Donatien et Rogatien devant Rictiovar, préfet des Gaules

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imp. de Renou et Maulde (Paris). 1865. In-12 Pièce.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1865
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DONATIEN k ROGATIEN
DEVANT
RICTIOV^a
PRÉFET DES GAULES; ,,, r \
[.
"R'IÎ^PIOVAR ET CLAUDE.
CLADDE, garde-accusateur.
0 juge magnanime, envoyé par les dieux.,
Pour venger leur honneur outragé dans ces lieux
Apprends que les efforts de ton louable zèle
Ne sont point couronnés. Une race infidèle
Dans nos temples sacrés ne courbe point le front
Et prodigue à nos dieux le mépris et l'affront.
Depuis longtemps déjà, je pensais que la crainte
L'avait anéantie, et la croyais éteinte
Au sein de la Cité. Cet espoir était vain,
Et j'ai vu déserter le culte souverain ;
J'ai surpris le vieillard, j'ai vu même l'enfance
Braver de Jupiter la gloire et la puissance.
Le croiriez-vous enfin? j'ai vu Donatien
Sans respect pour son rang se déclarer chrétien.
RicTiovAR (assis).
Ni l'âge ni le rang ne peuvent trouver grâce.
De ce culte proscrit j'effacerai la trace.
— 2 —
CLAUDE.
Ëncor s'il adorait, éloigné des regards,
Son invisible Christ, on devrait des égards
A sa tendre jeunesse ; et d'une foule immense
Les cris ne viendraient point vous demander vengeance,
Mais il sème en tous lieux sa croyance et sa foi.
RICTIOVAR.
Je saurai lui donner le respect pour la loi
Et briser ses autels.
CLAUDE.
Le jeune téméraire
A même perverti jusqu'à son propre frère.
Ce crime toutefois ne m'est point affirmé,
Le fait pour être cru doit être confirmé.
MCTIOVAR.
Qu'on l'amène; je veux l'apprendre par sa bouche.
IL
MCTIOVAR ET DONATIEN.
RICTIOVAR.
La candeur de ton front me désarme et me touche,
Dis-moi d'abord quel est le nombre de tes ans.
DONATIEN.
Je n'ai pas encor vu mon seizième printemps.
RICTIOVAR.
Ta figure si douce et pleine d'innocence
M'annonçait en effet l'heureuse adolescence.
A cet âge on chérit l'aimable vérité :
Tu parleras, j'espère, avec sincérité.
DONATIEN.
Puisse Dieu m'en donner la faveur ineffable !
— 3 —
RICTIOVAR.
De quel Dieu parles-tu?
DONATIEN.
Du seul Dieu véritable,
RICTIOVAR.
De ce Dieu des chrétiens proscrit par nos décrets?'
. DONATIEN.
De ce Dieu qui se rit de vos cruels arrêts.
RICTIOVAR.
Comment! si jeune encore et déjà tant d'audace !
DONATIEN.
A tout âge on est fort, soutenu par la grâce.
RicTiovAR (à part).
On ne m'a point trompé, je vois qu'on l'a séduit.
DONATIEN.
Sainte séduction dont le ciel est le fruit !
RICTIOVAR.
J'ai pitié de ton âge et veux par ma clémence
Te soustraire au danger.
DONATIEN.
J'ai pleine confiance
Que la force d'en haut me soutiendra toujours.
RICTIOVAR.
Renonce à ce douteux et impuissant secours;
Tu l'invoques en vain : il est inefficace,
A conjurer la mort qui déjà te menace.
Repousse loin de toi ces coupables erreurs r
Telle est la volonté des puissants empereurs.
DONATIEN.
Vos puissants empereurs ! dans la vile poussière
Ils dormiront bientôt. Et longtemps sur la terre
Leurs redoutables noms, devenus odieux,
Aux peuples apprendront du seul maître des Cieux
L'éternelle victoire.
RICTIOVAR.
A de pareils blasphèmes,
On ne peut opposer que des rigueurs extrêmes.
DONATIEN.
0 mon Dieu ! soutenez
Le courage et la foi que vous m'avez donnés.
RICTIOVAR.
Je vois que le péril va te rendre plus sage.
DONATIEN.
Dieu saura raffermir mon trop faible courage.
RICTIOVAR.
Que peut-il si j'allume un feu vif et puissant?
DONATIEN.
Il peut le convertir en bain rafraîchissant :
Au signe de sa main tout élément s'apaise.
Comme les trois enfants sortis de la fournaise,
Je pourrais soutenir de plus vaillants combats.
Mais le feu dévorant qui ne s'éteindra pas
•Pour les persécuteurs redoublera ses flammes.
RICTIOVAR.
Ce n'est donc point assez de pervertir les âmes ?
Jusqu'en mon tribunal tu me viens outrager!
Tu blasphèmes les Dieux ! Je saurai les venger.
Mais tu dois avant tout répondre de ton frère.
DONATIEN.
Nous vaquions, ce matin, ensemble à la prière,
Lorsqu'un soldat cruel a mis la main sur lui ;
Je n'ai pu lui donner un conseil aujourd'hui.
— 5 —
RICTIOVAR.
Lui donner un conseil ! alors que tout m'assure .
Que c'est toi le plus jeune.
DONATIEN.
Oui, selon la nature ;
Mais ce frère si cher veut respecter en moi
Un don plus précieux, la naissance à la foi,
Où je l'ai précédé.
RICTIOVAR.
Ton propre voeu l'atteste;
Il n'a que trop suivi ton exemple funeste :
Tu l'as rendu chrétien.
DONATIEN.
La faute en est au Ciel;
Il a voulu sceller notre amour mutuel
Du sceau le plus sacré.
RICTIOVAR.
Si le Ciel est complice,
Qu'il vienne dérober vos membres au supplice.
DONATIEN.
Il fera plus encore, il voudra couronner
La consolante foi qu'il a su nous donner.
RICTIOVAR.
11 en est temps encor, fais absoudre ton crime
En ravissant ton frère à ce profond abîme
Où tu le veux plonger. Sur nos sacrés autels,
Venez tous deux offrir à nos dieux immortels
La prière et l'encens.
DONATIEN.
Le seigneur le protège.
Mais, s'il voulait offrir cet encens sacrilège.
Je volerais à lui, j'arrêterais son bras,
Et lui mériterais un glorieux trépas.

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