Du commerce extérieur et de la question d'un entrepôt à Paris , par M. D.-L. Rodet

De
Publié par

Renard (Paris). 1825. France -- Commerce extérieur. VIII-199 p. : tableaux ; 20 cm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : samedi 1 janvier 1825
Lecture(s) : 12
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 201
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

DU
COMMERCE EXTÉRIEUR
ET DE
LA QUESTION D tJN ENTREPÔT
A PARIS;
P.R ~Z,. 7!OD~7\
~6~~ 9
A LA LIBRAIRIE DU COMMERCE,
CHEZ Rt~ARD, LIBRAIRE, RUE SAINTE-ANNE, !<° ~ï.
1825.
COMMERCE EXTÉRIEUR.
DU
:DRt/)MPf!tMEH!FUSJ..SM[IK
rlle n, 16.
AVANT-PROPOS.
L~ France a le bonheur d'être gouvernée
par un Roi grand et généreux qui, dès son
avénement au trône, s'est empressé d'assurer
de sa puissante protection le commerce et
les arts. Dans toutes les occasions, notre
auguste monarque s'est plu à manifester le
désir le plus vif d'accroître la prospérité
commerciale du royaume et de favoriser
tous les travaux d'utilité publique.
Le noble héritier de sa couronne et de ses
vertus partageant les mêmes sentimens a
constamment accueilli toutes les idées qui
peuvent tendre à assurer le bonheur de la
France. Aussi l'expression de la volonté
royale inspire-t-elle à chacun une respec-
tueuse confiance. On ne craint pas de porter
Yt I
jusqu'au pied du trône toutes les pensées qui
ont pour but le bien général.
Le ministère, qui est appelé à diriger Fac-
tion du gouvernement sur le commerce, a
depuis long-temps senti le besoin de donner
une base fixe aux relations qui doivent exis-
ter entre l'administration et les commerçans.
Dans le rapport qui précède l'ordonnance
du Roi, du 6 janvier 182~ on reconnaît la
nécessité de mettre en harmonie les divers
intérêts de la France, et de fonder un éta-
blissement qui devienne un centre commun
où les faits commerciaux de toute nature, les
documens de tout ordre soient réunis pour
être comparés étudiés et soumis à une dis-
cussion sérieuse. On proclame cette vérité,
que, dans un pays comme la France, le
commerce exerce trop d'empire sur la for-
tune publique pour que le gouvernement
tout entier ne doive pas s'associer à la re-
cherche et à la combinaison de tous les
V)l
moyens propres à favoriser son développe-
ment à étendre sa prospérité. Le conseil
supérieur de commerce, créé par l'ordon-
nance précitée, est devenu ce centre où tout
ce qui touche au commerce vient néces-
sairement comparaître pour être méditée 1
examiné délibéré où se préparent, se mû-
rissent tous les actes du gouvernement et des
chambres, destinés à influer sur nos relations
commerciales.
Le bureau de commerce et des colonies,
tonde par la même ordonnance, a été chargé
de préparer les travaux, de recueillir les faits,
les informations et même au besoin, de
diriger des enquêtes spéciales sur les ques-
dons d'une haute importance/qui ne pour-
raient être convenablement appréciées par
les moyens ordinaires de correspondance.
et d'instruction.
Déjà la France trouvait, dans le conseil
général du commerce, dans le conseil général
VIII
des manufactures) dans les chambres de
commerce du royaume des réunions de né-
gocians instruits, de manufacturiers habiles,
dont les opinions et les travaux ont souvent
éclairé les mesures prises par l'adminis-
tration.
La France, plus qu'aucun autre pays,
jouit donc réellement de l'avantage de pos-
séder tous les établissemens qui peuvent
développer les élémens de sa prospérité.
Dans cet écrit, qui s'adresse aux médita-
tions des hommes impartiaux et dégagés de
tout intérêt de localité, on a recherché les
causes qui, malgré tous nos avantages en-
travent encore la marche du commerce, et
paralysent nos institutions à défaut d'autres
titres à la bienveillance publique, on espère
au moins qu'il sera considéré et accueilli
comme un ouvrage de bonne foi.
DU
COMMERCE EXTERIEUR
ET DE LA QUESTION
D UN ENTREPÔT A PARIS.
CHAPITRE PREMIER.
INTRODUCTION.
L'ÉPOQUE où nous vivons est marquée par urie
disposition particulière des esprits à se porter
vers l'examen et l'application des connaissances
positives. L'homme d'état et le négociant veu-'
lent asseoir leurs spéculations sur des faits et
les théories les plus brillantes n'obtiennent de
crédit qu'autant que les chiffres sont d'accord
avec elles. Sous le gouvernement qui nous régit,
chaque individu est comme appelé à émettre son
opinion sur la meilleure direction à donner aux
affairés qui intéressent la société dont il fait par-
tie. La force des états a subi un déplacement
2
complet; elle n'existe plus seulement dans la su-
périorité relative d'étendue ou de population. La
richesse d'un pays, ses moyens de travail,. le
bonheur dont jouissent ses habitans, les ressources
dont il pourra disposer au jour du danger, tels
sont les élémens qui constituent l'Importance
réelle des sociétés.
Le commerce, la navigation l'industrie manu-
facturière et l'agriculture fixent sans cesse l'atten-
tion des gouverncmens et des hommes éclairés.
En France, les questions qui résultent de cette dis-
position occupent souvent la tribune dans les deux
chambres. Les discours des p'airs et des députés, les
rapports des commissions des douanes et des bud-
gets, les pétitions des agriculteurs, des négocians
et des colons expriment les besoins et les vœux
des divers intérêts. Mais souvent aussi on a pu
remarquer que faute de s'entourer, à l'avance
d'une parfaite connaissance des choses telles
qu'elles existent, des hommes remplis d'ailleurs
de talens et de bonne foi étaient réduits à créer
de savantes théories qui, si elles étaient adoptées,
n'amélioreraient en rien la situation générale. Ce
ne sont point des principes jusqu'alors inconnus
3
que l'on entend développer ici. On peut retrouver,
dans un grand nombre d'ouvrages qui jouissent
de l'estime publique, les mêmes idées déjà mises
au jour ou d'excellentes analyses de principes
du commerce mais le temps et l'expérience four-
nissent incessamment quelques faits nouveaux,
dont l'application Immédiate doit frapper d'au~
tant plus. C'est donc de faits principalement que
eet écrit sera rempli et les conséquences indis-
pensables, que l'on se permettra d'en tirer, seront
déduites avec la plus grande sobriété.
Une esquisse rapide de l'histoire du commerce
chez les peuples modernes montrera l'origine et
les causes de la puissance des états commerçans
et du système de prohibition et de répulsion qui
a prévalu dans le monde.
Le rôle important dont l'Angleterre est depuis
si long-temps en possession, met cette puissance
dans le cas de servir le plus souvent de mo-
dèle et de point de comparaison; c'est dans l'exa-
men des principes qu'elle a suivis et du résultat
de ces principes que l'on cherchera l'explica-
tion de l'accroissement des richesses. Les princi-
paux faits qui se rapportent à son commerce exté-
4
rieur, à sa navigation à son industrie et à ses
lois commerciales seront succinctement analysés.
On essaiera ensuite de faire connaître sous les
mêmes rapports la situation de la France et les
circonstances qui arrêtent sa prospérité.
On examinera la question de l'établissement
d'un entrepôt à Paris comme l'un des remèdes
qu'il est au pouvoir du gouvernement d'appliquer
au malaise du commerce. Les résultats que cette'
mesure peut amener, seront considérés dans l'in-
térêt le plus général.
Quelques questions incidentes qui tiennent à
la solution des grands problêmes commerciaux
telles que la balance du commerce, le travail, les
métaux précieux, trouvent naturellement leur
place dans cet ouvrage, et seront traitées briève-
ment. Il est une Innnité de faits et de considé-
rations qui, se liant moins à la question actuelle,
ont dû entièrement être écartés du cadre où l'on
s'est proposé de rester, quel que soit d'ailleurs
l'Intérêt qu'ils présentent.
5
CHAPITRE II.
De ~~?7M~OM du 6'0/MM~'ce chez les /~CM/~<)
MO~'MC~.
ON trouve, dans les efforts de quelques peuples
pour acquérir la plus grande portion des avan-
tages que le commerce procure, et dans la marche
qu'ils ont suivie pour parvenir à ce but, l'explica-
tion des principes sur lesquels se fonde la politique
commerciale de l'époque présente.
Le privilège de fournir aux besoins des nations
européennes, encore demi-barbares, les marchan-
dises de l'Inde et des manufactures de l'Orient,
passa successivement des mains des Grecs dans
celles des Vénitiens, des Génois et des autres peu-
ples de l'Italie. Les marchands de la Grande-Anse
fondèrent, à la même époque, le commerce du
nord, et prirent, pour lieu de rendez-vous avec les
navigateurs des contrées méndionates Bruges et
ta Flandre, dont la prospérité aux treizième et qux-
torzième siècles nous paraît aujourd'hui presque
fabuleuse.
La découverte de l'Amérique et celle du pas-
sage dans l'Inde par le cap de Bonne-Espérance
commencèrent une ère nouvelle. Un système de
guerre perfectionné, l'imprimerie, les progrès des
arts, des lettres et de la civilisation, agrandirent le
domaine de l'esprit humain. Lorsqu'une nation
formait quelque entreprise, toutes se croyaient
appelées à y prendre part. Aussi le commerce de
l'Inde, que les Portugais venaient de fonder, leur
fut-il bientôt vivement disputé par les Hollandais
et les Anglais. Les Français, plus tard, entrèrent
dans la carrière, et, après des fortunes diverses, la
suprématie dans cette partie du globe est restée à
la Grande-Bretagne.
L'Inde avait vu d'abord des comptoirs établis
chez elle par de simples particuliers ou par des
compagnies; mais l'Amérique, à peine découverte
par les nations européennes, fut regardée comme
une conquête. Les Espagnols et les Portugais y
formèrent, dans le cours d'un siècle, les états
nouveaux du Mexique, du Pérou, du Chili, de
7
Buénos-Ayres, du Paraguay, du Brésil, de la Terre-
Ferme, etc. Les produits inconnus de ces climats
nouveaux vinrent ajouter aux jouissances des
peuples européens.
Le génie du commerce devint dès-lors le mo-
bile de la prospérité ou de la décadence des états.
Admis dans le conseil des princes, il les entraîna
dans sa sphère d'activité, et, d'un pôle à l'autre,
sa puissante main poussa les hommes dans des
routes nouvellement ouvertes à la fortune.
8
CHAPITRE ïtï.
Des ~a~eM!eM~ et des C'O~OM!~ eM~K<M'MMC.
LA priorité des découvertes dans le Nouveau-r
Monde avait assuré en partage aux Espagnols et
aux Portugais les pays les plus riches de l'Amé-
rique il restait à peupler le Grand-Archipel du
golfe du Mexique et presque toute l'Amérique
septentrionale. Les Français s'établirent au Ca-
nada, et les Anglais dans les provinces de la Nou-
velle -Angleterre-, où aucun Européen ne s'était
encore fixé en 1603. Quant aux îles Antilles, des
aventuriers de diverses nations avaient déjà jeté
les premiers fondemens des colonies qui les peu-
plent. Ces îles, aujourd'hui si importantes, furent
long-temps le refuge des pirates ou des contreban-
diers attirés par le voisinage des riches royaumes
que l'Espagne possédait sur le continent. Elles ne
commencèrent à fixer sérieusement les regards des
métropoles, que lorsque la culture des terres, fa-
9
vorisée par la traite des nègres, eut obtenu un dé-
veloppement qui pût donner naissance à un com-.
merce régulier et avantageux. Durant les cinquante
premières années du dix-septième siècle, ces éta-
blissemens prirent une consistance telle, que les na-
tions européennes qui les avaient peuplés songè-
irent à consolider leur possession. Ce Grand-Archi-
pel oQrit, dans les îles dont il est composé, tous les
peuples navigateurs, anglais, français, hollandais et
espagnols, placés successivement et sans ordre,
ainsi que le hasard avait présidé à leur prise de
possession et demandant au sol les produits que
de nouveaux gout~ faisaient désirer en Europe
Je cacao~ l'indigo, le sucre, le café, mis tour à
tour en culture, attirèrent )e commerce euro-
péen. La manière dont ces colonies s'étaient
formées, n'avait pas permis de stipuler bien exac-
tement les rapports qui devaient exister entre
p}}es et la métropole. Quelques-unes des îles
françaises dépendirent <te particuliers ou de com-t
pagnies concessionnaires qui les gouvernèrent
selon leur bon plaisir; le mauvais succès de cette
administration les fit rentrer dans le domaine pu-
blic, et en ouvrit la pofte à de nouveaux colons.
10
Les îles anglaises reconnaissaient la suprématie
du gouvernement de la métropole, mais elles fai-
saient le trafic directement par leurs navires,
par navires anglais, ou par navires étrangers,
avec tous les marchés qu'il leur convenait de
choisir pour y exporter leurs denrées et en re-
cevoir celles qui leur étaient nécessaires. Ce com-
merce ne prenait le chemin de la Grande-Bre-
tagne que quand il y avait entière convenance
pour lui et à la Barbade par exemple il arri-
vait souvent dix navires hollandais contre un na-
vire anglais. La concurrence d'un peuple hardi,
aventureux et économe dans sa navigation, de-
venait chaque jour plus difficile à soutenir; les
plaintes des Anglais se multiplièrent. Cromwell,
tout-puissant alors, ayant lui-même des griefs
envers les Provinces-Unies, saisit avec empresse-
ment l'occasion qui se présentait de nuire à leur
commerce, et fit rendre, par le Parlement, l'acte
de navigation qui a obtenu depuis tant de cé-
lébrité.
Cet acte ne fut pas d'abord rigoureusement
suivi; mais confirmé en 466~ après la restaura-
tion, par Charles Il, le gouvernement veilla à sa
1t
stricte exécution. L'influence qu'il a exercée et
les principes qu'il a fait consacrer ont acquis une
telle importance, qu'il convient d'en examiner
les principales dispositions.
CHAPITRE IV.
De l'Acte de navigation des Anglais.
L'ACTE de navigation de l'Angleterre est intitulé
~4cte pour déclarer par qui les marchandises peu-
vent être importées. Il a subi dans les cas d'ab-
solue nécessité quelques légères additions ou
modifications qui n'en ont jamais altéré l'essence;
et, jusqu'à l'époque actuelle il a été religieu-
sement suivi par le peuple anglais. Il renferme
1° La défense d'exporter, des colonies britan-
niques d'Amérique d'Asie et d'Afrique, aucune
des marchandises suivantes produites par elles
sucre, coton tabac, indigo, gingembre bois de
teinture, etc. et encore le café, le riz, les four-
rures, les munitions navales, autrement que pour
les porter directement à une autre colonie an-
glaise ou dans la métropole;
2° La défense d'importer dans ces colonies
aucun article qui ne provienne de la métropole ou
d'une autre colonie anglaise
3° La défense* de recevoir aux colonies aucuir
article du produit de l'Europe, s'il n'a été charge
dans les ports de la métropole ·,
4° La défense d'employer à ce commerce d'au-
tres navires que des navires construits en An-
gleterre ou dans ses colonies et montés par des
sujets anglais;
5° La défense, sous des peines sévères, à tout
étranger de s'immiscer dans le commerce de ces
colonies.
Il fut en outre défendu à tout vaisseau étran-
ger d'apporter en Angleterre aucun produit des
pays de l'Asie de l'Afrique et de l'Amérique, et,
aux navires anglais, d'apporter ces mêmes articles
d'une autre contrée que des pays de production.
On en excepta plus tard et par besoin l'argent,
l'indigo et la cochenille, de même que l'on per-
mit à la colonie de la.Caroline d'exporter son riz
directement en Europe.
Le cabotage entre les diSérens ports et îles
britanniques fut réservé aux navires nationaux.
Les productions de l'Europe ne purent venir
en Angleterre que sur navires anglais ou sur
navires construits dans les pays de production
~4
expédiés directement et montés par des sujets de
ces- pays.
A cet acte se sont rattachées depuis. diverses
lois repoussant constamment les produits de l'é-
tranger, et encourageant la consommation de
ceux de la Grande-Bretagne.
Cet acte provoqué d'abord par la jalousie
qu'excitaient les succès de la navigation des Hol-
landais, a eu pour résultat de forcer les Anglais à
se servir de leurs propres moyens dans tous les
cas où il prohibait les moyens de l'étranger. Sous
peine de se passer absolument des choses né-
cessaires à ses besoins ou à ses jouissances, il a
fallu que le peuple anglais réunît les efforts de ses
navigateurs et de ses commerçans pour aller les
chercher à leur source la plus éloignée, tl a dû
parvenir entin à créer chez lui le& marchandises
prohibées qui pouvaient être désirées dans son
commerce d'échange. La prohibition obligea l'In-
dustrie de s'adonner à la fabrication et les con-
sommateurs nationaux, satisfaits des résultats
obtenus par leurs compatriotes, perdirent le goût
de tout ce qui n'était pas anglais.
D'un autre côté, sous un semblable régime, la
15
prospérité des colonies fut de fait subordonnée
à la quantité de leurs produits que la métro-
pole put consommer, ou que son commerce la
mit dans le cas de revendre aux étrangers. Tout
développement donné à la culture, au-delà de
cette mesure, eût été en pure perte pour le co-*
Ion qui ne pouvait ni porter ses denrées direc-
tement aux étrangers, ni les leur vendre s'ils se
présentaient pour acheter. Bien plus, l'obligation
de porter d'abord les produits coloniaux dans la
métropole loin de la route des consommateurs,
nécessitait des frais qui étalent, en résultat, sup-
portés par le colon soit qu'il obtînt un moindre
prix de sa denrée soit qu'un prix plus élevé en
diminuât la consommation. Les colons anglais ont
donc, à diverses reprises, réclamé contre l'acte de
navigation et s'il a eu pour conséquence la pros-
périté de la métropole, il n'en est pas moins
vrai que les colonies, et surtout les colonies
sucre en ont beaucoup souffert.
~)G
CHAPITRE V.
Des Colonies à ~Mc~e.–y?'a! de 1763 e~ 783.
-Emancipation des États-Unis.
Ï)E toutes les denrées dont la découverte du Nou-
veau-Monde et la navigation de l'Inde ont aug-
mente la consommation, le sucre est celle qui
joue le rôle le plus important, puisqu'il est devenu
un objet de première nécessité pour les peu-
ples européens. Le sucre était eultivé depuis
long-temps en Sicile, en Asie, en Afrique, aux
Canaries, etc. C'est de Madère que les Portugais
tirèrent les cannes qu'ils propagèrent au Brésil.
Cette nation fut bientôt à même de fournir
le sucre toute l'Europe, et les exportations du
Brésil s'élevèrent en peu de temps jusqu'à cent ou~
cent vingt mille barriques. Les Anglais introdui-
sirent, vers 1650, la canne à sucre à Antigoa, à
la Barbade et à la Jamaïque, et leurs progrès fu-
rent tels qu'en moins de quinze années, ils sup-'
17
2
plantèrent les Portugais sur tous les marchés, à
l'exception des Echelles du Levant et des ports de
la Méditerranée.
L'acte de navigation, rigoureusement exécuté,
fit quelque tort à cette culture mais la consom-
mation des îles Britanniques s'augmentant de plus
en plus, les colonies se trouvèrent suffisamment
encouragées. Les Anglais, vers 1715, revendaient
encore 18,000 barriques de sucre; cependant ce
commerce était sur le point de leur échapper.
Saint-Domingue, peuplé d'abord par des aven-
turiers français, fut abandonné en 1698 à une com-
pagnie qui, à cause du peu de succès qu'elle obtint,
rétrocéda ses droits au gouvernement, vingt-deux
ans après. Dès lors cette riche colonie marcha
rapidement vers la prospérité. Elle avait déjà
commencé à s'occuper de la culture du sucre
et depuis 1716 elle en vendait aux étrangers. Les
progrès des colons furent tels, tant dans cette île
qu'à la Martinique et à la Guadeloupe, qu'en 1740
l'approvisionnement de l'Europe passa presque
tout entier dans la main des Français.
En 1737 les Anglais ne revendirent pas au-
delà de 4,000 barriques du sucre fourni par leurs
18
étabiissemens, tandis que la France, en 1~60
en réexportait, seulement en Hollande et dans
les villes Anséatiques, plus de 60,000 barriques.
Cette supériorité fut conservée par les Français
jusqu'à l'époque de la Révolution.
Les guerres qui ont donné lieu aux traités de
1763 et de 1783 ont fait perdre à la France
dans le cours du siècle dernier plusieurs îles
dans les Antilles. Elles sont devenues, ainsi que
le Canada, possessions anglaises. Mais d'un autre
côté, la reconnaissance forcée de l'Indépendance
des Etats-Unis par l'Angleterre, a ajouté à la liste
des nations, un peuple nouveau qui a rompu l'é-
quilibre de tous les anciens intérêts, soit poli-
tiques, soit commerciaux. Son influence dans la
balance politique et commerciale de l'Europe,
qui n'avait pu être sensible pendant le court in-
tervalle écoulé de 1783 à 1790, s'est manifestée
au retour de la paix, et nous a révélé toute l'im-
portance que peut acquérir un peuple actif et la-
borieux.
19
'2
CHAPITRE VI.
~7M~OM f~ Commerce à ~c~o~Me de la 7!c~o-
/M~M /?'<XMC<7~g.
LES principes que l'Angleterre avait fait pré-
valoir dans son acte de navigation avaient été en
grande partie adoptés par les autres peuples de
l'Europe. Chacun d'eux recevant exclusivement
les produits de ses propres colonies se servait
après avoir rempli les besoins de sa consomma-
tion, de tous ses excédans comme de moyens de
commerce et d'échange avec les nations qui n'a-
vaient point d'établissemens voisins des tropiques.
Tous les peuples qui portaient leur navigation
dans les contrées éloignées voyaient leurs navires
rentrer dans les ports de départ avec les char-
gemens qu'ils s'étaient procures (luant à ceux
dont le commerce était plus borné, ils trouvaient
naturel d'aller prendre à Londres ou à Amster-
dam, les productions de l'Inde comme auh c-
20
fois ils les avaient tirées tic Lisbonne, ou plus an-
ciennement de Venise.
La France par la fertilité extraordinaire de
Saint-Domingue, et l'état florissant de cette belle
colonie possédait d'immenses avantages. Cette
puissance recevait de ses colonies d'Amérique
en sucre café et autres articles, pour près de
200 millions de livres, et en revendait aux étran-
gers pour 140 à 150 millions.
Le mouvement général de son commerce ex-
térieur, y compris ses rapports avec les colonies,
et la valeur du fret, s'éleva en 1787 à plus de 600
millions en importation comme en exportation.
Les exportations employèrent
302,540 tonneaux de navires français destinés pour les colonies,
l'Inde et la pêche.
152,829 pour les diHerens peuples.
455,269 total du tonnage français (non compris 1,004~ 729~ton-
neaux de cabotage).
433,599 tonneaux de navires étrangers, dont
327,963 pavillon direct du peuple auquel les envois
étaient destinés
99,513 pavillons indirects,
6,123 admis dans les colonies.
~3,8GS tonneaux, total de la navigation.
21
Le commerce extérieur de la Grande-Bretagne
avec toutes les parties du monde s'élevait en
1787, en importation comme en exportation seu-
lement à 17 à 18 millions sterling, ou de /)25 a
A50 millions de francs. Il employait
1,211,199 tonneaux de navires anglais, et
138,220 de navires étrangers.
Le commerce extérieur des États-Unis n'était
encore en 1790 que de 19 millions de dollars ou
environ 100 millions de francs. Il employait
127,980 tonneaux de navires américains.
106,654 de navires étrangers.
73,582 de navires nationaux étaient de
plus employés au cabotage.
L'on verra plus tard le changement prodigieux
qui s'est opéré dans les rapports de ces trois peu-
ples, et on essaiera d'indiquer quelques-unes des
causes qui empêchent la France d'obtenir sinon
son ancienne supériorité, au moins le rang qu'elle
doit occuper.
La Hollande à la même époque maîtresse de
belles colonies en Amérique et de grandes et
riches possessions dans l'Inde, conservait par le
monopole des épiceries tines, de l'étain et des ar-
22
ticles du Japon une grande part dans le com-
merce de revente en Europe sa navigation était
on ne peut plus florissante.
L'Espagne et le Portugal tiraient également
parti des produits de leurs colonies pour lesquels
aucun pays n'offrait d'équivalent les principaux
étaient l'Indigo, la cochenille, les bois de teinture,
le cacao le sucre terré, les métaux précieux et
le diamant.
Dans cette sphère d'activité le rôle passif était
dévolu aux peuples de l'Allemagne et du Nord
à l'Italie et aux puissances mahométanes dans la
Méditerranée. Tous ces peuples donnaient indif-
féremment la préférence à l'un ou à l'autre des
concurrens, qui s'empressaient de leur apporter
les denrées des tropiques. Ils étaient bien con-
vaincus que leurs propres productions qui se com-
posaient en entier de matières premières seraient
toujours facilement reçues en échange.
Les seules combinaisons de la politique faci-
litaient quelquefois les rapports de deux peu-
ples mais le plus souvent les droits de douanes
n'étaient déterminés par aucun autre calcul que
celui du revenu. Les peuples commerçHus &e"ls,
2:! 1
étudiant t'influence des transactions commer-
ciales sur la puissance publique avaient cherche
les moyens de rendre cette influence favorable a
leurs intérêts. Des traites de commerce furent
essayés entre les nations rivales, et les principes
des économistes commençaient à prévaloir, lorsque
la Révolution française éclata.
24
CHAPITRE VU.
Des effets de la Guerre sur le Co~y~o'ce depuis
~792yM~~18~3.
ViNGT-TROIS années d'une guerre cruelle, à
peine interrompue par quelques mois d'une trève
décorée du nom de paix, ont amené de grands
changemens dans la position du commerce. Toutes
les nations subjuguées par la politique ou par la
force, ont été successivement entraînées dans la
lutte. L'Angleterre mettant à profit sa supériorité
maritime et recueillant le fruit de ses victoires
navales, anéantit dans toutes les mers les pavillons
rivaux. Consolidant sa puissance dans l'Inde, s'em-
parant des établissemens hollandais maîtresse
des colonies de la France et de tous les points
importans de la Méditerranée, se faisant ouvrir les
portes du Brésil et des possessions espagnoles, dont
elle n'osait tenter l'envahissement, la Grande-
Bretagne attira chez elle la plus forte partie de.s
produits du monde. Londres devint le grand mar-
25 ~')
ché, l'entrepôt universel où devaient se rendre
d'immenses provisions, qui étaient livrées à la con-
sommation de l'Europe entière, par toutes les
voies que le blocus continental laissait ouvertes.
Saint-Domingue, en révolution, avait cessé de
produire, et les colonies anglaises furent appelées
à fournir le sucre et le café que l'Europe rece-
vait par les mains des Français. Les Anglais de-
mandèrent au sol fertile de l'Inde, l'indigo, le
coton, le sucre même. On peut juger de l'accrois-
sement prodigieux des expéditions en Angleterre
par les calculs suivans
L'Angleterre avait reçu annuellement, année moyenne de 1788,
1789 et1790:
1,961,555 quintaux sucre brut,
41,124 café,
28,163,688 livres coton;
et réexporte à la même époque
147,085 quintaux sucre brut,
114,919 –raSné,
28,154 café,
665,046 livres coton.
A la fin de la première période de la guerre, et année moyenne
de 1799,1800, 1801 et 1802, elle reçut annuellement
3,707,273 quintaux sucre brut,
528,662 café,
53,934,978 livres cotons
2~ i
L'Angleterre étant devenue alors le seul pays
avec lequel les colonies pussent trauquer, elles
lui demandèrent tous les objets qu'autrefois cha-
cune d'elles recevait de sa métropole. La Grande-
Bretagne était déjà riche et supérieure à toutes les
autres nations, dans les manufactures d'objets qui
tiennent plus spécialement aux besoins de la vie;
mais forcée tout d'un coup de satisfaire aux vœux
de plusieurs millions de nouveaux consomma-
teurs, elle dut promptement agrandir et multi-
plier ses ateliers. La rareté des bras. la cherté des
~ubsistarices. les deujaudes toujours croissantes, un
ft cite rec.\porta à i.) incme époque
L'Hnnec moyenne de 1808, 1809, 1810, La seu[c
1811 et 1812, donne, en importation: anuéc 18)').
792,39'jquinLu~ix sucre bn[<
346,~77 ––t'uûmc,
.~9,968 Mfë,
2.,713,1581nTes cotou.
4,048,631 quintaux sucre brut. 4,035,323 quintaux
645,752 café. 1,020,556
85,519,096 livres coton. 60,060,239 livres.
575,638 quintauxsuct'ebrut. 1,058,040 quintaux
317,359 ––i-aEnc. 555,335
433,295 café. 1,193,56l
3,558,172 livres coton. 6,282,437 livres.
et en exportation:
27
mouvement général dans la population excitèrent
l'émulation des manufacturiers. L'industrie aidée
de machines nouvelles, obtint des résultats plus
satisfaisans sous le double rapport de la qualité et
du prix. Marchant à pas de géant, l'Angleterre
n'eut bientôt plus de concurrence à redouter. La
supériorité qu'elle a sur ses rivaux est telle que,
malgré le rétablissement de toutes les communi-
cations, les produits qu'elle livre obtiennent en-
core la préférence.
Pendant que la fortune de l'Angleterre acqué-
rait un si grand développement, la navigation de
la France, de l'Espagne, de la Hollande, des
peuples du nord et de ceux de l'Italie, chassée
de toutes les mers éprouvait une ruine complète.
Aidés d'une longue neutralité les Etats-Unis
d'Amérique vinrent remplacer, par leur pavillon
tant de pavillons anéantis. Privés de colonies, les
Américains devinrent les facteurs et les intermé-
diaires des nations auxquelles la guerre interdisait
les relations d'outre-mer.
Le tonnage général des navires appartenant aux
Htats de l'Union, s'était élevé, en 1810, jusqu'à
1,42.4,783 tonneaux, dont 984,269 étaient em-
28
pioyés au commerce étranger. indépendamment
des transports directs, effectués d'un peuple a
l'autre, les Américains introduisaient chez eux de
grandes quantités de marchandises, que plus tard
ils exportaient vers d'autres points. C'est ainsi que
dans les six années de '!805 a 18)0, ils ont Im-
porté chez eux
année moyenne. 122,212,620 livres sucre,
41,250,530 café;
et réexporte annuellement 71,385,778 livres sucre,
24,083,066 café.
De pareils avantages provoquèrent la jalousie de
l'Angleterre, et des discussions sur les droits des
MëM~'p~, occasionnèrent une guerre fatale aux
deux partis, mais surtout à la Grande-Bretagne;
cette lutte prouva que quelque jour l'empire des
mers pourrait être disputé à la nation britannique
avec des chances de succès.
29
CHAPITRE Vttï.
6'~Ma<0?! f/M Commerce après le ?'P~CM!C?~
de la Paix.
LA vaste puissance que la Grande-Bretagne
possédait lorsque la paix est venue rendre le
calme au monde n'a permis à aucune autre na-
tion de s'opposer à ce qu'elle retînt parmi les
colonies dont elle s'était emparée toutes celles qui
se trouvaient à sa convenance. En se faisant assu-
rer dans l'Archipel des Antilles et dans l'Amérique
du Sud la propriété des îles de la Trinité Deme-
rary, Sainte-Lucie, Tabago, etc. elle consentit,
tout en restant maîtresse absolue dans l'Inde, à
rendre à la Hollande Batavia, aux Français l'île
Bourbon et quelques comptoirs sans importance.
Mais l'île de France sur le chemin de l'Inde le
Cap de Bonne-Espérance à l'extrémité de l'Afri-
que, Sainte-Hélène au milieu de l'Atlantique
Gibraltar, Malte et Corfou commandant la Mé-
30
diterranée, Helgoland a l'embouchure de l'Elbe,
furent destinés par l'Angleterre à offrir sureté et
protection à sa navigation. Elle vit dans ces éta-
blissemens les anneaux d'un vaste réseau disposé
pour envelopper les consommateurs et les pro-
ducteurs du globe entier, et conserver les dé-
bouchés qu'elle avait conquis. Mais si l'Industrie
anglaise a conservé la suprématie si même elle a
acquis plus de développement, la revente qu'elle
doit faire des objets reçus en échange de ses pro-
duits, a éprouvé des entraves en raison des com-
munications directes ouvertes à tous les peuples.
Non seulement les nations européennes ont cher-
ché à ranimer les colonies qui leur ont été ren-
dues, mais encore la marine américaine est restée
en possession d'aller directement du producteur
au consommateur dans tous les pays où la po-
litique et les droits des métropoles ne lui ferment
pas la porte. Elle dirige vers le Nord ou dans la
Méditerranée, outre les produits de l'Amérique
Septentrionale les marchandises de l'fnde, de
Cuba, de Saint-Domingue du Brésil et des états
nouveaux formés des colonies espagnoles. Les
Américains peuvent ainsi vendre à des prix que
3)
ne sauraient établir les négocians anglais, si ces
derniers continuaient à faire leurs retours dans la
métropole, ainsi qu'ils le pratiquaient avant la
paix avec tant d'avantage.
Le système de l'Angleterre de ne rien recevoir
de l'étranger de ce qu'elle peut produire elle-
même, de se réserver la matière brute pour la
fabriquer, de s'assurer la préférence de la navi-
gation, d'obtenir la plus grande part dans l'ex-
portation et dans la revente a conduit insensi-
blement cette nation vers une grande prospérité.
L'Angleterre a prélevé, pour ainsi dire, sur les
autres nations un tribut imposé par son énergie
dans le travail et par l'usage admirable qu'elle fait
de ses richesses. Mais aujourd'hui la plupart des
peuples sentent le besoin d'échapper à ce tribut, et
quelques-uns sont tourmentés à leur tour du désir
d'y soumettre leurs voisins. C'est ce sentiment
qui a enfanté toutes les combinaisons en ma-
tière de douanes que l'on a vues éclore depuis la
paix. Chaque nation a établi ses calculs pour sa-
voir ce qu'il lui serait utile de prohiber, d'ad-
mettre ou d'encourager à l'entrée comme à la
sortie, et les conditions de pareilles permissions.
3-~
Dans ces calculs, une chose a souvent été prise en
considération par les gouvernemcns sous le nom
de balance f/f commerce, et comme cette matière
est encore chaque jour l'objet de graves erreurs
il est utile de faire quelques recherches sur c<'
sujet.
33
3
CHAPITRE IX.
De jS~~Mce </M Co~~crcc.
LE but avoué de presque tous les peuples mo-
dernes est aujourd'hui de conserver, dans leurs
relations commerciales avec d'autres peuples 1
l'avantage de la balance du commerce. Or, la
balance du commerce est, en réalité, l'appré-
ciation de l'augmentation ou de la diminution
des richesses sous toutes ~0~'MC~, qui a~<M'-
tiennent à un état, en tant que cette CM~~eM~-
tion ou celte diminution -M~e du commerce
extéri eur.
M. J.-B. Say, avec l'heureuse clarté d'exprès-~
Sion qui caractérise ses ouvrages, a analysé ainsi
ce qu'on appelle ordinairement la balance du
commerce (1). « C'est, dit-il, la comparaison de
» la valeur des marchandises exportées avec la
(1) Traité d'économie politique, A* édition, Tom. 11,
p. 453.
34
»valeur des marchandises ?~o?'~e~, l'argent
» et l'oi' exceptés. »
J9. On regarde les métaux précieux comme
» la solde au moyen de laquelle Se complète le paie-
» ment des envois. Lorsqu'on dit que nous impor-
tions de tel pays pour i5 millions de marchan-
» dises, et que nous y exportons pour 20 millions,
» OH ~'MMC~Tïe que nous tirons de ce pays 15 mil-
» lions en marchandises et 5 millions en métaux
)) précieux pour compléter le paiement des mar-
x chandises que nous lui avons vendues. P?'e~o??M)-
» tion OMx est démentie /?<x?' l'expérience.
C'est cependant cette présomption, démentie
par l'expérience que plusieurs personnes pren-
nent encore pour guide de leurs calculs. Il est
hors de doute que a<!)tt. Say eût poursuivi l'expli-
cation de ses idées, il eût dit que, pour obtenir la
quotité de cette balance de numéraire, à l'égard
de la France, si l'on veut, II faudrait commencer
par déterminer la véritable valeur payée par l'é-
tranger à la France lors de l'exportation, et la vé-
ritable valeur déboursée par la France lors de l'im-
portation. Il eût ajouté que cette connaissance ne
peut s'acquérir d'après les évaluations des gouver-
35
3*
ncmcns, puisqu'ils ne tiennent aucun compte des
circonstances qui accompagnent le commerce
extérieur, à l'égard duquel les estimations sont
presque toujours loin de la vérité. On s'en con-
vaincra par l'analyse rapide des divers accidens
du commerce extérieur.
36
CHAPITRE X.
Des CM'coM~~?!cc~ ~Mï ~ceo~c~Me~ Co~-
merce extérieur.
LES rapports d'un peuple avec les autres peu-
ples pour l'échange de la portion de ses produits
qui lui est inutile contre d'autres produits dont
il manque, forment son commerce extérieur. On
y comprend les relations avec les colonies qui ont
souvent une administration différente, et dont la
prospérité peut être indépendante de celle de la
métropole.
Dans un pays comme la France dont la situa-
tion est si favorable, le commerce extérieur a lieu
par les frontières de terre ou par la voie de la
mer. Les marchandises fournies pour l'exportation
peuvent être
10 Les produits naturels de notre sol, et plus
spécialement ceux de l'agriculture. Ceux des pê-
ches maritimes sont aussi rangés dans la même
classe
37
2" Les produits de notre industrie ou les objets
fabriqués dans notre pays, soit que la matière
première provienne de notre territoire, soit qu'elle
provienne de l'étranger
3" Les produits du sol ou de l'industrie de
l'étranger reçus en entrepôt, pour être renvoyés
à un autre peuple étranger;
4° La petite quantité de ces mêmes produits
étrangers, qui peuvent être réexportés après avoir
payé les droits de notre consommation.
Le commerce extérieur nous livre en échange
1° Des matières premières devant servir à nos
manufactures;
2° Des produits naturels de l'étranger propres
une consommation immédiate;
3° Des produits de l'industrie étrangère égale-
ment destinés à nos besoins
4° Tous ces produits, soit naturels, soit fabri-
qués, reçus dans nos entrepôts pour alimenter
un commerce de revente à d'autres peuples.
Nous fournissons jusqu'à nos frontières de terre
les moyens de transport nécessaires à notre com-
merce extérieur; mais, en cas d'entrée ou de sortie
par mer, on peut faire usage
38
1° D'un navire français;
2° D'un navire étranger appartenant au pays
avec lequel on tranque
3° D'un navire appartenant une autre nation
que celle avec qui l'on traite.
L'opération d'exportation ou d'importation peut
encore avoir lieu
1° Pour le compte d'un négociant français;
2° Pour le compte d'un négociant étranger.
Rechercher la balance du commerce dans une
évaluation des importations et des exportations
faite sans tenir compte de toutes ces circonstances,
c'est rechercher des résultats qui manquent de
base, et peuvent, par cela même, être complète-
ment erronés.
La marchandise exportée est ordinairement es-
timée sur le prix courant du lieu de départ. Cette
estimation est bien réellement la somme due, si
l'envoi est fait pour le compte d'un commerçant
étranger; il faut même y ajouter le prix du fret si
le transport a lieu sur un navire français. Lorsque
les envols sont faits pour le compte d'un négociant
français il sera dû à la France la somme plus ou
39
moins forte que les étrangers auront donnée en
paiement de la marchandise portée chez eux.
La même incertitude se rencontre dans l'éva-
luation des marchandises importées, soit qu'on
en prenne le prix aux lieux d'origine, soit qu'on
suive le cours des ports d'arrivage. L'administra-
tion ne peut porter ses regards sur les comptes
des négocians, et ce serait le seul moyen de par-
venir à la connaissance des balances favorables ou
défavorables. Mais ces mots sont vides de sens,
aujourd'hui qu'il est prouvé que les pays avec les-
quels nous gagnons beaucoup présentent des ba-
sances défavorables, et que ceux avec lesquels
nous perdons présentent des balances favorables.
Sans doute on abandonnera ces idées incompa-
tibles avec la science actuelle de même que l'on
finira par se convaincre qu'il y a autre chose à
considérer comme but du commerce étranger,
que des retours faits en métaux précieux.
40
CHAPITRE XI.
P<?~ Afe~M.~ ~CC~M~. –DM 7~'<M'<M7 et de l'In-
dustrie.
L'ON combat depuis long-temps l'erreur encore
trop généralement accréditée, que l'avantage qui
résulte du commerce d'un pays doit se mesurer
sur la quantité de métaux précieux qui ont dû
entrer dans ce pays en solde de ses relations à
l'étranger. Mais quand un peuple a une quantité
suffisante de ces métaux pour les usages auxquels
on les applique, et surtout comme moyen de cir-'
culation, la surabondance devient nuisible, si on
ne la fait promptement cesser, en se procurant
en échange des produits utiles.
Parce que la valeur de toutes les choses qui
servent à nos besoins ou à nos plaisirs est facile-
ment représentée par l'or ou l'argent, nous nous
persuadons facilement qu'il y a un grand avan-
tage a importer ces métaux de préférence. Nous
ne considérons pas que si un pays en possède re-
lativement une moins grande quantité que ses
voisins, et que cependant ses habitans soient la-
borieux et industrieux, les produits du travail et
de l'industrie se livreront à bas prix. Les étrangers
qui viendront se les procurer, trouvant avanta-
geux de les payer en or ou en argent, rétabliront
bientôt l'équilibre.
C'est donc dans l'augmentation du travail et de
l'industrie de ses habitans, qu'un pays doit cher-
cher les véritables élémens de sa prospérité.
C'est là que réside la richesse des nations. La
véritable balance du commerce, qui a été définie
~M~TMCK~OM ou la diminution des !C~M
sous toutes ~~or/M~y, est toujours favorable à
un peuple laborieux. L'accroissement énorme des
capitaux en Angleterre n'est pas l'augmentation
proprement dite du numéraire, mais bien l'aug-
mentation progressive de tous les produits échan-
geables. Si, dans le cours d'une année, la quantité
du fer, des machines, des outils d'agriculture,
des bestiaux, des produits agricoles, du coton,
de la laine, de toutes les marchandises enfin na.
tionales et étrangères, des navires qui servent à
les transporter; si cette quantité, dit-on, s'est sin-
/.2
s;ullerement accrue en Angleterre, il est hors de
doute que toutes ces acquisitions sont autant et
plus précieuses pour elle qu'une augmentation de
numéraire. Car, avec l'excédant de ces produits,
elle attirera, quand elle le voudra, l'or et l'argent
de ses voisins et si ces mêmes produits sont pour
elle des moyens de travail destinés à lui procurer,
l'année suivante, un nouvel accroissement de ca-
pitaux, quel sera le terme de sa prospérité
Ces vérités ne doivent 'point exclure la récapi-
tulation annuelle des importations et des exporta-
tions. Les tableaux que l'on dresse sur cette ma-
tière peuvent, lorsqu'ils sont bien faits, ajouter à
nos connaissances positives, et faire reconnaître
les fausses routes où le commerce et la fortune
publique pourraient s'engager. En offrant des faits
exacts et, le plus possible, les circonstances qui
appartiennent aux faits, ces tableaux auront tou-
jours un grand degré d'utilité; et, jusqu'à ce qu'on
ait pu les dresser sur un meilleur plan, il convient
encore de les employer comme calculs approxi-
matifs.
/<3
CHAPITRE XII.
Examen du Commerce ~Mg'/e~rre.
L'ANGLETERRE, plus que tout autre pays, offre
l'application des principes qui ont été développés
dans les chapitres précédens. On trouve, dans les
documens recueillis par l'administration, les élé-
mens de toutes les recherches qui peuvent aider
à reconnaître et à suivre la direction d'une branche
quelconque du commerce extérieur ou à fixer la
nature et l'importance des manufactures nationales
et des productions du sol.
Les Anglais comprennent, dans leurs tableaux
généraux d'importation, tous les objets importés
dans le pays, et même les articles restés en en-
trepôt pour la réexportation, parce que, dès que la
marchandise est arrivée, elle fait partie de l'actif
de la nation son entrée ayant dû nécessairement
donner lieu à une exportation quelconque.
Leurs tableaux d'exportation renferment éga-
lement les diverses classes dont peuvent se com-

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.