Du Cure-dent et de ses inconvénients, par E. Andrieu,...

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A. Coccoz (Paris). 1869. In-8° . Pièce.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1869
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DU
LT DE
PAR
E. ANDRIEtl
Chirurgien-Den tiste
"'" DOCTEUR EN MÉDECINE DE LA FACULTÉ DE PARIS
Médecin-Bentiste de l'hospice des Enfants assistes
DE LA MATERNITÉ ET DE LA SOCIÉTÉ PHILANTHROPIQUE DE PARIS
CHEVALIER DE L'ORDRE DU CHRIST DU PORTUGAL
MEM3P.B DE LA SOCIÉTÉ MÉDICO-PRATIQUE. ETC.
PARIS
ALEXANDRE GQCGOZ, LIBRAIRE-ÉDITEUR
RUE DE L'ÉCOJLE-DE-SIÉDECIKE, 30 ET 32.
18(59
Ambroise Paré dit que l'usage des cure-dents de lentisque
était très-répandu en Languedoc d'où on les apportait aux
seigneurs de la cour. L'habitude que l'on avait de les mâcher
avait même donné l'idée d'en faire des petits pinceaux pour
les dents.
De nos jours, ceux dont on se sert sont d'or, d'argent,
d'ivoire, de buis et surtout de plume. On en fait un tel abus
que bon nombre de personnes s'en servent des heures en-
tières en manière de passe-temps. C'est une manie qui n'est
ni propre, ni saine, mais qui cependant est entrée à ce point
dans nos moeurs qu'elle est devenue comme une nécessité de
l'existence !
Des inconvénients de l'abus du Cure-dent.
C'est principalement pour arracher les fibres de viande
ou les parties ligneuses de certains légumes ou fruits qui
se glissent entre les dents, que l'on se sert du cure-dent.
Les personnes qui en ont pris l'habitude ne peuvent bientôt
plus s'en passer. C'est pour elles un besoin impérieux.
Celles, au contraire, qui n'en ont jamais fait usage, le re-
gardent comme un instrument inutile ou tout au moins d'un
emploi disgracieux et répugnant.
La nécessité du cure-dent n'est donc pas absolument re-
connue.
Quant à nous, nous sommes convaincu que l'on pourrait
s'en passer dans presque tous les cas, au grand avantage de
la santé de la bouche et même de la santé générale.
C'est ce que nous allons essayer de démontrer.
Tout le monde, avons-nous dit, ne se sert pas du cure-
dent. Chacun sait, en effet, que dans les classes peu aisées de
la société son emploi est fort peu répandu. De plus, il est ma-
nifeste que dans celles où l'on s'en sert, où l'on en abuse
même, les personnes qui en contractent l'habitude n'en font
guère usage avant l'âge de 25 ou 30 ans. A quoi cela tient-il?
Evidemment à certaines conditions dans lesquelles se trouve
la bouche et qui font que le besoin ne s'en fait pas sentir.
Quelles sont ces conditions?
1° Le plus souvent, les couronnes des dents se touchent
modérément par leurs faces contiguës et les interstices de forme
triangulaire qui séparent leurs collets sont parfaitement
remplis par les pointes des gencives, c'est-à-dire par un tissu
fibreux et résistant qui ne permet pas aux aliments de s'y
introduire ;
2° Parfois aussi les dents ne se touchent pas, mais leurs
couronnes sont suffisamment éloignées les unes des autres et
les pointes de gencives parfaitement saines sont assez résis-
tantes pour que les aliments, lorsqu'ils se glissent entre les
dents, ne s'y enfoncent pas trop profondément et puissent être
facilement entraînés par l'action de la langue aidée de la
salive et de la pression atmosphérique ;
3° Enfin, lorsqu'il existe des dents cariées, ces dents sont
parfaitement obturées ou limées et arrangées de telle sorte
que les cavités malades n'ont ni rebords, ni aspérités capa-
bles de les convertir en réceptacles pour les aliments.
Comme on le voit, ces conditions constituent l'état nor-
mal ou s'en rapprochent beaucoup. Or il n'est pas douteux
que les personnes qui ne se servent pas de cure-dent et dont
l'état général est d'ailleurs satisfaisant, à condition toutefois
qu'elles suivent pour leur bouche les règles d'une bonne
hygiène, conservent fort longtemps cette cavité dans ces con-
ditions.
Comment se fait-il donc, alors, que le cure-dent soit d'un
usage aussi fréquent?
L'observation que nous allons rapporter, observation que
nous avons recueillie, en donnant nos soins à un docteur en
médecine de nos amis, qui en quelques mois s'était mis la
bouche dans un état déplorable, peut résoudre cette ques-
tion et dévoiler la cause la plus fréquente de cette funeste
habitude.
Jusque vers l'âge de 30 ans le simple nettoyage des dents,
fait régulièrement matin et soir avec la brosse et les den-
tifrices ordinaires, avait constitué toute la toilette de sa
bouche. Pendant les repas, aucune parcelle alimentaire ne.
venait jamais se loger entre ses dents, et l'emploi du rince»
bouche, aidé de quelques efforts de succion, suffisait toujours
à entraîner les aliments qui parfois s'attachaient aux arcades
dentaires. Il n'avait donc jamais eu l'occasion de se servir du
cure-dent.
Mais un jour, une longue fibre de boeuf bouilli s'intro-
duisit entre deux petites molaires de la mâchoire inférieure
et s'y incarcéra de telle manière que ni le rinçage de la bou-
che, ni les mouvements les plus désespérés de la langue ne
purent l'en chasser. C'est alors que notre confrère se saisit
d'un cure-dent et s'évertua à le faire passer entre les deux
dents pour leur faire lâcher leur proie. Il s'y prit de dehors
en dedans, de dedans en dehors, de haut en bas, puis enfin
par-dessous vers le collet de la dent; mais ce fut en vain.
Seulement la pointe de gencive agacée, sanguinolente, fut
tellement martyrisée qu'elle devint douloureuse et qu'il
fallut abandonner la partie.

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