Du Devoir des honnêtes gens aux prochaines élections, par Mgr l'évêque d'Orléans [F. Dupanloup]...

De
Publié par

Girard (Lyon). 1871. In-18, 18 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : dimanche 1 janvier 1871
Lecture(s) : 5
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 17
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

DU DEVOIR
DES
HONNÊTES GENS
AUX PROCHAINES ÉLECTIONS
PAR
MGR L'ÉVÊQUE D'ORLEANS
DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
Édition populaire
LYON
FÉLIX GIRARD, LIBRAIRE-ÉDITEUR
Rue Saint-Dominique, 6
1871
AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR
POUR CETTE NOUVELLE ÉDITION.
On trouvera peut-être, comme nous, que la proximité des
réélections à l'Assemblée nationale donne une opportunité nou-
velle à la réédition de cet écrit. On nous a demandé de tous
côtés celte réédition dans un format populaire ; sur nos sollici-
tations, l'auteur y a consenti.
Il y a en effet, par suite des options ou des démissions, plus
de cent siéges de députés à remplir; on conçoit de quelle im-
portance capitale sont dès lors ces réélections : la majorité,
dans l'Assemblée nationale, en peut être considérablement
modifiée, et par suite la décision des plus graves questions en
dépendre.
De plus, les faits électoraux qui se sont produits depuis la
publication de l'écrit de Mgr l'évêque d'Orléans sont venus
apporter une éclatante confirmation à la thèse qu'il soutient, et
une condamnation solennelle de plus à ce déplorable système
de l'abstention qu'il combat.
_ 4 —
Ainsi, aux élections pour l'Assemblée nationale, les honnêtes
gens, en province, ne se sont pas abstenus ; ils ont lutté, ils ont
voté, et presque partout ils ont triomphé. C'est à ce concert et
à cette lutte que la France doit l'Assemblée actuelle. A Paris,
au contraire, les hommes d'ordre se sont divisés, et se sont
malheureusement en très-grand nombre abstenus, et pas une
de leurs listes ne l'a emporté, pas un de leurs candidats n'a été
élu. On sait les suites, et comment les 200,000 voix données aux
Garibaldi, Pyat et consorts n'ont pas tardé à enhardir la révo-
lution socialiste et à précipiter les événements qui ont amené
la Commune et l'épouvantable guerre civile qui vient à peine
de cesser.
De même, aux élections municipales, à quoi faut-il attribuer
les échecs partiels, mais trop nombreux, que la cause de l'ordre
et de la liberté sage a reçus ? Pas à une autre cause encore
qu'à cette inconcevable inertie des honnêtes gens. Il est certain,
constaté qu'aux dernières élections municipales, un tiers au
moins des électeurs inscrits n'a pas voté !
Nous disons que cette abstention est inconcevable ; car, en
vérité, si jamais il fut nécessaire de ne pas abandonner à elle-
même la chose publique et de lutter contre le désordre organisé
et menaçant, n'était-ce pas dans les moments douloureux et péril-
leux où nous sommes, et quand il s'agissait réellement pour la
France d'être ou de ne pas être? C'est dans de telles circons-
tances cependant qu'on a déserté les urnes, et laissé se former
des conseils municipaux dont le premier soin eût été de donner
un appui moral à la Commune, et plus encore peut-être, sans
la prompte énergie du gouvernement !
Qu'est-ce que cela, si ce n'est pas de l'aveuglement, et le
plus coupable aveuglement? Car enfin que veut-on donc? que
veut la France honnête, conservatrice et libérale ? Veut-elle
l'anarchie, le socialisme, le despotisme révolutionnaire ou cé-
sarien ? Non, certes. Pourquoi donc alors déserter les urnes,
d'où tout cela peut sortir tout à coup, si les honnêtes gens
continuent à s'abstenir ? Ou bien est-on las du suffrage univer-
sel? N'en veut-on plus? Qu'on le dise ! Mais non, le suffrage
— 5 —
universel est là, arme terrible aux mains des masses si faciles à
égarer, océan profond, comme le dit l'auteur de l'écrit, duquel
on ne sait jamais ce qui peut sortir. Et on s'abstient ! on reste
chez soi ! on laisse faire ! Qui ? Quelquefois une poignée de
gens hardis, audacieux, devant lesquels ensuite on tremble.
N'est-ce pas honteux et incompréhensible ?
C'est l'histoire de Paris ; c'est ainsi que cette grande capitale,
par la désorganisation et l'inertie des honnêtes gens, est tom-
bée, terrifiée, sous le joug ignoble qu'on a eu ensuite tant de
peine à briser. Qu'ont servi aux Parisiens, dans les élections
pour la Commune, leurs abstentions ? Les gens de la Commune
n'ont pas recueilli le dixième des voix ; mais y en a-t-il moins
eu une Commune, un Comité de salut public? Et les hommes
nommés de cette sorte n'ont-ils pas été les maîtres de tout à
Paris? Et que fût devenue la France, si ces hommes eussent
triomphé !
Ils sont tombés enfin, mais non sans épouvanter la France et
le monde par des crimes sans nom et sans exemple, même
chez les peuples barbares ! Paris, qui n'a pas su se défendre
contre eux, en a porté cruellement la peine ! Jamais joug plus
ignominieux fut-il imposé à une grande cité ! Jamais inintelli-
gence et affaissement politique ont-ils amené plus de ruines et
d'horreurs !
Il est temps de ne plus donner de tels spectacles ! Et qu'on
veuille bien le remarquer, ce n'est pas seulement par le nom-
bre des députés à remplacer que les prochaines élections sont
importantes ; c'est aussi par la gravité suprême des questions
que l'Assemblée, au moment le plus critique peut-être de notre
histoire, va être appelée à résoudre. Debout donc, les honnêtes
gens, vous tous qui voulez voir la France abattue se relever en-
fin, et reprendre, sous un gouvernement réparateur, dans la
sécurité, l'ordre et la liberté, le cours de ses glorieuses desti-
nées et sa place dans le monde !
Expergiscimini, comme disait ce Romain, et capessile rempu-
blicam !
1.
— 6 —
Nous croyons faire une oeuvre de patriotisme en signalant
de nouveau à l'attention et en mettant à la portée de tous, par
celte édition populaire, le bel écrit où l'illustre Évêque d'Or-
léans stigmatisait, à la veille des élections pour l'Assemblée na-
tionale, le désastreux système de l'abstention, et prêchait aux
honnêtes gens l'action, la lutte, l'entente surtout, avec l'élo-
quence et le style qui sont à lui.
C'est à ceux qui partagent ces convictions à nous venir en
aide dans cette oeuvre de propagande.
DU DEVOIR
DES
HONNETES GENS
AUX PROCHAINES ÉLECTIONS
PAR
MGR L' ÉVÊQUE D'ORLÉANS
DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
Mon cher ami,
Oui, vous avez raison, ce qui nous arrive est sans exemple dans
notre histoire, et, je l'ajouterai, dans l'histoire d'aucun peuple. Comme
vous le dites, dans une telle série de calamités, il est impossible de ne
pas sentir la main de Dieu ; aussi je vois les plus irréfléchis chercher
avec anxiété quels ont pu être ici les desseins de la Providence.
Mais, je le pense comme vous, au milieu de tant de désastres, une
chose du moins est sauvée, c'est l'honneur : l'honneur de Paris, l'hon-
neur de la France. Nos ennemis eux-mêmes ont dû rendre hommage
au courage de nos soldats ; Paris, dans sa résistance inattendue, s'est
montré héroïque ; et, malgré l'incohérence politique qui trop souvent,
hélas ! a déconcerté les meilleures combinaisons, l'attitude de la France,
dans cette lutte si ardemment prolongée, et sur tant de points à la fois,
par des armées inespérées, nous a ramené, comme me l'écrivait de l'Al-
lemagne même une noble femme, le respect du monde.
Mais enfin, il est vrai de le dire, les revers militaires et la rigueur
du vainqueur en ce moment nous placent dans une situation qui ne
s'est jamais vue. Il s'agit de faire la paix, et voici qu'il va devenir, par
suite des complications où nous sommes, presque aussi difficile de
faire la paix qu'il l'a été après Sedan de faire la guerre.
1

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.