Du gouvernement électif et du gouvernement héréditaire

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Petit (Paris). 1804. France (1799-1804, Consulat). 4-19 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1804
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A N XII - 1804.
DU GOUVERNEMENT.
ELECTIF,
ET DU GOUVERNEMENT.
HEREDITAIRE.
A PARIS,
Chez CussAc, Imprimeur-Libraire, rue Croix-
des-Petits-Champs, NO. 33.
PETIT, Libraire, Palais du Tribunat, galerie
vitrée, N°. 2.29.
À V A N T - P R O P O S.
LES Observations qu'on va lire
étoient depuis six mois dans mon
porte-feuille; j'avois pensé que l'opi-
nion publiquedisoit beaucoup mieux
que moi, et je n'avois rien publié:
aujourd'hui je les publie, non point
comme une vérité qui a besoin d'ê-
tre démontrée, mais comme l'ex-
pression de ma volonté individuelle ;
ma pensée sur le sujet qui occupe
la Nation, est d'autant plus franche
qu'elle est désintéressée. Sans ambi-
tion personnelle ? et vivant dans
l'obscurité, je ne forme des vœux
(4)
que pour le bonheur de mon Païs ;
et jamais les espérances des gens de
bien ne seront mieux fondées.
A
DU GOUVERNEMENT
ELECTIF, -
GOUVEKNEMENT
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TJne erreur grave s'étoit accréditée parmi
les publicistes, et c'est à elle peut - être que
nous devons la révolution ; on a cru long-
temps qu'on pouvoit changer à son gré les
mœurs politiques des peuples, et dénaturer,
par des réglemens improvisés, des institu-
tions fondamentales. On ne vouloit pas voir
que les formes des sociétés remontent à une
origine obscure et lointaine ; elles naquirent
avant la date de la philosophie, et l'instinct y
eut plus de part que les spéculations ; les cons-
titutions sont, il est vrai, le produit de l'ac-
tion des hommes, mais jamais le résultat des
desseins formés par eux. On ne voit, dit Fer-
( 2 )
gusson, aucune constitution qui ait été for-
mée par un concert unanime, aucun gouver-
nement copié d'après un plan; les lois fonda-
mentales des Etats sont le produit des loca-
lités, des habitudes, des circonstances parti-
culières a une nation; c'est le temps qui les
prépare, qui les sanctionne; un gouverne-
ment qui convient à un peuple ne convient
pas toujours à un autre, et le temps ne res-
pecte jamais les lois qu'on a fàites sans lui.
Dans la révolution, les lois se sont trou-
vées tout-à-coup en opposition avec les cou-
tumes et les mœurs; elles n'étoient point par
conséquent l'expression de la volonté géné-
rale , car les mœurs et les coutumes sont la
volonté des peuples. On étoit parvenu à ren-
verser un gouvernement, mais on ne put
jamais en établir un autre. La République fut
décrétée, mais on ne la trouvoit nulle part.
La terreur qu'on avoit proclamée en même-
temps , prouvoit assez que les réglemens
adoptés par un parti, étoient repoussés par la
volonté publique. Une constitution remplaça
le gouvernement révolutionnaire, mais elle
n'avoit point la sanction des' mœurs, elle ne
( 3)
A a
peuvent avoir ni consistance ni dorée; la vio-
ler pour la maintenir, et la llzainJenir pour
la violer ; voilà l'histoire de cette constitu-
tion qu'on recommandent déjà à la postérité,
et qui n'a duré qu'un moment. Comme elle
D'étoit point interprêtée par l'opinion publi-
que, elle le fut par l'esprit de parti; le sort
de l'empire dépendit souvent d'un pamphlet,
ou d'un discours à la tribune; la France ne
fut plus gouvernée que par les factions et par
les journaux. Tous les ans, tous les six mois,
le peuple étoit troublé par les élections ; au.
milieu du tumulte, chaque parti nommoit ses
chefs les plus exagérés, et leur réunion dans
le sein de l'Etat, y entretenoit une guerre
LcontinuelIe; l'esprit de contradiction et d'ins-
tabilité se manifestait dans toutes les lois, et
chaque jour avoit sa législation nouvelle. Ceux
qui paroissoient un moment à la tête des af-
faires, dépourvus de tout moyen d'établir la
confiance, se trouvoient obligés d'employer
des mesures violentes, et la violence, il faut
le dire, tenoit plus à leur situation qu'à leur
volonté. Les armées, il est vrai, se couvroiént
de gloire , mais leurs succès faisoient plus
( 4 )
respecter la République au dehors qu'au de-
dans. En un mot, cette République, toujours
si glorieusement défendue , ne put jamais
être raisonnablement gouvernée. La France
avoit des héros, et point de législateurs, des
soldats, et point de citoyens.
Tel étoit l'état de la France avant la révo-
lution du 18 Brumaire ; on a loué Bonaparte
d'avoir fait cette révolution, et j'ose dire, que
ce n'est point lui qui l'a faite. Le gouverne-
ment qui existoit alors ne pouvoit pas durer,
il est tombé de lui-même ; et si Bonaparte à
mérité en cette occasion l'amour et la recon-
noissance des Français, ce n'est pas, comme
on le dit, pour avoir renversé le Directoire ,
mais pour y avoir substitué une autorité dont
les formes sont plus en harmonie avec les
mœurs politiques de la nation.
C'est à l'aide de ces formes protectrices
qu'il a pu faire tout le bien qu'il a fait. Il a
fait reprendre à la France son crédit et sa
prépondérance en Europe; il a rendu au peu-
ple la liberté religieuse, qui est la seule à la-
quelle il ne renonce jamais ; aux citoyens la
liberté civile; à la nation la liberté politique,
( 5 )
A 3
enleur tixant des limites raisonnables et garant
de leur durée. Ilarenduàtous la tranquillité et
la paix; il a respecté les droits du peuple et les
droits du malheur; tout le monde jouit des avan-
tages attachés à la forme du gouvernement qu'il
a choisie ; mais le souvenir du passé, les atten-
tats prénlédités, entretiennent des inquié-
tudes qui ne sont que trop fondées. Nos insti-
tutions actuelles ne garantissent que le pré-
sent ; nous sommes toujours suspendus sur
l'abyme; la France a moins un gouvernement
qu'un chef chargé de la commission provisoire
de la gouverner. Je sais que Bonaparte a le
droit d'élire un successeur ; mais ce droit d'é-
lire un successeur n'a point rassuré l'opinion
publique. Nous sommes encore sous le gou-
vernement électif, et l'Histoire, sur-tout cellé
de notre révolution, a dû nous apprendre que
ce gouvernement est le plus dangereux de
tous.
Dans les républiques, comme dans les mo-
narchies, le système électif ne se soutient que
par la brigue; la brigue amène des agitatiQns,
et lorsqu'il n'y a plus de brigue, la corrup-
tion s'établit, et elle-même entraîne la chûte

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