Discours sur une question proposée par l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, par le R. P. Don Emmanuel Ducreux,... [Quel moyen à employer après une révolution, telle que celle qu'à éprouvée la France, pour réparer tant de maux dont elle a été la cause, et confondre tous les sentimens dans l'amour du Roi et de la patrie ?]

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impr. de Périaux (Rouen). 1819. In-12, 60 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1819
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Le défaut de Religion a été la
cause de tous nos maux.
Le retour et le rétablissement de la
Religion en est le seul remède.
Ce discours , ainsi que la vie de St - Bruno , et
les Opuscules du même auteur , se vendent ;
A ROUEN,
CHEZ
P. PERIAUX , Imprimeur du Roi ,
rue de la Vicomte , n° 55.
EL les principaux Libraires.
A PARIS,
CHEZ
ADRIEN LECLERE , Imprimeur de
N. S. P. le Pape, quai des Augus-
tins, n° 55.
BLAISE , Libraire de S. A. S. Ma-
dame la duchesse douairière d'Or-
leans , quai des Augustins , n° 61.
Prix de la vie de Si-Bruno, 1 vol. in-12,
broché, 5 fr.
— Des Opuscules , 50 cent.
— Du Discours , 50 cent.
DISCOURS
SUR UNE QUESTION
Proposée par l'Académie des Sciences ,
Belles-Lettres et Arts de Lyon ;
PAR LE R. P. DON EMMANUEL DUCREUX,
Ancien Prieur Chartreux ,
Auteur de la vie de St-Bruno et de quelques
Opuscules.
A ROUEN,
De l'Imp. de P. PERIAUX, Imprimeur du Roi.
1819.
AYANT-PROPOS.
ON DEMANDE,
Quel moyen à employer après une ré-
volution telle que celle qu'à éprouvée la
France , pour réparer tant de maux dont
elle a été la cuise , et confondre tous les
sentimens dans l'amour du Roi et de la
Patrie ?
RÉPONSE.
Comme c'est le défaut de Religion qui a
été la cause de tous nos maux , c'est le re-
tour et le rétablissement de la Religion qui
en est le seul remède.
Le Discours suivant , qui développe
cette pensée , a été composé par M. F.
M. DUCREUX , Ancien Prieur de la
Chartreuse de Bourbon-lès-Gaillon , en
Normandie , auteur de la vie de St-Bruno,
d'une Oraison funèbre de Louis XVI , et
de quelques Opuscules.
DISCOURS
SUR. UNE QUESTION
Proposée par l'Académie des Sciences ,
Belles-Lettres et Arts de Lyon.
Deum timete, Regem honorificats.
Craignez Dieu , honorez le Roi.
1re Ep. de St-Pierre, ch. 2 , v. 17.
MESSIEURS,
LA question que vous proposez fait l'é-
loge de vos esprits et de vos coeurs, et doit
inspirer à tout Français le plus grand in-
térêt. Heureux celui qui en saura saisir
tout le sens , et eu pénétrer toute la pro-
fondeur. Ce n'est point de ces questions oi-
seuses où il faille faire une grande dépense
d'esprit , étaler beaucoup d'érudition , et
où trop souvent , après avoir long-temps
parlé , et longuement écrit , on n'a rien
dit, on ne recueille aucun fruit.
(6)
Quelle différence, Messieurs! Vous ins-
truisez en même temps que vous proposez ;
vous parlez à l'esprit et au coeur. Ah ! si
mon esprit et mon coeur pouvaient vous
répondre , Messieurs; si javais les talens,
si j'étais tout ce que je ne suis pas , je
pourrais , avec plus d'assurance , aborder
celte grande question , digne d'être traitée
par les plus grands maîtres , par les plumes
les plus exercées. A ce défaut , quel re-
mède ? Je suis Chrétien; cela me suffit :
in causâ Dei omnis homo miles , disait
Tertulien ; et sachant que je parle à des
Chrétiens , à des Français , sujets et en-
fans du Roi Très-Chrétien ; sachant que
j'ai l'honneur de parler à une illustre so-
ciété aussi recommandable par ses vertus ,
par son attachement à sa Religion , à son
Roi , que par ses lumières ; abandonnant
à tout autre plus capable que moi , les
grâces du style, les ornemens du discours ;
guidé par la simple raison , et le flambeau
de l'Evangile, à la main , j'ose , entrant
dans vos vues , Messieurs, ( car il n'y a
que l'esprit de la religion dont vous êtes
animés qui ait pu , dans un temps où elle
( 7 )
est si peu connue et si mal pratiquée ,
vous inspirer une pareille pensée ) , et,
m'autorisant d'un oracle sorti de la bouche
de Son Altesse royale Monseigneur le duc
d'Angoulème , qui , répondant à un com-
pliment que lui adressait l'année dernière
à Caen M. de Malherbes , dit ces paroles
mémorables qui seules valent plusieurs
volumes , et pulvérisent tous les systêmes
monstrueux des grands faiseurs de la pré-
tendue philosophie : « La Religion est la
base de l'ordre social et de la fidélité des
peuples, » j'ose donc, Messieurs , enhardi,
fortifié , et m'appuyant d'un tel suffrage ,
puisque je traite le même sujet, emprunter
le langage de la Religion , et jusqu'à ses
expressions , pour rappeler à ceux qui
ont pu l'oublier les grands avantages
qu'elle procure , puisqu'elle a pu changer
la face de la terre , et les grandes obliga-
tions qu'elle impose.
Lorsque Montesquieu publia son livre
intitulé : l'Esprit des lois , il disait qu'il
s'estimerait heureux , le plus heureux des
mortels , s'il pouvait faire en sorte que tout
le monde eût de nouvelles raisons pour
( 8)
aimer ses devoirs , son Prince , sa patrie ,
son Roi.. Je m'estimerai heureux comme
comme lui , si je puis réussir à inspirer à
mes concitoyens la crainte de Dieu , et
l'amour et le respect pour le Roi. Deum
timete, regem honorificate, tel est tout mon
désir , et le but que je me propose dans
ce discours.
Mais avant que de résoudre la question
que vous proposez , Messieurs , il est né-
cessaire de savoir ce que l'on entend , ou
ce que l'on doit entendre par l'amour de
la Patrie , l'amour de son Roi. Ces deux
choses sont tellement identifiées , qu'on ne
peut aimer la Patrie , si on n'aime pas son
Roi ; ni aimer son Roi , si on n'aime pas
sa Patrie.
Qu'est-ce donc qu'aimer sa patrie ? C'est
se réjouir de ses avantages , et s'affliger de
ses pertes ; c'est faire tout ce qui dépend
de nous pour lui procurer la paix au de-
dans , et au-dehors le bonheur et la gloire
prêt à sacrifier pour cela ce que nous
avons de plus cher , nos biens , notre re-
pos , notre vie même , si c'est nécessaire.
Ce devoir est de rigueur , et regarde éga-
(9)
lement la personne du Roi , ne pouvant
et ne devant jamais séparer l'un de l'autre ;
devoir que nous impose notre propre in-
térêt , la raison et la religion , et auquel
nous ne pouvons jamais manquer sans
nous rendre coupables d'un grand crime
aux yeux des hommes et encore plus aux
yeux de Dieu , puisque toute-puissance
légitime vient de Dieu , et que celui qui
résiste à la puissance , résiste à Dieu même...
Non est potestas nisi a deo , et qui resistit
potestati , Deo resistit. Ainsi parle Saint-
Paul , l'apôtre des nations , dont les
immortels écrits sont autant d'oracles ins-
pires par l'Esprit saint.
C'est en étudiant ces écrits, ensuivant
les sages préceptes que renferment les li-
vres saints , que nous remplirons nos de-
voirs envers Dieu notre créateur , et la
source d'où découlent tous les biens : glo-
ria et divilioe in domo ejus , dit le Roi
psalmite ; nos devoirs envers le Roi , qui
est son image et son lieutenant ; Deum
timete , Regem honnrificate , et nos de-
voirs envers la société , envers nos sem-
blables , en aimant notre prochain comme
( 10 )
nous mêmes ; qui diligit proximum sicut
scipsurn legern implevit.
Craignez Dieu , honorez le Roi , Deum
timete, Regem honorificate; que de devoirs
sont compris dans ce peu de mots extraits
de la première épître de Saint-Pierre ! que
de sens ! sublime doctrine qui , bien ob-
servée , guérirait tous nos maux , dont
l'unique cause est l'oubli et l'ignorance de
ces principes de toute société chrétienne.
Oui : c'est l'oubli ou l'ignorance de cet
oracle sorti de la bouche de la vérité , et
consigné dans le Code divin ( l'Evangile) :
Rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu,
et à César ce qui appartient à César;
c'est , en un mot , le défaut de Religion
qui a été la cause de tous nos maux , ce
dont tous les esprits qui ne sont point
anti-chrétiens conviennent; c'est le retour
de la Religion , la fidèle observance de
la loi de Dieu , qui peut seule en être le
remède.
Il est de l'essence de toute société de
reconnaître un chef , car où il n'y a pas de
chef , il n'y a que confusion. Un corps
acéphale est un corps sans ame, qui con-
( 11 )
séquemment ne peut exister, manquant du
principe qui donne la vie et le mouvement.
Si cette vérité , avouée par la simple rai-
son , et démontrée par l'expérience de tous
les siècles, a fait plier sous le joug de la
loi , et sous l'obéissance de ceux qui sont
chargés de la faire observer , les peuples les
plus fiers , et les plus jaloux de leur liberté,
quel exemple de soumission , mêlée d'a-
mour et de respect, ne devons-nous pas,
nous Chrétiens , nés et élevés dans le sein
de la vraie Religion , qui avons sucé avec
le lait les vrais principes de la morale évan-
gélique qui nous ordonne de craindre
Dieu et d'honorer le Roi, nous Français ,
qui , jaloux d'un si beau titre , nous glori-
fions d'avoir pour Roi le fils aîné de la
Maie Eglise , le Roi Très-Chrétien , dont
la foi depuis Clovis ne s'est jamais démen-
tie , et pour mère cette même Eglise qui
subsiste depuis Jésus-Christ, et qui, fondée
par lui, et protégée par lui, est toujours de-
meurée inviolablement attachée à son au-
leur et inébranlable , malgré la fureur des
vents et des tempêtes qui l'ont assailli de
toutes parts,.,.. Quelles tempêtes ! quelles
( 12 )
tempêtes! qui ont renversé le Trône et l'au-
tel ( sans toutefois en ébranler les fonde-
demens ) , chose que nous aurions peine à
croire , si nous n'en avions pas été les
tristes témoins et les victimes.
Comment , en effet , s'imaginer que
cette nation française, si douce , si aima-
mable , si aimante , si idolâtre de ses Rois,
et si pieuse , ait pu s'oublier jusqu'à cet
excès de barbarie, d'irréligion , d'impiété ,
que de porter une main sacrilége sur le
lieu où Dieu réside véritablement , quoi-
que caché à nos yeux sous le voile eucha-
ristique , jusqu'à donner à manger aux
pourceaux le pain des Anges , le traî-
ner dans la boue ( crime abominable qui
fait frémir et qui n'est malheureusement
que trop vrai) ; jusqu'à offrir sur l'autel du
vrai Dieu , à la prétendue déesse de la
volupté , un encens impur , renverser les
temples , ou les faire servir à des usages
profanes , pour ne rien dire de plus ; faire
mourir sur l'échafaud tant de saints-prêtres
qui faisaient la gloire de l'Eglise et son
soutien , uniquement coupables de l'aveu
même de leurs bourreaux , que de leur at-
tachement
( 15 )
tachement à la foi , et de leur fidélité à rem-
plir les devoirs du Saint-Ministère qui
leur était confié ; jusqu'à arracher de son
siége, de son palais , de sa capitale , et
emmener en France , comme un criminel,
le pieux chef de l'Eglise, et , pour mettre
le comble à tant de crimes , faire mourir
sur un échafaud son Roi , hé ! quel Roi,
le vertueux Louis XVI.... J' ai tout dit en
le nommant.
Quel est donc le moyen à employer
après une révolution telle que celle qu'a
subi la France , pour réparer tant de
scandales , tant de pertes, guérir les maux
dont elle est la cause , et pour confondre
tous les sentimens dans l'amour de la Pa-
trie et du Roi ? C'est , conformément aux
intentions que le Roi nous a fait connaître
dans sa Charte , dans tous les discours
qu'il a adressés aux Chambres assemblées,
et qu'il nous témoigne plus clairement en-
core , ainsi que son auguste famille, dans
toute sa conduite, de faire refleurir la Re-
ligion; cette Religion sainte , dont Jésus-
Christ est le divin auteur, la pierre angu-
laire , le seul bien solide des sociétés chré-
B
( 14 )
tiennes ; la seule qui lie d'une manière
étroite les sujets à leur Roi , le Roi à ses
sujets , et trace à l'un et aux autres leurs
devoirs , selon cet oracle de la vérité :
rendez à César ce qui appartient à César,
et à Dieu ce qui appartient à Dieu , red-
dite que sunt Coesaris , Coesari , et quoe
sunt Dei, Deo. En Saint-Mathieu , chap.
22 , v. 21. Doctrine sublime qui , bien
observée , guérirait tous nos maux.
C'est l'oubli ou l'ignorance de ces prin-
cipes de toute société chrétienne , qui nous
a précipité dans cet abîme de crimes, que
nous ne pleurerons jamais assez , et dont
on n'aurait jamais cru capable la nation
française , cette nation si éminemment
au-dessus des autres partant d'excellentes
qualités qui l'a faisaient aimer, respecter,
rechercher ; nation unique , et singulière-
ment favorisée du ciel.
C'est le défaut de Religion qui a fait
éclore tous ces systêmes monstrueux en-
fantés par l'esprit de ténèbres , qui ont
renversé le trône et l'autel , détruit les
monumens antiques de la piété de nos
pères , ces asiles de la vertu et de la cha-
( 15 )
rité (hélas! depuis qu'ils sont détruits,
que de pauvres qui inondent la France ,
qu'on ne voyait pas autrefois ) qui a fait
couler le sang de milliers de fidèles de
l'un et l'autre sexe , coupables aux yeux
même de ces monstres , vils suppôts du
démon, d'aucun autre crime que de celui
de ne pas penser comme eux , et d'avoir
trop de vertu.
Ce sont ces monstrueux systèmes , qui ,
vomis parmi nous par l'enfer, ne cessent
depuis long-temps de répéter dans tous
les ouvrages sortis de ce gouffre , qu'il
faut détruire l'infâme, désignant par
cette dénomination , qui leur convient
mieux qu'à celle à qui ils la donnent , l'E-
glise de Jésus - Christ , la vraie Eglise ,
cette Religion qui rend heureux dans le
temps et dans l'éternité ceux qui sont fi-
dèles à ses lois , et malheureux ceux qui
refusent de s'y soumettre.
Ah ! que cette sainte Religion est bien
différente de cette prétendue sagesse inven-
tée de nos jours , de cette cruelle philoso-
phie dont l'orgueilleux flambeau , a dit
un auteur célèbre ( M. Thomas , l'aca-
R 2
( 16 )
démicien), est semblable à l'éclair qui ne
brille dans l'obscurité de la nuit que pour
nous causer plus d'horreur. C'est à la
lueur de ce flambeau , qui ne répand que
d'épaisses ténèbres , que les fidèles disci-
ples de cette abominable doctrine , sort
matérialistes, soit nihilistes , abjurant tous
principes de raison , croyant que tout
finit avec eux , ne pouvant point sup-
porter ou la honte d'une humiliation, ou
la tyrannie de leurs passions , disons
mieux, ne pouvant plus se supporter eux-
mêmes , vont se précipiter dans l'abîme
de tous les maux , où ils reconnaissent
malheureusement trop tard leur erreur.
Telle est la fin trop ordinaire de ces pré-
tendus sages Non , il n'y a ja-
mais eu tant de suicides que depuis l'ap-
parition de la nouvelle philosophie, qui,
magnétisant les esprits mal disposés ,
donne comme maxime et règle de conduite,
qu'il faut préférer la mort à une vie hon-
teuse.
Je ne fais que répéter que ce que de
graves auteurs ont dit avant moi, et ce
qu'une trop malheureuse expérience ne
confirme que trop .... Qui pourrait
compter le nombre des victimes de cette
infâme doctrine , bien différente de celle
consumée dans les livres saints , qui nous
apprend que nous ne sommes pas à nous;
que nous sommes à Dieu , qui peut seul
disposer de nous, selon son bon plaisir;
qu'il y a une autre vie; que celle-ci ne
nous est donnée que pour travailler à nous
rendre digne de cette vie glorieuse nue
Jésus-Christ nous a mérité par sa mort ;
qu'il faut souffrir avec lui et pour lui,
si nous voulons avoir part à la récom-
pense qui est le prix de la victoire rem-
portée sur nous-mêmes ? Tout Chrétien
étant un autre Jésus-Christ , suivant la
pensée de Tertulien, il faut , s'il est notre
chef, et si nous sommes véritablement ses
membres , que nous souffrions avec lui ,
si nous voulons vivre éternellement avec
lui dans le Ciel , séjour du vrai bonheur.
Telles sont les maximes de la sainte
Religion que nous professons, dont nous
avons été imbus dès l'enfance ; maximes vi-
vifiantes qui détournent du mal et portent
au bien, maximes trop peu connues de nos
B 3
( 18 )
jours, qui, dans des temps plus heureux,
ayant été méditées et suivies par de grands
génies , de grands pécheurs qu'ils étaient
sont devenus de grands Saints.
Ce sont ces mêmes maximes qui leur
ont inspiré le courage , que toutefois Dieu
seul a pu leur donner , de tout perdre
plutôt que de perdre la foi , ce courage
de confesser cette même foi au milieu
des plus cruels tourmens , et de s'estimer
heureux de sacrifier une vie passagère qui
n'est remplie que de misères et qui est une
vraie misère , pour aller jouir dans le sein
de Dieu même d'une vie qui durera au-
tant que Dieu même , in oeternum et
ultrà, suivant la sublime pensée de Moïse,
le législateur des Hébreux. Exor. chap. 15.
v. 22.
Heureux , mille fois heureux ceux qui
se font gloire d'être les disciples de cette
sainte Religion, qui élève l'homme au-
dessus de lui-même , lui apprenant à mé-
priser la mort pour trouver la vie , lui ap-
prenant à tout envisager avec les yeux
de la foi , à se servir des créatures pour
s'élever jusqu'au Créateur , à adorer un
( 19 )
Être suprême , un Dieu trois fois Saint,
souverain arbitre de nos destinées, par
qui tout a été créé , et qui gouverne tout à
son gré !
Quel contraste entre ces maximes con-
solantes et celles de cette philosophie dé-
sastrueuse , qui , ôtant à l'homme créé à
l'image de Dieu , et fait pour le connaître ,
l'aimer et le servir , et partager avec lui
le bonheur dont il jouit en lui-même ,
le sentiment de la noblesse de son origine
et de sa fin dernière , le ravalant jusqu'à la
la condition des bêtes, le laisse avec toutes
ses faiblesses et ses passions , qui sont au-
tant de tyrans , abandonné à lui-même ,
sans armes , sans appui , sans consola-
tions , environné de précipices , et sans
autre espérance que le néant !
Système abominable créé par l'enfer,
jaloux du bonheur des humains, pour peu-
pler son empire ; systême aussi contraire
à la loi naturelle qu'à cette Religion dont
Dieu est l'auteur, qui ne nous propose
rien autre chose que sa plus grande gloire
et le salut de l'homme, qui , ennoblissant
le principe de celte loi écrite dans tous les
( 20 )
coeurs, de ne jamais faire à autrui le mal
que nous serions fâchés qu'on nous fît à nous-
mêmes, nous ordonne d'aimer Dieu par-
dessus toutes choses et notre prochain
comme nous-mêmes , de lui faire et de
lui souhaiter le même bien qu'à nous.
C'est cette même Religion bien différente
de tous ces systêmes enfantés par l'esprit
d'erreur ( l'Anti-Christianisme ) , qui nous
fait un commandement positif d'aimer
nos ennemis , de leur rendre le bien
pour le mal , ce dont nous a donné
l'exemple notre divin Chef , Jésus-
Christ , qui a guéri le serviteur du Grand-
Prêtre ( Malchus ) , venu avec Judas pour
se saisir de lui, qui a prié son père pour
ceux qui le crucifiaient , en disant , « Mon
» Père , pardonnez-leur , car ils ne savent
" ce qu'ils font. » Exemple suivi par les
dignes ministres de ses autels , réfugiés
en Angleterre pendant la malheureuse ré-
volution française , qui se sont engagés
d'un commun accord , et par un acte signé
d'eux , à dire tous les ans chacun une
messe pour leurs persécuteurs , et pour
tous ceux qui leur avaient fait quelque tort.
( 21 )
exemple suivi par le Roi martyr Louis XVI,
et par son auguste frère , notre Monarque
chéri et si long-temps désiré.
C'est cette même Religion,qui nous
ordonne de craindre Dieu et d'honorer
le Roi. Deum timete, Regem honorificate.
Ies Epitre de S. Pierre , chap. 2 , v. 17.... ,
qui nous apprend que toute puissance
vient de Dieu et de Dieu seul ; non est
potestas nisi. à Deo S. Paul , épit. aux
Romains , chap. 13 , v. 1. Que celui qui
résiste à cette puissance résiste à Dieu
même , qui resistit potestati, Dei ordi-
nationi, resistit. Même chap. v. 1 et 2......
Que l'obéissance que l'on rend à cette
puissance est un devoir de conscience ;
subditi estote non tantum propter iram ,
sed propter conscientiam ; et que ceux
qui refusent cette obéissance encourent
la damnation , parce que cette puis-
sance est le ministre de Dieu même , son
lieutenant et son image. Qui resistunt,
ipsi sibi damnationem acquirunt, Dei
enim minister est ; même épitre , même
chapitre, cités plus haut.
De tous ces passages de la sainte Ecri-
( 22 )
ture , il faut en conclure que c'est man-
quer à Dieu que de manquer au Roi.
Comme c'est de Dieu qu'il reçoit tous
ses pouvoirs, c'est Dieu que nous hono-
rons en honorant le Roi. Dieu est notre
premier père et le Roi est le second ; l'un
est dans le Ciel, et l'autre est sur la terre.
Si le Roi est notre père , nous sommes
donc ses enfans ; et, à ce titre , que ne
lui devons-nous pas? Nous lui devons l'a-
mour, l'obéissance , le respect , le sacrifice
de nos vies. Oui, telles doivent être nos
dispositions ; plutôt mourir que de ne pas
lui obéir , que de ne pas le respecter,
que de ne pas l'aimer ; oui , telles sont nos
obligations ; il connaît les siennes ; je ne
Suis pas assez dépourvu de sens pour pré-
tendre les lui faire connaître. Il doit nous
suffire de savoir qu'il nous aime , et sa
conduite, ainsi que celle de son auguste
famille , dans ces jours de calamité publi-
que , nous l'a assez prouvé ; et il nous
le prouve continuellement en ne s'oc-
cupant que de ce qui peut faire le bonheur
de son peuple , de ses enfans.
Non , jamais nous ne pourrons lui té-
( 23 )
moigner autant d'amour qu'il nous en té-
moigne ; l'amour se paie par l'amour; il
est jaloux du nôtre ; tâchons de mériter le
sien. Ah ! si nous l'aimions véritablement,
si nous l'aimions comme il le mérite, et
comme Dieu l'ordonne , nous étudierions
sa conduite pour en faire la règle de la
nôtre. Quels exemples ne nous donne-t-il
pas, comme Roi très-chrétien, comme fils
aîné de l'Eglise ? Dans toutes les grandes
occasions qui intéressent l'Etat, il a re-
cours à Dieu il sollicite des prières pu-
bliques , soit pour lui demander son se-
cours , soit pour le remercier de ses bien-
faits. Unissons-nous à lui par des prières
ferventes.
Ayons , comme lui , pour la sainte
Eglise notre mère , l'Epouse de notre
Seigneur Jésus-Christ et pour ses Mi-
nistres, ce respect , cette vénération , qui
leur sont dus à tant de titres , et que
Dieu commande d'une manière si for-
melle dans son Evangile, et dont notre
bon Roi , ainsi que son auguste Famille ,
nous donnent l'exemple. Qui vos spernit,
me spernit ; qui vos audit me audit. En

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