Dispergerum Antecessors To

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La guerre se poursuit sur Nérubius. Les Gorenéens ont repris l’avantage sur les Proctais, perdus dans des luttes intestines mais déterminés à l'emporter.


Suite à l’incident sous extract-psy, Meïdar est à l’article de la mort. Talianés comprend combien il est important de quitter Nérubius pour s’éloigner de leur découverte. Marepol, en proie au doute, blessé lors d’un combat pipé, lésé par les malversations du Très Haut Commander, s'éprend d’Oribale jusqu'à la folie.


Comment regagner la confiance de ses pairs ? Comment échapper à ce conflit destructeur ? L’amour et la haine s’affrontent à nouveau sur une planète ravagée par une génération de batailles. De souffrances en désillusions, qui triomphera, alors qu'une bombe amorcée s’apprête à exploser et pourrait les plonger dans l’obscurantisme ?


Publié le : mercredi 13 mai 2015
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EAN13 : 9782332898012
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-89799-2

 

© Edilivre, 2015

Dédicaces

 

 

Aux lecteurs,

et à votre confiance.

Voici la fin de cette histoire,

buvons à ses suites.

Préface
De Didier Fraix-Burnet

Une planète ? Où ça ? Ah oui, encore une ! Depuis leur découverte dans les années 1990, les astrophysiciens en connaissent aujourd’hui plus d’un millier, probablement même quelques milliers. Les exoplanètes – planètes gravitant autour d’autres étoiles que notre Soleil – ont longtemps été l’objet de spéculations et de fantasmes. Sujet idéal pour la science-fiction, il restait imaginaire depuis la déconvenue des petits hommes verts qu’on n’a pas trouvés sur Mars. En ce XXIsiècle, l’Humanité a un autre regard sur l’Univers. La question que se posent désormais les astrophysiciens n’est pas tant de savoir comment une étoilepeut abriter un système planétaire, mais plutôt comment elle pourrait ne pas en avoir !

La littérature de science-fiction se doit donc de repousser les frontières un peu plus loin. C’est ce que fait à merveille A.J. Crime dans un roman palpitant qui nous interroge sur de nombreux aspects, de manière a priori étrange. En effet, ce n’est pas le cadre exoplanétaire qui est le plus déroutant, le système dans lequel se déroule le scénario étant presque banal, les astrophysiciens connaissant de telles planètes dans des systèmes stellaires multiples. Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes de stabilité des orbites, même si c’est aussi le cas dans notre système solaire depuis que l’on a démontré le caractère chaotique de la mécanique céleste.

Banalités, cela peut paraître peu adapté à de la science-fiction, mais c’est aussi ce qui nous rend l’histoire plus prenante, plus familière, plus crédible. Certes, l’arme à singularités Réniflius rappelle les délires apparus sur la toile lors des premières expériences du CERN ayant mené à la découverte du boson de Higgs, mais le roman d’A.J. Crime ne nous renvoie-t-il pas aux avancées incroyables de la technique et à l’imagination sans limite de l’espèce humaine pour s’autodétruire ? Ne sommes-nous pas dans une phase critique de souffrance de la planète même si l’arme de destruction massive tant redoutée – l’arme nucléaire – est supplantée aussi efficacement et plus sournoisement par nos pollutions ?

Trop familières sont également ces guerres stériles, destructrices de vies, de biotopes, mais aussi de progrès et de bonheur. Non, Dispergerum Antecessors n’est pas particulièrement optimiste de ce point de vue, simplement banal. J’ai été frappé par le contraste entre un monde totalement imaginaire, loin technologiquement de ce que nous pouvons imaginer, et ces guerres de terrain, avec des armes et des stratégies parfaitement habituelles à nos yeux. N’y a-t-il donc aucun espoir qu’au-delà de la technique l’espèce humaine ne progresse aussi du point de vue cognitif et en finisse avec ces guerres de fantassins qui durent depuis les temps préhistoriques ?

Espèce humaine ? En réalité, aucune des trois espèces présentées dans le roman d’A.J. Crime ne nous ressemble physiologiquement. C’est certainement l’aspect le plus profond de Dispergerum Antecessors. Il m’atouché de par le côté évolution des êtres pensants. Depuis bientôt quinze ans, en tant qu’astrophysicien, je me suis plongé dans la problématique de la classification des objets astrophysiques en prenant en compte leur évolution. Je l’avais tout d’abord envisagé pour les galaxies, car à partir de grumeaux de gaz, des ensembles autogravitants sont apparus, avec formation d’étoiles, puis ces entités ont évolué par elles-mêmes et surtout beaucoup interagi entre elles et avec leur environnement gravitationnel façonné principalement par cette fameuse matière noire dont on ne sait encore pas grand-chose. Ainsi, une grande diversité de galaxies s’est forgée au cours de l’évolution de l’Univers, et aujourd’hui, grâce à la vitesse finie de la lumière ainsi qu’à nos télescopes et détecteurs toujours plus performants nous avons accès pratiquement à tout ce qui a existé dans l’Univers depuis la recombinaison il y a un peu plus de 13 milliards d’années. Alors forcément, je suis allé voir du côté des biologistes pour comprendre comment ils s’y prennent pour classer les organismes vivants. J’ai ainsi développé l’astrocladistique, détournant les méthodes phylogénétiques pour les adapter à l’astrophysique.

J’ai découvert le monde fascinant de l’évolution. En conséquence, les Addhúloans, les Epitémius ou les Sifloiiens ne me surprennent pas.Laquelle de ces formes aura un ancêtrecommun avec Homo Sapiens Sapiens ? Peu importe après tout, dans l’esprit d’A.J. Crime, ce sont à n’en pas douter, des organismes vivants apparus loin de nous, indépendamment de notre Terre si petite et si fragile. Il y aurait là beaucoup de questions à se poser concernant les formes de vie pouvant exister à travers notre Galaxie et notre Univers, deux d’entre elles étant fondamentales. Tout d’abord qu’appelle-t-on la vie ? On est parti sur Mars pour la chercher, et il a fallu déterminer ce qu’on cherchait. Pas si simple, il semblerait que la seule définition convenable soit la capacité à se reproduire. Ensuite, le temps depuis que notre propre espèce est capable de communiquer comparé à celui de l’existence de la vie sur Terre est ridiculement petit. Bien sûr, on ne sait pas combien de temps durera notre espèce et ses formes dérivées, mais cela rend tout de même la probabilité de pouvoir communiquer avec des espèces extra-terrestres très très faible.

Or les trois espèces de Dispergerum Antecessors cohabitent, et depuis longtemps. Science-fiction ? Peut-être, mais j’y vois un messaged’optimisme, le plus profond de ce roman.

Nous retrouvons – banalités encore – nos travers visiblement éternels, avec les guerres et les hiérarchies interethniques, qui font tellement écho aux déchirements au sein de notre propre et unique espèce ! Cependant, transparaissent au fil du roman tant de messages de tolérance et d’admiration croisées que tout n’est peut-être pas perdu, car ces êtres si différents, physiquement et physiologiquement, savent se comprendre, vivre et travailler ensemble, et surtout s’aimer.

Pour conclure, il y a dans ce roman d’A.J. Crime à la fois du désespoir et de l’espoir. Le peuple en errance, qui intervient dans cette histoire, représente le rêve ou la peur de l’espèce humaine qui prend conscience que sa planète, qui il y a encore peu, était seule au monde, est en train d’être détruite à petit feu, et qu’une catastrophe, endogène ou exogène, peut très bien arrêter net la formidable aventure de l’évolution de la seule vie que nous connaissons. Il y a bien longtemps, des projets apparemment fous de fuite de la Terre et de colonisation de Mars sont apparus, et il faut avouer que nous sommes encore très loin de pouvoir les réaliser. Notre survie sera-t-elle dans l’espace ? Est-ce un désespoir de devoir un jour quitter la Terre, la si belle planète bleue, devenue invivable ? Ou est-ce au contraire un espoir que cela pourrait bien être réalisable, un jour ? Peut-être même qu’une “Guilde” viendra nous sauver en nous apportant cette technologie qui nous manque, ce courage peut-être aussi.

Faut-il souhaiter devenir le peuple en errance d’A.J. Crime ? À chacun de trouver sa réponse. Cependant, Dispergerum Antecessors nous propose de réfléchir à notre condition présente, et nous offre de nombreuses pistes d’avenir. Du rêve, oui, mais pas uniquement. L’évolution réserve de grandes surprises, pleines d’ambiguïtés. C’est ce qui me fascine dans cette aventure, et je n’en doute point, fascinera les lecteurs.

Grenoble, le 6 Juin 2014

Didier Fraix-Burnet

Astrophysicien CNRS

Institut de Planétologie et d’Astrophysique de Grenoble

Univ. Grenoble Alpes / CNRS

Prologue

Nous voilà, journal, dans une situation que j’aurai été en peine d’imaginer au début de mon existence. Une forte augmentation de la natalité sur les nefs, après que les conditions de vie s’y soient adoucies, nous oblige à réfléchir aux moyens d’en fabriquer de nouvelles. La réparation des vaisseaux et les perfectionnements apportés aux systèmes de survie à la suite de notre dernière escale améliorèrent la qualité et le confort de vie après de nombreux pars de pénurie imposés à la population des Nérubiens Errants. Je n’avais pas prévu que ces modifications portent autant de fruits et que la pression démographique rende notre habitat étriqué. Les nurseries débordent de rejetons braillards au point que nous mélangeons déjà les enfants d’espèces différentes. De mon avis, journal, ce n’est pas un mal, cet état de fait aidera à la cohésion du groupe et mêlera plus intimement les qualités génétiques des Addhúloans et des Epitémius. Depuis que nous errons, les physiologistes bénissent les croisements entre nos deux espèces et déplorent l’homogénéité de soixante quinze pour cent des naissances. Avec le recul, et le temps passé à étudier les textes anciens de Nérubius, je mesure le travail réalisé pour vaincre la xénophobie naturelle des Nérubiens. Il demeure de nombreuses poches de résistance déontologique, mais j’extrapole qu’elles tomberont, bien que je sache ne jamais voir s’accomplir la parfaite adéquation de nos métissages.

Revenons à la raison de cette nouvelle entrée, avec l’âge, je m’égare dans des considérations sociologiques, pardon journal. Le gouvernement d’errance et le conseil Sifloiien ont enfin abondé dans le sens des apostolats religieux et ne contrôleront plus les naissances, ces lois se montraient vaines à interdire la reproduction des errants. En contrepartie, ils m’ont confié une mission. Je dirais plutôt qu’ils m’ont ordonné de concevoir de nouvelles nefs afin d’accueillir dignement la populace, force est de constater qu’elle empiète chaque pars un peu plus sur l’espace vital de nos « nobles » dirigeants. L’équipe choisie par mes soins, constituée de jeunes mâles et femelles aussi aventureux que je l’eus été en mon temps, relèvera les défis dont l’énumération m’appartient. La plus grosse difficulté semble en passe d’obtenir une solution viable. Les astronomes inventorient les novae de part et d’autre de notre route pour découvrir sur l’une des orbites une planète qu’ilsnomment chthonienne. C’est le noyau mis à nu par l’explosion de l’étoile en fin de vie. Les noyaux planétaires étant constitués de métaux et le souffle de la nova ayant disséminé les molécules lourdes synthétisées tout au long de l’existence de l’étoile, un tel système recèlera la grande majorité de nos besoins en matière première.

Ma réflexion s’oriente désormais vers le dessin des nouveaux vaisseaux. En effet, à défaut des plans d’origine et malgré une connaissance intime de notre environnement clos, je ne dispose pas desétapes, intermédiaires et détaillées, de la production. Nous repartons de zéro et ébauchons une architecture nouvelle en fonction des outils dont nous disposons ou de ceux que nous fabriquerons avant d’aborder cet éventuel système chthonien. Il y a tant d’éléments théoriques imbriqués que l’aboutissement pratique sera riche en déconvenues. Je ne confie pas mes craintes à mon équipe, de peur d’éteindre leur dynamisme mais je me ronge les sangs de savoir que je n’assisterai pas à l’avènement de nos constructions. L’espace engloutira ma dépouille longtemps avant que nous soyons à destination.

Chroniques des Nérubiens Errants,

Journal intime de l’ingénieur en chef Mérius Jondélius.

(219èmePars d’Errance)

 

 

Les éclaireurs de Sévisto laissaient le marais des brumes sur leurs arrières. Les valléesencaissées, impraticables et saturées de végétationluxuriante ne permettaient pas le passage de l’armée reconstituée du général Addhúloan Trentéphius. Sévisto s’était aventuré sur les crêtes déchiquetées de craie blanche traîtresse sous le pas. En hélipack, il y avait survolé les épais bancs de brouillard cotonneux violacé sous un ciel écrasant d’une chaleur insoutenable. La zone, presque inaccessible et insalubre, ne cachait aucune menace proctaise. Le détachement gorenéen la longerait pour s’affranchir d’une menace sur le flanc gauche, à l’opposé, les plaines offriraient une vision claire jusqu’aux jungles des égarés depuis les dirigeables omniprésents à la verticale du gros des troupes. Le travail des éclaireurs facilité par cette trajectoire, ils n’entraient plus en contact direct avec des proctais, à moins de le choisir pour que les éléments ennemis reculent et n’obtiennent pas de renseignement.

Depuis le ravitaillement, le matériel et les renforts reçus dans la baie des Simens chanteuses, les conditions de vie s’étaient améliorées. Ils mangeaient à leur faim, dormaient plus régulièrement, recevaient des soins de qualité et supportaient sans broncher les assauts ennemis lorsqu’ils se décidaient à les harceleravant d’être repoussés. Les Myriadesse penchaient à nouveau sur leurs pauvres existences.

Au-delà du Marais des Brumes, de larges vallées dégagées remontaient au nord vers la retraite du THC, le général souhaitait les emprunter. Sévisto y avait réparti ses éclaireurs par paires harmonieuses pour qu’ils remontent les crêtes.Ils longeraient ainsi la cordillère d’Éstrilan sans s’aventurer en haute montagne. Le génie raserait unegrande partie de la forêt tempéréepour faciliter la marche de l’armée. Les éclaireurs, pour leur part, sécuriseraient la progression en nettoyant les crêtes. Le plan que Sévisto avait conçu avec le général garantirait un cheminement rapide à la condition de déterminer à l’avance les vallées à emprunter en toute sécurité.

Les revers subis par les Proctais dans les jungles ménageaient quelques cycles de calme mais Sévisto craignait que l’ennemi ne se regroupe en amont pour leur couper la route. S’en assurer nécessiterait d’ouvrir en profondeur pour éviter de tomber dans une embuscade. Avec le ravitaillement, des rapports de renseignement étaient arrivés jusqu’à eux. Les Proctais rencontraient des difficultés politiques, prémices d’un coup d’État et les pertes comptabilisées sur le continent du croissant fécond désorganisaient la répartition des forces. Les Proctais combattaient sur deux fronts, ce dont ils avaient perdu l’habitude depuis longtemps. Ils cédaientaux Gorenéens la suprématie acquise depuisun pars et demi. Par ailleurs, on lui avait laissé entendre que les savants accoucheraient d’une arme à la technologie nouvelle et dévastatrice, la conviction de vaincre définitivement les Proctais renaissait. Il n’en espérait pas tant, juste reconquérir le croissant fécond et que safamille ne subisse plus la dévastationet les pillages dont les ennemis se rendaient systématiquement coupables.

*
*       *

Prelucidé D’Arcibot se réjouissait toujours de la mine décomposée affichée par la savante Boriéda Groziélus le lendemain de la soirée de victoire très arrosée. Il l’avait défiée une dernière fois en se moquant de la piètre résistance de la femelle Epitémius qu’il avait déposée à ses quartiers dans un état déplorable. Le technicien avait refusé d’entrer pour que la savante se débrouille seuleavec un estomac au bord des lèvres.

Prelucidé acceptait la punition qui l’enfermait dans le laboratoire des lhäntés durant jusqu’à épuisement. Il ruminait des idées noires à propos du départ de Talianés et du savant Réniflius, dont il attribuait la faute à Groziélus et au directeur Édrénaire. Pour preuve, rien n’entravait la conception d’une arme abominable. Le technicien s’inquiétait de voirles frères Pétroïus manipuler une chimère aussi puissante qu’un trou noir dont la cohérence était tout juste contrôlée.

D’Arcibot appréhendait l’avenir.

Deuxième partie


L’évasion

 

 

La théologie explique une large part des peurs et des attentes des peuples. Croire, pour exprimer sa foi ; prier, pour exorciser ses démons ; invoquer, pour magnifier la liturgie ; psalmodier, pour chanter les louanges ; voilà les axes des croyants qui tiennent à donner du sens aux mystères de la vie par la magie divine. A contrario, les Nérubiens chargèrent leur monde de croyances attachées aux astres visibles dans leur ciel et nous ont légué leur principal livre saint. S’il y a bien une chose sur laquelle Proctais et Gorenéens, Epitémius, Addhúloans et même Sifloiiens s’entendaient, c’est sur l’emphase divine propre à leur monde.

Malgré cela, les Epitémius ne s’attachèrent pas à la religion. Terre à terre, combattant ou scientifique, ils exprimèrent leurs besoins ataviques de domination par d’autres voies que la foi. Les Epitémius ne concevaient pas l’existence autrement que d’occuper la place d’êtres suprêmes. Ils muselèrent la prêtrise pour devenir les icônes des peuples addhúloans aux exigences théologiques plus vastes. Il n’en reste pas moins que des bribes de ce passé méconnu s’inscrivent entre les lignes du « Drémescut Apostolat » que nous osons traduire par : « La Mission de Destrumilia ». Ce livre saint est en fait le traité exhaustif des punitions réservées aux déviants sociaux après la mort. Destrumilia, nom de l’étoile du système, représente la divinité punitive qui consume en sa fournaise rayonnante les âmes défuntes des mauvais serviteurs des maîtres Epitémius.

En contrepoint de l’étoile, la naine brune établissait l’équilibre dans le système, elle se nommait Parcisèste et incarnait une divinité solitaire, refuge des personnages politiques, des libres-penseurs ou du mutisme des ermites dans l’attente de la révélation. Parcisèste conduisait les intellectuels sur les routes du choix sur lesquels se confrontent les individus cibles de l’attention des autres. Elle symbolisait le berger des puissants et apparaissait basse sur l’horizon de Nérubius lorsque les cycles basculaient avant que Destrumilia ne cède la place aux Myriades. Ces dernières personnifiaient la multitudedes étoiles dans le ciel, dominée par les Cardinales au nombre de douze. Les douze cardinales, astres les plus proches dans l’amas globulaire, éclairaient la surface de Nérubius presque aussi bien que la brûlante Destrumilia parce que l’atmosphère ne filtrait pas un flux soutenu de radiation. Nous pensons que c’est pour cela que les Myriades justifiaient l’image de félicité et d’abondance qu’elles véhiculaient dans la croyance collective. Elles donnaient une lumière plus douce, propice à l’agriculture et aux activités de plein air.

Il n’en reste pas moins qu’à notre époque, les Sifloiiens…

Extrait du volume VIII des « Mémoires des Nérubiens Errants »

Le nérubien païen d’avant la révélation.

Théologien de la nouvelle ère : Marsielus d’Exrès

(124èmePars d’Errance)

I

Laboratoire du savant Réniflius

Cité des Technologies.

Un cycle et demi s’était écoulé depuis que Talianés d’Étrangot avait découvert le savant Meïdar Réniflius inconscient dans le laboratoire. Elle veillait l’Epitémius qui alternait repos forcé, courtes phases de veille et sommeil réparateur. Minée par l’appréhension induite par ce départ imprévu pour une folle aventure, elle s’endormait épisodiquement, hantée par des rêves indistincts où la peur et l’anxiété s’entremêlaient. D’autant que l’administration de la cité l’avait soumise à une pression régulière.

Une équipe médicale, dépêchée dans l’urgence, avait tenté de forcer l’entrée. Après avoir frappé à la porte verrouillée, comme animé par l’intention de la défoncer, un médecin avait admis agir sous les ordres directs du directeur Édrénaire. L’isolement total les avait contraints àparler au travers de la porte étanche, l’interphone étant inutilisable. Talianés avait ressenti une extrême tension dans son propos. Le médecin epitémius ne s’inquiétait pas que pour la santé du savant. Des sous-entendus cachés derrière chacun de ses mots laissaient entendre que le directeur doutait de la justification d’une procédure aussi radicale. Meïdar, inconscient, ne lui fut d’aucun secours. Livrée à elle-même, la technicienne s’était torturée les méninges pour trouver une explication plausible à la mesure draconienne. Le médecin avait remarqué son discours incohérent et l’avait pressée de questions pour qu’elle leur ouvre le passage.

Une idée lumineuse l’avait traversée ; Talianés repoussa ipso facto toute velléité de leur part. Elle s’était longuement épanchée : la séance sous extract-psy tourne mal, le réveil brutal de son savant, la crise d’épilepsie, les nombreux produits répandus, dont une grande quantité de myrtéseth, corrosif à l’état liquide et mélangés à de puissants solvants. Malgré les blessures du savant Réniflius, l’euphorie les avait envahis et la situation s’était dégradée au point que les systèmes de purification n’éliminaient pas les produits vaporisés.

Talianés contrôlait la situation. Le savant recevait des soins et la ventilation ne recyclerait pas l’air avant un long moment. L’explication avait été acceptée par les Addhúloans de l’autre côté de la cloison. Talianés d’Étrangot leur avait paru dans un état second ; ceci justifiait cela. Tant bien que mal, le médecin avait rebroussé chemin. Une partie de l’équipe médicale revenait régulièrement s’enquérir de leur santé, parfois confrontée au silence. Son amant l’avait félicitée pour sa prise d’initiative avant que, insatisfaite par son état de santé, la technicienne ne le replonge derechef dans le sommeil.

Tous ces efforts s’avéreraient vains si Meïdar ne recouvrait pas vite des forces pour marcher sur une longue distance, ou même courir si les services de sécurité les démasquaient et les prenaient en chasse. Une brusque sudation humidifia les poils de Talianés. En proie à une colère anticipée, l’Addhúloane se convainquit qu’elle ferait rempart de son corps pour que le savant s’échappe. Elle compterait sur la robustesse que lanature lui avait confiée afin quel’amour de sa vie se libère du joug gorenéen et quitte cette maudite planète avant l’instant fatidique.

Une sensation inhabituelle tira Talianés des réflexions romantiqueset morbides qui l’agitaient. Quelque chose lui effleurait les muscles tendus du cou et des épaules. Elle remonta à la surface, aux aguets. Les membres de l’Addhúloane, courbaturés de s’être assoupie assise dans un fauteuil, se plaignirent de mille douleurs. Sa conscience enregistra les trémolos d’une voix :

– Talianés ? Tu vas bien, mon amour ?

L’inquiétude fit place à la moquerie :

– Je ne sais pas dans quel univers de cauchemar tu te perdais, mais ça n’avait pas l’air très agréable !

– Le nôtre, répondit-elle avant de se reprendre. Rien de plus qu’un mauvais rêve éveillé.

Meïdar, le crâne hyper-céphale couvert de pansements, se contraignit à lui sourire, appuyé sur le support de la perfusion remorqué derrière lui.

– J’espère que tu as réussi à te reposer un peu. Tu as dû être particulièrement éprouvée par les derniers lhäntés.

Talianés soupira :

– Tu sembles aller mieux et cela me suffit ! Nous sommes déjà en retard mais j’attends un message des Sifloiiens pour que nous puissions partir. Édrénaire risque de revenir à la charge bientôt et je n’ai aucune idée du prochain mensonge que nous lui donnerons pour le repousser.

Talianés se leva et étira ses muscles ankylosés. L’Epitémius jeta un œil à l’horloge avant d’assener :

– Nous avons encore de quoi faire. Il sait calculer le temps nécessaire pour rétablir une situation optimale. Nous nous échapperons avant, sois-en convaincue !

– Si mon contact ne nous trahit pas ! fit Talianés avec une note d’espoir déçu. J’ai compris à quel point les Sifloiiens n’apprécient pas les gens de nos espèces.

– Ils nous sont dévoués et ont déjà acquis de prestigieux cadeaux en paiement de leurs services, répliqua-t-il. Ils en attendent d’autres ; nous ne les décevrons pas !

Le savant l’enlaça pour lui déposer un baiser aux coins des lèvres. Elle le rendit de bonne grâce en quête de protection. Avec sa candeur désarmante, Meïdar avait le don d’insuffler l’espoir.

– On peut en effet compter sur l’amour qu’ils portent auxtechnologies pour attendre un bonus afin d’assurer la pérennité de notre voyage, ironisa Talianés.

Un instant de calme accueillit cette démonstration de tendresse partagée. Ce moment de douceur bienvenu renforçait leur union dans la tourmente qui les emmèneraitloin de cette civilisation décadente. Meïdar s’écarta un peu pour lui susurrer à l’oreille :

– Comment devaient-ils te joindre pour nous donner le départ ?

– Je vérifie mes messages par un moyen détourné. Je l’emploie à intervalles irréguliers pour ne pas attirer l’attention. D’ailleurs, j’ai dépassé l’échéance que je m’étais fixée.

Talianés se tut pour prolonger l’instant avant de s’agiter. Le savant se redressa, soupira et s’assit dans le fauteuil.

– Tu es sûr d’aller mieux ? s’inquiéta-t-elle.

– Oui ! affirma-t-il avec un sourire. Juste un petit étourdissement. Les drogues que tu m’as injectées ne se sont pas encore dissipées en totalité.

Talianés opina du chef avant de se concentrer sur le terminal. Ses doigts s’activèrent sur le clavier. Un grand sourire éclaira le visage d’ébène et Meïdar vit les yeux de son amante s’enflammer comme au sommet du plaisir.

– Nous devons nous préparer, décréta-t-elle. Le point de rendez-vous a été fixé !

*
*       *

Laboratoire des jumeaux Pétroïus,

Cité des Technologies.

Grinchk bataillait ferme pour obtenir gain de cause. À l’issue de la première campagne d’essais, il estimait qu’une augmentation de dix pour cent de la puissance nominale allongerait la portée d’un bon phale. Igen insistait sur le fait que, pour le moment, aucune singularité gravitationnelle n’avait été projetée à l’extérieur de l’arme. Grinchk reprenait alors une nouvelle fois sa démonstration à partir des données recueillies par les capteurs qui bardaient la chambre de contention.

Des noms d’oiseaux volaient dans le laboratoire spacieux. Ils alimentaient les cris qui s’élevaient jusque dans le couloir faiblement éclairé. Les deux techniciens Addhúloans s’aplatissaient derrière leurs terminaux pour éviter d’être les cibles malheureuses de la vindicte combinée des jumeaux. Ils la connaissaient bien pour l’avoir souvent attirée. Les périodes de tempête s’abattaient avec régularité dans l’espace de travail, systématiques lorsque les deux frères étaient sommés de fournir des résultats rapides. De tels échanges duraient parfois un cycle mais, à chaque fois, ils s’accordaient sur un consensus pour le plus grand bien de la réflexion scientifique.

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