Du système des doctrinaires . (Par J. Cohen.)

Publié par

Delaunay (Paris). 1831. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8°.
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Publié le : samedi 1 janvier 1831
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Du Système
DES
DOCTRINAIRES.
PRIX : 5 FRANCS.
CHEZ DELAUNAY,. LIBRAIRE,
AU PALAIS-ROYAL.
1831.
DU SYSTÈME
DES
Paris,
DELAUANY, LIBRAIRE, PALAIS-ROYAL.
1851.
IMPRIMERIE DE CH. DEZAUCHE,
FAUB. MONTMARTRE, N° II.
DU SYSTÈME
DES
DOCTRINAIRES.
Napoléon eut une mission, il devait briser la
force de la révolution et sauver sa loi morale; il
fallait croire à la force, il y crut, il l'eût dans
sa main, il essaya avec elle de reconstituer la so-
ciété; la loi morale de la révolution, qui était
celle de l'univers , s'éleva contre lui, et il tomba
après avoir porté la couronne de César et essayé
celle de Gharlemagne. Il laissait la force brisée et
la loi vivante et sauvée. Sa mission était remplie ,
son. système avait fait son temps.
Cependant la société restait sans constitution.
La révolution avait détruit la force créée par l'an-
cienne loi, elle n'avait pas détruit cette loi. La
sienne était sauvée niais elle n'était pas reconnue ;
une autre mission commença, ce fut celle des doc-
trinaires. Ils avaient à briser l'empire de l'ancienne
loi et à conserver la nouvelle force sociale , que la
loi de la révolution avait créée. Il fallait croire à
l'ancienne loi, ils y crurent, ils proclamèrent la
( 4)
légitimité, ils l'environnèrent de formes destinées
à modérer son action et celle de la nouvelle force,
ils essayèrent non de constituer, mais de gouver-
ner la société. Le premier des deux termes qu'ils
prétendaient tenir en équilibre, s'éleva contre
eux , et en 1820 , ils tombèrent une première fois
du pouvoir, après avoir renié les formes qu'ils
avaient imposées à la légitimité. Il fallut croire
alors à la force sociale, ils proclamèrent son droit,
ils l'environnèrent de légalité, ils essayèrent de
la diriger; à son tour, le second des deux termes
qu'ils prétendaient tenir en équilibre , renversa
l'ancienne loi, et bientôt s'éleva contre eux ; ils
tombèrent une seconde fois du pouvoir, en octo-
bre 1830, après avoir renié la légitimité. Ils
laissaient l'empire de l'ancienne loi brisé, et la
force sociale toute puissante. Leur mission était
remplie , leur système avait fait son temps. Voilà
le sujet de cet écrit.
Une autre mission commence. Il faut faire re-
connaître la loi morale de la révolution, et lui
soumettre la force sociale. C'est l'oeuvre du temps
qui va suivre.
L'oeuvre du jour consiste à rassembler une
poignée de verges pour chasser les doctrinaires.
Après leur seconde chute ils avaient un devoir,
c'était d'abjurer leur personnalité et de terminer
(5)
leur carrière politique , ils ne l'ont pas fait, il
faut les chasser. Lorsque leur place sera purifiée,
possession sera prise au nom de la loi
Les doctrinaires ont été deux fois parjures ; la
première fois , ils le furent envers la liberté. Ils lui
avaient donné la presse , l'élection , et l'individua-
lité. Ils les lui ôtèrent. Aucune prévoyance ne jus-
tifie ce fait. Il fut consenti pour conserver le pou-
voir, il tourna contre ses auteurs. On avait daigné
les accepter comme auxiliaires, bientôt ils s'en
allèrent comme suspects. Il n'y eût jusque là que
de l'égoïsme puni, de la prétention trompée , de
la niaiserie reconnue : mais ce même fait servit
d'introduction aux soutiens de l'ancienne loi, et
de commencement à un système d'attaque et de
guerre à mort contre la nouvelle force sociale.
Elle ne devait pas succomber: mais le fait des doc-
trinaires laissa voir toute leur culpabilité. La tra-
hison porta ses fruits. Là, le parjure se montre seul
et nu, ou plutôt recouvert de son enveloppe de
vices. L'homme coupable d'un parjure, est mé-
prisé de tous , sa coopération est traitée d'ambi-
tion déguisée , son opposition est regardée comme
un dépit avoué (I). A cet égard , il en est de la
politique comme de la vie privée. Dans l'une
(I) Voilà en effet le jugement qui: les royalistes et les li-
( 6 )
comme dans l'autre, il se trouve des adversaires
qui disent la vérité. Leurs accusations flétrissent
l'âme, elle est condamnée à toutes les mauvaises
passions. La foi à une doctrine, pourrait seule pré-
venir ces effets ; mais quand on les a renié toutes,
il ne reste pour soi que la conscience de l'immo-
ralité et les voeux d'un égoïsme mesquin ; pour les
autres, que la certitude d'un rôle fini, d'un sys-
tème faux , d'une inutilité démontrée; pour soi et
pour les autres , il ne doit rester que le besoin de
la retraite et le désir d'une profonde obscurité. Lès
doctrinaires ont renié leur doctrine , ils ne sont
plus rien. La force sociale qui a renversé la légiti-
mité , lésa traités comme avait fait celle-ci : qu'on
le remarque bien, les doctrinaires ont été parjures
une seconde fois. Il ne fallait pas dogmatiser sur
la branche cadette, après avoir dogmatisé sur la
branche aînée. Le dogme est un , il n'admet pas
d'à-peti-près, la quasi-légitimité est une sottise.
Appeler ainsi une autre royauté, est une mauvaise
action. C'est un parjure pour ceux qui avaient
installé et soutenu l'ancienne. Ce nouveau parjure
comme l'autre, portera ses fruits ; déjà ses au-
teurs, tombés en octobre, sont arrivés à l'égoïsme
béraux portèrent sur les nouveaux actes des doctrinaires après
leur première sortie du pouvoir.
(7)
puni, à la prétention trompée, à la niaiserie re-
connue. L'ëgoïsme est puni quand il se sent abais-
sé ; la prétention est trompée quand elle se sent
écartée; et qu'y a-t-il de plus niais que de se dés-
honorer pour se faire chasser. Ils l'ont dit eux-
mêmes , ils s'en sont allés à la première occasion,
pourquoi?..... Voici leurs paroles., ils n'avaient
pas assez de popularité pour l'affaire de décembre ;
c'est donc la nouvelle force sociale qui à son tour,
et comme l'ancienne légitimité, les a renvoyés
comme suspects. Jusqu'à présent c'était sa seule
vengeance. Mais après la chute du système, la
personnalité doctrinaire se met en révolte contre
sa dissolution. Qu'on prenne garde ! La nou-
velle force sociale est le grand fait, de même que
l'ancienne légitimité était le fait dominant. Il y a
cette différence : La force sociale a vaincu la
légitimité et elle reste seule après le combat. Qui
pourrait lutter avec elle ? Il n'y a évidemment
que la légitimité elle-même, ses soutiens ne sont
plus en France, ils sont à l'étranger. Voilà ce qui
pose nettement la difficulté. Il faut vaincre l'é-
tranger. Si ce n'est pas par les armes, ce doit être
par le dernier résultat, non de négociations di-
plomatiques, mais d'injonctions politiques. Il faut
être plus fort que lui, le pouvoir a mission de le
devenir. S'il ne sait, il est indigne. Négocier,
(8)
c'est douter et transiger. Qui transige s'affaiblit. Il
faut vaincre, la transaction est impossible, elle ne
serait qu'un affaiblissement. Il resterait pour so-
lution , le crime ou la défaite. Pour l'égoïste qui
est au pouvoir, le choix existe , pour la force so-
ciale il n'y a pas de choix. Elle sera vaincue ou
victorieuse.' Pour elle point de crime possible ,
elle est tout ou rien, elle ne peut douter, elle
commande , elle doit vaincre ou périr. L'alterna-
tive ne dépend pas d'elle, mais le dernier résul-
tat est inévitable. Il faut qu'elle suive sa politi-
que, sa droite voie ; ce qui l'en détourne lui est
hostile; elle le repoussera de même que la vieille
légitimité, après avoir chassé les hommes de la
forme constitutionnelle , se débarrassa de la forme
elle-même. Qu'on y prenne donc garde, elle a
déjà repoussé les hommes de la forme , elle ne
peut être vaincue, elle ne peut croire à sa défaite.
Il y aurait d'ailleurs identité absolue (en cas de dé-
faite ) , entre sa destinée et celle de la forme. Si
donc , la forme ne veut pas vaincre avec elle , elle
se débarrassera de la forme. C'est son droit, c'est
sa vie. Qu'on y prenne donc garde! La force
sociale a vaincu la légitimité ; ainsi, comme fait
souverain , elle ne ressemble pas à la légitimité.
Le dernier événement de celle-ci, sa chute ne
saurait lui être objecté. S'il y avait une autre puis-
(9)
sance qu'elle n'eut pas vaincue , l'objection serait
fondée, où est elle?— La révolution a vaincu le
monde ; depuis , le monde comme puissance mo-
rale l'a vaincue , mais ce fut avec sa propre loi qui
s'était élevée contre elle, qui était le génie de la
liberté luttant contre le génie de la force , contre
Napoléon.
Ainsi le fait existe, la loi de la révolution a tou-
jours vaincu le monde, c'est elle qui le sauve.
Maintenant la révolution s'est remise en possession
de sa loi, elle a abjuré le génie de la force. La
légitimité a fait son dernier temps, elle a préparé
le grand triomphe de la loi, sa reconnaissance
universelle, commencement de l'ère régénéra-
trice , attente du passé, espérance de l'avenir.
Ainsi le système qui se résume en doutes et en
transactions, manque à la foi politique de la loi
révolutionnaire. Il attaque ce qu'il prétend con-
server : continué, il serait criminel ou faible,
toujours vaincu. Le gouvernement qui l'adopte
est infidèle à sa mission, il détruit le fondement
de sa puissance, il répudie la certitude de sa vic-
toire. Mais plutôt que de se laisser vaincre , la
force sociale se débarrassera de ce qui l'embar-
rasse , et elle restera seule avec ses hommes , maî-
tresse et reine du monde qui lui fut promis de
toute éternité. Il n'y a point eu de halte dans sa
( 10 )
marche ascendante; La vieille légitimité qui lui
avait été imposée en l'absence de sa propre loi
était revenue et existe encore pour la contraindre
à la proclamer. Le devoir est maintenant de pré-
parer la place où le trône de la nouvelle loi sera
élevé, de la purifier et surtout d'en écarter ceux
qui sont indignes d'être éclairés par sa lumière.
Il faut des verges , elles sont prêtes, elles frap-
peront ceux qui depuis quinze ans ont fait de la
politique la pâture de leur orgueil, hommes igno-
rans et cupides dont le bavardage est la conti-
nuelle paraphrase de l'égoïsme, roués de tous les
régimes et roués par tous les régimes, reçus par-
tout et partout dédaignés, ils ont tout servi et
tout usé. Il ne reste d'eux qu'une personnalité
languissante et flétrie. Ils y croient pourtant !...
Au moins deux fois parjures, ils ont encore cette
force inerte et aveugle qui ne vaut que par son
cadre, privée de toute impulsion, et hostile à ce
qui a de la foi et de la vie. Ils ignorent que la vie
est la foi, et que la grandeur de la foi mesure
exactement la grandeur de la vie; une doctrine
se produit dans ses applications, elle dure le
temps nécessaire à les épuiser toutes. Une autre
naît après. Plus elle est étroite et plutôt elle a
vécu. La leur date d'hier comme personnalité gou-
vernante ,elle est finie comme système. Charles X
( 11 )
les reçut, mais il ne les laissa pas commander. Ils
commencent donc, mais où est leur avenir? Où
est leur lendemain? Ils le disent, ils s'en font
gloire , ils vivent au jour le jour , ils n'ont plus de
doctrine, tout est épuisé. Ils seront poussés, bal-
lottés, ils fermeront les yeux , ils avanceront, ils
ont juré de ne se réveiller que dans l'abîme. C'est
ici l'impuissance qui confesse ne pouvoir lier deux
idées i c'est la lâcheté qui refuse la lutte et par
force la paix, et recule pour tomber de moins
haut, pour mourir dans son déshonneur. Avec
l'impuissance et la lâcheté, toute parole nouvelle
est une contradiction. Il n'y a de conséquent que
la niaiserie qui s'avoue et là légèreté systématique
qui joue sur le volcan. Voilà où aboutissent ces
extrêmes prétentions de ces aristocrates qui se
disent libéraux , libéraux pleins d'insolence, aris-
tocrates remplis de bassesse, charlatans qui ont
le mensonge dans la bouche et l'affectation dans
le style, gens à projets qui voudraient s'élancer
et sont cloués à leur place par la puissance du
vide et de la peur, misérables politiques qui, re-
poussant le peuple qui se donne et baisant la main
qui les menace, arrivent pourtant à un double
égoïsme, celui de la crainte qui refuse et celui de
l'intérêt de cour qui propose une transaction, et
lorsqu'elle est méprisée , semblent s'applaudir de
(12)
l'union et de la république qu'ils avaient promis
d'anéantir. Ils ne sont donc rien, ni pour les amis
ni pour les ennemis. Non, ils ne sont comptés
pour rien : les peuples s'affranchissent et meurent,
et au milieu du bruit des empires qui se déchirent
et du fracas-des trônes qui s'écroulent, ils sont là,
immobiles. Ils ont ce nom qu'ils avaient donné à
d'autres, vrais cadavres à mouvemens galvaniques,
ils se lèvent ayant l'air de voir et ils retombent ;
et quand le peuple indigné se lève aussi pour gou-
verner à leur place et punir quand on l'offense,
ils ne montrent que les impatiences de vieillards
qui usent leur dernier feu, et attendent ce coup
de pied qui doit les jeter dans la fosse.
Voilà des verges. Il faut maintenant les lier en
faisceau. C'est l'histoire qui lie. Elle est froide,
elle juge, elle démontre; elle est le temps lui-
même qui unit tout par la succession, qui con-
tient tout le passé à chacun de ses momens, et
qui, créant l'avenir avec ce qui a force et vie,
condamne impitoyablement ce qui doit mourir.
Ce sont là ses jugemens et ses démonstrations.
L'histoire dit ce que furent et ce que sont les
doctrinaires. Elle dit la raison de leur avènement,
de leurs actes et de leur double chute. Elle dira
s'il est vrai que leur existence touche à sa fin,
et que, résistant à leur destinée, comme l'ange
( 13 )
rebelle, ils auront leurs cent jours, de même que
la légitimité vieille de quinze siècles a eu ses quinze
dernières années. Pour eux et pour les autres tout
est là.
Les doctrinaires sont venus avec la légitimité.
Elle était reçue avec répugnance. Elle avait besoin
de médiateurs, les doctrinaires furent acceptés.
Ils avaient, en apparence , à changer sa nature, et
à en faire une puissance de raison : ils eurent, en
réalité , à la déguiser et à enseigner des formes de
délibération et de doute à sa volonté absolue et
armée. Le gouvernement qu'ils conseillaient avait
pour but de modérer les purs défenseurs de la
légitimité, qui devaient amener une explosion de
force sociale à laquelle elle ne résisterait pas, et
de réduire la force sociale à réprimer les attaques
dont elle était l'objet par le moyen des formes qui
lui avaient été octroyées. Ce système avait à épuiser
toutes ses combinaisons avant de tomber à jamais ;
il a fallu quinze ans.
Son premier acte fut de se produire ; la charte
parut ; elle avait un principe, celui de sa produc-
tion. Elle fondait la légitimité , elle la déclarait
juge de sa propre existence, elle était une média-
tion entre la légitimité et la force sociale, sous la
réserve expresse du principe qu'elle fondait. Le -
ministère, qui essaya de mettre en oeuvre le prin-
( i4)
cipe et la médiation, accomplit véritablement la
première combinaison du système doctrinaire. Il
reçut les hommes de tous les régimes qui s'offri-
rent à le soutenir et expulsa les autres. On se sou-
vient dès bannissemens. Malgré les expulsions et
à causé d'elles, cette combinaison se trouva seule,
face à face, avec les purs défenseurs de la légiti-
mité. Le combat se livra; la chambre de 1815 le
soutint contre la combinaison. Le cinq septembre
décida. Ce jour même, la première combinaison
était finie, elle était reconnue insuffisante. Les
auteurs du cinq septembre jugeaient par le fait,
et par le fait l'histoire juge que le gouvernement,
comme corps constitué, qu'elles que soient ses
parties constituantes, quels que soient ses hommes,
n'est pas assez fort de sa force propre pour gou-
verner avec la Charte contre le gré des défenseurs
de la légitimité. Il fallait la supprimer et s'exposer
aux suites, ou trouver des auxiliaires. Ce ne pou-
vait être ceux qu'on renvoyait, et ce fut alors
que les doctrinaires, qui, depuis la Charte, étaient
engagés au pouvoir, exposèrent leur système.
Par le résultat de sa première combinaison, ce
système s'était assez déclaré pour qu'il fut désor-
mais possible d'en saisir l'ensemble, et de le faire
valoir comme doctrine politique. Néanmoins,
comme il n'avait laissé voir jusque-là qu'une de
( 15 )
ses faces, et qu'il n'existait réellement qu'un
terme de comparaison , les autres étant dans
l'avenir, la nouvelle doctrine se montra enve-
loppée de nuages (1). Elle unissait, par les formes
de l'école, le mysticisme de la vieille métaphy-
sique à Filluminisme de la raison pure. Ses pro-
moteurs étalèrent la logique des pédans, la sub-
tilité des sophistes et la boursoufflure des rhéteurs.
Ils étaient pourtant destinés à posséder le seul
système admis parmi ceux qui se diputaient alors
la place. Ils devaient arriver à une expression
nette et incisive. Les premiers, ils devaient ap-
porter un style spécial et précis dans des sujets
presque perdus dans des généralités. La rigueur
de leurs déductions allait être célèbre. Tout
puissans dans l'attaque, il leur était réservé
d'abattre successivement les partis contraires, et
de dominer les convictions par la supériorité de
leur critiqué. Mais ils étaient condamnés à voir
l'inconséquence radicale de leurs principes rester
à nu devant les faits, raison toujours victorieuse
contre ceux dont l'esprit s'est élevé au-dessus de
de leur temps et s'est arrêté au-dessous de leur
siècle.
(1) On se souvient des articles à prétentions dogmatiques qur
parurent dans les journaux du ministère après le 5 septembre.
(16)
Le système doctrinaire a prévalu pendant 15
ans par ses combinaisons diverses. Au moment de
son exposition il fut puissant et obscur dans la
conviction de ses auteurs. Par cette puissance ils
possédèrent le pouvoir et ils le perdirent en vertu
de cette obscurité qui, cachant un vice profond,
les laissa désarmés devant les événemens. Ils
avaient proclamé à-la-fois la: souveraineté de la
raison et la légitimité. Il croyaient à l'identité ab-
solue de, ces deux principes, ils étaient forcés d'y
croire, ils tentèrent de gouverner en la supposant.
Il fallut personnifier le système, c'est là qu'éclate
tout d'abord la contradiction. Les rangs furent en
sens inverse des principes, les principes ; desti-
nés à agir en sens inverse des rangs, tendirent à
exercer leur action conformément à la puissance
réelle de leur personnification, la rivalité était
dans leur essence, le combat était inévitable et la
chute du système, la fin d'un amalgame impar-
fait était à la merci d'un événement que les deux
principes travaillaient dé toutes leurs forces à pro-
duire : cet événement était, la lutte corps à corps
des deux personnifications.
La légitimité en personne occupait le trône, la
raison était au pied. La légitimité n'était pourtant
admise que comme la plus haute expression de la
raison : ainsi les rangs étaient en sens inverse des
( 17 )
principes. La raison devait agir en souveraine,
c'était la forcer à agir en sens inverse de son rang.
La légitimité devait obéir à la raison, c'était éga-
lement la forcer à agir en sens inverse de son
rang. La légitimité était personnifiée dans la
royauté, la raison dans tous ceux qui résistaient à
l'action de cette personnification. Le ministère
lui-même personnifiait alors la raison. Il propo-
sait , la royauté refusait, elle acceptait enfin et se
restreignait à aimer et à secourir ses purs défen-
seurs en condamnant à regret leur conduite poli-
tique. Ce n'était là que le commencement ou l'ex-
pression encore faible de la lutte. Il fallait qu'elle
devint un combat à mort. Le ministère croyait à
l'identité de la légitimité et de la raison, il n'avait
cependant pour mission que d'en épuiser les com-
binaisons , avant d'en venir malgré lui au terri-
ble dénouement. Le ministère est cette succession
d'hommes qui, pendant quinze ans, s'est renou-
velée par parties sans jamais laisser de vacance
absolue où d'intermittence complète. Le minis-
tère n'a jamais personnifié autre chose que l'iden-
tité conventionnelle des deux principes. Une per-
sonnifiait la raison que par son opposition réelle
aux purs défenseurs de la légitimité et aussitôt
que l'appui qu'il prêtait à la raison lui parut me-
nacer la légitimité elle-même , cet appui cessa,
et en vertu de l'idéntité conventionnelle qu'il était
chargé de maintenir, il résolut d'arrêter les pro-
grès de la nouvelle personnification de la raison,
de la force électoralee(1). Il n'avait repoussé l'at-
teinte que les purs défenseurs de la légitimité
voulaient porter à dette forte que parce qu'entre
leurs mains cette atteinte étâit une arme. Elle au-
rait détruit l'identité ministérielle des deux prin-
cipes en provoquant aussitôt la lutté corps à corps.
Il fut pourvu à ce que l'atteinte ne put être re-
nouvelée, la majorité attaquante fut faite majo-
rité ministérielle (2), et le ministère se prépara
à briser lui-même la force électorale.
L'identité semblait sauvée, il semblait que le
problème allait être résolu, ce n'était qu'une troi-
sième combinaison des deux principes qui allait
être tentée. Elle devait prouver la fausseté du sys-
tème des doctrinaires. Dès lors que la seconde com-
binaison , celle que les chefs avoués de la doctrine
avaient formée et dirigée, était par eux reconnue
vicieuse, la souveraineté de la raison était une
pli-rase. Ses élémens n'étant pas fixés, il n'y avait
(1) On sait, que dans le temps où fut faite la proposition
Barthélémy,l'expression à la mode était que les électeurs met-
taient le coté droit en coupes réglées.
(2).La fournée de Pairs de M. Decazes.
(19)
que niaiserie Ou prétention exorbitante à la pro-
clamer : niaiserie si personne n'était la raison elle-'
même, prétention exorbitante si un ou plusieurs
disaient en être les organes nécessaires. La niai-
serie se condamne elle-même, la prétention est
condamnée par l'événement. L'événement parais-
sait devoir sortir d'une lutte d'abord législative ,
puis électorale. La loi des élections était le point
de mire des partis. Quelque fut le résultat, l'iden-
tité était détruite, la combinaison doctrinaire ne
pouvait résister, le but de la lutte était des deux
côtés un changement ; les ministres seuls qui la
plaçaientsur ce terrain savaient ce qu'ils voulaient.
Aucun des autres n'était leur soutien ou leur com-
plice. Bien au contraire, chacun avec tous les
moyens que la Charte mettait à sa disposition, se
proposait de poursuivre son propre but.
Ainsi donc, à moins de supposer la raison incar-
née,complètement identifiée avecle ministère de ce
temps, à moins de lui croire une prévoyance infi-
nie qui arrête dans son germe tout ce qui est hos-
tile , une invincible exécution qui brise tout ce qui
s'oppose, on ne pensera pas que la tâche qu'il s'é-
tait donnée put être achevée. Dieu seul achève de
cette manière , les hommes qui osent l'entrepren-
dre sont une force, sans médiation, qui se fonde
et se proclame. Un tel fait était impossible. C'é-
( 20 )
tait précisément celui dont le ministère voulait
épargner la tentation à la légitimité. C'était con-
tre ce fait qu'il avait été institué. Il se serait renié
lui-même et le terxùble dénouement serait arrivé.
Il devait venir en son temps. Pour celui-ci, l'évé-
nement était imminent, les deux termes de l'ac-
tion politique y travaillaient de toutes leurs forces.
On l'attendait, qu'on se garde de l'oublier, ce se-
rait la condamnation et la mort de ceux qui l'ou-
blieraient. Cet événement était un changement
dans la combinaison doctrinaire, produit par l'is-
sue de la lutte électorale; seconde transformation
de la lutte entre les deux principes; second dé-
menti vivant de leur identité ; moyen terme entre
le débat du ministère et de la royauté , et le com-
bat qui devait se décider corps à corps entre la
légitimité et la raison sociale.
Ainsi les termes se posaient, et les hommes,
qui n'étaient que des hommes et non des incarna-
tions de la raison souveraine, tournaient autour
des positions nouvelles. Ils se suivaient, se résis-
taient, se poussaient par groupes avides; le pre-
mier arrivé résistant à tous, était poussé par tous
et laissait la place au dernier venu. Voilà l'histoire
telle que le système doctrinaire la voulait faire ,
un véritable cercle vicieux, un jeu d'enfans, une
petite comédie et la parodie misérable de la grande
(21 )
action qui se passe dans le monde. Mais l'histoire
n'apparteuait pas à ce système de quinze ans. Il
n'avait pas vaincu le monde. Le monde allait pré-
luder à sa défaite par la défaite de ses auteurs. Il
fallait qu'il fut prouvé que les hommes obéissaient
à leur système et que le système obéissait à une
plus large conception. Le système doctrinaire vou-
lait que ses hommes suivissent le sort de ses com-
binaisons , les hommes voulaient survivre aux com-
binaisons. Le système ne reconnaissait pas de con-
ception plus large que la sienne, il refusait d'obéir,
et comme il était personnifié dans les hommes, il
semble que la lutte devait se prolonger... L'intri-
gue, c'est-à-dire la mise en scène des individualités,
semblait commencer un règne sans terme fixe.
C'était le but des doctrinaires. Ils mettaient en de-
hors de leur orbite et tenaient pour non-avenues
toute intelligence qui refusait de s'y placer et toute
force qui recevait une autre impulsion que la leur
propre. Là était le vice; de là vint la faute et le
châtiment. Là était le point vulnérable. Les deux
termes de l'action politique faisaient autre chose
que se balancer. Leur puissance n'aboutissait pas
à une identité conventionnelle. La réalité était
autre. En elle se trouva la verge de fer qui plia
le système et chassa les hommes. Ils seraient tom-
bés par l'intrigue, ils seraient remontés par Fin-
( 22 )
trigue ; il y aurait eu un vide dans l'action poli-
tique , elle ne doit jamais se ralentir.; Le système
plié était encore le système, mais, il obéissait en
pliant. Il lui était laissé d'achever ses combi-
naisons. Les hommes chassés pouvaient revenir,
mais ils obéissaient au système. Ainsi devait être
vaincue l'intrigue, non par elle-même. Ainsi tout
était sérieux comme le monde qu'elle prétendait
gouverner et qui allait faire sentir sa propre loi.
Au fond d'une écurie, comme le sauveur du
genre humain, un être qui avait de l'intelligence
et de la force, se donna une mission. Toute l'intel-
ligence de la société était en révolte contre le sys-
tème , toute sa force lui était soumise, le combat
n'avait pas commencé. Le missionnaire fut le pre-
mier qui mit sa force à la merci de son intelligence,
il marqua du doigt la place et tout fut consommé.
Il y avait un poignard. Ce poignard est l'anneau
sanglant qui unit dans le temps: les deux parties
dû Système criminel. C'est lui qui a sanctionné
l'union adultère de ces deux principes, la vieille
légitimité et la force glorieuse de la révolution.
C'est aussi lui qui fut la figure de leur terrible di-
vorce. En faitil le commença. Entre elles tout était
dit. Il ne restait plus que le choix des armes,
du temps et du lieu. Le système conservait seul
une espérance, et malgré ses mécomptes, elle
( 23
devait conserver. Elle est une partie de; la
grande chaîne. Mais l'histoire n'en à pas moins
son jugement. L'événement était arrivé en de-
hors de la théorie doctrinaire. Ce n'était pas le
hasard qui l'avait produit. Tout ce qu'on n'expli-
que pas est hasard, tout ce qu'on explique est rai-
son. Le système qui n'explique pas est inférieur à.
celui qui explique. Pour les deux termes de l'ac-
tion politique il n'y eut point de hasard. L'un ac-
cusa, l'autre s'applaudit, les doctrinaires furent
affligés : leur système était frappé au coeur. L'ac-
cusateur eut raison , l'intelligence avait armé l' as-
sassin, la force sociale l'avait laissé faire, le repré-
sentant de cette force était en défaut, l'identité
des deux principes était une absurdité, tout ce
que l'un avait ôté à l'autre en vertu du système
était un crime contre celui-ci, toute parole tolérée
par le système et exprimant une opposition; à la
légitimité était un attentat. Le défenseur eut rai-
son, l'homme qui représentait la force était pur,
le crime détruit la moralité, l'attaque contre la
moralité de cet homme était une calomnie, tout
retombait sur le système, il aurait fallu punir tous
ceux qui y avaient cru; ainsi la victime n'était pas
innocente. La force sociale s'applaudit, elle est
souverainement juste , les deux coupables étaient
confondus, le système était frappé au coeur, et la
(24)
légitimité avec lui. Son tour devait venir avec juil-
let, mais c'était une victoire, son sang était
d'avance expié, elle recevait le droit de le verser
en laissant à la légitimité là charge de recommen-
cer le combat, elle conquérait le pouvoir d'être
magnanime, son ennemi était d'avance puni ; elle
sauvait tout moins un être dont elle avait à cons-
tater la relation avec l'intelligence qui la gouverne.
L'instruction dit le reste. Il n'y eut point de ha-
sard, il y eut commencement de la lutte corps à
corps que les deux principes voulaient livrer et qui
ne devait plus être interrompue. Elle fut successi-
vement continuée sur tous les points de l'Europe
dépuis le 13 février 1820 jusqu'en juillet 1830.
L'exécution du missionnaire fut juste, cet être
était un criminel, il n'avait qu'un poignard à met-
tre à la place de l'intelligence, de la force et de
la loi, à la place du temps où tout vit, il se serait
élevé contre la loi elle-même dans sa personnifica-
tion, sa mission était remplie, le temps l'engloutit.
Mais la mission avait frappé le système, une
solution commença, l'issue de la lutte législative,
prélude de la lutte électorale fut moins incertaine^
le poignard faisait pencher la balance. Quel que
fut celui des deux principes qui prévalut, il était
supérieur au système. Tous les deux avaient ex-
pliqué l'événement. Le système devait céder à l'un
( 25 )
et à l'autre. Il n'était quelque chose que parleur
mutuelle tolérance, il exprimait cette tolérance \
rien de plus. Le voilà à découvert. Il avait à obéir
aux deux principes. Il ne pouvait le faire qu'en
les reniant successivement, ainsi fit-il.
Ses hommes avaient fondé la presse , l'indivi-
dualité et l'élection, en d'autres termes c'était
l'intelligence, la force et la loi qui les unit. Ils se
parjurèrent. Des loix d'exception déclarèrent faux
le système doctrinaire de médiation et de tolé-
rance. Leur promulgation était l'annonce régu-
lière du triomphe de l'un des deux principes op-
posés. Leurinexécution (1) prouvait que le système
n'était pas fini, mais sa seconde combinaison s'é-
tait elle-même défaite, elle tombait sous le coup
de l'événement qu'elle n'avait pas expliqué et qu'on
avait expliqué contre elle, et en vertu de la pré-
voyance de l'un des deux résultats possibles de la
lutte électorale, celui du triomphe de la raison
sociale sur la légitimité. Il y avait donc impossibi-
lité absolue de la reconstituer. Ce qu'elle avait
fait avait tourné contre son intention , tout était
à changer. Ses hommes résistaient; leur résis-
tance était conforme à leur système , il les con-
(1) On sait que la suspension de la liberté individuelle n'eut
pas tous les désastreux effets qu'on était en droit de craindre.
( 26 )
damnait à,la fois au parjure et au suicide politi-
que. Ce n'était qu'à ce prix qu'ils étaient consé-
quens, que leur intention était démontrée pure
et quelle principe victorieux pouvait les tolérer,
dernier résultat qu'ils réclamaient pour tous , et
que chacun leur laissa pour eux-mêmes. Le par-
jure était, déjà accompli, le suicide devait naître
de leur résistance même à la destinée qui les
pressait, il fut consommé par la loi qui ôtait l'é-
lection à la raison sociale et la livrait aux soutiens
de la légitimité. Les hommes de la combinaison
vaincue, n'avaient plus qu'à se résigner au mode de
retraite qui était conséquent à leur vie politi-
que. Le parjure, à l'égard du principe vaincu ,
avait justifié l'intention à l'égard du principe vic-
torieux (1), l'éloignement fut honoré, le suicide
exige que la disgrâce vint bientôt, elle vint,
et dans ces hommes ainsi chassés , mais non en-
core convaincus, il resta une personnalité, qui
dans les voies du système, avait à subir les suites
d'un second parjure.
Le système avait plié, il était enfin prouvé
(1) MM. Decazes, de Serres , Pasquier et autres, sortirent
successivement du pouvoir comblés d'honneurs et pourvus de
places importantes. Les places leur furent bientôt retirées.
L'un d'eux mourut. Silence sur les causes de sa mort.
( 27 )
qu'en dehors de ses combinaisons, il existait une
puissance qu'il n'avait pas comprise. Le résultat de
la résistance de ses hommes , complétait la preuve
que cette puissance lui était supérieure. Ils étaient
successivement tombés les auteurs d'abord, les
acteurs après (1). Les auteurs sont connaissaient mieux
leur oeuvre , ils jugèrent mieux son état et sans
cesser d'y avoir foi, ils adoptèrent avec énergie le
moyen qui selon eux allait être un remède infail-
lible, et qui d'après la fausseté radicale du sys
tème, devait amener sa destruction totale et leur
confusion définitive. Ils écrivirent, ils parlèrent,
ils fondèrent une opposition au principe de la lé-
gitimité , ils personnifièrent l'intelligence du
temps, ils gouvernèrent sa force , ils restèrent
inférieurs à la raison sociale, qui seule et contre
leur intention , devait compléter leurs travaux.
Les acteurs avaient mis plus de personnalité dans
leur rôle, eux surtout résistèrent à l'influence de
la nouvelle combinaison qui venait les abattre.
Ils se laissèrent pousser, ils tournèrent de position
en position, et furent enfin trop heureux après
(1) Il est remarquable que MM. Guizot, Royer-Collard et
autres furent les premiers des doctrinaires qui se mirent en
opposition avec le gouvernement. MM. Decazes, Pasquier,
de Serres, Talleyrand, etc., vinrent à leur suite.
( 28 )
leur chute, de recevoir encore une fois la suprê-
me direction de leurs auteurs. Comme eux, ils
écrivirent, ils parlèrent, ils organisèrent l'oppo-
sition; et comme eux, ils travaillèrent pour la
raison, dont avant tout ils redoutaient l'interven-
tion. C'est le résultat d'un système qui se contre-
dit. Pouf les auteurs, il y eut plus d'honneur,
pour les acteurs, plus de profit. Les uns avaient
de la foi, les autres de l'adresse. Plus tard il ne resta
aux premiers, qu'une adresse mesquine et sans
foi ; aux seconds, qu'une personnalité odieuse et
maladroite. C'est la décadence, c'est la mort.
L'histoire contient tout cela. La certitude de ses
jugemens est dans l'explication universelle des
faits.; Sa loi est une. Le Système de cette loi gou-
verne-les autres. Il ne craint pas les mécomptes.
La résistance est pour lui l'occasion du triomphe.
La théorie doctrinaire lui est soumise , il la juge.
Là vérité de ses jugemens est d'avance écrite dans
le coeur des hommes. Il se borne à la proclamer,
elle Sera reconnue. La théorie doctrinaire avait
quinze ans dé vie, ils sont passés. La solution
était devenue inévitable, et elle devait être néces-
sairement contraire aux vues de ses auteurs. Cette
théorie pouvait fournir cinq combinaisons princi-
pales , elles ont eu lieu.
La première, ( Richelieu.) était fondée, sur l'i-
( 29 )
dèe que le gouvernement par le fait de son exis-
tence, réalisait l'identité des deux principes. Cette
idée étant contraire à celle de la légitimité qui vou-
lait exclusivement dominer, le gouvernement
trouva ses adversaires dans les purs défenseurs de
cette dernière. Il ne pouvait trouver des auxiliai-
res pour une pareille lutte, que dans les soutiens
du principe opposé, dans la force sociale.
La seconde combinaison, (Decazes) commença.
Elle était fondée sur l'idée que la force sociale ba-
lancerait la puissance des défenseurs de la légiti-
mité , et que le gouvernement en maintenant ce
balancement, réaliserait l'identité des deux prin-
cipes. Ici les adversaires étaient des deux côtés,
il fallut opter, le choix n'était pas douteux. Le dé-
veloppement de l'intelligence et de la force sociale,
attaquait non-seulement l'identité des deux prin-
cipes, mais la légitimité elle-même.
La troisième combinaison, (Villèle) commença.
Elle était fondée sur l'idée qu'il fallait donner aux
soutiens de la légitimité, le pouvoir nécessaire
pour balancer et finalement dominer la force so-
ciale. Ainsi le but était déjà indiqué ; l'identité des
deux principes était reconnue transitoire; Il ne
pouvait y avoir doute que sur le temps, le lieu et
les moyens de sa destruction. Le temps et le lieu
n'étaient pas l'objet d'un doute pour les partisans
(30)
du but : c'était le plus tôt et le plus près. Les
moyens seuls faisaient hésiter, et le balancement
des deux principes contraires, était le résultat
transitoire de cette hésitation. Ainsi, l'identité
était observée quoiqu'elle fut radicalement com-"
promise;
De la vint la quatrième combinaison, (Marti-
gnac). La difficulté était ainsi posée. Les moyens
de dominer la forée sociale sont insuffisans. La lutte
corps à corps serait dangereuse. Il y a nécessité
d' épuiser les combinaisons du système du balance-
ment-, cette combinaison fut fondée sur l'idée
qu'il fallait, non opposer la force sociale aux sou-
tiens de la légitimité, ce qui avait été déjà fait,
mais donner à la force sociale des garanties contre
la nouvelle puissance qu'avait acquise et que con-
servaient les soutiens de la légitimité. Une pareille
combinaison qui était d'ans la nature des choses ,
ne fût pourtant 'adoptée que par crainte. Elle
pouvait être détruite par un simple acte de la vo-
lonté de l'homme qui personnifiait la légitimité.
Jusqu'à ce que cette volonté se manifestât, l'iden-^
tité des deux principes existait de fait. La volonté
se manifesta. Les doctrinaires dirent que c'était*
un effet sans cause. Reconnaître la réalité de la
cause , aurait été avouer l'insuffisance de leur sys-
tème. :- '
( 31)
La cinquième combinaison, (Polignac) avait
commencé. Le système doctrinaire finissait. La
chaîne pour lui allait être interrompue. Cette der-
nière combinaison était fondée sur l'idée qu'il fal-
lait repousser tout balancement, et que la légiti-
mité était le seul juge des moyens de domination à
l'égard de la force sociale. L'identité n'existait plus
que parle fait des préparatifs de la lutte corps à
corps. On était revenu au point de départ. Le
gouvernement avait épuisé tout le système. Il
croyait comme dans la première combinaison,
qu'il était l'arbitre suprême de son action. Il y
avait cette différence qu'il ne pouvait recommen-
cer la carrière parcourue. Aucun obstacle n'était
assez puissant pour l'arrêter, il y allait de l'existence.
Aucune combinaison n'avait pu durer, quoiqu'elles
fussent toutes soutenues par les intentions les plus
pures de la part de leurs auteurs. Il n'y avait point
eu de trahison. L'attaque était venue des deux
principes contraires. Leur chute successive était
résultée de l'insuffisance démontrée de chacune
d'elles contre l'attaque. Le dénouement était iné-
vitable. Il n'y avait plus de combinaison possible.
Le système était comme l'écorce desséchée qui
tombe de l'arbre. Il n'y a maintenant de réel, que
quinze ans de vie et un ensemble politique qui
restera dans la mémoire des hommes.
(3o
L'insuffisance du, système et l'insuffisance des
Combinaisons, furent prouvées au moment de la
chute du système et au moment de la défaite de
chaque combinaison. Il faut remettre en lumière
cette chute et cette défaite. Ainsi sera résolue la
question actuelle du système qui n'a au fond d'au-
tre existence que celle de sa personnalité et d'au-
tre mode d'action, que la révolte de cette person-
nalité contre le fait accompli de la dissolution du
système. Les doctrinaires posent la difficulté de
là manière suivante : « La vie de la société est une
» lutte entre le pouvoir et la liberté. La théorie
» en vertu de laquelle cette lutte est circonscrite
» dans les limites légales, est la meilleure. Les
» hommes qui la connaissent le mieux , doivent
» être préférés. La chute de la légitimité ne peut
» être imputée qu'à elle-même, la théorie n'y est
» pour rien. Elle est débarrassée de son puissant
» ennemi. La société n'a plus qu'à se reposer sur
» elle du soin de concilier le pouvoir avec la
» liberté ; c'est la souveraineté absolue de la
» raison. »
Voilà la difficulté, l'histoire donnera la solu-
tion. L'insuffisance du système doctrinaire s'est
augmentée de toute l'absurdité qu'il a acquise de-
puis que des deux principes qu'il balançait, il
n'en existe plus qu'un : il serait forcé d'en créer
(33 )
lui-même un nouveau, afin que, servant d'obsta-
cle , il y eut lieu à exercer sa propre interposition.
L'indication des combinaisons a montré que tel
était son genre d'utilité. Leur histoire met à nu
ses vices et déterminera son avenir : en d'autres
termes, elle juge le principe du système, ses actes
et ses hommes.
Ce qui se fait dans le monde n'est point la lutte
du pouvoir et de la liberté. Ce qui se fait est la
constitution politique de l'intelligence humaine à
laquelle tous travaillent : voilà le fait général de
l'histoire moderne, ce fait résume toute l'histoire
ancienne. Napoléon et la légitimité ont travaillé à
son accomplissement, leur tâche est finie. Les
doctrinaires ont soutenu la légitimité pendant
quinze ans, leur tâche est complète , leur soutien
était au prix de sa chute, elle est tombée. L'intelli-
gence humaine et la force sociale sont les deux ter-
mes réels de l'action politique. La légitimité et les
doctrinaires ont fait de ces deux termes deux en-
nemis, de l'action politique un combat. Cette trans-
formation existe encore, la légitimité et les doctri-
naires ont seulement agrandile champ de bataille.
Il était en France, il est en Europe : voilà l'uni-
que résultat de juillet. Les doctrinaires veulent
représenter la.force sociale, la légitimité se re-
présente elle-même et se dit l'intelligence de.l'Ëu-
' 3
c (24)
râpé}' la véritable force sociale-et la véritable in-
telligence sont mises hors du débat, mais elles fie
sont pas hors de cause. Là tûtte est maintenant
entre elles et le système doctrinaire seul soutien
réel de la légitimité, elles sera bièntôt entre elles
personnifiées dans leur union et là légitimité,
dernière personnification du système doctrinaire.
Alors tout sera déclaré, le double parjuré des
hommes du système retombera sur leur tête, et
après la grande bataillé ceux-la seuls qui ne se
sont pas parjurés, personnifieront l'union désor-
mais indissoluble de l'intélligence humaine et de
la force sociale. L'intelligence par le fait de sa vic-
toire sera politiquement constituée , elle aura là
force à ses ordres et elle achèvera la destruction
de la vieille légitimité. Elle précipitera dans l'abî-
me cet ancien dragon , cet éternel accusateur de
ses enfans : voilà la tâche du siècle , il n'y faut rien
ajouter en ce moment, le reste viendra.
Ces jugemens sont fondés sur la loi de l'union
de l'intelligence et de la force sociale. C'est le sys-
tème de cette loi qui explique le principe des doc-
trinaires, leurs actes et eux-mêmes. La légitimité
comme prinicipe de gouvernement était un fait
obligé. Les doctriniaires essayèrent de l'amalga-
mer averc le principe contraire. La première com-
binaison (Richelieu) tomba parce qu'il fallait à la
(35)
légitimité l'appui des siens ou des défenseurs de
l'autre principe. Elle accepta ceux-ci, cette se-
conde combinaison (Decazes) tomba parce qu'elle
attaquait la légitimité. Là se montre la verité du
système de la constitution politique de l'intelli-
gence. Ce système accepte comme un fait obligé la
force sociale, il proclame comme principe de son
gouvernement l'intelligence, politiquement cons-
tituée en vertu de la loi qui détruit, successivement
toutes les interpositions. Cette loi a fait de la force
sociale une puissance de résistance, et de l'intelli-
gence une puissance d'attaque, La force a résis-
té à l'intelligence elle-même, elles se sont unies
enfin par l'intermédiaire de la liberté pour
renverser tout gouvernement qui s'interpose. Leur
union sera complète et indissoluble le jour où l'in-
terposition elle-même érigée en système sera
vaincue. Alors un mode nouveau d'activité com-
mencera : la force sociale sera dirigée. Jusqu'à
présent elle a été contenue. L'individualité seule
a fait reconnaître sa liberté ; la liberté sociale veut
d'autres conditions. Le système doctrinaire pré-
tend fonder l'individualité , elle n'est jamais fon-
dée tant que l'union de l'intelligence et de la force
sociale ne l'est pas, elle est sans cesse révoquée ,
comprimée où déniée. Quand elle ne l'est pas, elle
s'insurge contre le pouvoir qui la tolère. C'est la
nature de l'individualité, elle souffre du bien qui
(36)
n'est pas le sien; elle a besoin de le partager, elle
le partage, lorsque par la suprême direction de
l'intelligence, elle est appelée à faire partie de la
force sociale. La seconde combinaison du système
doctrinaire tomba , précisément parce qu'elle
avait garanti la liberté individuelle et laissé des
organes à l'intelligence. Celle-ci attaqua la légiti-
mité , la force sociale résista à l'intelligence , mais
la liberté lui donna des soutiens. Encore un peu
de temps et la liberté victorieuse dans les pays
voisins (1), allait donner assez d'organes à l'intel-
ligence pour la substituter à la légitimité. Là se
fait sentir le vice de la théorie du balancement,
la loi qu'il condamne se montrait, les doctrinaires
allaient être vaincus avec leurs propres armes, ils
allaient être dépossédés par l'intelligence. Ils pré-
férèrent défendre la légitimité au prix d'un par-
jure. Il faut bien que la chaîne de leur vie poli-
tique se retrouve dans le parjure, quand cette vie
est fondée sur une contradiction. Elle ne peut se
passer sans se renier elle-même. Ils avaient ré-
pudié l'intelligence et la liberté dont il leur est
interdit de comprendre la loi. Ils se bornèrent à
(1) Les révolutions d'Espagne, de Portugal, d'Italie, au—
raient infailliblement produit une révolution en France, si les
ministres français n'avaient pas fait cause commune avec la
Sainte-Alliance.
(37 )
balancer la légitimité dont; le principe leur est
également inconnu. Le résultat devait être en
dehors de leur prévision. Il le fut, la légitimité
les écarta ; après sa chute, l'insuffisance de leur
seconde combinaison reste entière à l'égard de
l'intelligence, qui, de même que la légitimité, ne
reconnaîtra jamais d'autre souverain qu'elle-même,
d'autre gouvernement; que celui qui s'emparera
directement de la force sociale et la dirigera avec
toutes ses conditions d'activité..C'est là l'union de
l'intelligence et de la force.
La troisième combinaison (Villèle) fût l'oeuvre
même de la légitimité. Elle mesura la grandeur de
sa tâche, elle n'en fut pas effrayée-, il y allait pour
elle de l'existence. Elle commença par écarter les
doctrinaires après les avoir déshonorés. Qu'ils
soient sortis du pouvoir par leur propre volonté
ou par celle d'un homme, peu importe. Ils s'étaient
parjurés par les lois d'exception, ils sortaient après
avoir sacrifié au dieu qu'ils allaient combattre. La
volonté de ce dieu était immuable, elle n'avait
pas changé, c'était donc elle qui les écartait. La
forme n'y fait rien, le fait du parjure est supé-
rieur aux subtilités. Il établit qu'au fonds le prin-
cipe doctrinaire n'a d'autre fondement réel que le
caprice des hommes qui l'appliquent. Il n'offre
aucune certitude, ses partisans ne peuvent pas
( 38 )
dire jusqu'où ils peuvent aller, ni à quel point ils
s'arrêteront. C'est à la nation française, c'est aux
électeurs, à examiner s'il leur convient de confier
la destinée sociale à un pareil principe et à de
pareils hommes. Avec eux, aucune stabilité n'est
possible, la fluctuation et le doute forment l'es-
sence de leur système, il n'a qu'une valeur d'oppo-
sition et de critique. En fait , il a transitoirement
balancé le gouvernement, mais le gouvernement,
il faut entendre ceux qui possédaient la haute di-
rection de l'État, ne l'a jamais adopté.Ils'en est servi
et l'a brisé après le service. Voilà ce que juge l'his-
toire de la troisième combinaison. La force sociale
elle-même, qui résistait à l'action destructive de
cette combinaison, ne s'est servie des doctrinaires
que pour les chasser. Comme la légitimité, elle les a
acceptés comme auxiliaires, elle les repoussé à
présent, et si les élections n'en font pas justice,
l'intelligence et la force sociale achèveront l'oeuvre
commencée. La force sociale les repousse, parce
que leur système n'en est plus un, il a perdu un
des termes de son action, il n'a plus rien à balan-
cer. Elle les repousse par une raison semblable à
celle de la légitimité, ils n'ont plus d'emploi, ils
seraient un obstacle. C'est ainsi qu'ils n'avaient plus
d'emploi pour la légitimité, qu'ils n'étaient qu'un
obstacle , lorsqu'elle posa nettement son principe
( 39 )
et voulut s'organiser contre la force sociale.
Leur rôle d'auxiliaires a été jugé par la légiti-
mité : il faut le juger pour la force sociale. Les sys-
tème du balancement en opposant cette force aux
défenseurs de la légitimité, n'avait balancé que
l'action de cette dernière. Pendant le jeu de la
bascule, l'intelligence était parvenue à un im-
mense déyeloppemea,t,. elle s'éleva contre le ba-
lancement qui l'exposait à une réaction et elle
réclama de larges, applications. Le ministère doc-
trinaire s'y refusa (t). La liberté, qu'il prétendait
garantir, ,et aussi balancer par ses prétendues
garanties , s'unit à l'intelligence. Elles conspi-
rèrent ensemble , mais le parjure, cette trahison
des doctrinaires, avait.d'avance livré (avec les
lois d'exception et le pouvoir) les conspirateurs à
la légitimité. Elles furent vaincues une première
fois, elles furent forcées de reprendre l'oeuvre
sous de nouvelles formes, elles furent forcées de
changer leur mode d'action. Au lieu de conspirer,
la liberté,, après l'avortement des conspirations,
attendit que l'intelligence eut suffisamment pré-
paré les voies. Elle attendait juillet. Leur union
(1) Entre autres refus de ce ministère figurent en première
ligne les économies proposées par le côté gauche, qui tendaient
à priver le trône de ses soutiens exclusifs , tels que les Suisses,
garde royale, etc., etc.
( 4o )
forme un système; la liberté est le moyen par
lequel l'intelligence, qui est le principe , marche
droit à son bût, qui est là destruction de tout
gouvernement qui s'interpose entre elle et la force
sociale. La liberté ne renoncera à cette glorieuse
mission qu'à la condition de se confondre dans la
force sociale, sous la suprême direction de l'intel-
ligence : c'était là le secret de Napoléon.
Les doctrinaires ont mis à la place l'oppression
continuelle de la liberté par la légitimité, et la con-
tinuelle réaction de la liberté contre la légitimité.
Le fait existé, leur système a été vaincu. La
liberté, unie à l'intelligence, l'a renversé avec
Charles X. Il veut vivre encore, il indique deux
termes d'action : l'avenir peut donc se retrouver
tout entier dans le passé. La différence de la catas-
trophe finale sera évidemment dans la différence
que la solution de juillet a apportée dans la posi-
tion respective des deux termes de l'action poli-
tique. En tenant compte de cette différence, la
certitude sera invincible, le jugement de l'histoire
sera sans appel. Le rôle des doctrinaires avant et
après juillet sera apprécié.
En vertu de leur système, la légitimité op-
prima la liberté. Ils furent les premiers instru-
mens de cette oppression, ils s'étaient retirés
après l'avoir commencée. Les premiers défen-
seurs que la liberté avait donnés à l'intelligence
( 41 )
furent, par suite de leurs actes, abandonnés à
la légitimité. La force sociale n'avait pour ses
généreux défenseurs que de puissantes sympa-
thies ; elles furent étouffées, le grand jour n'était
pas venu; les doctrinaires arrêtèrent l'élan , les
défenseurs libéraux furent des conspirateurs, dans
les autres pays ils furent appelés révoltés; ils
avaient obéi à l'intelligence qui leur ordonnait de
la défendre contre la légitimité, et le balancement
leur donna la mort pour avoir voulu protéger sa
!création, la liberté ! Dans ces conjonctures ( 1), les
doctrinaires n'imaginèrent qu'un remède : ils de-
mandèrent l'abolition de la peine de mort, con-
tradiction flagrante et niaiserie politique en pré-
sence d'un principe que les mêmes auteurs, en
quittant le pouvoir, avaient déclaré en état de
guerre à mort contre la société (2). Aussi la de-
mande n'empêcha aucune des exécutions que le
balancement jugea à propos de commander. Il
fallait être conséquent et avoir le courage de ceux
qui s'étaient faits les champions dans cette guerre
à mort, dont l'existence , en fait, avait été pro-
clamée par les doctrinaires. Il faut donc avouer
(1) Alors furent sacrifiés Berton, Bories et autres.
(2) Voyez les deux ouvragés que M. Guizot publia , l'un à
sa sortie du pouvoir, l'autre à l'époque des conspirations, sur
la peine de mort en matière politique.
(42)
qu'on est lache ; on ne peut échapper à la lâcheté
qu'en avouant une grossière contradiction et une
épouvantable duperie ; on s'est fait les exécuteurs
des hautes oeuvres de ceux que l'on prétend com-
battre, de ceux qui, en vertu de la théorie doctri-
naitre,ont abattu les têtes des défenseurs de la
liberté. Il fallait renverser ce principe qu'on ap-
pelait alors intraitable et qui voulait la guerrre
à mort. Il fallait s'unir au principe contraire qu'on
disait reconnaître, et cependant l'interposition
doctrinaitre laissa tout périr ; elle arrêta l'élan des
populations qu'elle livra aux dilapodations de la
légitimité, elle n'eut que de stériles regrets pour
les victimes, des phrases pour la France et de
froides discussions contre les dilapidateurs. Le
jour de la force n'était pas le sien. Le fait du ba-
lancement est son oeuvre véritable. Que les doc-
trinaires en subissent donc la loi ! ......
Tout ce qu'ils ont fait pour lf'un des deux prin-
cipes contraires est effacé par ce qu'ils ont fait
contre lui : tout ce qu'ils ont fait contre l'un est
en faveur de l'autre. Les deux principes peuvent
donc les accuser des trahison démontrée. Ils ont
été les instrumens de la chute de chacun. Qu'im-
porte la conduite personnelle de chaque partisan
du système, le résultat est là, la défaite des deux
principe est un double fait, le système est le lien
(43)
des deux fuits, le mode selon lequel ils sont arrivés.
Il n'y aurait qu' une justification possible, ce serait
l' absence de solution définitive pour l'un et l'autre
principe. Mais la solution existe,. l'un a définitive-
ment succombé. Il ne fut pas au pouvoir du système
de prévenir cette solution. Il ne la prévoyait pas,
il ne la supposait pas , il ne le pouvait, il l'a assez
dit, et d'ailleurs il sentait qu'une telle solution
était sa mort. Il est donc impuissant à retenir les
deux termes dans l'équilibré,, tout ce qu'il, a fait
contre celui qui a triomphé peut donc lui être im-
puté, tout ce qu'il fait pour le remettre dans la po-
sition d'où il est sorti est une trahison. S'il y a en-
core une position respective quelconque des deux
principes après la chute de l'un d'eux,, tout ce
qu'il fait contre le vainqueur est un crime. Son-
ger encore au balancement, l'ériger encore en sys-
tème, agir dans ce but est nécessairement une
autre oeuvre que celle du vainqueur, c'est encore
une interposition. Ce principe est comprimé, on
l'affaiblit, il n'y a pourtant que lui et l'autre dans
le monde, le nom n'y fait rien, les prétextes sont
faux, les intentions ne justifient pas, il n'y a au
fond de réel que l'affaiblissement du vainqueur.
Une première erreur à son égard a été reconnue,
c'est celle qui. produisit le premier parjure des
doctrinaires en , 1820, il a été tolérant, la com-
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mettre une seconde fois serait sans excuse, le-
pardon serait impossible, la clémence même per-
drait sa voix, l'inévitable marteau de la nécessité
se lèverait de lui-même, aucun bras ne l'aurait
soulevé, aucun bras ne pourrait l'arrêter. Le prin-
cipe victorieux existe, la légitimité est encore
menaçante, le système ose se proclamer, le juge-
ment se prépare. Son arrêt sera un événement, il
frappera en éclairant, il né sera plus temps, tout
sera consommé. Que les lâches y prennent garde ;
Charles X eut un courage, il attaquait de front,
l'événement respecta sa vie. Mais une double er-
reur qu'il laisse attaquer et une lâcheté qui évite-
le combat sont une trahison abominable qui ap-
pelle la mort.
La position actuelle des deux termes est là ^
ainsi se résout pour la personne des doctrinaires
là différence avec la position passée. Que ceci soit
un avertissement !— La légitimité s'est retirée
dans la Sainte-Alliance. L'intelligence se déclare
reine du monde qui lui a été promis : entr'elles le
débat. La fin dépend d'une autre solution. La
place que juillet avait conquise est usurpée par
Un système que l'intelligence a condamné et qui
s'est condamné lui-même. Néanmoins il reste in-
terposé entre elle et la force sociale. Pour lui la
position est la même que celle de la restauration
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française ; mais les termes sont plus vite parcourus.
Les quinze dernières années n'ont pas été perdues,
l'intelligence et la force se connaissent mieux. Le
dénoûment approche, l'interposition a subi-sa
première défaite comme dans la restauration. Le
ministère d'août est tombé. Comme celui de 1820,
il a laissé mourir les défenseurs de la liberté au de-
hors, comme lui il les a opprimés au dedans. Sous
de nouveaux chefs comme sous Charles X, l'inter-
position subira sa grande défaite ; le ministère du
13 mars est venu, il s'arrange pour tomber avec
éclat. Qu'on y prenne donc garde!... La théorie
doctrinaire a entraîné Charles X, l'événement
était en dehors de la prévision de ses auteurs, elle
croyait pourtant à la légitimité comme elle croit à
l'élection populaire ; elle a perdu précisément ce
que seule elle avait soutenu. Son soutien est au
prix de la chute, son ordre public du moment est
au prix de la catastrophe de l'année, la formé n'y
fait rien, l'intention est hors de cause, la force
devient son seul recours, elle ne veut plus de con-
cessions, plus de grace au ferment populaire. En
d'autres termes, elle rompt avec l'intelligence qui
veut son salut par la guerre et avec la force sociale
qui s'agite pour l'appuyer. C'est le ministère du 8
août repoussant l'exigence parlementaire de l'in-
telligence et s'armant contre les factions. Le temps

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