommes, dociles à la voix de
la raison , ne se conduisent que d'après les
fenrimens que la nature avait mis dans leurs
CCLurs ) ils furent parfaitement libres & heu-
reux. Mais cet é.at suc de courte durée &
l'âge d'or n'a peut être jamaisexifté que dans
l'imagination des poëles , puisque nous
voyons dans le plus ancien des historiens,
■que la première famille qui ait vécu sur la
terre, donna le premier exemple des fu-,
reurs de l'amour-propre, & que le premier
homme qui mourut fut un frère massacré
par son frère. Si , dès l'origine du monde ,
l'amour-propre fut capable d'étouffer tous
les sentimens de la nature dans le cœur mê-
me d'un frère , quel progrès ne dut-il pas
faire , à mesure que les liens du fang , en
s'étendant, perdirent de leur force , & que
� les hommes, en se multipliant, oublièrent
insensiblement leur commune origine ?
L'amour pour leurs semblables s'effaça en-
tièrement dans lwurs ames ? & chacun d'eux
( 10 )
se préférant à tous les autres dut les haïr
comme ses rivaux , quand il ne put pas en
faire ses esclaves. De-là la tyrannie & la
servitude ; de -là les guerres continuelles que
les hommes dûrent se faire les uns aux au-
tres , les uns pour dominer, les autres pour'
écarter la domination ; de-là les haînes par-
ticulières d'individu à individu , de famille à
famille , & les vengeances qui en étaient les
fuites inévitables.
Dans cet épouvantable désordre, que fe-
rait devenu le genre humain , si quelques
fages échappés à la corruption générale ,
n'eûssent trouvé le moyen de rallumer dans
le cœur des hommes le flambeau de la raison,
qui y était éteint depuis si long-tems, & ne
les eussent portés par le tableau de leur mi-
sérable situation, à vouloir faire cesser l'état
d'anarchie qui en était la cause.
Pour opérer un changement aussi avan-
tageux , il fallait les engager à vivre en so-
ciété,sur des règlemens fages&conformesaux
principes éternels de lanature ; c'est ce qu'ils
firent :& ramenés par leurs foins, la justice ) la
À
( II )
B3
paix & le bonheur reparurent sur la terre. A
l'abri des lois qu'ils s'étaient volontairement
imposées, & auxquelles tous s'étaient obli-
gés de se soumettre, les hommes re4evinrent
heureux. La force de tous garantit à chacun
la jouissance de ses droits, & comme ils s'é-
taient tous obligés à des devoirs mutuels, il
régna entr'eux la plus parfaite égalité ; l'a-
rn our-propre fut contenu dans des bornes
qu'il ne lui était plus possible de franchir im-
punément ; la faiblesse n'eut plus rien à
craindre de la violence , & tous les membres
de la société jouirent de la liberté véritable.
Ce moyen était le seul qui put concilier la
sûreté individuelle avec ce sentiment irrésis-
tible que la nature a mis dans le cœur de
tous les hommes pour la conservation des
droits qu'elle leur a donnés, ce sentiment
qui leur dit que la propriété la plus sacrée ,
celle - sans laquelle il n'y a pas pour eux de
véritable existence , est leur indépendance
de toute autre volonté que de la leur. En vi-
vant isolés, ils. étaient continuellement ex-
poiesa dépendre les uns des autres a raison
de leurs plus ou moins de forces, au lieu
( 22 ■)
qu'en se réunissant tous ils se prêtaient l'un
à l'autre un muruel appui. Alais alors, comme
cette réunion ne formait plus qu'un feut
corps, il fal ur pour atteindre le but qu'on
s'était proposé, ne lui former non plus
qu'une feule volonté , par la réunion de
toutes les volontés. Ce fut l'effet de la loi
qui, n'étant que l'expression de la volonté
de tous, exige la soumission de chaque indi-
vidu, sans gêner son indépendance, puif-
qu'en y obéissant, il n'obéit réellement qu'à
sa propre volonté.
Tels font les élémens du gouvernement
républicain : c'est le seul qui foit conforme
à la nature , puisque c'est le seul qui con-
ferve, dans toute leur étendue , les moyens
qu'elle a donnés aux hommes pour faire leur
bonheur. Tous les autres n'ont été établis
que par la violence ou par la corruption des
premiers principes des sociétés La républi-
que est la première forme de gouvernement:
qui puisse se présenter à l'esprit des hommes,
lorsqu'ils font libres de régler les conditions
de leur association. Si nous voulons alier cher-
cher dans l'histoire des preuves de cette
*
( 23 )
B 4
vérité , remontons jusqu'aux temps les plus
reculés, & nous verrons toutes les sociétés,
à l'exception de quelques peuples de l'Aile,
fous la forme de républiques. Avant que le
peuple romain eût étendu sa domination sur
toute la terre , le gouvernement royal était
presque inconnu. Dans l'Italie , les Gaules,
l'Espagne & toute la Germanie, on ne voyait
que des républiques. Tous les peuples même
de l'Afrique alors connue dépendaient de
la république de Carthage. Les colonnies
Grecques qui occupaient l'Afie mineure , y
avaient apporté le gouvernement des répu-
bliques d'où elles étaient sorties. Il fallait
aller chez les peuples efféminés de l'Orient
pour trouver le despotisme.
Mais qu'avons-nous beioin d'exemples
quand la raison suffit pour nous convaincre?
Quel est en effet l'homme de bon sens, qui
pourrait se persuader que des hommes ayent
jamais pu librement consentir à se dessaisir
de leurs droits pour en revêtir un d'entr'eux,
& à se dépouiller entièrement de leur vo-
lonté pour se soumettre à la sienne ? Celui
qui pourrait supposer dans ses semblables un
( 24 )
pareil oubli de leur dignité, ne ferait que
nirtnifefter par-là la dépravation de son cœur
& la bassesse de ses sentimens , mais son opi-
nion ferait démentie par. l'accord unanime
de tous les peuples. Non , jamais ils n'ont
courbé volontairement la tête fous le joug
de la royauté : la force ou la rufe ont pu
feules le leur imposer. & ce font elles feules
auni qui peuvent les y tenir assujettis. La
nature crie sans cesse au son d de leur cœur
qu'ils n'ont pas été créés pour l'esclavage.
Tôt ou tard, malgré le bruit des chaînes dont
ils font chargés , sa voix se fait entendre
pour leur reprocher l'avilissement honteux
où ils font plongés, & pour leur indiquer les
moyens d'en sortir. ,
C'efl cette voix puissante qui a fait notre
révolution. C'est elle qui a renversé la baf-
tille & le trône , & qui, sur leurs débris, a
proclamé la république. A ce nom , depuis si
ïong-tems chéri des amis de la liberté, le
plus grand enthousiasme s'empara de toutes
les ames, la nation sentit naître dans elle
une vigueur qu'elle n'avait jamais connue,
& la Divinité elle-même, pour éterniser la
( m )
mémoire du beau jour où ce nom fut pro-
noncé pour la première fois , nous fit rem-
porter une victoire signalée sur les ennemis
qui avaient osé fouiller notre territoire de
leur odieuse présence.
Quelle ne devait pas être un jour cette
république dont la naissance était ainsi. an-
noncée à l'U nivers par les foudres de la
viétoire ? Quelle fuite brillante de prospérité
ne promettait pas un aussi favorable augure ?
Aufffle peup!e français, que la royauté ne
gênait plus dans ses mouvemecs , marcha-
t-il dès-lors d'un pas plus ferme & plus affuré
contre les rois qui s'étaient réunis pour le
remettre dans les fers. Chacun de? combats
qu'il leur livra fut pour lui l'accanon d'un
nouveau triomphe , & bientôt il les força
d'avouer qu'ils avaient ignoré jusqu'alors ce
que pouvaient des hommes qui se battaient
pour la défense de leurs droits & de leur in-
dépendance.
Liberté , fille de la divine providence ,
c'est à toi que nous devons tous les succès
que nous avons obtenus sur cette coalition j

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