Du mandat de l'Assemblée nationale / par A. Edward,...

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E. Lachaud (Paris). 1871. 11 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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DU MANDAT
DE
L'ASSEMBLEE NATIONALE
A. EDWARD
LICENCIE EN DROIT
PARIS
LIBRAIRIE E . LACHAUD, ÉDITEUR
4, PLACE DU THÉATRE-FRANÇAIS, 4
1871
DU MANDAT
DE
L'ASSEMBLÉE NATIONALE
Deux voisins se prirent de querelle : le motif n'était guère louable.
L'un s'était arrondi, l'autre était jaloux. Bref, Fritz, plus fort, jeta
Jean au fond de son puits, et pendant que ce dernier, brisé et moulu,
se tâtait tous les membres, Fritz de faire main basse sur tout ce qui
était à sa convenance.
Poules, chapons, canards, tout y passa.
Pour sortir du puits, ce fut bien une autre affaire et Jean dut payer
force redevances.
N'est-ce pas là notre histoire, hélas ! et ne sommes-nous pas au
fond du puits ?
Des défaites sans exemple, des catastrophes militaires sans précé-
dents ont successivement anéanti ou réduit à l'impuissance quatre
armées de plus de cent mille hommes, dont trois sont prisonnières et
dont l'autre est internée sur le sol étranger, où elle a été forcée de se
réfugier. Le tiers de notre pays, nos principales places fortes, notre
fière capitale, sont entre les mains de l'ennemi, et c'est à peine si les
groupes d'hommes armés qui nous restent auraient pu défendre
contre l'invasion les derniers recoins de notre malheureuse France.
Que dire de la situation financière ? les départements envahis et
réquisitionnés par l'ennemi sont pressurés comme les grappes de
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nos meilleurs crus au temps des vendanges, jusqu'à la tige. Tout,
fonds, caisses publiques, impôts, est passé entre les mains de l'en-
nemi. A Paris, on n'a pas volé ; mais je laisse à penser quelle dépense
que cet entretien sous les armes pendant six mois de près de cinq
cent mille hommes, ouvriers, gardes nationaux et soldats ! Et la pro-
vince ? est-il possible de songer sans effroi à cet abîme creusé par
les désastreux emprunts et les malversations des mandataires de la
délégation de Bordeaux ?
Il semble que quelque Chose comme un ouragan furieux ait paissé
pour tout détruire : le gouvernement impérial a été des premiers en-
levé par la tourmente, et les hommes, qui au 4 septembre ont pris le
timon des affaires, se sont donné le mot pour écarter le moindre
symptôme de représentation nationale. Conseils municipaux, conseils
généraux, ils ont tout jeté au vent, voulant pour ainsi dire sauver la
France malgré elle. Jeu dangereux que celui-là, et vraiment indigne
de bons citoyens qui ne doivent pas enlever un seul mérite à leur
pays. Aussi notre pauvre nation, sans chiens ni berger, se trouve-
t-elle à la merci des loups ravisseurs, car on a beau dire, beau faire,
le Gouvernement de la défense nationale n'est rien, en fait, hélas !
comme en droit.
Et déjà, au-dessus de cet immense champ de bataille couvert de
ruines, de débris et de cadavres, déjà s'élèvent les ambitions person-
nelles planant comme des corbeaux sinistres et cherchant leur
pâture.
Les anciens partis, comme disait ce bon M. Rouher à la tribune,
les ancienspartis lèvent la tête.
De tous le plus hardi, implacable, odieux, le vieux vautour socialiste
bat des ailes et répond par des cris rauques à la voix de ses lâches
conseillers, qui l'excitent des bouges où ils se tiennent tapis. La
masse honnête de la nation toute tremblante écoute, et regarde en
hésitant la blanche colombe et le coq gaulois qui se tiennent à l'écart
et lustrent leur plumage. Quant à l'aigle de carton que l'on avait
admiré si longtemps en haut de son perchoir, il est tombé lourdement
à terre, et les pluies l'on déteint : bien osé et bien fou qui songe à le
relever La République est là aussi, et pleure, car les hommages qu'elle
reçoit ne peuvent lui plaire. Comme aux honnêtes femmes il lui faut
ceux de la vertu, Elle est confuse, honteuse, et sent qu'encore une
fois elle est née trop tôt.

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