Discours prononcés, le 15 octobre 1863, aux obsèques de M. André Jung, professeur... à la Faculté de théologie protestante...

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Impr. de G. Silbermann (Strasbourg). 1863. Jung. In-8 °. Pièce.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1863
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DISCOURS
PMOJCBS LE 15 OCTOBRE 18C3
AUX OBSÈQUES
M. ANDRÉ JUNG
P5»FËSS^DIt-AD SÉMINAIRE ET A LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE PROTESTANTE
/^\ > ; "' VjIBLiqTnÉCAIRE DE LA VILLE ET DU SÉMINAIRE
décédé le 12 octobre 1863.
STRASBOURG
TYPOGRAPHIE DE G. SILBEUMANN, PLACE SAINT-THOMAS, 3.
1863.
DISCOURS
DE
M. LE PASTEUR LICHTENBERGER.
MES FRÈRES ,
Un grand deuil vient de nous frapper : la perte de
l'homme de bien dont nous entourons la dépouille
mortelle, laisse parmi nous un vide sensible et d'u-
nanimes regrets. Que dirons-nous en présence de
cette profonde affliction? — A l'heure solennelle où
ils paraissent devant Dieu, les compagnons de route
qui nous ont devancés n'ont que faire des stériles,
éloges que, dans notre impuissance, nous serions
tentés de déposer sur leur cercueil. Quelques paroles
d'adieu et de souvenir parties du coeur paieront bien
mieux que des phrases fastueuses la juste dette de
notre reconnaissance.
Voici sur la vie du regrettable défunt quelques
notices que nous devons à l'obligeance de sa famille.
M. André Jung est né à Strasbourg le 20 juin
1793. Après avoir achevé ses études au Gymnase et
au Séminaire de cette ville, il visita diverses univer-
sités de l'Allemagne, en s'arrêtant particulièrement
à Goettingue, ce foyer de la science historique ecclé-
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siaslique, vers laquelle alors déjà M. Jung sentait
se diriger, ses préférences. De retour dans sa ville
natale et en possession des grades académiques, il
fut nommé successivement directeur du pensionnat
de Saint-Guillaume, professeur agrégé et titulaire
à la Faculté de théologie et au Séminaire pour la
chaire d'histoire ecclésiastique qu'il occupa depuis
1833. Quatre années auparavant il avait été désigné
aux fonctions importantes de bibliothécaire de la
ville ; plus tard la Société pour la conservation des
monuments et diverses autres sociétés savantes le
comptèrent parmi leurs membres, et le ministre le
nomma correspondant pour les travaux historiques.
En 1849 M. Jung fut décoré de la croix de la Légion
d'Honneur, et en 1852 le Séminaire le délégua,
comme son représentant, au Consistoire supérieur
de notre Église.
Des voix plus compétentes et plus autorisées que
la mienne diront sans doute plus tard, dans une
autre enceinte, ce que M. Jung a été comme savant
et comme administrateur; elles rappelleront l'infa-
tigable sollicitude et la persévérante application qu'il
apportait dans l'exercice de ses charges; elles vous
entretiendront de son érudition si vaste et si sûre et
de l'obligeance empressée avec laquelle il la mettait
au service de tout le monde. Mais ce que les siens
seuls pourront nous dire, ce sont les excellentes
qualités que le défunt déployait dans le sanctuaire
domestique. M. Jung avait épousé le 31 août 1831
Mlle Charlotte-Frédérique Brod et vivait avec elle
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dans la plus douce union, entouré de ses enfants
et de ses petits-enfants. Quel bonheur il goûtait au
milieu des siens, et combien son indulgence, son
humeur enjouée, sa conversation si intéressante et
si instructive étaient appréciées dans ce cercle aimé
qui se groupait autour de lui! Ce qui lui gagnait
l'affection de toutes les personnes qui l'ont connu
de près, c'était sa grande bonté, son inaltérable
affabilité. Au mileu des plus pressantes occupations,
on pouvait toujours l'approcher et l'on recevait chez
lui l'accueil le plus cordial. Pour chacun il avait un
conseil bienveillant dicté par son coeur aimant et
une direction nette et précise déterminée par sa
grande expérience des choses humaines. Profondé-
ment sympathique aux épreuves des autres, il sup-
portait celles que Dieu lui envoya avec beaucoup de
fermeté et de résignation, et mettait toute la force
de sa volonté à cacher sa douleur pour adoucir celle
• des siens. Mais comme il savait aussi se réjouir avec
ceux qui l'entouraient! quel doux repos lui procu-
rait, après le travail le plus consciencieux et le plus
opiniâtre, le commerce avec les siens, les joies pures
et saintes du foyer domestique. Quel heureux temps
surtout pour lui et les siens que le temps des va-
cances où, après ses nombreuses et fatigantes oc-
cupations, il se délassait dans des promenades for-
tifiantes, mesurant son propre bonheur à celui qu'il
procurait aux autres. Hélas! il devait se terminer
d'une manière bien lugubre ce dernier séjour dans
les montagnes d'où on le ramena dans notre ville,
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gravement atteint déjà, il y a une quinzaine de jours.
Sa courte maladie que la mort est venue interrompre
brusquement lundi dernier, à sept heures du soir, a
été une véritable bénédiction pour sa famille, qui a
pu apprécier une dernière et suprême fois les belles
qualités du cher défunt. Peu d'instants avant sa fin
il dit à ceux qui l'entouraient.: Je suis heureux. ■—
Oui, «heureux ceux qui meurent au Seigneur, car
ils se reposent de leurs travaux et leurs oeuvres les
suivent.»
Et maintenant, mes frères, que pourrons-nous
ajouter à ce que nous venons d'entendre, afin que
cette heure consacrée à la mémoire de l'homme de
bien que nous avons perdu soit pour nous une heure
bénie? Nous ouvrirons nos saints livres et nous y
puiserons, avec l'aide de Dieu, quelque sujet d'édi-
fication chrétienne. Le passage que nous choisirons
pour y rattacher quelques courtes réflexions se
trouve dans l'Évangile selon saint Luc au cha-
pitre XVII et se lit au v. 5 en ces termes :
«Alors les apôtres dirent au Seigneur: Augmente-
nous la foi.»
L'éminent professeur que nous regrettons avait
formé son jugement et son caractère à l'étude de
l'histoire ; son esprit s'était nourri des précieuses
leçons qu'elle nous donne; il y avait puisé cette
largeur de vues, cette bienveillance réfléchie qu'ac-
quièrent à cette étude les coeurs droits. Ajoutons que
cette vaste et puissante sympathie qu'éveille en nous
le spectacle des destinées humaines n'excluait pas
chez lui l'attachement aux principes, le sens sévère
du juste et du bien; Cette alliance si désirable de la
largeur et de la fermeté se rencontre bien rarement
aujourd'hui, et l'on serait même parfois tenté de se
demander si elle est encore possible.
Grâce aux étonnants progrès de la science critique,
il semble que nous soyons condamnés à tout ad-
mettre et à tout excuser, parce que nous comprenons
tout : si bien que la morale trouverait mal son compte
à une indulgence peut-être inséparable de la curio-
sité, et que nous verrions les caractères s'affaisser
pendant que les esprits s'étendent et s'assouplissent.
Serait-il vrai que l'observateur attentif des événe-
ments dont l'univers est le théâtre doive s'appliquer
à prendre cette habitude du mépris, condition né-
cessaire d'une certaine élévation d'âme, et le fruit le
plus mûr de la culture intellectuelle du présent
siècle serait-il en effet cette ironie, cette fine et dé-
licieuse volupté que l'on éprouve à se sentir supé-
rieur à la foule et affranchi de ses erreurs et de ses
préjugés?
Il n'en est rien, mes frères. L'étude de l'histoire
entreprise dans un esprit chrétien nous rend indul-
gents , mais non complaisants pour, les fautes hu-
maines ; elle ne nous enseigne pas à absoudre toutes
les bassesses, elle nous permet de nous en indigner;
mais surtout elle nous donne cette haute impartialité
qui, au milieu du conflit des opinions, des apprécia-
tions, des jugements contradictoires dictés par l'es-
prit de parti, sait se montrer équitable envers tous.
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N'en doutons pas : l'histoire interrogée à la lumière
de l'Évangile nous inspire non le dédain, mais la misé-
ricorde. «Le Seigneur Jésus, nous rapporte saint
Matthieu, à la vue de la multitude [du peuple, était
ému de compassion envers eux, de ce qu'ils étaient
dispersés et errants comme des brebis qui n'ont point
de berger.»
C'est aussi cette grande etsaine manière d'étudier
l'histoire qui avait fait comprendre à l'honorable dé-
funt l'Évangile dans sa divine simplicité; il avait dé-
couvert, sous la luxuriante végétation des formules
et des traditions humaines, ce fond solide et résis-
tant, ce tuf primitif qui est le roc éternel où de-<
vraient se fixer toutes les convictions et se briser
tous les dissentiments. On l'a souvent répété : ce
qui dans la religion divise, vient des hommes, ce
qui unit, vient de Dieu ; et certes, il ne serait pas bien
difficile de déterminer et de préciser les bases de la
véritable union, ce point d'arrivée et de rencontre
de toutes les âmes vraiment chrétiennes où les bar-
rières ennemies tombent et où les mains divisées se
rejoignent, si dans les débats religieux on s'appli-
quait toujours à distinguer la part de Dieu de celle
des hommes.. Mais pour cela il faudrait renoncer
courageusement à nous chercher nous-mêmes et ne
laisser agir en nous que la sainte passion des choses
divines.
Le manque de foi, d'une foi vivante, convaincue
et débordant de charité : voilà l'obstacle principal
que rencontre cette entente cordiale des enfants de
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Dieu maintenant désunis, qui était l'un des voeux les
plus chers de notre défunt et le but nettement ca-
ractérisé de ses constants efforts. Le manque de foi :
ah ! que le Seigneur Jésus nous le reprocherait vive-
ment s'il revenait aujourd'hui parmi nous. Trop sou-
vent nous remplaçons la foi par des spéculations
stériles et de vaines disputes, par des formules
ambitieuses qui prétendent saisir l'insaisissable et
décrire ce qui se refuse à toute description. Notre
esprit impatient voudrait dès ici-bas lever tous les
voiles et pénétrer tous les mystères ; il oublie qu'en
matière religieuse il faut avoir le courage de s'arrêter
et d'ignorer, je veux dire d'attendre. L'expérience ne
nous enseigne-t-elle pas combien nous nous heur-
tons vite aux bornes de notre savoir, et combien ce
que nous pouvons entrevoir des mystères divins est
peu de chose au prix de ce qui nous en reste caché.
Dans nos recherches avides il arrive toujours un
moment où, avec un penseur chrétien, nous sommes
obligés de confesser : «La connaissance humaine ne
va pas plus loin; les chérubins couvrent le/este de
leurs ailes.» Toute théologie digne de ce nom doit
finir par un acte d'adoration et de prière.
Nous devrons donc nous résoudre à ne pas mar-
cher dès ici-bas enveloppés de l'éclat des démons-
trations évidentes; nous devrons nous contenter des
solutions provisoires, belles et rassurantes déjà, en
attendant les solutions définitives et leur radieuse
lumière. «C'est par la foi que nous marchons et non
par la vue, a dit un apôtre. Nous voyons présente-

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